Roger Schutz (Roger Louis Schutz-Marsauche) ou Frère Roger, né le à Provence (canton de Vaud, Suisse) et mort assassiné le à Taizé (Saône-et-Loire, France), est un religieux suisse, fondateur de la Communauté de Taizé.

Biographie Formation

Roger Schutz est le dernier des neuf enfants du pasteur protestant originaire de Bachs en Suisse, Karl Ulrich Schutz, et d'Amélie Henriette Schutz-Marsauche, une protestante française originaire de Bourgogne.

Il naît et passe son enfance et sa jeunesse à Provence où son père est pasteur. De 1937 à 1940, Roger étudie la théologie protestante à la faculté de théologie protestante de Strasbourg et à Lausanne.

En 1940, à vingt-cinq ans, il s'installe en Bourgogne, près de la ligne de démarcation, indiquant . Il s'installe alors à Taizé, en Saône-et-Loire., où il acquiert « la maison de Taizé » proche de l'abbaye bénédictine de Cluny., pour fonder une « communauté d'intellectuels chrétiens »..

Il indique y avoir accueilli des réfugiés juifs., ce qui n'a pas été confirmé.. Mais de fait, il a hébergé de nombreux réfugiés, sous la surveillance de la gendarmerie et du commissaire de police de Mâcon, avec l'accord du préfet. Il a ainsi proposé à Madeleine Barot d'héberger des réfugiés sortant des camps d'internement.

En , après la fouille de sa maison par la Gestapo, il rentre en Suisse et forme une première communauté. Après la Libération, en , il retourne à Taizé. La même année, il est consacré pasteur à Neuchâtel.. Avec ses compagnons, Schutz vient en aide aux prisonniers de guerre allemands Taizé. L'impensable réconciliation, documentaire de Pierre Barnérias, produit en 2007. . Extrait disponible sur YouTube. puis aux enfants abandonnés de la région.

Fondation de la communauté de Taizé

Au fil des ans se développe la communauté de Taizé. Durant l'été et l'automne 1941, Roger Schutz rédige des « Notes explicatives », esquisse d'une règle. Ses premiers compagnons sont Max Thurian, étudiant en théologie, Pierre Souvairan, étudiant en agronomie, et Daniel de Montmollin. Le jour de Pâques 1949, ils sont sept hommes à s'engager pour la vie dans la chasteté, la communauté des biens, l'obéissance au prieur. Peu à peu d'autres frères se joignent à eux.

La confiance que témoigne au fondateur de Taizé le pape Jean XXIII joue un rôle important dans l'histoire de frère Roger. dira un jour Jean XXIII en accueillant frère Roger. Des mots que Jean-Paul II reprendra lors de sa visite à Taizé le , ajoutant : .. Quant au président Mitterrand, qui venait chaque année à Taizé, il confiait en 1985 à Marie de Hennezel : « Quand on me parle de se mettre en présence de Dieu, je pense toujours à Taizé »..

Du côté protestant, Roger Schutz a reçu l'appui de Marc Boegner, qui a prononcé un sermon à Taizé en 1962, à la veille de l'inauguration de l'église de la Réconciliation. La relation de confiance entre les deux hommes s'est maintenue jusqu'à la mort de Boegner..

À l'écoute des jeunes

Au milieu des années 1960, Roger Schutz demande aux membres de la communauté de se préparer à comprendre les jeunes, de les écouter. En 1970, il annonce un « concile des jeunes » qui réunit 50 000 personnes à Taizé, le 30 août 1974.

De 1962 à 1989, Roger Schutz visite la plupart des pays d’Europe de l’Est, parfois pour des rencontres avec des jeunes.

Il voyage aussi à travers le monde, parfois pour vivre parmi les pauvres (Calcutta, mer de Chine, un bidonville de Nairobi, le Sahel, Madras (Inde), Manille (Philippines), Johannesburg (Afrique du Sud), États-Unis, Canada, Chili. Son objectif étant d'encourager les jeunes à être porteurs de confiance et de réconciliation, là où ils vivent, unissant dans leur existence vie intérieure et solidarité humaine.

Rapprochement avec Rome vignette|Roger Schutz en 2003. D'origine protestante, Roger Schutz s'est, au cours des années, rapproché de l'Église et de la foi catholique, prenant ses distances avec la Fédération protestante de France et plus encore avec l’ecclésiologie protestante, se prononçant notamment en faveur du célibat des prêtres et d’un ministère universel du pape.

En 1980, lors d’une rencontre européenne de jeunes à Rome, en présence du pape Jean-Paul II, il déclara : « J'ai trouvé (…) ma propre identité de chrétien en réconciliant en moi-même la foi de mes origines avec le mystère de la foi catholique, sans rupture de communion avec quiconque »..

Cette évolution et, plus encore, la révélation de l’ordination comme prêtre catholique de Max Thurian en 1987, dissimulée durant un an, ont semé le doute et provoqué des tensions avec le protestantisme français.

Jean-Claude Escaffit et Moïz Rasiwala rapportent le « trouble profond » ressenti par le fondateur de Taizé, en apprenant l'ordination au sacerdoce catholique de Max Thurian, qui lui aurait été annoncée par lettre une semaine après, dans la perspective des conséquences désastreuses que cela pouvait avoir sur les relations œcuméniques. Par ailleurs, les auteurs affirment que Roger Schutz communiait exclusivement à l'eucharistie catholique depuis 1972, date de l'engagement du premier frère catholique dans la communauté, tandis que les protestants continuaient de célébrer le réformé. Aboutissement de cette évolution, Roger Schutz, Frère Roger, reçoit la communion du cardinal Ratzinger, lors des obsèques de Jean-Paul II, en .

En 2006, l'historien Yves Chiron, proche des catholiques traditionalistesJean-Yves Camus et René Monzat, Les Droites nationales et radicales en France : répertoire critique, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1992, ., révèle dans sa lettre d'information religieuse Aletheia que Roger Schutz se serait converti au catholicisme en 1972 sans que cela soit révélé au grand public. Sa profession de foi catholique aurait été reçue alors par l'évêque d'Autun, Armand Le Bourgeois, sans que cela soit annoncé publiquementSelon Yves Chiron, qui écrit: , puis ajoute : Cf. L’abjuration du Pasteur Sten Sandmark et la conversion du Pasteur Roger Schutz par Yves Chiron, in Aletheia , 01/08/2006. La nouvelle fut largement reprise dans la presse et notamment dans Le Monde du 6/09/2006 qui rapportait : Séguy, refusant le terme de « conversion », ajoutera ensuite à l’AFP : Cf. La communauté de Taizé explique la démarche de frère Roger.

Dans un ouvrage paru en 2008, Yves Chiron ne parle plus de conversion en 1972 ni pour frère Roger ni pour Max Thurian. Cf. Yves Chiron, Frère Roger, Fondateur de Taizé, Perrin, (2008), 269 à 271 et 342 à 344.. Alois Löser, successeur de Roger Schutz, déclare que l'information est inexacte. Il affirme qu'il n'y a pas eu de conversion à proprement parler ni de rupture avec ses origines, mais une volonté de rapprochementCf. Les catholiques revendiquent frère Roger, in Le Figaro, 6/09/2006 : d'après frère Alois, frère Roger « a accompli en 1972 une démarche qui n'a pas de précédent depuis la Réforme : entrer en « communion » avec l'Église catholique sans une « conversion » impliquant une rupture avec ses origines ». Dans le journal La Croix du 6/09/2006, frère Alois répond à la question : « Que s’est-il exactement passé en 1972 dans la chapelle de l’évêché d’Autun ? » par : « En 1972, l’évêque d’Autun de l’époque, Armand Le Bourgeois, lui a donné la communion pour la première fois tout simplement, sans lui demander d’autre profession de foi que le Credo récité lors de l’eucharistie, et qui est commun à tous les chrétiens. Plusieurs témoins étaient présents, trois de mes frères, un couple ami, ils peuvent l’attester. » Cf. Frère Roger a fait une démarche œcuménique tout à fait nouvelle, interview par Jean-Marie Guénois. tandis que le pasteur Gill Daudé, responsable du service des relations œcuméniques de la Fédération protestante de France parle lui de démarche de dépassement des clivages confessionnels.. Gérard Daucourt, membre du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens, indique pour sa part que frère Roger n'a pas triché « en cachant une conversion au catholicisme au sens où on l’entend habituellement ». Il « partageait la foi catholique dans le ministère et dans l’Eucharistie », « il vénérait la Vierge Marie » et il espérait «une proche restauration de l’unité visible entre tous les chrétiens», mais en voulant «vivre cela sans rupture avec quiconque»Cf. La démarche œcuménique de Frère Roger. Daucourt précise de plus : « Dans ses documents officiels, pour les personnes déjà baptisées, l’Église catholique ne parle pas de conversion au catholicisme mais d’admission à la pleine communion dans l’Église catholique. Plusieurs formes sont possibles pour accomplir cette démarche, mais dans tous les cas, elle comporte un document écrit et signé. Aucun document de ce genre n’existe concernant Frère Roger ».Voir aussi à ce propos l'entretien avec le cardinal Walter Kasper dans L'Osservatore Romano, 15/08/2008 : Roger Schütz, il monaco simbolo dell’ecumenismo, traduction française dans La Documentation catholique, , 04/01/2009 (Frère Roger, symbole de l'œcuménisme spirituel)..

Dans une lettre remise à Paul VI en 1975, Roger Schutz demandait que « la réconciliation des chrétiens s'accomplisse sans demander aux non-catholiques de passer par un reniement de leurs familles d'origine »..

Assassinat vignette|La sépulture de Roger Schutz.|alt= Le au soir, alors qu'il participe à la prière commune avec pèlerins présents à Taizé, Roger Schutz est poignardé mortellement. par Luminița Solcan, une déséquilibrée roumaine de trente-six ans., qui s'était introduite au milieu du chœur des Frères.

Luminița Solcan

Le 15 ou le , elle achète un laguiole à Cluny, puis se rend à Taizé, où elle tue Roger Schutz..

En 2007, diagnostiquée paranoïaque et schizophrène, elle bénéficie d'un non-lieu psychiatrique, puis elle est internée au centre hospitalier spécialisé de La Chartreuse, à Dijon. Le , alors qu'elle est toujours à l'asile de La Chartreuse, elle est poignardée de de couteau par la femme partageant sa chambre, et qui s'était fait volontairement interner la veille.. Grièvement blessée, elle survit et elle demande à être transférée en Roumanie, dans un établissement psychiatrique à Pădureni-Grajduri (Iași), près de sa mère...

En 2016, elle porte plainte contre le centre hospitalier, son agresseuse étant, elle aussi, déclarée pénalement irresponsable..

Funérailles Les funérailles de Roger Schutz se déroulent le en l'église de la Réconciliation de Taizé en compagnie des membres de la communauté de Taizé et de personnalités politiques et religieuses, parmi lesquelles Horst Köhler, président de l'Allemagne, Nicolas Sarkozy, ministre français de l'Intérieur, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président du Conseil de la Fédération protestante de France, l'évêque luthérien Wolfgang Huber, président de l'Église protestante en Allemagne, l'archiprêtre Mikhail Goundiaïev, représentant du Patriarcat orthodoxe de Moscou, en présence de plus de douze mille personnes.

Les obsèques sont présidées par le cardinal Walter Kasper.

Au lendemain de sa mort, Bruno Frappat écrit : ..

Roger Schutz est inhumé dans le cimetière du village de Taizé.

Prix vignette|Remise du prix de la paix des libraires allemands à Francfort en 1974. Prix de la paix des libraires allemands, Francfort, 1974 Prix Templeton, Londres, 1974. Prix Unesco de l'éducation pour la paix, 1988 Prix international Charlemagne, 1989 Prix Robert Schuman, Strasbourg, 1992. Award for an international humanitarian service, Université de Notre Dame, Indiana, États-Unis (Prix pour un service humanitaire international, Université de Notre Dame, Indiana, États-Unis), 1997 Dignitas Humana Award, Saint John’s University, Collegeville, Minnesota, États-Unis (Prix pour la défense de la dignité humaine, Université Saint John, Collegeville, Minnesota, États-Unis), 2003

Citations « Une des pures joies d'Évangile est d'avancer encore et toujours vers une simplicité du cœur qui entraîne à une simplicité de vie ».