Dans la musique arabe traditionnelle, le maqâm () — en turc makam, en azéri mugham, qui signifie lieu sur lequel quelque chose est construit— est un système musical général, à la fois modal et mélodique, mais principalement mélodique. C'est « une technique d'improvisation » qui définit le développement possible d'un morceau de musique en termes de hauteurs et de motifs, et est « unique à la musique savante arabe ». Le « maqâm » est caractéristique de l'art musical des pays d'Afrique du Nord, du Proche-Orient et d'Asie centrale. On distingue cinq principales cultures musicales, toutes appartenant à la famille du maqam : persane, kurde, arabe, andalouse et turque.
Les maqâms (ou dans la forme plurielle arabe, « maqâmât ») peuvent être réalisés avec de la musique vocale ou instrumentale. L'aspect compositionnel, ou plutôt précompositionnel, du maqam est l'organisation tonal-spatiale, y compris le nombre de niveaux de tons, et l'aspect improvisation est la construction du système rythmique-temporel.
Les gammes utilisées sont construites à partir de secondes augmentées, majeures, neutres et mineures. Chaque maqâm est construit sur une gamme définie et est associé à une tradition qui définit ses phrases habituelles, ses notes importantes (dominantes et finales), son développement mélodique et sa modulation. Chaque maqam décrit le « facteur tonal-spatial », ou ensemble de notes musicales, et leurs relations, y compris les schémas traditionnels et le développement de la mélodie
Au contraire, la « composante rythmique-temporelle » n'est « soumise à aucune organisation définie ». Un maqam ne possède pas de « système de mesures établi et récurrent, ni de mesure immuable. Un certain rythme identifie parfois le style d'un interprète, mais cela dépend de sa technique d'interprétation et n'est jamais caractéristique du maqam en tant que tel. »
Histoire
La désignation « maqâm » apparaît pour la première fois dans les traités écrits au par al-Sheikh al-Safâdi et Abdulqâdir al-Maraghi, et est depuis utilisée comme terme technique dans la musique arabe.
Le mot maqâm signifiait le lieu où se jouait la musique ; par la suite, il désigna la modalité au Machrek. Maqâm signifie littéralement « station », d'une échelle mélodique en l'occurrence. Il a aussi le sens de « rang élevé » et désigne un modèle transcendant..
Avant l'adoption du terme maqâm, on utilisait dans les régions arabophones diverses appellations : saout (صوت) qui veut dire voix ou son, naghma (نغمة) qui veut dire mélodie ou tab'e (طبع) qui veut dire "nature" dans le sens de caractère.
Comme pour les râgas dans la musique indienne, les maqâmât sont associés aux 4 éléments, au jour et à la nuit et avaient chacun un caractère.
Chaque maqâm possède une couleur, un sentiment particulier, une nature. Les compositions basées sur ces maqâms constituent la base de la musique savante, urbaine. On retrouve les principaux modes du maqâm dans la musique populaire, mais de façon généralement moins élaborée. Ce système modal complexe se décline ainsi du Maghreb à la Chine, et constitue un corpus théorique d'une grande richesse, celui de la musique savante ou .
Issues d'un tronc musical commun remontant au , plusieurs branches représentent aujourd'hui les principales déclinaisons de ce système modal qu'est le maqâm : le maqâm arabe, le makam ottoman (Turquie), le maqâm cachemiri, le maqôm ouzbek, le mouqâm ouïghour, le dastgâh persan (Iran), et le mougham azéri.
Toutefois, le maqâm arabo-turc est devenu extrêmement modulant, changeant de tonalité toutes les cinq ou dix mesures parfois, alors que le dastgâh iranien est resté parfaitement tonal comme le râga indien.
Tempérament
Gamme harmonique
Les notes d'un maqâm ne sont pas définies en tempérament égal, ce qui signifie que les rapports de fréquence des notes successives ne sont pas nécessairement identiques, mais correspondent normalement à des rapports de fréquences s'exprimant par des fractions simples (comme pour la gamme naturelle).
La plupart des gammes « maqam » comprennent une quinte juste ou une quarte juste (ou les deux), et toutes les octaves sont justes. Les notes restantes d'une gamme de maqam peuvent ou non se situer sur des demi-tons. De nombreux maqâms possèdent des intervalles avoisinant le 3/4 de ton, à la différence des échelles occidentales « tempérées » (où la gamme est divisée sur la base de 12 intervalles sensiblement égaux par octave). Concrètement, cela reviendrait à définir un intervalle supplémentaire entre le si et le do par exemple, en plaçant une nouvelle note : le si ouj. Nous pourrions alors jouer cet intervalle (et cette note) et obtenir une « couleur » particulière correspondant à l'une de grandes « familles » de maqâm.
Cet intervalle reste fondé sur une fraction simple, mais alors que les gammes occidentales traditionnelles sont fondées sur des rapports de fréquences naturelles de trois (rapport de quinte) ou cinq (rapport de tierce), le rapport de fréquence de la seconde neutre s'apparente à un rapport de fréquence de onze : c'est celui qui apparaît dans la série des harmoniques (8/8) (Do), 9/8 (Ré), 10/8 (Mi), 11/8 (Fa+) et 12/8 (Sol) du cor de chasse, faisant paraître le (Fa) comme légèrement trop haut : Le rapport de fréquence de 11/8 correspond à un écart de 551.3 cent, dont la différence par rapport au quart de ton tempéré théorique (de 550 cent) est en pratique indétectable à l'oreille, surtout dans une ligne mélodique. L'intervalle de seconde neutre (ni majeure ni mineure) est donc en pratique celui (naturel) de la séquence Mi-Fa+-Sol du cor de chasse :
C'est pourquoi les gammes de maqam sont principalement enseignées oralement et par une écoute approfondie du répertoire de musique arabe traditionnelle.
Ajustements micro-tonaux
Les gammes « Maqam » de la musique arabe traditionnelle sont donc fondamentalement microtonales et non basées sur un système dodécaphonique à tempérament égal, comme c'est le cas dans la musique classique occidentale moderne.
Bien qu'utilisant les mêmes maqâms (mêmes noms et mêmes intervalles selon le mode), les musiciens des différentes contrées n'utilisaient pas les mêmes tempéraments et fréquences pour une même note. Ceci a été mis en évidence lors du Congrès de la musique arabe en 1932On a donné le la a plusieurs joueurs de qanûn de renommée et on leur a demandé d'accorder leurs instruments. Le résultat montre des différences, notamment pour les notes comme mi ou si..
Par rapport à la gamme naturelle, ces ajustements variables sont évocateur de la septième harmonique, qui par rapport à un Do fondamental représente un Si bémol très abaissé, Sib--, dans la séquence « Do Mi Sol Sib-- Do ». L'harmonique sept est à 969 cent du Do, donc pratiquement trente cents au-dessous du Sib tempéré et soixante-dix cents au-dessus du La pythagoricien. C'est de l'ordre du quart de ton, et n'est pas géré facilement par les notations modernes, mais il est donc probable que ces différents accords s'alignent en réalité sur les rapports harmoniques sept (quart de ton?) et onze (demi-ton).
Mais comme il est difficile de noter avec précision chaque intervalle microtonal possible, un système de notation musicale simplifié a été adopté en musique arabe au tournant du . Au , pour des raisons pratiques, les altérations sont au quart de ton le plus proche et on ne représente que deux ou trois altérations pour représenter les différents intervalles inférieur au demi-ton.
Approximation de la gamme tempérée
À partir d'une gamme chromatique, l'octave est divisée en 24 degrés égaux (24 tempéraments égaux), où deux quarts de ton équivalent à un demi-demi-ton dans une gamme tempérée égale de 12 tons. Dans ce système de notation, toutes les notes d'un maqâm sont arrondies au quart de ton le plus proche.
Ce système de notation n'est pas exact car il élimine de nombreux détails. Le système des 24 tons est une convention de notation . Mais cette convention est très pratique, car elle permet de noter les maqâmât selon la notation occidentale standard. Les quarts de ton peuvent être notés en demi-bémols (demi-bémol ou trait plat) ou en demi-dièses (demi-dièse). Transcrites selon ce système, certaines gammes de maqamat incluent des quarts de ton, tandis que d'autres n'en contiennent pas. Les écarts entre quarts de ton sont sensibles, mais à la limite de la sensibilité, rendant inutile en pratique une division plus fine de la notation :
Cependant, ces intervalles, bien qu'écrits à l'identique, sont joués différemment selon le maqâm dans lequel se trouvent les musiciens. Les musiciens arabes, tout en utilisant la nomenclature du système des 24 tons (demi-bémols et demi-dièses), exécutent souvent encore les détails microtonaux plus fins, transmis oralement jusqu'à nos jours. La notation tempérée n'affecte pas l'intonation précise des notes jouées, de même qu'un violoniste apprend à jouer des notes légèrement différentes suivant qu'il lit un Ré# ou un Mib..
Les maqâmât ne comportant pas de quarts de ton (par exemple, le Nahawand ou l'Ajam) peuvent théoriquement être joués sur des instruments à tempérament égal comme le piano. Cependant, ces instruments ne peuvent reproduire fidèlement les détails microtonaux de la gamme du maqâm. Les maqâmât peuvent être joués fidèlement soit sur des instruments sans frettes (par exemple, le oud ou le violon), ou sur des instruments offrant un degré suffisant d'accordabilité et de contrôle microtonal (par exemple, le nay, le qanun ou la clarinette). Sur les instruments frettés à cordes d'acier, le contrôle microtonal peut être obtenu par flexion des cordes, comme pour le blues.
L'intonation exacte de chaque maqâm varie selon la période historique et la région géographique (comme c'est le cas des accents linguistiques, par exemple). Pour cette raison, et parce qu'il est rare de noter précisément et précisément les variations microtonales d'une gamme tempérée dodécaphonique, les maqâm s'apprennent principalement par la pratique.
En théorie, une gamme tempérée permettrait de transposer dans n'importe quelle tonalité. En pratique, les maqâmât ne sont pas joués dans toutes les tonalités chromatiques et leur transposition est plus difficile que celle des gammes de la musique occidentale, principalement en raison des limitations techniques des instruments arabes. De ce fait, les demi-dièses sont rares dans les gammes de maqâm, et les demi-bémols les plus utilisés sont le mi demi-bémol, le si demi-bémol et, plus rarement, le la demi-bémol.
Armure
Il n'y a pas de consensus sur la façon de placer les altérations constitutives du maqâm sur l'armure et ceci pour deux raisons principales : Les maqâms sont formés de genres et les altérations ne sont pas les mêmes d'un genre à l'autre. Les musiques utilisant les maqâms sont essentiellement orales et l'utilisation de la notation du solfège n'a commencé qu'à la fin du et sans coordination entre les différentes régions. Enfin, les partitions deviendraient rapidement surchargées s'il fallait rendre compte de toute la palette des intervalles de certaines pièces.
Ci-dessous les différentes façons de faire — dans ce qui suit, les demi-bémols (resp. demi-dièses) observent le même ordre que les bémols (resp. dièses), on ne parlera donc que de bémols ou de dièses. Aucune règle : les altérations sont posées dans le désordre en mélangeant dièses et bémols. Les altérations constitutives des deux premiers genres sont placés sur l'armure. L'ordre adopté est le même que dans le solfège classiquesi-mi-la-ré-sol-do-fa pour les bémols et fa-do-sol-ré-la-mi-si pour les dièses. Il y a deux conventions : Les bémols sont mélangés aux dièses (ce qui ne se fait pas dans le solfège), les bémols précédant toujours les dièses. Selon le cas, soit les bémols sont placés sur l'armure et les dièses apparaissent comme des altérations accidentelles soit c'est le contraire.
Exemple : Le Maqâm Hijaz dans les différentes notations :