thumb|Un automoteur de grande capacité croise un convoi de barges sur la Seine près de Paris thumb|right|Écluse de Beaucaire sur le Rhône
Le transport fluvial en France est un mode de transport de marchandises et de passagers qui utilise le réseau de canaux et de rivières navigables situés sur le territoire national. En 2023, le transport fluvial représentait environ 2 % de l'ensemble du trafic terrestre national, soit une baisse par rapport aux années précédentes. Le réseau fluvial français s'étend sur environ de voies navigables, le plus long d'Europe, mais seuls sont affectés au trafic de marchandises, et environ sont adaptés par leur gabarit à une exploitation commerciale moderne.
Les principales marchandises transportées sont les matériaux de construction, les produits agroalimentaires, les produits énergétiques, les conteneurs, colis lourds et véhicules, les produits chimiques et les produits métallurgiques. Plus de 50 % de ce trafic est concentré sur le bassin de la Seine, reliant les ports de Rouen et Le Havre à l'Île-de-France et aux régions céréalières environnantes. Viennent ensuite le bassin Rhône-Saône, qui se rejoignent à Lyon, et celui du Rhin.
Le rôle du transport par voie fluviale est beaucoup plus limité que dans les pays voisins dotés d'un réseau fluvial similaire, comme l'Allemagne, la Belgique et les Pays-Bas. Plusieurs raisons peuvent être évoquées, notamment l'absence de concentrations humaines en dehors de l'Île-de-France, la faiblesse des volumes de marchandises traditionnellement pris en charge par ce mode de transport, liée notamment au déclin rapide de la production de charbon après la Seconde Guerre mondiale, au déclin de l'industrie sidérurgique et au poids du nucléaire dans la production d'énergie. Entre 2000 et 2010, le trafic fluvial a néanmoins progressé de 10 % en tonnes-kilomètres. Le trafic fluvial français est fortement handicapé par l'absence d'interconnexions entre ses bassins fluviaux. Le principal développement du réseau planifié est la construction d'une liaison à grand gabarit entre le bassin de la Seine et la Belgique, le canal Seine-Nord Europe, dont les travaux ont démarré en 2022. En , la société maître d'ouvrage a lancé la consultation pour la réalisation de l'écluse de Noyon, marquant une étape importante dans l'avancement du projet.
La présence d'un réseau de grande longueur en partie délaissé par le trafic de marchandises et traversant des régions rurales a favorisé en France l'essor de la plaisance fluviale. Ces dernières années, plusieurs expériences de dessertes fluviales régulières au sein d'agglomérations comme Paris ont été lancées.
Les quatre principaux ports intérieurs fluviaux de France sont ceux de Paris, Lyon, Strasbourg et Lille.
Les acteurs du transport fluvial dénoncent un sous-investissement chronique de l’État, notamment depuis une trentaine d'années. Le budget est à nouveau en nette baisse en 2017 et 2018. En 2023, le fret fluvial a reculé de 10 % en France, pénalisé par le ralentissement du secteur du BTP et la baisse des exportations de céréales.
Le réseau des voies navigables
En 2010, le réseau public fluvial comprend de voies d’eau navigables. Celles-ci sont constituées d'une part de rivières navigables de manière naturelle ou grâce à des aménagements (dragages, barrages, écluses) d'autre part de canaux artificiels dont les plus anciens remontent au : de voies d'eau sont affectées au transport de marchandises : sont à grand gabarit, c'est-à-dire qu'elles permettent de faire passer des navires de plus de , tandis que sont à petit gabarit ; de voies d'eau secondaires à petit gabarit sont ouvertes au tourisme fluvial (trafic de passagers, plaisance…).
Le réseau est divisé en cinq bassins qui sont reliés entre eux par des canaux ou rivières qui ne permettent de faire passer que des navires à petit gabarit : le bassin de la Seine centré sur un axe à grand gabarit qui utilise le cours de la Seine et l'Oise aval et qui va du Havre à Montereau ; le bassin Nord-Pas-de-Calais qui regroupe un ensemble de canaux autour du canal Dunkerque-Escaut à grand gabarit ; le bassin Rhône Saône constitué essentiellement par ces deux fleuves dont le cours a été aménagé par la Compagnie nationale du Rhône pour produire de l'énergie électrique et permettre le passage des péniches à grand gabarit dans les années 1980 ; transport de conteneurs au Port de Lyon Édouard Herriot (PLEH), créé avec le CNR en 1935 pour les "vraquiers" ; le bassin de la Moselle dont la principale voie navigable emprunte ce fleuve et a été mis dans les années 1960 au grand gabarit () depuis la frontière franco-allemande jusqu'à Neuves-Maisons dans la banlieue de Nancy ; le bassin Est qui comprend essentiellement la partie du Rhin située en territoire français qui voit passer un important trafic de transit mais dessert également deux ports fluviaux importants : Strasbourg et Mulhouse. thumb|centre|800px|Réseau navigable français
Le développement du réseau navigable Les voies à petit gabarit représentent une longueur de , mais sont constituées par des tronçons en impasse, non reliés entre eux. Le projet Rhin-Rhône a été abandonné en juin 1997 par Dominique Voynet, Ministre de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement de l'époque. Il pourrait revenir d'actualité par un tracé de la Saône à la Moselle, parallèle au canal des Vosges actuel. La liaison Seine-Est a fait l'objet d'études dans les années 1990, sans suite concrète.
Le projet Canal Seine-Nord Europe
Le projet du canal Seine-Nord Europe qui doit relier le bassin parisien au réseau fluvial du Nord et du Benelux par une voie à grand gabarit, après avoir été repoussé à plusieurs reprises, a débuté en 2022. Le canal long de 106 km, large de 54 mètres et profond de 4,5 mètres permettra le passage de convois de . Quatre ports fluviaux doivent être construits près de Péronne, Cambrai, Noyon et Nesle. Le trafic prévu à l'horizon 2028 est de 12 à 15 millions de tonnes par an.
Le tracé du Canal Seine-Nord Europe a été divisé en 6 secteurs techniques chacun répondant à un calendrier précis. Les travaux d’infrastructure démarrés en 2022, concerne le secteur 1 (Compiègne-Passel), en 2024 et 2025 ils concernent les secteurs 2,3 et 4, écluses et Pont-Canal de la Somme. Cette phase de chantier concerne : les opérations de terrassement et le creusement du canal, la construction des ouvrages, le rétablissement des voies de circulation, la phase de remplissage.
La gestion du réseau de voies navigables
La plus grande partie du réseau, soit a été confiée par l'État à VNF (Voies navigables de France), un établissement public français créé en 1991 pour gérer le réseau des voies navigables en France. Le patrimoine géré par VNF comprend de voies navigables dont de canaux et de fleuves), 419 barrages, 1602 écluses. Son effectif est d'environ 350 personnes répartis au siège et dans 7 Directions territoriales, auxquelles se rajoutent agents du ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de la Mer.
Environ de voies navigables ont été transférées à des régions (Bourgogne, Pays de la Loire) et 700 km sont gérés directement par l'État. Certaines sections sont gérées dans le cadre de concessions par des syndicats mixtes ou par les ports maritimes comme Le Havre.
D'après un rapport remis au gouvernement en 2018, les investissements de l'’État sont trop faibles pour « redresser une situation qui se traduit déjà par une fragilisation du réseau ». Du fait de ce manque de financement, Il est question de fermer à la navigation les 20 % du réseau fluvial les moins fréquentés.
Le transport de marchandises thumb|Le pousseur Occitania et sa barge chargée de charbon à destination de la centrale thermique d'Ivry en Seine en amont de Paristhumb|Le trafic de conteneurs est en forte croissance sur la Seine
En 2009, le secteur fluvial a transporté 56,1 millions de tonnes (hors trafic rhénan) pour 7,4 milliards de tonnes-kilomètres, soit environ 3,7 % de l'ensemble du trafic terrestre national. La décennie 2000-2009 a donc vu l'enrayement de la baisse continue du transport fluvial depuis les années 1970, notamment avec l'apparition de nouvelles filières émergentes telles que le transport fluvial de déchets.
Dans les principaux bassins de navigation, qui sont aussi ouverts sur les pays voisins, la part modale est supérieure à 15 %. La moyenne nationale est en effet peu significative car les deux-tiers des départements, situés grosso modo au Sud-Ouest d'une ligne Sète-Le Havre, ne sont pas desservis par la voie d'eau (sauf dans certains cas l'activité touristique). Le trafic a décliné après la Seconde Guerre mondiale, principalement à cause de la baisse des flux de matières pondéreuses, notamment le charbon. Ces dix dernières années le transport fluvial a progressé de 9 % en tonnes-km. Il a mieux résisté à la crise économique de 2008 (-1,1 % entre 2008 et 2009) en maintenant que le transport ferroviaire (-24 %) et routier (-18,6 %). Les voies à grands gabarit () assurent 80 % du trafic. La TIPP est au tarif plein.
Dans les années post-crise, le transport fluvial connaît une légère contraction avant de repartir de plus belle, progressant de 7,2 à 7,9 milliards de tonnes-kilomètres entre 2012 et 2013.
En 2020, le fret fluvial représente 3,23 du fret terrestre en France.
La ventilation par bassin fluvial et nature de marchandise Les principales marchandises transportées sont les matériaux de construction (sable, gravier, etc.) qui représentent 32,2 % du total en M t-km en 2009, les produits agroalimentaires dont les céréales (30,4 %), les produits énergétiques dont le charbon et le pétrole (15,1 %), les conteneurs, colis lourds et véhicules (9,8 %), les produits chimiques (6,4 %) et les produits métallurgiques (6,1 %). Plus de 50 % de ce trafic (3,9 M t-km) est concentré sur le bassin de la Seine qui met en relation deux ports importants, Rouen et Le Havre avec une zone de consommation importante, l'Île-de-France, et une région de production céréalière. Viennent ensuite le bassin Rhône-Saône et le port de Lyon (1,28 M t-k), le Rhin (1,107 M t-k), le Nord-Pas-de-Calais (0,79 M t-k) et le bassin de la Moselle (0,54 M t-k).
La navigation fluviale a produit en 2002 un chiffre d'affaires de 600 millions d'euros. Cependant si la France possède le plus long réseau de voies navigables d'Europe, elle ne l'utilise pas suffisamment notamment pour le transport des marchandises car tout le réseau n'est pas adapté au gabarit et normes européennes et parce qu'il manque des canaux de liaison entre certaines parties du réseau.
Le trafic fluvial est divisé en trois sous-secteurs : la navigation intérieure, le trafic fluvio-maritime réalisé par des navires qui circulent sur une partie du trajet en mer (300 millions de t-km soit 5 % du total), le transit rhénan qui regroupe l'activité sur le Rhin sans arrêt dans un port français.
Le poids du fluvial dans les modes de transport en France et en Europe Le rôle du transport par voie fluviale est beaucoup plus faible en France que dans les pays voisins dotés d'un réseau fluvial similaire comme l'Allemagne (64 M t-km) , la Belgique (8,75 M t-km) et les Pays-Bas (45 M t-km). Plusieurs raisons structurelles expliquent la faible part du transport fluvial en France, notamment l'absence de fortes concentrations humaines en dehors de l’Île-de-France, la faiblesse des volumes pris en charge, qui sont normalement transportés par le réseau fluvial, liée surtout au déclin rapide de la production de charbon après la Seconde Guerre mondiale et le poids de l'énergie nucléaire dans la production d'électricité. Entre 2000 et 2010, le trafic fluvial a néanmoins progressé de 10 %.
La flotte fluviale thumb|Un automoteur moderne grand gabarit dans l'écluse de la « Cave » sur la Seine