Mouloud Mammeri (en ), né le à Taourirt Mimoune à Beni Yenni dans la wilaya de Tizi Ouzou en Algérie et mort le dans un accident de voiture à Aïn Defla en Algérie, est un écrivain, anthropologue, linguiste algérien spécialiste de la langue et de la culture (amazigh).

Biographie

Mouloud Mammeri naît dans le village de Taourirt-Mimoun dans la commune d'Ait Yenni, wilaya de Tizi Ouzou (Kabylie). Il fait ses études primaires dans son village natal. En 1928, il part chez son oncle, Mohammed Mammeri, installé à Rabat au (Maroc), où ce dernier est alors le chef du secrétariat particulier du sultan Sidi Mohammed (futur roi Mohammed V) et l'intendant général du Palais royal. Quatre ans après, il revient à Alger et poursuit ses études au Lycée Bugeaud (actuel Lycée Émir Abdelkader, à Bab El Oued, Alger). Il part ensuite au Lycée Louis-le-Grand à Paris, avec l'intention de rentrer à l'École normale supérieure. Mobilisé en 1939 et libéré en , il s'inscrit à la Faculté des Lettres d'Alger. Mobilisé à nouveau en 1942 après le débarquement américain, il participe aux campagnes d’Italie, de France et d'Allemagne.

À la fin de la guerre, il prépare à Paris un concours de professorat de Lettres et rentre en Algérie en . Il enseigne à Médéa, puis à Ben Aknoun et publie son premier roman, La Colline oubliée en 1952.

Il participe à la guerre d'indépendance algérienne sous le nom de guerre de Si Bouakaz, rédigeant notamment un rapport sur la question algérienne adressé à l'ONU.. Mais sous la pression des événements, il quitte l'Algérie pour le Maroc en 1957 pour éviter l'arrestation.

De 1957 à 1962, Mouloud Mammeri reste au Maroc et rejoint l'Algérie au lendemain de son indépendance. De 1968 à 1972, il enseigne le berbère à l'université dans le cadre de la section d'ethnologie, la chaire de berbère ayant été supprimée en 1962. Il n'assure des cours dans cette langue qu'au gré des autorisations, animant bénévolement des cours jusqu’en 1973, tandis que certaines matières telles l’ethnologie et l’anthropologie jugées sciences coloniales doivent disparaître des enseignements universitaires. De 1969 à 1980, il dirige à Alger le Centre de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques (CRAPE). Il fait également un passage éphémère à la tête de la première Union nationale des écrivains algériens, qu'il abandonne pour discordance de vue sur le rôle de l’écrivain dans la société.

Mouloud Mammeri recueille et publie, en 1969, les textes du poète kabyle Si Mohand. En 1980, c'est l'interdiction d'une de ses conférences à Tizi Ouzou sur la poésie kabyle ancienne qui est à l'origine des événements du Printemps berbère...

En 1982, il fonde à Paris le Centre d’études et de recherches amazighes (CERAM) et la revue Awal (La parole), animant également un séminaire sur la langue et la littérature amazighes sous forme de conférences complémentaires au sein de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Ce long itinéraire scientifique lui a permis de rassembler une somme d'éléments fondamentaux sur la langue et la littérature amazighes. En 1988, Mouloud Mammeri reçoit le titre de docteur honoris causa à la Sorbonne.

Mouloud Mammeri meurt le soir du des suites d'un accident de voiture, qui eut lieu près de Aïn-Defla, à son retour d'un colloque tenu à Oujda (Maroc) sur l’amazighité.

Le , sa dépouille est ramenée à son domicile, rue Sfindja (ex Laperlier) à Alger. Mouloud Mammeri est inhumé, le lendemain, à Taourirt Mimoun à Ait Yenni. Plus de assistèrent à son enterrement.

Œuvres Ses œuvres les plus célèbres sont La Colline oubliée (1952), Le Sommeil du juste (1955) et L'Opium et le Bâton (1965). Romans La Colline oubliée, Paris, Plon, 1952, , Paris, Union Générale d’Éditions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978 ; Paris, Folio Gallimard, 1992 . Le Sommeil du juste, Paris, Plon, 1955, , Paris, Union Générale d’Éditions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978 . L’Opium et le Bâton, Paris, Plon, 1965, , Paris, Union Générale d’Éditions, S.N.E.D., col. 10/18, 1978 , Paris, La Découverte et 1992 . La Traversée, Paris, Plon, 1982, , Alger, Bouchène, 1992.

Nouvelles « Ameur des arcades et l’ordre », Paris, 1953, Plon, « La table ronde », . « Le Zèbre », Preuves, Paris, , , . « La Meute », Europe, Paris, , juillet-. « L’Hibiscus », Montréal, 1985, Dérives , . « Le Désert atavique », Paris, 1981, quotidien Le Monde du . « Ténéré atavique », Paris, 1983, revue Autrement . « Escales », Alger, 1985, Révolution africaine ; Paris, 1992, La Découverte .

Théâtre « Le Foehn ou la preuve par neuf », Paris, PubliSud, 1982, , Paris, pièce jouée à Alger en 1967. « Le Banquet », précédé d’un dossier, la mort absurde des Aztèques, Paris, Librairie académique Perrin, 1973. « La Cité du soleil », sortie en trois tableaux, Alger, 1987, Laphomic, M. Mammeri : Entretien avec Tahar Djaout, .

Traduction et critique littéraire « Les Isefra de Si Mohand ou M’hand », texte berbère et traduction, Paris, Maspero, 1969, 1978 et 1982 ; Paris, La Découverte, 1987 et 1994 . « Poèmes kabyles anciens », textes berbères et français, Paris, Maspero, 1980 ; Paris, La Découverte, 2001 . « L‘Ahellil du Gourara », Paris, M.S.H., 1984 . « Yenna-yas Ccix Muhand », Alger, Laphomic, 1989. « Machaho, contes berbères de Kabylie », Paris, Bordas. « Tellem chaho, contes berbères de Kabylie », Paris, Bordas, 1980.

Grammaire et linguistique « Tajerrumt n tmazigt (tantala taqbaylit) », Paris, Maspero, 1976. « Précis de grammaire berbère », Paris, Awal, 1988 . « Lexique français-touareg », en collaboration avec J.M. Cortade, Paris, Arts et métiers graphiques, 1967. « Amawal Tamazigt-Français et Français-Tamazigt », Imedyazen, Paris, 1980. « Awal », cahiers d’études berbères, sous la direction de M. Mammeri, 1985-1989, Paris, Awal

Cinéma L'Opium et le Bâton. Réalisé par Ahmed Rachedi. Film tiré du roman éponyme. 1969. Tawrirt yetwattun Réalisé par Abderrahmane Bouguermouh. Film tiré du roman La Colline oubliée. 1996.

Citation « C'est dans le sens de sa libération que mon peuple ira. » Réponse de Mouloud Mammeri à l'article Les Donneurs de leçons paru dans le quotidien officiel, qui circula en Algérie sous forme dactylographiée en .

Jugements vignette|Statue de Mouloud Mammeri à Ait Yenni, village de Taourirt Mimoun

Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Éditions Karthala, 1984, p. 158 « Tes rapports avec le pouvoir (tous les pouvoirs) ont été très clairs ; une distance souveraine […]. Tu n'acceptais aucune contrainte, aucun boulet à ton pied, aucune laisse à ton cou. Tu étais par excellence un homme libre. Et c'est ce que « Amazigh » veut dire. Cette liberté t'a coûté cher. De toute façon, tu en savais le prix et tu l'as toujours accepté. […] Ce serait faire affront à ta générosité et à ta noblesse d'âme que te m'attarder à l'énumération des injustices, des diffamations qui glissaient sur toi comme de simple égratignures […]. Qui peut oublier les débuts de l'année 80 ? Des hommes qui nient une partie de la culture de ce peuple […] t'interdisent de prononcer une conférence sur la poésie kabyle. De partout, de Bejaia, de Bouira, de Tizi-Ouzou, la Kabylie se lève pour défendre ses poètes. Et c'est toute l'Algérie qui, peu à peu, année après année, rejettera les baillons, les exclusions, les intolérances, la médiocrité et qui un jour d'octobre descendra dans la rue pour l'affirmer en versant une fois encore son sang. » Tahar Djaout, Lettre à Da Lmulud, dans Algérie-Actualité, , Alger, , et Awal, , 1989

Décorations 50x50px Achir de l'ordre du Mérite national d'Algérie.

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie El Djambouria Aït Saada-Slimani, « Mouloud Mammeri », dans Christiane Chaulet Achour, avec la collaboration de Corinne Blanchaud [sous la dir. de], Dictionnaire des écrivains francophones classiques : Afrique subsaharienne, Caraïbe, Maghreb, Machrek, Océan Indien, Éd. H. Champion, Paris, 2010, Jean Déjeux, Bibliographie méthodique et critique de la littérature algérienne de langue française 1945-1977, SNED, Alger, 1979. Jean Déjeux, Dictionnaire des auteurs maghrébins de langue française, Paris, Éditions Karthala, 1984 . Anthologie de la littérature algérienne (1950-1987), introduction, choix, notices et commentaires de Charles Bonn, Le Livre de Poche, Paris, 1990 Beïda Chikhi, « Mouloud Mammeri : les flûtes brisées de la République », dans Littérature algérienne : désir d'histoire et esthétique, Paris, L'Harmattan, 1997.

Articles connexes Littérature algérienne Liste de personnes berbères

Liens externes

Lettre de Tahar Djaout à Mouloud Mammeri Site consacré à Mouloud Mammeri

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