La remilitarisation de la Rhénanie, ou occupation de la Rhénanie, désigne l'installation d'éléments armés de la le dans la Rhénanie démilitarisée depuis la signature du traité de Versailles.
En réponse à la ratification par le Parlement français le du pacte d'assistance franco-soviétique, Hitler fit réoccuper la zone démilitarisée de la Rhénanie pour rétablir la souveraineté du Reich sur sa frontière occidentale et continuer à transgresser les dispositions du traité de Versailles. Une telle action n'entraîna aucune réponse française aux conséquences fâcheuses pour l'Allemagne nazieSeulement quelques protestations de la part de la France (sur le fond) et du Royaume-Uni (sur la forme). et constitua une nouvelle étape dans le programme d'Hitler pour refaire de son pays une grande puissance militaire.
Création de la Rhénanie démilitarisée
thumb|Zones d'occupation en Rhénanie en 1923 : belge en jaune, britannique en rouge, française en bleu, territoire du Bassin de la Sarre en vert. Après la Première Guerre mondiale, les dispositions de l'articles 42 du traité de Versailles interdisaient à l'Allemagne de conserver des places fortes, non seulement sur la rive gauche du Rhin, mais encore dans une zone de à l'est du fleuveFriedensvertrag von Versailles, 28 juin 1919, article 42. Source : .. L'article suivant prévoyait que tout mouvement de troupe était interdit à l'Allemagne dans cette zone. Si elle violait ces dispositions, ce serait considéré comme un acte hostile envers les puissances signataires et comme une atteinte à la paix du monde, articles 43 et 44.. Les accords de Locarno du avaient encore renforcé ces dispositions. On prévoyait qu'une violation des articles 42 à 44, faite sans provocation, serait considérée comme une agression de la part de l'Allemagne et qu'elle ferait jouer le paragraphe 1 de l'article 2 du Traité entraînant une action des puissances signataires contre l'Allemagne. Si l'Allemagne transgressait ces dispositions, l'affaire devrait être portée devant la SDN pour y être discutée..
L'occupation de la Rhénanie à partir de 1919 fut assurée par les troupes françaises (avec une tête de pont à Mayence), américaines (tête de pont à Coblence), britannique (tête de pont à Cologne) et belges (qui occupaient Aix-la-Chapelle, Neuss et Xanten). De à , la zone américaine allait le long de la Moselle, de la frontière luxembourgeoise jusqu'au Westerwald en passant par Coblence où les troupes américaines avaient leur quartier général..
Les dispositions concernant la Rhénanie servaient surtout à satisfaire le besoin de sécurité de la France. Il est vrai que les troupes françaises qui devaient en principe y rester stationnées pendant quinze ans se retirèrent avant la date prévue, le , quand l'Allemagne eut adopté le plan Young, mais cela ne rendait pas caduques pour autant les dispositions concernant la démilitarisation. Cependant, aux yeux d'Hitler la Rhénanie en bloc était d'une grande importance, à la fois pour des considérations économiques et pour sa politique de réarmement car c'était dans les parties démilitarisées de la Ruhr que se trouvaient traditionnellement les usines qui fabriquaient le matériel de guerre du ..
Date de l'opération Hitler avait prévu cette occupation pour 1937. Qu'il ait fait entrer les troupes allemandes en Rhénanie dès le printemps 1936 tient avant tout à la situation internationale qui était favorable à Hitler.
Guerre d'Éthiopie À cette occasion, la seconde guerre italo-éthiopienne a joué un rôle majeur, car elle a détourné l'attention des puissances occidentales du centre de l'Europe vers la périphérie. Les divergences des puissances occidentales sur les sanctions à imposer à l'Italie ont provoqué une dégradation des relations franco-britanniques et un rapprochement entre l'Italie et l'Allemagne. Le conflit a contribué de manière décisive à ébranler les résultats de la conférence de Stresa.
Pacte d'assistance franco-soviétique de mai 1935 Depuis , date à laquelle Hitler a quitté la Société des Nations (SDN), la France veut renforcer sa sécurité et cherche une alliance à l'Est. Louis Barthou puis Pierre Laval, ministres des Affaires étrangères, entendent pour cela mettre en place un traité d'aide et d'assistance en cas d'agression avec l'URSS. Berlin prévient que la signature d'une telle alliance sera vue comme un ..
Le prétexte pour faire entrer les troupes allemandes dans la zone démilitarisée et bafouer ainsi les dispositions du traité de Versailles et des accords de Locarno était pour Hitler la ratification par le Parlement français du pacte d'assistance franco-soviétique, le . Déjà, le , la France et l'URSS avaient conclu un pacte de non-agression par lequel les deux parties s'engageaient à rester neutres dans le cas d'une attaque par un tiers. À l'expiration de ce pacte, le , un nouveau traité d'assistance mutuelle entre les deux pays fut signé à Moscou. Il faut le comprendre comme une réaction à la menace évidente que faisaient courir à la sécurité de la France les préparatifs de guerre de l'Allemagne nazie. L'Allemagne estimait que si ce pacte d'assistance mutuelle devait être approuvé par le Parlement français, il n'y aurait plus de possibilité d'un rapprochement avec la France. Malgré tout, le pacte fut ratifié par le Parlement français le , ce qui devait servir de prétexte à Hitler pour réoccuper la Rhénanie.
Avant l'opération en Rhénanie, Hitler s'assura auprès de Mussolini que l'Italie n'interviendrait pas auprès de la France dans le cas d'une réaction allemande à la ratification du traité par le Parlement français. À l'ambassadeur allemand à Rome, Ulrich von Hassell, Mussolini fit remarquer le que lui aussi considérait ce pacte comme Document 5, « Bericht von Hassells über die Unterredung mit Mussolini am 22. Februar 1936 in Rom », . et que l'Italie ne réagirait pas à une réaction de l'Allemagne, autrement dit qu'elle ne participerait pas à une éventuelle attaque contre l'Allemagne menée par la France et le Royaume-Uni à la suite de l'opération d'Hitler en Rhénanie.
Autres motifs Outre le conflit en Éthiopie qui détournait l'attention et la ratification du pacte d'assistance franco-soviétique, des considérations de politique intérieure jouèrent un rôle important dans la décision d'Hitler. Fin mars, des élections au Reichstag devaient avoir lieu en Allemagne et Hitler espérait par la réoccupation de la Rhénanie obtenir l'accord enthousiaste de la population.
Comme raison officielle de cette mesure, cependant, c'est la ratification du pacte d'assistance mutuelle franco-soviétique que le gouvernement allemand mit en avant, prétendant qu'il s'agissait d'une violation des traités de Locarno, puisque les États signataires s'y étaient engagés à mener une politique de paix les uns envers les autres, tandis que le pacte était clairement dirigé contre l'Allemagne. Celle-ci, par conséquent, ne se considérait plus comme liée par les obligations découlant du traité et le elle entra dans la Rhénanie démilitariséeL’entrée des troupes allemandes dans la Rhénanie démilitarisée fut justifiée par le gouvernement allemand dans son , qui fut remis aux ambassadeurs à Londres, Paris, Rome et Bruxelles le 7 mars 1936. On trouve ce mémorandum dans les Akten zur deutschen auswärtigen Politik (ADAP), série C, le Troisième Reich. première année, 5, 123..
Entrée des troupes allemandes le 7 mars 1936
L'opération « Exercice d'hiver » () commença sur un ordre de Hitler, à la suite duquel, le , le ministre de la Guerre, Werner von Blomberg, donna à titre provisoire l'ordre d'entrer dans la zone démilitarisée de Rhénanie. Mais c'est seulement le que l'ordre définitif fut donné par Hitler et le lendemain que la date définitive (le ) fut fixée par Blomberg qui, pour la réoccupation de la Rhénanie, choisit le jour du Souvenir des Héros qui était une date historique. Le Conseil des ministres lui-même ne fut informé par Hitler de cette opération que le .
Le au matin, trois bataillons de la pénétrèrent en Rhénanie, et des garnisons s'installèrent à Aix-la-Chapelle, Trèves et Sarrebruck. Le ministre de la propagande allemand, Joseph Goebbels, qui avait particulièrement soutenu l'occupation de la Rhénanie, raconte dans son journal avec quel enthousiasme la population avait accueilli la nouvelleLa citation parle de l'enthousiasme (). Source : .. Dans le même temps, les ambassadeurs à Paris, à Londres, à Rome et à Bruxelles donnèrent les explications du gouvernement allemand pour justifier cette entrée des troupes allemandes. Le même jour à Hitler convoqua le et tint devant lui un des discours dans lequel il justifiait la réoccupation par le fait que le Parlement français avait ratifié le traité d'assistance avec l'URSS, et il assura que l'Allemagne ne désirait que la paix. Il prononça ensuite la dissolution du afin de donner au peuple allemand la possibilité de donner son consentement solennel à la politique qui s'achevait ce jour-là et qui visait à restaurer l'honneur national et la souveraineté du pays.. Les élections législatives allemandes de 1936 comportent ainsi un vote plébiscitaire, pour demander au peuple allemand s'il approuve cette remilitarisation. Il remporte de « oui ».
Le mémorandum du gouvernement allemand, qui fut remis aux ambassadeurs le , se fondait sur le fait que les engagements pris par la France dans son nouveau traité n'étaient pas compatibles avec ses obligations qui découlaient de l'accord sur la RhénanieADAP, 14.. Là aussi, Hitler proposait la création d'un système de paix européenne, qui prévoyait, entre autres, la création d'une zone démilitarisée des deux côtés de la frontière, la conclusion d'un pacte de non-agression entre l'Allemagne, la France et la Belgique pour une période de 25 ans, un pacte aérien destiné à assurer la sécurité de l'Europe, des pactes de non-agression avec les pays situés à la frontière orientale de l'Allemagne sur le modèle du pacte de non-agression entre la Pologne et l'Allemagne et le retour de l'Allemagne dans la SDN.
Réactions en Europe Devant le coup de poker d'Hitler, nombre d'intellectuels français plaidèrent pour une attitude conciliante de la France. Dans le chapitre 6 de ses Mémoires, Raymond ARON cite plusieurs réactions d'intellectuels. Léon BRUNSCHVICG lui fit cette réflexion à propos de la visite du ministre des affaires étrangères à Londres: "Cette fois, heureusement, les Britanniques s'efforcent de nous calmer" . Dans le journal Marianne du 11 mars 1936, E. BERL écrivit: "Le pire serait d'exciter de plus en plus le bellicisme allemand". Autre exemple émanant du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Il incitait le gouvernement à "rompre de façon la plus catégorique avec une longue tradition de routine et d'erreurs, dont la plus néfaste a été l'occupation du bassin de la Rhur (...). La seule solution honorable pour tous et efficace pour la paix est la rentrée de l'Allemagne dans la SDN et sur la base de l'égalité absolue des droits et des devoirs". Jean GUEHENNO qualifia ce manifeste d'"admirableRaymond ARON, Mémoires, Paris, Julliard-France Loisirs, 1983, 778p, pp. 136-137, ".