B. Traven est le nom de plume d'un écrivain et scénariste anarchiste de langue allemande, de nationalité mexicaine à partir de 1951, dont la date et le lieu de naissance sont inconnus, mort à Mexico le . B. Traven est considéré comme un écrivain majeur du , auteur de plus d'une cinquantaine d'ouvrages, bien que son nom réel, sa nationalité ainsi que de nombreux détails biographiques demeurent ignorés ou sujets à interprétation. Il a longtemps vécu au Mexique où se situe l'action de nombre de ses œuvres, dont le Trésor de la Sierra Madre (Der Schatz der Sierra Madre), qui a été porté à l'écran par John Huston.

Depuis au moins 1926 et même 1907, B. Traven a cherché à brouiller les pistes sur son passé : comme auteur, seule comptait l'œuvre. Rolf Recknagel a démontré dans les années 1960, par des recherches sérieuses, qu'il avait été dans son passé acteur, journaliste et engagé dans la république des conseils de Bavière sous le nom de Ret Marut, proscrit pour qui l’anonymat comptait aussi.

Biographie

Le nom « B. Traven » apparaît pour la première fois sur la scène littéraire allemande en avec un court roman intitulé Die Baumwollpflücker (« Les Cueilleurs de coton ») : le manuscrit provient de Tampico, Mexique. Il est publié en feuilleton dans le journal berlinois Vorwärts á l'été 1925. Depuis 1926, à mesure que B. Traven se fait un nom, des enquêtes sur les origines de cet écrivain ne cessent de paraître. Il demeure encore aujourd'hui des doutes sur le lieu et la date de sa naissance, sur sa nationalité d'origine, ainsi que sur les conditions de son enfance et de son adolescence. Cependant, on connait désormais l'essentiel de son parcours.

La première biographie poussée de Traven est celle de Rolf Recknagel, parue sous le titre B. Traven, Beiträge zur Biografie à Leipzig en 1966, et plusieurs fois complétée et rééditée jusqu’en 1982 : cette dernière version, qui fait encore aujourd'hui référenceCharles Jacquier, « B. Traven, écrivain mystère et œuvre légendaire », Le Monde diplomatique, mars 2018, 25.« Repères bibliographiques », À Contretemps, n° 22, janvier 2006, mis en ligne le 21 janvier 2007, dernière modification le 21 novembre 2014, consulté le 26 mars 2024.Victor Keiner, « Sur les traces de B. Traven », À Contretemps, 34, mai 2009.Michael L. Baumann, « The Question of Idioms in B. Traven's Writings », The German Quaterly, printemps 1987, volume 60, 2, 172 : « literary scholars and critics — first in East Germany, then in the US — were able to show [...] that the works of B. Traven were [...] the continuation of the works of Ret Marut ». a été traduite en français par Adèle Zwicker sous le titre Insaisissable. les aventures de B. Traven aux éditions de L’Insomniaque en 2008. La biographie de Jan-Christoph Hauschild, B. Traven – Die unbekannten Jahre () se limite aux années de son enfance et de sa période allemande. Celle de Karl S. Guthke est aussi citée comme référencePierre Afuzi, « Marut/Traven : l’homme de l’ombre était homme de lumière », À Contretemps, 22, 2006, consulté le 13 novembre 2024..

Une des identités qui lui sont attribuées est celle d'Otto Feige, né à Schwiebus le . Les principaux autres pseudonymes de B. Traven sont Hal Croves et Traven Torsvan Divers pseudonymes..

B. Traven écrivait et parlait l’allemand, l’anglais et le français ; il parlait également deux langues indiennes du sud-est du Mexique.

L’acteur et auteur débutant Ret Marut

Les principaux événements de la vie de B. Traven après 1907 sont bien connus, grâce aux travaux de Rolf Recknagel, dont la plupart des conclusions sont généralement reprises et acceptées par la plupart des auteurs. L’identité entre les deux personnes se fonde sur une identité stylistique et idéologique. L’identité entre Ret Marut et B. Traven avait cependant été détectée dès les années 1930 par ses anciens amisClaire Auzias, « Traven est de retour », Chimères. Revue des schizoanalyses, 1997, 31, 39-55. pour qui la chose semblait évidente.

Après la Seconde Guerre mondiale, les articles identifiant les deux personnages se multiplient.

Ret Marut commence sa carrière de comédien en 1907-1908 au théâtre d’Essen et adhère à l’association des comédiens allemands. Pendant la saison hivernale de 1908/1909, la troupe à laquelle il appartient est embauchée par le théâtre d’Ohrdruf près de Gotha. Il s’établit ensuite à Crimmitschau en Saxe où il joue au théâtre municipal en 1909.

C’est là que débute sa relation intime avec Elfriede Zielke, 22 ans, qui joue les petits rôles de la . Elfriede Zielke et Marut entretiennent une relation de 1910 à 1914. Pendant toute l’année 1909, ils font des tournées en Allemagne centrale. En 1910, Marut prend des cours de théâtre à Berlin ; ils habitent dans la même rue. Ensuite, ils sont engagés dans une troupe itinérante de Berlin, jouant en Poméranie, en Prusse orientale et occidentale, en Posnanie et en Silésie. Marut est régisseur et metteur en scène. Un conflit éclate entre les salariés et la direction : Ret Marut est le délégué du syndicat des acteurs. Il correspond aussi avec l’actrice engagée Lily Braun. En , l’impresario de théâtre Bruno Rath engage Marut et Zielke pour une tournée en province à Posen, qui n’a guère de succès. Après avoir tenu divers rôles pendant quatre ans, Marut finit par obtenir un contrat à l’automne 1911 au théâtre municipal de Dantzig. En , Elfriede Zielke le rejoint. Le , leur fille Irène voit le jour ; mais ils ne jouent pas ensemble sur scène.

À l’automne 1912, Marut signe un contrat de trois ans avec le théâtre de Düsseldorf, l’un des théâtres allemands les plus renommés (Reformbühne), appartenant à un mouvement réformiste en Allemagne qui considère le théâtre comme une institution morale et pas seulement comme une entreprise commerciale. Sous la direction de Louise Dumont et Gustav Lindemann, des nouveaux principes d’esthétique et des formes plus raffinées de l’art de la mise en scène sont mis à l’épreuve. Les critères artistiques de l’établissement sont par conséquent beaucoup plus sélectifs que ceux du théâtre municipal de Dantzig. Il n’y joue que de petits rôles. En , il remplit un contrat temporaire à la revue Masken, dirigée par Dumont et Lindeman (et par Gustav Landauer en 1918-1919) et en juillet, il travaille brièvement au Kunstlertheater de Munich pour ses tournées d’été, interrompues par la déclaration de guerre.

À la fin de 1914, Elfriede Zielke et Ret Marut/Traven rompent leur relation ; elle a rencontré un autre homme qui lui déclare sa flamme avant d’être mobilisé au début de la Première Guerre mondiale. Elle lui promet le mariage sous la pression de sa mère et se sépare de Marut. Cette séparation inspire à Marut Lettre à l’honorable mademoiselle S..

À l’hiver 1915, il se produit avec le théâtre de Dusseldorf en tournée à l’arrière du front. Les espoirs de Marut d’accéder à des premiers rôles sont déçus. Il n’arrive pas à atteindre le niveau d’interprétation requis. Il ne va jamais au-delà des petits rôles inscrits dans son contrat. Les restrictions imposées par la guerre n’arrangent pas la situation dans le répertoire et il ne joue pratiquement plus que des rôles de serviteur ou de sous-fifre. Vers la fin de son contrat, Irène Mermet, comédienne stagiaire de 21 ans, originaire de Cologne, devient sa conjointe. Elle ne tient pas compte du désir de ses parents et s’inscrit à l’académie des arts du théâtre en 1915. C’est une jeune fille courageuse, intelligente, émancipée, libre penseuse. Elle se produit dans cinq pièces avec Marut mais bientôt, elle interrompt son stage à l’Académie, laissant ses frais d’études impayés. Le , il remet sa lettre de démission au directeur du théâtre de Düsseldorf

Il écrit plusieurs essais et articles à partir de 1911, et réussit parfois à se faire publier, y compris la satire Le Coquelicot dans Vorwarts de , malgré ses dénégations postérieures (cet essai est republié sous le titre L’Art de peindre dans Le MOineaU moucheté de BLeu). Dans Westermanns Monatshefte, il publie en 1915 Arrière-garde sans instruction au feu et en 1918 La Nonne. Dans Marz, il publie les nouvelles Le Soldat étranger, En plein brouillard et Indices en 1915 et 1916.

Le journaliste radical et le révolutionnaire vignette| La revue anarchiste Der Ziegelbrenner dirigée par Ret Marut. vignette|Plaque perpétuant le souvenir de B. Traven (Ret Marut) au 84 Clemensstrasse à Munich. La guerre de 1914 éclate, il n'est pas enrôlé, ayant déclaré être de nationalité anglaise, qu’il modifia en citoyenneté américaine à la déclaration de guerre. Il devient journaliste et écrivain.

En automne 1915, il part pour Munich accompagné d’Irène Mermet. Quand il va faire enregistrer son départ au commissariat de police de Düsseldorf le , il désigne Francfort-sur-le-Main comme devant être sa prochaine destination et Irene Mermet (qui utilise aussi Alda comme pseudonyme) indique Cologne. Ce faisant, ils brouillent volontairement les pistes. Il arrive à Munich le .

Début 1917, Marut traduit, en collaboration avec une personne inconnue, les Principes de reconstruction sociale de Bertrand Russel, sans autorisation de l’auteur. Cette traduction d’une œuvre fortement opposée à la guerre n’a probablement pas été publiée, ou à un très petit tirage. Secondé par Irene Mermet, sa nouvelle amie et collaboratrice, Marut publie des nouvelles pacifistes et surtout, il dirige à partir de 1917, malgré la censure, une revue anarchiste, Der Ziegelbrenner (Le Fondeur de briques) vendue sur abonnement, qu’il publie à partir de et anime avec Irene Memet une maison d’édition au nom de sa compagnonne. Les deux maisons ne sont contactables que par courrier via une boîte postale. Der Ziegelbrenner est également diffusé auprès de libraires partageant les opinions du couple.

Le , se déclenche la révolution allemande, à laquelle Marut participe activement avec Irene. Les évènements font grossir subitement le nombre d’abonnés au Ziegelbrenner, d’où sa réaction dans la revue :

En , il organise deux soirées où des lectures du Ziegelbrenner sont faites, l’orateur restant dans l’ombre.

Les catholiques du Bayerische Volkspartei remportent les élections du , mais les membres des conseils de soldats, d’ouvriers et de paysans réclament une deuxième révolution. Le , Kurt Eisner, un des leaders de la gauche, est assassiné par un membre de la société de Thulé, d’extrême droite. Le , c’est le début de l’éphémère république des conseils de Bavière. Dans ce contexte agité de l’automne 1918 et de l’hiver et du printemps 1919, Marut vilipende la presse capitaliste avant d’être nommé à la section de la presse et censeur par le congrès des conseils. Dès le , il présente un plan de socialisation de la presse, aussitôt accepté et mis en œuvre. Il est également membre de la commission pour la préparation du tribunal révolutionnaire et du comité de propagande.

La clandestinité et l’exil

Dans un climat de guerre civile, il est arrêté le , jugé de façon expéditive et condamné à mort. Mais il profite d’une bousculade au tribunal improvisé au palais de la Résidence et réussit à s'évader. Il erre dans la campagne quelque temps, prenant la parole dès qu’il le peut en faveur de la république des conseils, avant de réussir à reprendre de manière clandestine la publication du Ziegelbrenner. À Munich, son appartement est surveillé, perquisitionné et l’ensemble de ses biens saisis. Le , il est inscrit sur la liste des personnes recherchées, pour haute trahison. Irene Mermet/Aldor est arrêtée au cours de l’année, sans suites. En compagnie d'Irene, il erre pendant quatre ans et demi à travers l'Europe, sous divers pseudonymes.

En 1919, il publie un recueil des textes qui lui ont été refusés depuis dix ans : Der BLaugetupfe SPerlinG où il raille . Fin 1921, paraît le dernier numéro du Ziegelbrenner. Il semble qu’il survive quelque temps en vendant des poupées de chiffon qu’il fabrique lui-même.