Élisabeth PhilippeDe nombreux ouvrages donnent « Philippine » comme deuxième prénom, mais celui-ci est bien orthographié « Philippe » sur le registre des baptêmes (1764) de l'église Notre-Dame de Versailles. Consultable en ligne : http://tc.fr/baptelisabeth - folio 37 verso. Le prénom Philippe était également féminin, aux siècles passés, bien que son usage fût rare. Marie Hélène de France, dite Madame Élisabeth, née le à Versailles et morte guillotinée le à Paris, est le huitième et dernier enfant du dauphin Louis et de Marie-Josèphe de Saxe. Sœur du roi Louis XVI, elle lui apporte un soutien indéfectible durant la Révolution française.
Emprisonnée avec la famille royale en 1792 et appelée à comparaître devant le Tribunal révolutionnaire sous la Terreur, elle est condamnée à mort et exécutée. Le processus en vue de sa béatification est en cours.
Biographie Enfance Née au château de Versailles le jeudi , vers une heure du matin, elle est baptisée le jour même dans la chapelle royale par l'archevêque de Reims, Charles Antoine de La Roche-Aymon, en présence de son grand-père le roi , de sa grand-mère, la reine Marie Leszczynska, et des membres de la famille royale. Jean-François Allart (1712-1775), curé de l'église Notre-Dame de Versailles, paroisse où est situé le château, rédige l'acte de baptême qui occupe une demi-page du registre et fait signer ses paroissiens. L'acte suivant mentionne le baptême d'une pauvre enfant naturelle. Le parrain de la princesse est son oncle par alliance, l'infant , duc de Parme, Plaisance et Guastalla, représenté par le duc de Berry, Louis Auguste de France (futur Louis ), et sa marraine est son arrière-grand-tante Élisabeth Farnèse, princesse de Parme, reine douairière d'Espagne, qui lui donne son prénom et est représentée par Madame, fille aînée du roiRegistre des baptêmes (1764) de l'église Notre-Dame de Versailles. En ligne : http://tc.fr/baptelisabeth - folio 34 verso.
Orpheline royale La naissance de la princesse est, pour la famille royale, le seul rayon de soleil de cette décennie marquée par les deuils et les défaites. Commencée pendant la guerre de Sept Ans qui se termine en 1763 par le désastreux traité de Paris, elle a confronté le roi aux morts prématurées de sa fille aînée, la duchesse de Parme, qui meurt au cours d'un séjour à Versailles, de l'aîné de ses petits-fils, le duc de Bourgogne qui meurt à l'âge de 10 ans en 1761. Le duc de Parme meurt au début de 1765. Le dauphin, père de la petite Élisabeth, meurt de la tuberculose l'année suivant la naissance de sa fille. L'arrière-grand-père de Madame Élisabeth, Stanislas Leszczynski, roi de Pologne détrôné placé sur le trône de Lorraine par son gendre français, meurt accidentellement en février 1766. La Lorraine perd alors son indépendance et devient une province française. La dauphine qui a contracté la maladie de son mari en le soignant meurt à son tour en 1767. Elle laisse cinq enfants survivants dont l'aîné, le futur Louis XVI, a 13 ans. Enfin, la reine Marie Leszczyńska, grand-mère de Madame Élisabeth, meurt en juin 1768.
Élisabeth de France fait donc ses premiers pas au sein d'une famille en deuil. Sa première compagne de jeu est sa sœur de six ans son aînée, Clotilde, que son embonpoint fait méchamment surnommer par la cour .
Éducation princière Confiée avec sa sœur Madame Clotilde aux soins de la comtesse de Marsan, Madame Élisabeth reçoit une excellente éducation et se passionne pour les sciences.
Elle a pour maître de mathématiques Antoine-René Mauduit.
Marie-Thérèse de La Ferté-Imbault, fille de Madame Geoffrin, sera sa préceptrice de philosophie et deviendra son amie. Madame de La Ferté-Imbault fournira également à la comtesse de Marsan des textes pour les petites comédies jouées par Madame Élisabeth et Madame Clotilde.
Alors qu’elle est encore enfant, sa gouvernante, la comtesse de Marsan, l’emmène avec sa sœur aînée aux salons de peinture officiels. Par la suite, la princesse montre de réelles dispositions pour le dessin, et le musée de Versailles conserve quelques-unes de ses œuvres.
La princesse apprend à jouer de la harpe mais chante extrêmement faux.
Réputée pour sa piété, Madame Élisabeth a en ce point été influencée par Mesdames tantes, filles de Louis XV.
Elle a six ans lorsque son frère Louis-Auguste, devenu dauphin après le décès de son aîné Louis de France, épouse une archiduchesse d'Autriche, Marie-Antoinette.
Cette même année 1770, sa tante « Madame Louise », proche de sa jeune nièce sur laquelle elle a une certaine influence, entre au carmel de Saint-Denis afin de prier pour le salut de son père. Sœur Thérèse de Saint-Augustin y rend le dernier soupir le après avoir proféré ces paroles stupéfiantes : .
Le , meurt et Louis-Auguste devient roi à l'âge de 19 ans, sous le nom de .
L'éducation de « Madame Élisabeth » est alors confiée à la baronne de Mackau (1723-1801), qui sait conquérir l'affection de la princesse et dont la fille Marie-Angélique de Mackau devient l'amie la plus proche.
Sœur du roi droite|vignette|Élisabeth Philippe Marie Helene de France, vers 1775. Quelques mois plus tard, tandis que la princesse assiste au sacre de son frère, le jeune Louis XVI, en la cathédrale de Reims, sa sœur « Madame Clotilde » est mariée au prince de Piémont. La jeune Élisabeth, à peine âgée de 11 ans, voit avec peine sa sœur, dont elle est très proche, quitter Versailles pour Turin.
L'âge du mariage ou d'un établissement conforme à son rang approche également pour Élisabeth.
Un mariage a été envisagé avec Joseph de Portugal, fils aîné de la reine , mais les négociations ont été interrompues. En 1777, elle est pressentie pour épouser le frère de Marie-Antoinette, l’empereur , deux fois veuf, sans enfant et de 23 ans son aîné. Mais, elle obtient de de pouvoir rester à Versailles.
Faute de prince à lui faire épouser, le roi lui propose la charge de coadjutrice de la prestigieuse abbaye de Remiremont en succession de leur tante Christine de Saxe, mais elle refuse de devenir abbesse commendataire. Selon certaines sources, elle aurait préféré les joies de la Cour et la compagnie de son médecin et ami de cœur, le docteur Dacy avec qui elle aurait vécu un amour platonique.
Cependant, en 1779, la princesse, qui a 15 ans, se consacre à Dieu en décidant de ne pas se marier. Cette décision prémonitoire lui permettra plus tard de suivre librement la famille royale dans ses épreuves.
À la même époque, elle obtient l'autorisation d'avoir sa propre maison et des revenus en propre. Avec l'accord du roi, elle nomme immédiatement sa compagne de jeu Marie-Angélique de Mackau comme première dame d'honneur.
Montreuil gauche|vignette|Marie-Louise-Adélaïde Boizot, Portrait de Madame Élisabeth, 1780. thumb|right|Domaine de Montreuil (Versailles, Yvelines), état actuel. En 1781, à la suite de la faillite retentissante des Guéméné, offre le domaine de Montreuil, racheté aux Rohan-Guéméné et situé non loin du château de Versailles, à sa sœur cadette Élisabeth. C'est Marie-Antoinette qui en fait la surprise à celle-ci. Lui ayant proposé une promenade à Montreuil, où Madame Élisabeth, alors âgée de 19 ans, se souvient d'avoir joué étant enfant, la reine lui annonce : . Madame Élisabeth y séjourne jusqu'en 1789.
À Montreuil, la princesse fait venir de Suisse la promise de son vacher qui se morfondait et fait célébrer leur mariage en l'église Saint-Symphorien. C'est l'origine de la fameuse comptine Pauvre Jacques.
Favorable à la variolisation qui permet de se prémunir contre la petite vérole, maladie contagieuse mortelle et fréquente, qui touche indifféremment toutes les couches de la population, laissant au mieux d'horribles cicatrices sur le visage, elle fait appeler son médecin, Le Monnier. Celui-ci la trouve entourée de ses dames mais aussi des paysans de ses terres qui peuvent ainsi bénéficier gracieusement des progrès de la médecine dans le dispensaire qu'elle a créé.
Elle se prive également pendant quatre ans des étrennes que le roi lui donne afin qu'une de ses dames de compagnie, mademoiselle de Causans, puisse constituer la dot nécessaire à son mariage avec Anne-Bernard-Antoine, marquis de Raigecourt-Gournay, gentilhomme lorrain dont elle est éprise.
Révolution vignette|Adélaïde Labille-Guiard, Madame Élisabeth de France, vers 1787.
Le , Madame Élisabeth atteint l'âge de la majorité légale. Le lendemain, elle assiste avec toute la famille royale, en l'église Saint-Louis de Versailles, à la messe solennelle célébrée pour l'ouverture des États généraux.
Le , le dauphin s'éteint à l'âge de 7 ans au château de Meudon. Le roi ayant demandé à reculer la date de réception des députés pour se remettre de son deuil, se voit opposer une fin de non-recevoir. Madame Élisabeth se rapproche de la reine, sa belle-sœur, pour soutenir le roi. Le , la famille royale est ramenée de force par le peuple à Paris.
Alors qu’elle aurait pu se retirer avec ses tantes au château de Bellevue près de Meudon, elle choisit de partager le sort de son frère. Elle dispose désormais d’un appartement aux palais des Tuileries, à Paris.
Malgré les apparences, la princesse tenait parfois tête à son frère ou à sa belle-sœur Marie-Antoinette. Leurs affrontements portaient sur des choix de stratégie politique, la princesse adoptant une position ultra, sans la moindre concession aux partisans d’une monarchie constitutionnelle.
Dès 1790, elle soutenait le principe d’une alliance des émigrés avec les puissances étrangères dont elle attendait le salut ce qui, de facto, constitue une trahison du gouvernement de la France de l'époque. Par l’intermédiaire du comte de Virieu, entre autres personnes, elle correspondait régulièrement avec le comte d’Artois, son frère, émigré à Turin puis à Coblence dont elle partageait les idées.
Une de ses lettres au comte d’Artois fut découverte un jour sur un officier qui la transportait, et la missive fut remise pour examen à l’Assemblée Nationale. La princesse Élisabeth disait du roi qu’il se laissait mener par ses ministres vendus à l’assemblée, et qu’il n’y avait rien à espérer sans aide extérieure. Elle recommandait au comte d’Artois d’agir par lui-même, l’engageant à mettre les autres souverains d’Europe dans leurs intérêts, car, disait-elle, Louis XVI est si faible qu’il signerait sa propre condamnation si on l’exigeait de lui.
Elle s’opposa également à la constitution civile du clergé et à toute mesure qui diminuait les prérogatives royales ou celles de l'Église.
En juillet 1790, au sein d’une association qui secourt les pauvres, elle fait vœu de se consacrer au Cœur immaculée de Marie « pour obtenir la conservation de la religion en France ». Pour commémorer ce vœu, elle offre à la cathédrale de Chartres un Cœur de Jésus joint au Cœur de Marie, faits tous les deux en or pur. Ils y sont toujours conservés.
« Mesdames tantes » quittent la France pour les États du pape en 1791 et proposent à leur nièce de les accompagner. « Madame Élisabeth » choisit encore une fois de rester avec le couple royal.
Elle accompagne son frère et sa belle-sœur lors de leur fuite à Varennes avortée vers Montmédy, le .
Un an plus tard exactement, les révolutionnaires forcent les portes du palais des Tuileries pour intimider Louis XVI et l’inciter à renoncer à exercer son droit de veto sur diverses mesures préconisées par l’assemblée. Confondue avec la reine, Élisabeth fait face aux émeutiers déchaînés sans les détromper sur son identité.
Incarcération
La monarchie prend fin à l'issue de la journée du 10 août 1792 : les bataillons de fédérés bretons et marseillais et les insurgés des faubourgs de Paris prennent le palais des Tuileries. L'Assemblée nationale législative suspend Louis XVI et l'incarcère, le 13 août, avec sa famille, à la tour du Temple.