Bye Bye Belgium (nom de code : Tout ça (ne nous rendra pas la Belgique)) est une émission spéciale de la RTBF diffusée le ; il s'agit d'un faux documentaire de la chaîne de télévision généraliste publique belge francophone, La Une, considéré par la chaîne comme un docufiction, et qualifié de canular par une partie de la presse. Alors que les téléspectateurs, qui viennent de regarder le journal télévisé, s’apprêtent à suivre deux reportages de l’émission Questions à la Une à forte connotation communautaire et aux titres polémiques, Va-t-on supprimer les indemnités de chômage en Wallonie ? et Les Flamands sont-ils plus corrompus que les Wallons ?, une édition spéciale diffusée en direct à partir de interrompt la programmation au début de laquelle le présentateur vedette du journal télévisé François de Brigode annonce la déclaration unilatérale d’indépendance de la Flandre.
Principe de l'émission L’objectif annoncé était, dans le prolongement de la série d’émissions sur l’histoire du pays depuis l’indépendance, intitulée « Moi, Belgique », de présenter une enquête sur l’avenir de la Belgique, réalisée auprès de la population, et de susciter le débat..
Des reportages sur les premières conséquences de la sécession, dont la fuite du roi Albert pour le Congo-Kinshasa ou le blocage des frontières entre les régions, sont diffusés, ainsi que des réactions « à chaud » d’hommes politiques comme Herman De Croo, de personnalités médiatiques comme Axelle Red, Philippe Geluck, Jean-Luc Fonck ou de simples citoyens.
L’émission, d’une durée d’environ , est en fait une fiction. Elle est suivie d’un débat, réunissant des représentants des principales familles politiques francophones et néerlandophones, sur ce que cette fiction avait de vrai et d'envisageable.
Indices d'une fiction thumb|right|200px| La Dame au cochon / Pornocrates de Félicien Rops Le lancement de l’émission spéciale contient de nombreuses approximations, rares de nos jours, même lors d’émissions spéciales. Avant que ne commence l’émission spéciale, la phrase : — en référence au tableau La Trahison des images () de René Magritte. — apparaît en blanc sur fond noir pendant quelques secondes. Le générique est ensuite lancé. Un petit logo avec la silhouette de La Dame au cochon / Pornocrates de Félicien Rops est affiché dès les premières secondes d’émission : il s’agit d’un symbole populaire, notamment utilisé dans le générique de l’émission Tout ça (ne nous rendra pas le Congo). François de Brigode répond au téléphone en pleine émission alors que de nos jours les présentateurs utilisent l'oreillette à l'antenne. Le bandeau blanc en bas de l’écran parle d’« émission spéciale » et non d’« édition spéciale » du journal télévisé. Des messages en sous-titre, dont « ceci n’est peut-être pas une fiction », sont diffusés au cours de l’émission ; au bout d’une demi-heure, le journaliste François de Brigode le spécifie également dans ses commentaires en utilisant régulièrement le mot « fiction ». Un journaliste posté devant le palais royal annonce en direct la présence d’une foule « pro-Belgique » en liesse, l’arrivée de voitures qui stationnent de façon anarchique : en arrière-plan, on distingue quelques manifestants brandissant des drapeaux français et le trafic routier paraît normal. Des images, censées rendre compte d’une réunion en catastrophe entre Albert et Guy Verhofstadt au Palais Royal, montrent des arbres bien verts en plein mois de décembre. Bien que le ton général adopté dans l’émission soit très réaliste, de nombreux éléments d’information peu vraisemblables, voire saugrenus, y ont été glissés : images d’une immense foule en liesse à Anvers cinq minutes à peine après l’annonce de la sécession ; le roi Albert en fuite à Kinshasa ; le gouvernement de la région de Bruxelles-Capitale réfugié dans la dixième boule (inexistante) de l’Atomium ; le tram bloqué à la nouvelle frontière et les policiers locaux envoyés la surveiller ; la présentation d’un timbre-poste à l’effigie d’Astrid, reine de Flandre et enfin les images de l’effondrement de la tour des télécommunications de la RTBF et de la VRT. Sur les autres chaînes, francophones et surtout néerlandophones, l’« information » n’est pas relayée. Au bout d’une demi-heure de diffusion, submergée par les réactions, la RTBF fait afficher à l’écran un bandeau en continu, lequel aurait été demandé par Fadila Laanan, ministre de tutelle de la RTBF.. Mais, Le numéro de téléphone 070.22.20.22 donné en cours d’émission pour permettre aux téléspectateurs de réagir à l’information diffuse via un répondeur un message révélant la fiction. Quand on voit le drapeau belge s’abaisser du palais royal, on distingue clairement la silhouette de Christophe Deborsu.
Démentis Les sites internet des principaux quotidiens francophones démentent l’information.
Les forums et chats mis en place sont envahis de milliers de réactions, et les sites internet de la RTBF sont surchargésForum du Soir : La RTBF simule la fin de la Belgique, Le Soir..
Le livre connexe Le lendemain de l’événement sortait en librairie un livre intitulé aux Éditions Labor. Il relate le de l’émission et contient des suppléments documentaires sur l’enquête qu’a menée Philippe Dutilleul pendant pour mettre son émission sur pied.
Bien que théoriquement écrit « sous la direction de Philippe Dutilleul », le livre est bel et bien son œuvre et doit cette mention au fait que quelques articles d’universitaires complètent son exposé. Le , Dutilleul présentait l’ouvrage au cours d'une conférence de presse dans un lieu de culture francophone situé au cœur même des institutions flamandes à Bruxelles, au Théâtre des Martyrs, situé entre le parlement flamand et le siège du gouvernement flamand. À cette occasion, il qualifia le livre de complément à l’émission, un instrument pour prolonger le débat. Il essuya de nouvelles critiques de la part de l’AJP. L’éditeur déclara souhaiter voir naître une version flamande de l’ouvrageConférence de presse de Philippe Dutilleul du au Théâtre des Martyrs.
Contexte politique de l'émission thumb|
La Belgique est un État fédéral composé de trois régions (Région flamande, Région wallonne et Région de Bruxelles-Capitale) et de trois communautés (Communauté flamande, Communauté française, et Communauté germanophone). Les compétences transférées aux entités fédérées (y compris sur la scène internationale : cas unique), correspondent à 51 % du total des budgets étatiques belges (État fédéral + entités fédérées). Les exigences des partis démocratiques flamands étaient déjà lors de l’émission d’augmenter ce pourcentage et d’accentuer les aspects confédéralistes du fédéralisme belgeCes aspects ont tendance à se multiplier écrit Charles-Étienne Lagasse, in Les nouvelles institutions politiques de la Belgique et de l’Europe, Erasme, Namur, 2003, 28. Les Flamands veulent les approfondir , ce qui a pu être proposé également par certaines personnalités wallonnes, voir Robert Deschamps, Michel Quévit, Robert Tollet, Vers une réforme de type confédéral de l’État belge dans le cadre du maintien de l’union monétaire, in Wallonie 84, , 95-111.. D’autres partis politiques flamands, comme le , réclament même l’indépendance de la Flandre. Des transferts se réalisant dans le budget de la Sécurité sociale du Nord au Sud, ceux-ci seraient perdus en cas de scission du pays et le tout apeure certains Wallons, soit qu’ils soient attachés à la Belgique, soit qu’ils redoutent que cette scission ipso facto des budgets sociaux ne provoque un abaissement (évalué parfois à 20 %) de leurs allocations sociales et/ou de leur standing de vie. L’impact de l’émission s’explique par ces deux hantises, soit symbolique et affective, soit matérialiste ainsi que par le contexte politique (une scène importante est supposée se dérouler au Parlement flamand et le président du Parlement wallon est interrogé), qui rendaient la fausse information plausible, d’autant que la disparition du pays est sans cesse évoquée dans les médias : le après les Élections législatives fédérales belges de 2007, Vincent de Coorebyter déclare que Le sort de la Belgique est entre les mains de séparatistesHebdomadaire Le Vif/L'Express du 15 juin 2007, 18-19.
De plus, l’émission survient au moment où a lieu une polémique sur une éventuelle implication du prince Laurent dans une affaire de corruption..
Implication des personnalités politiques Des personnalités politiques importantes ont participé à ce faux documentaire, en voici une liste non exhaustive : Herman De Croo (VLD), président de la Chambre des représentants (il déclare cependant ne pas avoir été au courant que son interview serait utilisée dans une émission-fiction.) ; José Happart (PS), président du Parlement wallon ; Karl-Heinz Lambertz (SP-PS), ministre-président de la Communauté germanophone de Belgique ; Charles Picqué (PS), ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale ; Guy Vanhengel (VLD), ministre du budget de la Région de Bruxelles-Capitale ; Jean-Marie Dedecker (ex-VLD, ex-N-VA), sénateur ; Filip Dewinter (), député régional flamand ; Nelly Maes (Spirit), députée européenne.
D’autres, bien que n’y ayant pas participé, étaient au courant de l’émission avant sa diffusion. C’est le cas par exemple des deux wallons et flamands, Elio Di Rupo et Yves LetermeQuels présidents au courant ?, Le Soir, .
Précédents En , le cinéaste belge Alain Berliner, l'auteur de Ma vie en rose, sortait Le mur, un film surréaliste sur la scission brutale de la Belgique la nuit de la Saint-Sylvestre de l'an 2000. Dans le film, le fritkot d'Albert est coupé en deux et un mur est construit en une nuit le long de la frontière linguistique. Les anciens Belges n'avaient plus que quelques heures pour retourner définitivement dans leurs régions d'origine.
Le , l’émission Questions à la Une avait réalisé une enquête sur le thème : La Wallonie et Bruxelles peuvent-elles s’en sortir seules, sans la Flandre ?. Les différents reportages s’attachaient à montrer de manière concrète quelles seraient les conséquences d’une scission du pays, notamment en allant enquêter en Tchéquie et en Slovaquie. L’émission avait causé quelques remous, mais bien moindres que ceux provoqués par celle du .
Réactions La population thumb|Pose de la plaque de la « Rue des contribuables » à Bruxelles par Geoffroy Coomans de Brachène. De très nombreux téléspectateurs ne perçoivent pas le caractère fictif de l’information, ce qui sera confirmé par le sondage informel par SMS réalisé au cours du débat. Parmi les personnes ayant envoyé un SMS, six pour cent déclarent y avoir cru jusqu’au bout, malgré le bandeau Ceci est une fiction placé après la première demi-heure. Très rapidement le centre d’appel téléphonique et le site Internet de la RTBF sont saturés (voir : section chiffres). Les forums des principaux journaux de presse écrite reçoivent un afflux inhabituel de messages. Les premières réactions vont de la panique à l’indignation et à la colère à la découverte de la supercherie.
Ce n’est qu’à partir du lendemain matin qu’une proportion plus importante de messages d’approbation et de soutien est exprimée. Selon un sondage réalisé par l’institut de sondages Ipsos, 53 % des francophones estiment que ce documentaire-fiction est une « mauvaise idée ».. Néanmoins, avec le temps, cette tendance s’est inversée : un sondage, réalisé du 13 au par le bureau d’étude ANT Research et publié dans Le Soir Magazine du , indique que 61,8 % des personnes interrogées approuvent la RTBF pour avoir produit cette émission.
Une mini-manifestation de protestation a rassemblé, le à côté du Palais royal, quelque 300 personnes sous la houlette du conseiller communal libéral bruxellois Geoffroy Coomans de Brachène, membre de l’association belgicaine Pro Belgica, pour affirmer leur attachement à une Belgique unie...