vignette|Grenouille verte. La fable de la grenouille relate une observation concernant le comportement d'une grenouille placée dans un récipient contenant de l'eau chauffée progressivement. Elle vise à mettre en garde contre une accoutumance ou habituation conduisant à ne pas réagir à une situation grave. Cette fable peut s'énoncer ainsi :
Ce récit insinue que lorsqu’un changement s’effectue d’une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite ni réaction ni opposition ni révolte. Les phénomènes d'adaptation, généralement bénéfiques à l'individu et aux sociétés, se révèlent finalement nocifs. La première des expériences habituellement décrites fut réalisée en 1875 en Allemagne.
Usages de la fable
En 1979, dans son ouvrage , Gregory Bateson se sert de cette fable pour se demander si l'être humain, qui modifie petit à petit son environnement, n'est pas dans la situation de la grenouille.
Roger Donaldson l'évoque en 1997 dans le film catastrophe Le Pic de Dante, dont le sujet est le réveil d'un volcan avec de plus en plus de signes alarmants, dont les autorités ne se soucient guère car ils sont progressifs.
Un essai de management de 1999, puis en 2005 un recueil de fables commentées, à intention plus large de sagesse pratique. appliquent la leçon de la fable à leurs sujets.
Al Gore l'utilise en 2006 dans le film Une vérité qui dérange pour illustrer la manière dont l'humanité court à sa perte si elle ne réagit pas au lent réchauffement climatique de notre planète. En 2025, Pierre Benassaya reprend cette comparaison dans l'introduction de son livre Le pari de l'écologie populaire.
Origines
Les origines de cette fable peuvent être trouvées dans la littérature physiologique du .
En 1869, le physiologiste allemand Friedrich Goltz montra par des expériences sur la grenouille que les changements lents de température sont du domaine de l'encéphale, tandis que les variations rapides sont du domaine du réflexe. Plongées toutes deux dans une eau dont la température de son eau augmentait progressivement, une décérébrée restait inerte lorsque, alors qu'une grenouille intacte cherchait à s'échapper quand la température atteignait ; si par contre, on mettait brusquement les pattes arrière de la grenouille décérébrée dans de l'eau à , elle réagissait vivement..
En 1875, l'Allemand Carl Fratscher effectue des expériences sur les grenouillesCarl Fratscher, « Ueber continuirliche und langsame Nervenreizung », Jenaische Zeitschrift für Naturwissenschaft, 1875, vol.9, Neue Folge vol.2, p.130 sur GoogleBooks, voir les expériences 36 à 38 en p.151-153.. Il décrit en particulier deux expériences ( et 37) où une grenouille indemne, immergée aux deux-tiers, reste dans l'eau qui se réchauffe d' toutes les () et finit par ne plus respirer, quand la température est passée de en () et de à en (). Dans l'expérience suivante, (), la température passe de en 31 minutes () puis de en 5 minutes (), et dans cette deuxième phase la grenouille s'agite vivement et tente de sortir.
Un article coécrit par G. Stanley Hall en 1887 évoque de nombreuses expériences sur des grenouilles dans les années 1870 et 1880, dans le but de tester la rapidité de réaction de leur système nerveux, le changement de température faisant partie leurs stimulus G. Stanley Hall and Yuzero Motora, « Dermal Sensitiveness to Gradual Pressure Changes » American Journal of Psychology 1, No. 1. (1887): 72-98, on 72-73..
En 1897, le psychologue américain , qui avait obtenu son doctorat de philosophie à l'Université de Leipzig, résume les conclusions de Fratscher ainsi. :
En 1906, Léon Fredericq explique ces résultats par un phénomène de , qui et précise en outre que .
Controverses Les controverses sont postérieures à l'usage de ces expériences comme parabole.
Le professeur Doug Melton, du département de biologie de l'université Harvard, déclare en 1995 :
En 2002, le , professeur émérite de zoologie à l'université d'Oklahoma, écrit . Cependant, il n'a pas répliqué le paramètre crucial des expériences : la température de l'eau de ses grenouilles a été augmentée de par minute (soit par seconde), ce qui représente une augmentation 7 fois plus rapide que celle de l'expérience mentionnée en 1897 et 2 fois plus que l'expérience de 1875 où la grenouille se débat en effet. Sa grenouille devient de plus en plus active et tente de s'échapper, tout comme celle de l'expérience de 1875.
Ces interventions n'empêchent pas la reprise de la parabole, ni le renouvellement des interprétations. Certains l'assimilent à l'argument de la pente savonneuse : une des raisons de l'échec de la perception d'un phénomène nocif est l'incapacité ou la réticence des gens à réagir ou à être conscients des changements modestes et graduels qui aboutissent à ce phénomène. Des sociologues le rapprochent de la notion de qui fait référence à des tendances lentes qui se perdent au sein de flux massifs et auxquelles les gens s’habituent sans réagir..
Notes et références Notes
Références
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