Le parc des Buttes-Chaumont est un jardin public situé dans le , un secteur nord-est de Paris, en région française Île-de-France.
Le parc est l'un des plus grands espaces verts de Paris : sa superficie est proche de . Ce jardin à l'anglaise imite un paysage de montagne : rochers, falaises, torrents, cascades, grotte, alpages, belvédères.
Inauguré le Quand le parc des Buttes-Chaumont avait pour but de «déconfiner» l’est de Paris pendant les dernières années du règne de Napoléon III, il s'agit d'une réalisation de l'ingénieur Adolphe Alphand et des paysagistes Jean-Pierre Barillet-Deschamps et Édouard André.
Toponymie La première hypothèse quant à l'origine du toponyme « Buttes-Chaumont » s'appuie sur la nature infertile et inculte des terrains sur lesquels le parc est aménagé. En effet, le sous-sol marneux et particulièrement gypseux, rendait le site stérile et impropre à la culture, si bien qu'aucune végétation n'avait réussi à s'y établir. Ainsi, les buttes étaient connues sous le nom de « Mont Chauve » ou « Chauve-Mont ». qui proviendrait du latin . Ces appellations auraient par la suite donné le toponyme « Chaumont » par contraction, comme l'expose le baron Haussmann dans ses Mémoires :
Parallèlement à cette explication, une seconde hypothèse est également avancée pour justifier l'existence du toponyme alternatif « Buttes Saint-Chaumont », lequel, quoique tombé progressivement en désuétude au cours du , existait aux ... Au , des communautés religieuses féminines s'étaient établies dans le quartier des buttes, et la coutume les avait désignées sous le nom de « Filles de Saint-Chaumont », puisqu'elles occupaient le site de l'ancien hôtel particulier du ministre Melchior Mitte de Chevrières, marquis de Saint-Chamond, également connu sous le nom de marquis de Saint-Chaumont ; cela aurait alors donné leur nom aux buttes.
Géographie Situation et accès thumb|left|Carte du de Paris. Le parc des Buttes-Chaumont est situé légèrement au-dessous du centre de la carte. Le parc des Buttes-Chaumont est situé dans le nord-est de Paris, dans le sud du (quartier du Combat.). Il est bordé par quatre voies principales : à l'ouest et au nord-ouest par la rue Manin, au nord-est par la rue de Crimée, au sud par la rue Botzaris et au sud-ouest par l'avenue Simon Bolivar.
Les stations de métro les plus proches sont les Buttes-Chaumont et Botzaris de la ligne 7 bis, sur son côté sud. Au nord et au nord-ouest, les stations les plus proches sont Laumière (ligne 5) et Bolivar (ligne 7 bis).
Le parc compte six entrées principales. En partant de la pointe sud et dans le sens des aiguilles d'une montre : porte principale : au sud, à l'angle des rues Botzaris et Simon Bolivar ; porte Secrétan : rue Manin, dans le prolongement de l'avenue Secrétan ; porte Armand-Carrel : place Roger-Madec, devant la mairie du ; porte de Crimée : au nord-est, à l'angle de la rue Manin et de la rue de Crimée ; porte de la Villette : à l'est, rue Botzaris ; porte Fessart : rue Botzaris, dans le prolongement de la rue Fessart.
Outre ces entrées principales, le parc compte neuf entrées secondaires.
Caractéristiques
thumb|left|Le haut des Buttes Chaumont. Avec une superficie de , le parc des Buttes-Chaumont est le cinquième plus grand espace vert de Paris, après le bois de Vincennes, le bois de Boulogne, le parc de la Villette et le jardin des Tuileries. Il s'agit également d'un des espaces verts parisiens présentant le plus grand dénivelé (plus de ), héritage des carrières sur lesquelles il a été créé.
Le parc a une forme en plan concave, son seul côté rectiligne se trouvant au nord-est (le long de la rue de Crimée). Les rues Manin et Botzaris l'entourent respectivement au nord-ouest et au sud-est. L'avenue Simon Bolivar, prolongeant la rue Manin sur , rejoint la rue Botzaris au sud en formant une pointe. Dans sa plus grande longueur, entre les pointes nord et sud, le parc mesure ; dans sa plus grande largeur, le long de l'extrémité est, il mesure . Au total, sa périphérie mesure .
Le parc comprend de pelouses, de boisements, d'enrochements et réservés à la circulation ( de voies et de chemins).
Quatorze voies sont situées dans le parc :
Avenue des Alouettes Avenue Alphand Avenue de la Cascade Route Circulaire-du-Lac Avenue de Crimée Avenue Darcel Avenue Édouard-Petit Avenue du Général-San-Martin Avenue de la Grotte Avenue Jacques-de-Liniers Avenue Jean-Cyrille Cavé Avenue des Marnes Avenue Michal Avenue Puebla
Géologie Le parc des Buttes-Chaumont s'inscrit dans le contexte géologique du Bassin parisien. Plus spécifiquement, le site prend place sur la marge occidentale de l'ensemble de collines de Belleville et Romainville, qui ferme au nord-est la plaine alluviale en forme d'amphithéâtre dans laquelle s'étend Paris. Cet ensemble collinaire culminant à à Belleville domine la plaine en contrebas, où la Seine, dont le méandre s'est au fil du temps déplacé, a incisé l'anticlinal de Meudon. Le processus d'érosion à l'ère quaternaire n'a laissé que quelques buttes, mettant ainsi à jour la majorité des formations tertiaires du bassin parisien : calcaires, gypse, argiles, sables et pierres meulières.
Les Buttes-Chaumont, comme la butte Montmartre, sont pour leur part essentiellement composées de roches gypseuses recouvertes par des couches marneuses (marnes bleues d'Argenteuil, puis marnes blanches de Pantin). Plus précisément, le sous-sol contient trois couches de gypse de puissance variable, entrecoupées de marnes. Ces formations gypseuses et marneuses appartiennent à l'étage supérieur de l'Éocène, le Ludien. Il y a approximativement d'années, le site des Buttes-Chaumont se trouvait dans un vaste complexe lagunaire puis lacustre dont l'évolution temporelle, marquée par les cycles de transgression et de régression, a modelé les différentes couches de gypse, appelées « masses de gypse ».
La troisième masse de gypse, qui repose au toit de la couche de marnes à pholadomyes, est la plus ancienne, la plus profonde et la moins puissante (épaisseur de l'ordre de trois mètres) : elle résulte de la formation d'une grande lagune évaporitique, marquant la fin de la sédimentation marine qui avait jusqu'alors cours.. Une couche de marnes à lucines la sépare de la deuxième masse de gypse, formation dont l'épaisseur est de l'ordre de cinq mètres, elle-même recouverte par une couche de marnes dite « d'entre-deux-masses » constituant la limite avec la première masse de gypse. Cette dernière couche, également nommée haute masse de gypse, est la plus récente et la plus puissante, avec une épaisseur avoisinant les quinze mètres.. Les première et deuxième masses de gypse sont les dépôts du lac évaporitique issu de la fermeture de la lagune qui avait permis la formation de la troisième masse de gypse.
Historique Du gibet de Montfaucon aux carrières de gypse thumb|alt=Enluminure médiévale en couleurs, représentant la pendaison d'un homme, avec plusieurs notables aux tenues colorées.|Pendaison d'Enguerrand de Marigny au gibet de Montfaucon, en 1315. Enluminure extraite des Grandes Chroniques de France. Avant son aménagement en un parc paysager, le site des Buttes-Chaumont faisait partie des lieux les plus désolés à proximité immédiate de Paris, et était affligé d'une sinistre réputation. En effet, du Moyen Âge jusqu'au , la justice royale était rendue au pied des buttes, là où se dressait le gibet de Montfaucon. Bien que la mise à mort des condamnés prît fin dès le , le gibet de potence ne fut démantelé qu'à partir de 1760, et ce, jusqu'à la Révolution française.
Le lieu des exécutions laissa aussitôt sa place à une vaste décharge à ciel ouvert, nommée voirie de Montfaucon, dans laquelle étaient épandus les ordures et les excréments issus des fosses d'aisances et collectés par les vidangeurs de ParisLa grande voirie de Montfaucon : équarrissage, boyauderie et asticots. Autour de cet insalubre dépotoir s'était développé un faubourg regroupant divers établissements que leurs incommodantes activités maintenaient en marge de la capitale : fabricants de produits chimiques et d'engrais agricoles extraits des boues de la fosse, équarrisseurs, tanneurs et producteurs d'asticots à destination des pêcheurs. Le site était dans la première moitié du , avant l'ouverture des abattoirs de la Villette, en 1867, le principal centre d'équarrissage parisien : chaque année, environ et étaient abattus et leurs cadavres jetés dans la fosse.., si bien que les odeurs méphitiques qui s'en dégageaient se répandaient sur la capitale, comme le rapporte l'ingénieur Alphand :
Le sous-sol des Buttes-Chaumont, alors dénommées « Butte Saint-Chaumont »Voir les archives numérisées de la ville de Paris de l'ancienne commune de Belleville avant son annexion en 1860, qui indique le nom « Butte Saint-Chaumont »., est exploité après la Révolution française, avec l'établissement de carrières de gypse et de pierres meulières, pour la construction des immeubles parisiens. Les carrières, qui se trouvaient à ce moment-là sur le territoire de l'ancienne commune de Belleville, sont exploitées jusqu'en 1860, année même de l'annexion de cette commune à la ville de Paris. Des chercheurs, tel que Georges Cuvier, ont mis au jour des fossiles de mammifères dans les carrières (dont le Palaeotherium, apparenté au cheval) datant de l'Éocène (il y a environ d'années)..
Projet d'aménagement paysager sous le Second Empire
Un parc urbain du nouveau réseau de promenades parisiennes La transformation du site des Buttes-Chaumont en un parc urbain intervint dans le cadre des travaux parisiens décidés par l'empereur Napoléon III, dont la planification générale fut confiée au baron Haussmann, préfet de la Seine. En premier lieu, le choix d'un tel aménagement urbanistique découla de l'extension de la ville de Paris, qui mit un terme à l'activité d'extraction du gypse. En effet, celle-ci était frappée d'une interdiction sur le territoire de la capitale depuis le ; aussi, les carrières, qui avaient été repoussées en périphérie de Paris, durent cesser leur activité dès que l'annexion des communes limitrophes prit effet, la juridiction parisienne s'étendant alors. L'emprise des carrières ne fut toutefois pas utilisable pour la construction, en raison des risques d'effondrement du sous-sol fragilisé par les fontis et la dissolution du gypse : aussi fut-il décidé d'y établir un parc.
thumb|alt=Peinture en couleur de style impressionniste d'une allée de platanes d'un parc de Londres au feuillage jaune, sous le soleil.|Les parcs londoniens, comme Hyde Park (peint ici par Camille Pissarro en 1890), inspirent la politique d'espaces verts de Napoléon III.
Outre ce motif, Napoléon III entendait doter Paris d'un réseau d'espaces verts, lesquels étaient au milieu du assez peu nombreux dans la capitale française. Lors de son exil en Angleterre, l'empereur français avait été séduit par la qualité et l'efficacité des parcs londoniens, conçus sous l'influence des thèses hygiénistes : aussi désirait-il importer ce modèle en France. L'ensemble de ces jardins publics devait répondre à deux ambitions impériales : d'une part, offrir des lieux d'agrément et de promenade à tous les citadins, indépendamment de leur classe sociale. ; d'autre part, métamorphoser Paris, cité alors « asphyxiée », en une ville verte, ce qui participait d'un dessein général d'assainissement et d'embellissement.
Les nouveaux espaces verts sont pensés pour s'articuler au sein d'un « système de promenades » hiérarchisé selon les dimensions de chacun d'eux. Ainsi, dans ce réseau qui se superpose aux autres réseaux techniques urbains., le parc des Buttes-Chaumont, comme les parcs Monceau et Montsouris, appartient aux parcs urbains, échelon intermédiaire entre les bois de Boulogne et de Vincennes, et les squares disséminés dans les quartiers parisiens..
Équipe du projet et phasage des travaux