thumb|La chaîne de montage de la Traction Avant en 1934 - Quai de Javel - Paris ( année). La Citroën Traction Avant est une automobile produite par le constructeur français Citroën de 1934 à 1957. Son histoire est liée dans la mémoire collective à l'Occupation, tour à tour voiture utilisée par la Gestapo et l'icône de la Résistance. Elle fut également le véhicule préféré des gangsters en version 15-Six, en raison de ses qualités routières exceptionnelles pour son époque, puissance et tenue de route.
Cette automobile disposait alors d'une particularité rare sur les automobiles de sa catégorie : les roues motrices étaient celles du train avant. Cette disposition fut inventée en 1926 par Nugue, Pierre Fenaille et Jean Albert Grégoire et c'est ce dernier qui mit au point la toute première voiture à roues avant motrices et directrices. Grégoire pilotera l'un des tout premiers prototypes de cette voiture, la "Tracta-Gephi". La traction fut l'innovation première de cette nouvelle Citroën. En France, cette technique sera rapidement associée à la Citroën, ce qui lui vaudra son surnom de « Traction », et plus tard le pléonasme « Traction avant ». La vraie nouveauté fut d'associer sur un même véhicule des solutions les plus modernes de l'époque : en plus du mode de transmission, une structure monocoque - inventée et brevetée par Vincenzo Lancia en 1918, des freins à commande hydrauliques et une suspension à roues indépendantes sur les quatre roues. La "Traction Avant" bénéficiait, quoi qu'il en soit, d'une meilleure tenue de route que la plupart de ses contemporaines, ce qui attisa l'imagination des publicitaires : « La Traction Avant dompte la force centrifuge ».. L'auto sans cesse améliorée par André Lefèbvre, a ouvert la voie à la production en grande série de véhicules équipés de cette technique, ses qualités lui permettront une très longue carrière et la production de M. Sabourdy (2008), p 64..
Historique Le concept de la traction
En 1897, la voiturette de Georges Latil inaugure le système nommé « avant-train ».
En 1904, apparaît aux États-Unis une imposante voiture de course à moteur transversal réalisée par Walter Christie. Avec la suppression de l'arbre de transmission central, qui permet d'abaisser le châssis donc le centre de gravité de la voiture, la traction ne laissera pas indifférents les constructeurs de machines de compétition.
En 1924, "Harry Miller" réalise une huit cylindres à deux arbres à cames en tête de deux litres de cylindrée, puis ), avec des tambours de freins placés en sortie de pont.
En 1928 et 1929, apparaissent des voitures à traction chez Tracta (France) et Alvis (Grande-Bretagne). En est lancée la première traction construite en petite série, bien qu'en faible quantité, la Cord L-29, pour son année de naissance, une huit cylindres en ligne équipée d'un Lycoming latéral de et d'une puissance de . Disponible en cabriolet, berline et berline découvrable, cette magnifique voiture attirera également les grands carrossiers comme "LeBaron" ou "Alexis de Sakhnoffsky". Elle fera admirer sa ligne surbaissée dans des concours d’élégance européens, notamment à Monaco en 1930. Victime de la crise économique, la "Cord L-29" sera retirée de la vente à la fin de 1931 après environ ont été produits.
En 1930, Stoewer présente la V5, modèle haut de gamme produit en très petites quantités (, pour le modèle de série commercialisé en 1931).
Au Salon de Genève de 1932, Adler expose sa "Trumpf traction", suspension à roues indépendantes. Cette traction est suivie de la "Trumpf Junior", de la "Trumpf de et d’un modèle de . Des versions de course de ces modèles souvent pourvus de carrosseries aérodynamiques feront de grands succès.
Au Salon de Paris 1934, soit six mois après le lancement de la Citroën Traction, la société Chenard et Walcker présente la , une traction dont la conception est un mélange d'éléments traditionnels et quelques notes de modernisme. Mais la firme de Gennevilliers ne dispose ni de moyens, ni du talent publicitaire d'André Citroën, et aujourd'hui, la est inconnue du public, 1..
Conception et développement de la Citroën Traction left|thumb|Modèle 7A de 1934 à malle borgne. L'année 1934 sera une année charnière, aussi bien pour la marque Citroën que pour son fondateur, André Citroën. Les finances de l'entreprise sont au plus bas. Aussi, Citroën se doit d'innover rapidement pour augmenter sa production qui baisse dangereusement et pour assainir les finances de sa société. La Rosalie se vend toujours bien, mais pas assez pour assurer la pérennité de la société. Le modèle qui doit permettre à Citroën de remonter la pente est présenté à Paris place de l'Europe le . Officiellement, il se nomme simplement 7 en raison de la puissance fiscale de , mais l'histoire de cette auto la rebaptisera « Traction Avant »..
Cette nouvelle Citroën, marque une réelle rupture avec la "Rosalie", se singularisant esthétiquement par sa ligne entièrement aérodynamiquePar rapport aux autres automobiles de l'époque., résultat de la mode du Streamline Moderne. Très différent de celui des productions contemporaines, le style de la carrosserie permet de se singulariser immédiatement aux yeux du public, interdisant toute confusion avec un modèle à transmission conventionnelle, .. Dans un premier temps, uniquement disponible en berline, cette nouvelle voiture offre une ligne moderne, œuvre du designer Flaminio Bertoni à qui l'on doit aussi plus tard le dessin de la 2 CV, l'Ami 6 et la DS. Le coupé et le cabriolet auraient été mis en forme par Jean Daninos le futur créateur des Facel Véga, mais cela n'est pas vraiment prouvé Facel-Vega, 1939-1964, Grand Tourisme à la française, Jean-Paul Chambrette, Dominique Bel, Michel G. Renou et Michel Revoy, édition ETAI 2012 (2 tomes sous coffret) .. Les premières "Traction Avant" se reconnaissent à une partie de leur toit en moleskine et non entièrement tôlé comme ce sera le cas plus tard, ainsi que par l'absence d'une malle ouvrant de l'extérieur.
La conception très rapide du bureau d'études, en dix-huit mois seulement, n'a pas permis de tester suffisamment la voiture. Donc les premiers clients feront les frais de cette absence de fiabilité. Les cardans de la transmission cèdent rapidement, entraînant la perte des roues avant, la « caisse monocoque » soudée n'est pas assez résistante, se déforme et se plie, le pavillon se déchire vers l'arrière, au niveau des soudures, sans parler de problèmes de moteur, un petit avec ses trop modestes , et la boîte de vitesses à 3 rapports. En effet, la Traction Avant ne reprend aucun les organes mécaniques de la Rosalie : sa conception est entièrement nouvelle et le réseau Citroën, n'est pas assez formé pour résoudre les problèmes techniques, prendre en charge et réparer les automobiles qui reviennent sous garantie.
Cependant, les ingénieurs Citroën n'auront de cesse d'améliorer et fiabiliser ce nouveau modèle, tout en étendant la gamme vers le haut, avec des mécaniques plus puissantes à moteur à quatre cylindres (Tractions 7B et 7C de neuf chevaux fiscaux, puis 7S, soit de l'ordre de à de cylindrée, soit jusqu'à , et Traction 11AL/11A de onze chevaux fiscaux, soit de l'ordre de de cylindrée) puis plus grosses, à moteur six-cylindres en ligne (Traction 15-Six) de 15 Chevaux fiscaux, soit de l'ordre de de cylindrée, et enfin à moteur huit-cylindres en V de vingt-deux chevaux fiscaux, soit de l'ordre de de cylindrée et , présentée au Salon de Paris de 1934, dont le moteur est issu de l'association et de la disposition en V de deux moteurs de Traction 11 (d'où le « 22 »). La "Traction 22" avait comme ambition de développer quelque Non trouvé le , forumchti.com.. Cette dernière motorisation restera à l'état de prototype et ne sera jamais produite en série.
De l'avis général, la Traction Avant est réellement devenue fiable et mûre à partir des modèles de 1936. Mais les déboires techniques de ses débuts auront raison de la société Citroën qui dépose le bilan et sera reprise par la famille Michelin, son principal créancier. Michelin restera donc propriétaire de Citroën jusqu'en 1968, date à laquelle la société "PARDEVI" (Participations et développement industriel), sera constituée avec le géant italien Fiat à qui Michelin vendra 49 % de Citroën et s'engagera à lui céder le reste avant 1975. L'opération sera bloquée par le général de Gaulle qui voulait que la marque puisse rester française.
Seconde Guerre mondiale Adoptée par l'armée françaiseVauvillier, F. & Touraine, J.-M. L'automobile sous l'uniforme 1939-40, Massin, 1992, , p. 57. et réquisitionnée par l'armée allemande dès 1940, la Traction est allée pendant la Seconde Guerre mondiale des sables du Libye aux plaines glacées et à la neige de Stalingrad. Elle sera le véhicule emblématique des hommes de la Résistance et des maquis régionaux, reconnaissable aux grandes lettres peintes FFI sur les portières pendant la Libération. Après-guerre, elle sera aussi la voiture de Pierrot le fou et du gang des Tractions Avant.
La paix revenue, la production de la Traction Avant reprend dès le second semestre 1945. Au Salon de Paris 1952, la voiture recevra une malle arrière rectangulaire avec un capot bombé. Quant à la 15, elle sera équipée en 1954 d’une suspension hydropneumatique testée sur l’essieu arrière (modèle 15-Six H), cette innovation sera ensuite montée l’année suivante sur les quatre roues de la DS. La même année, le président René Coty, fraîchement élu à l’Élysée, passera commande de deux 15 CV d’apparat, une limousine carrossée par Franay sur un dessin de Philippe Charbonneaux et un cabriolet réalisé par Chapron, p 4..
Fin de carrière vignette|Traction avec clignotants latéraux. vignette|Tractions bicolores. vignette|Autre exemplaire bicolore, de 1952. C'est à partir du moment où les journalistes ne s'intéressent plus à ce qu'ils considèrent comme une voiture vieillissante, que la Traction Avant va connaître une fin de carrière brillante. Les raisons en sont nombreuses : le rajeunissement, entrepris durant l'été 1952, commence par l'apparition de quatre clignotants latéraux avec un nouveau dessin du compteur et de la lèvre de tôle claire au sommet du tableau de bord ; à l'automne, c'est l'apparition d'une malle avec capot bombé, une sellerie entièrement repensée et une planche de bord deux tons, qui transforment l'intérieur de la berline, la rendant plus claire et plus gaie. Le succès est immédiat et la clientèle se porte de plus en plus vers la Traction Avant, laquelle, compte tenu de son rapport qualité/prix et de son habitabilité, restera jusqu'en 1957 une véritable affaire pour ceux qui ne sont pas très attentifs à la mode..
Seule ombre au tableau, la n'est toujours disponible qu'en une seule couleur : le noir, et ce jusqu'en 1953. La naissance de la Citroën DS, fin 1955, condamne à terme la Traction Avant, mais sa disparition demeure néanmoins lente pour une simple raison : la DS ne pouvant pas intéresser des dizaines de milliers d'usagers pour lesquels, acheter une Traction pour était une dépense acceptable, alors que la DS à , certes bien plus moderne, était inabordable et donc réservée à des catégories sociales plus aisées.
Compétition 220px|thumb|Citroën 15 Six de l'édition 1952 du rallye Monte-Carlo. En 1938 (version 11 légère avec Jerzy Strenger), 1955 (version Gr.VII Tourisme avec Jerzy ZaczeniukJerzy Zaczeniuk sur ewrc-results.com.) et 1956 (version -BL- Gr.VII avec Edward Niziołek) Citroën remporte le Rallye de Pologne dans ses catégories. En 1949, Gaston Gautruche est vainqueur à la Coupe des Alpes sur (BL). La même année trois sont aux trois premières places du Rallye des NeigesCitroën, des sportives efficaces.. En 1950 et 1951, deux victoires de catégories par années au Grand Prix d'Agadir, par Osstyn, et Larivière, coup sur coup. De 1950 à 1952, la voiture remporte à trois reprises consécutives le Rallye Lyon-Charbonnières (deux victoires de la , et une victoire de la ).