Le temple de Ptah situé à Memphis est le principal temple égyptien voué au culte de Ptah. Il portait le nom d'Hout-ka-Ptah, ce qui signifie en égyptien ancien, le Château du KaLe ka est une des parties vitales de tout être divin ou humain selon la mythologie antique du pays de Ptah. Ce temple occupait la majeure partie de l'enceinte principale de la cité.
Un certain nombre d'indices permettent d'en comprendre les principaux développements sans toutefois en assurer un aspect fiable nous permettant d'en donner une restitution complète, car le site en raison de son antiquité, de son rôle dans l'histoire du pays, de son emplacement à la pointe du delta du Nil non loin de la nouvelle capitale de l'Égypte moderne du Caire qui utilisa largement les sites de la région en tant que carrière, ne présente en effet à ce jour que de rares vestiges épars peu à peu encerclés par le développement urbain de toute la région.
Son emplacement a longtemps été perdu après la destruction de la ville au et seuls les témoignages des auteurs classiques et des chroniqueurs du Moyen Âge permettaient d'en attester l'existence et d'en apercevoir la grandeur passée. Actuellement seuls les vestiges de sa salle hypostyle et de son pylône sont encore visibles, le reste de l'édifice n'ayant toujours pas été retrouvé car probablement enfoui sous la ville de Mit-Rahineh qui s'élève de plus en plus près de la zone archéologique du site.
La salle hypostyle a été commandée sous le règne de . Sa décoration s'est poursuivie sous le règne de son fils et successeur Mérenptah comme l'attestent les dédicaces qu'il fit sculpter sur le soubassement de granite des murs de la salle. y rajoutera également son empreinte en y inscrivant sa titulature à la suite de ses illustres ancêtres.
La salle hypostyle et le pylône furent rajoutés au temple de Ptah déjà existant et qui s'est ainsi vu agrandi sur un modèle proche du grand temple d'Amon-Rê de Karnak, preuve de l'attention nouvelle et particulière que les ramessides portèrent à la vieille divinité memphite.
Pour restituer une image de ce complexe religieux il convient donc de consulter les descriptions d'historiens, de géographes ou de savants de l'Histoire qui ont pu visiter le site soit dans l'Antiquité, alors que le temple déjà millénaire fonctionnait encore, soit celles plus tardives des voyageurs arabes qui parcoururent ses ruines. Les premières tentatives d'identification ont été réalisées et entamées à partir du . À la fin du les savants de Bonaparte ont authentifié le site et ouvert la voie aux premières explorations. Puis les fouilles archéologiques sont venues peu à peu rendre à cet héritage des traces tangibles esquissant ainsi un tableau un peu plus précis bien que certains pans entiers de l'ensemble restent encore dans l'ombre.
L'enceinte de l'Hout-ka-Ptah
vignette|upright=1.5|Restitution du parvis occidental du grand temple de Ptah à Memphis - (Dessin : Franck Monnier)
La grande enceinte dont le tracé a pu être relevé et certains vestiges et fondations explorés lors de différentes fouilles réalisées au puis au , était bâtie en brique crue et dans son développement principal actuellement connu remonte à la fin de la Basse époque voire de la période Ptolémaïque.
Elle forme un périmètre quadrangulaire irrégulier orienté est-ouest nord-sud dont le mur oriental, le plus long côté de l'enceinte, mesurait plus de six-cents mètres de longueur. L'angle sud-ouest a été plus particulièrement étudié en raison de la présence des ruines d'un petit temple dédié à Ptah-qui-est-au-sud-de-son-Mur ainsi que d'une chapelle de . Le tracé présente à cet endroit la forme d'un redan et d'une tour d'angle démontrant qu'au moment de sa restauration, à la fin de l'époque pharaonique et peu de temps avant la conquête romaine, le mur adoptait probablement cette forme constituée d'une succession de larges bastions formant saillie. Ce type d'enceinte est caractéristique de l'époque et se retrouve sur d'autres grands sites contemporains le long du Nil.
L'enceinte agrandie est certainement venue englober les principaux lieux de dévotion qui s'étaient établis tout autour du grand temple de Ptah. Elle devait impressionner par son étendue et sa puissance et son entrée principale se trouvait au sud, le temple étant alors tourné vers l'orientation du monde selon les anciens Égyptiens. Une porte monumentale ouvrait sur la cité populeuse, riche de son passé de capitale politique du pays depuis des générations, et de sa proximité des grandes nécropoles royales de l'Ancien Empire.
Trois autres accès étaient placés aux trois autres points cardinaux et ouvraient sur les différents quartiers principaux de la ville. La zone des palais à l'est, les nécropoles à l'ouest et au nord sur la seconde grande enceinte de Memphis. L'identification de ce tracé et des principaux accès correspond à la description qu'en a faite l'historien grec Hérodote qui visita le site à l'époque de la seconde invasion perse soit peu de temps avant la prise du pouvoir par Alexandre le Grand puis les Ptolémées.
Il est possible que ce tracé ait alors repris un schéma plus ancien de l'urbanisme du site. En effet, en raison de la sainteté des lieux et du rôle prépondérant que jouait le dieu Ptah dans le couronnement et les jubilés royaux, cette enceinte a connu divers développements liés aux adjonctions et agrandissements réalisés par les différents pharaons qui voulaient laisser un témoignage de leur piété envers la vieille divinité memphite.
puis son fils entament un programme architectural de vaste ampleur à Memphis, y bâtissant des propylées et reconstruisant le sanctuaire du dieu. Les traces de ces édifices indiquent que la majeure partie de ces agrandissements se situèrent à l'ouest de l'Hout-ka-Ptah, du côté du district d'Ânkh-Taouy, réputé pour ses champs cultivés qui s'étalaient jusqu'au pied du désert de Saqqarah.
L'étude du site a révélé que le Nil, qui devait alors couler non loin du temple de la , s'est déplacé au fil des siècles vers l'est dégageant de nouvelles terres permettant un élargissement de la cité et de ses sanctuaires dans cette directionCf. D. G Jeffreys & H. S. Smith, in Memphis et ses nécropoles au Nouvel Empire, 1988, The eastward shift of the Nile's course through history at Memphis, . Sous les puis s le grand temple de Ptah s'y développa et du même coup son enceinte qui suivit les agrandissements successifs que les Ramsès commandèrent en l'honneur du grand dieu de Memphis dont le culte avait une grande importance.
Lors de la Troisième Période intermédiaire, c'est une nouvelle fois la partie occidentale du téménos qui reçoit les attentions des pharaons des et s. Ils commandèrent à leur grand prêtre de Ptah de nouveaux monuments et agrandirent probablement le périmètre sacré. fait ainsi bâtir pour le temple du dieu une avant-cour, dotée de colonnades et d'un pylône, qui est baptisée le Château de Millions d'Années de Sheshonq, l'aimé d'Amon.
Il semble en revanche que le mur sud soit aligné sur celui de l'enceinte du palais et du temple édifiés à la par Mérenptah le fils de . Cela démontrerait alors que la limite méridionale du téménos était donc déjà identique à cette époque encore plus ancienne de l'histoire du temple. D'autres hypothèses militent davantage pour le Nouvel Empire pour des enceintes séparées qui étaient reliées entre elles par des voies processionnelles.
De telles voies ont pu être identifiées notamment au sud du site, où l'une d'elles lui est parallèle et rejoint un petit temple dédié au dieu principal de Memphis, là où l'enceinte tardive marque son angle sud-ouest. Une autre partant de la grande porte méridionale du temple, pointait probablement vers l'enceinte d'un temple dédié à Hathor. Dans les années 1970, un petit temple-reposoir ou un sanctuaire d'une des formes de la déesse a été retrouvé le long de cette voie sacréeCf. A. el-Sayed Mahmud, A new temple for Hathor at Memphis, 1978, ouvrage qui publie les premières fouilles du site. Il devait former une des étapes sur le chemin emprunté par les barques divines lors de certaines grandes processions.
L'Hout-ka-Ptah occupait alors le centre de ce complexe de temples qui habitaient littéralement la cité antique.
La porte nord de l'Hout-ka-Ptah
vignette|Statue d' usurpée par Mérenptah trouvée dans la partie nord de l'Hout-ka-Ptah - Ägyptisches Museum, Berlin
C'est toujours Hérodote qui nous donne le témoignage le plus éloquent de l'aspect des entrées du temple de Ptah. Selon cette évocation, au nord de l'enceinte se trouvait un grand propylée construit par un roi qu'il nomme Moéris et que la plupart des égyptologues s'accordent à identifier avec de la Hérodote, Livre , ..
Cette partie de l'aire sacrée de Ptah correspondrait donc au développement le plus ancien du sanctuaire et de fait c'est à proximité qu'ont été découvertes des statues royales dont certaines dédiées à des pharaons de l'Ancien Empire des et s. On citera pour exemple des statues de Khéphren, de Mykérinos, de Niouserrê et de Menkaouhor. De petit format elles sont exposées au Musée du Caire et ont longtemps constitué les seuls portraits des pharaons de cette période jusqu'aux découvertes récentes faites en Abousir et à SaqqarahSur les circonstances de cette découverte, et une brève analyse stylistique, voir G. Maspero in Le Musée égyptien : recueil de monuments et de notices sur les fouilles d'Égypte, et planches à . Pour une description des statues consulter G. Maspero, Guide du visiteur au Musée du Caire, 1902, , cat. 37 à 41.
D'autres remontent au Moyen Empire ce qui, outre le fait que cela correspondrait au texte de l'historien antique, indiquerait probablement l'emplacement d'un sanctuaire dédié au culte des ancêtres du roi. On peut en effet rapprocher la découverte de ces reliques de celles retrouvées dans les temples de Karnak à ThèbesVoir la Chambre des ancêtres aujourd'hui conservée au Musée du Louvre et provenant du grand temple d'Amon-Rê de Karnak et les découvertes de Georges Legrain en 1905 dans la cour de la cachette où des statues de rois de l'Ancien Empire ont été retrouvées, ceux d'AbydosTemples de et de , ou encore de Sarabit al-Khadim dans le Sinaï où précisément les souverains de la firent édifier une chapelle affectée au culte de leurs prédécesseurs sur le trône d'Horus, ornée de textes dédicatoires et de statues royales.
C'est probablement dans ce secteur qu'il conviendrait de placer les grandes stèles portant les annales historiques des dynasties dont plusieurs fragments ont été retrouvés hors contexte mais que les égyptologues identifient comme provenant de Memphis. On citera notamment la fameuse pierre de Palerme qui enregistre les annales officielles depuis les premières dynasties jusqu'au règne de Néferirkarê Kakaï de la , dont les morceaux sont aujourd'hui dispersés entre le Musée de Palerme, le Musée du Caire et celui de Petrie à Londres. Un autre fragment analogue a été découvert réutilisé comme soubassement d'un des grands colosses de , et enregistre cette fois les annales du règne d'. La pierre est toujours sur le site dans les ruines du pylône occidental du temple de Ptah qui comprend de nombreux remplois provenant de différents sites de la région et du temple même.
Dans la partie nord-est de l'enceinte les sondages de Joseph Hekekyan au milieu du ont permis de mettre au jour des talatates, signe d'un remploi du Nouvel Empire, pour l'édification d'une nouvelle partie du temple à l'époque ramesside. Ces petites pierres en calcaire, de format régulier, sont caractéristiques d'un édifice construit sous le règne d'Akhenaton. Elles attestent ainsi les sources qui plaçaient à Memphis un temple dédié au culte du dieu Aton que les chercheurs s'accordent à placer à l'est de l'Hout-ka-Ptah, non loin du quartier palatial de la cité.