vignette|De l'opium s'écoule d'incisions sur une capsule de pavot. vignette|Les principales zones de production d'opium.
L'opium est le latex qu'exsude le Pavot somnifère (Papaver somniferum). On le récolte en le laissant couler le long d'incisions faites sur les capsules des fruits de la plante au petit matin, après la chute des pétales. Il contient une grande concentration d'alcaloïdes comme la morphine ou la codéine, dont elles sont extraites. Il en résulte, après préparation, un produit hautement psychotrope. L'opium induit notamment une euphorie, une somnolence et un état hypnotique et onirique que de nombreux écrivains, penseurs et artistes ont recherché, comme Charles Baudelaire, Jean Cocteau ou Antonin Artaud.
De nombreuses substances dérivées de l'opium sont utilisées en médecine ou pour des usages dits récréatifs, ce sont les opiacés : morphine, codéine, laudanum, héroïne.
Histoire
Les Sumériens connaissaient déjà les effets de l'opium, comme en témoignent des tablettes gravées datant de , et des vestiges du néolithique suggèrent déjà des cultures de pavot somnifère à proximité des villages..
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L'opium a été un objet de commerce pendant des siècles pour ses effets sédatifs. Il est bien connu dans la Grèce antique sous le nom d’opion (en , « jus de pavot ») dont est dérivé le nom actuel, latinisé, et déjà à l'époque, les médecins mettaient en garde contre les abus potentiels de son usage.
Le pavot est introduit en Inde dès le par l'invasion des Arabes et des Perses islamisés, et sous le règne des Moghols (1527 à 1707), le commerce d'opium est un monopole d'État.
Son usage se poursuit au Moyen Âge et à la Renaissance via diverses préparations médicamenteuses. On utilise l'opium comme un des ingrédients d'un anesthésique. Il est également un composant du laudanum (connu comme « teinture d'opium »), une solution d'opium en alcool, à partir du .
L'opium et la Chine Dès le , la Chine fait état d'un phénomène de consommation abusive, et en 1729, l'empereur de Chine interdit — sans résultat — les importations d'opium.
Au , le trafic d'opium de la Chine depuis l'Inde, particulièrement par les Britanniques, est à l'origine des guerres de l'opium. Ainsi, en 1880, l'opium assure 14 % du budget du Raj britanniqueOffice des Nations unies contre la drogue et le crime, Cent ans de contrôle des drogues..
À la suite de la première guerre de l'opium (1839-1842), les Britanniques obtiennent la concession exclusive du port de Hong Kong, entamant ainsi ce que les Chinois nomment le « siècle de la honte », et c'est à la suite de la seconde guerre de l'opium (1856-1860) que l'importation d'opium est de nouveau légalisée en Chine à la suite du traité inégal de Tianjin (1858) entre le Second Empire français, le Royaume-Uni, l'Empire russe et les États-Unis, ce qui indignera toutefois les ligues de tempérance américaines qui adoptent une politique de prohibition des drogues.
Volume de production Au début du , non seulement l'opium est légal, mais la Chine a développé la production sur une large échelle depuis le dernier quart du . En 1906, plus de tonnes d'opium sont produites, principalement en Chine (85 % de la production) et en Inde. En 2008, moins de sont produites, principalement en Afghanistan, ce qui permet à l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime de parler de « progrès »Pierre-Arnaud Chouvy, « La guerre contre la drogue : bilan d’un échec », La Vie des idées, 13 janvier 2015.. Toutefois, en 1970, d'opium ont été produites dans le monde. On constate donc une forte augmentation de la production d'opium ces dernières décennies, que la « War on Drugs » (guerre contre la drogue) n'a pas réussi à empêcher.
Réglementation moderne L'opium est réglementé par la Convention internationale de l'opium de 1912 qui est progressivement adaptée dans les réglementations nationales comme la loi de taxation des narcotiques Harrison de 1914 aux États-Unis. Un congrès de l'opium débute en Hollande, le 1er juillet 1913 à Amsterdam, sous la présidence de M. Cremer, délégué néerlandais.
La Convention internationale de l'opium est révisée par la Convention unique sur les stupéfiants de 1961.
Pharmacologie L'opium a des propriétés sédatives et analgésiques.
Il contient deux groupes d'alcaloïdes à l'origine de ses propriétés : des phénanthrènes (incluant la morphine, la codéine, la thébaïne) et des (incluant la papavérine) qui n'ont pas d'effet significatif sur le système nerveux central.
La morphine est de loin le principal alcaloïde présent dans l'opium, elle représente de 10. à 16 % du total. Elle rejoint et active des récepteurs µ-opioïdes dans le cerveau, la moelle épinière et le ventre.
Une consommation régulière ou excessive, même pour peu de temps, mène à une tolérance et, en cas d'usage prolongé, à une dépendance physique, présentant un syndrome de sevrage caractéristique quand le dosage est brutalement réduit ou interrompu. En thérapie, tout comme avec l'usage de la morphine, ses modalités d'arrêt sont favorisées par le rétablissement du patient et restent soumises aux protocoles d'induction et de sevrage des opiacés. Ses formes galéniques ne prévoient cependant que des formules à faible dosage dans des usages courts ne provoquant généralement aucune accoutumance (dosage antalgique à court terme, antidiarrhéique, traitement d'appoint de la goutte…). En France, bien que considéré comme un produit au potentiel de stupéfiant, il est classé sur la liste 1 des produits pharmaceutiques et peut faire l'objet d'une ordonnance de préparation magistrale. Pour des dosages forts, généralement en tant qu'analgésique, la morphine ou des molécules équivalentes lui sont préférées, notamment pour des questions de précision de dosage en fonction d'un taux variable de la composition de l'opium. La morphine est quant à elle soumise à la règle des 14 jours.
Utilisation : opium à fumer vignette|Lampe d'opium conçue pour faciliter la vaporisation et l'inhalation de l'opium. Collection de l'Université de la Colombie-Britannique. L'opium peut être utilisé dans la forme d'élixir parégorique pour traiter la diarrhée.
Il peut être avalé ou bu en décoction mais son usage le plus courant consiste à être fumé, souvent à l'aide d'une pipe (où la boule d'opium est préchauffée en étant piquée sur une aiguille), parfois mélangé avec du tabac. L'opium est également fumé en cigarette avec du tabac (parfois du cannabis, le « joint » est alors qualifié d'« impérial »).
Les graines de pavot n'ont quant à elles aucun effet psychoactif, cela s'explique par le fait que seul le « latex » de la plante contient les alcaloïdes morphiniques. Il est donc conseillé de limiter sa consommation de graines de pavot de grande distribution, elles peuvent être enduites de ce latex à la suite d'un nettoyage non effectué ou insuffisant.
L'opium permet également la production légale de morphine et de codéine. Il permet aussi la production illégale d'héroïne et les abus de drogue viennent davantage de ses dérivés que de l'opium proprement dit.
Effets lors de la prise L'effet est rapide et persiste pendant 3 à 6 heures.. Il est semblable, en moins intense, à la consommation d'héroïne : sensation d'extase orgasmique, état de relaxation intense, effet anxiolytique, insensibilité totale à la douleur (propriété analgésique de la morphine), difficulté de coordination des mouvements À forte dose, la consommation d'opium peut entraîner des hallucinations.
Effets sur la santé La consommation d'opium répétée entraîne très rapidement une forte dépendance physique et psychique. qui est caractérisée par un phénomène de tolérance qui nécessite l'augmentation progressive des doses pour continuer à obtenir les mêmes effets.
Les effets secondaires classiques des opiacés, semblables à ceux de l'héroïne, peuvent apparaître en cas de surconsommation : dépression respiratoire, constipation et forte dépendance.
À long terme apparaissent constipation et troubles de la libido et du cycle menstruel chez les femmes.
Sa consommation induit un myosis, une baisse de l'amplitude respiratoire, une hypotension artérielle et peut provoquer des nausées ou des vomissements.
Chez la femme enceinte, la consommation d'opium entraîne un syndrome de sevrage chez le nouveau-né ainsi qu'une augmentation du risque d'accouchements prématurés et de fausses couches.
Sevrage L'arrêt d'une consommation régulière d'opium entraîne l'apparition de symptômes très intenses et douloureux : nausées, vomissements, diarrhées, crampes musculaires, douleurs musculaires et abdominales, sueurs, frissons, sensations de chaud, de froid, sentiment de malaise et d'angoisse, insomnie importante.
Fabrication vignette|L'opium est extrait du pavot (Papaver somniferum).
L'opium s'extrait de la capsule, gonflée à son maximum mais non encore arrivée à pleine maturité, du pavot somnifère (Papaver somniferum L. ou le synonyme paeoniflorum). Pour récolter l'opium, on incise le péricarpe des capsules mûrissantes après la chute des pétales avec un couteau à une ou plusieurs lames et de formes variées selon les régions du monde. L'incision fait exsuder un latex blanc, laiteux, qui sèche en une résine brune. Enfin, pour récolter la résine séchée qui constitue l'opium brut, on racle les capsules à l'aide d'une large lame incurvée. Celle-ci doit rester humide afin que le latex ne s'y accumule pas à l'excès.
C'est de ce latex (taryak), une fois séché, que l'on extrait la morphine qui sert de base à l'héroïne. L'héroïne se présente sous la forme d'une poudre blanche ou brune.
Le chandoo Le chandoo est différent de l'opium brut. Une préparation minutieuse est nécessaire avant d'obtenir une substance sirupeuse, débarrassée des produits indésirables et dont l'arôme est ainsi rehaussé.. Durant toute la période de colonisation en Indochine française, c'est l'État, par l'intermédiaire de la Régie de l'opium (RO), qui s'était assuré le monopole de la production (la fabrique s'appelait une « bouillerie » : bouillerie d’opium) et de la vente de l'opium, en tirant de substantiels bénéfices qui constituaient une part importante du budget de la colonie. Le processus complexe de préparation nécessitait des ouvriers qualifiés et expérimentés.
L'opium brut, qui se présente à l'origine sous forme de boules recouvertes de feuilles de bananiers, est tout d'abord coupé et débarrassé des couches intérieures et extérieures. Ces couches seront traitées séparément avant d'être réintégrées dans la préparation principale. L'opium est dissout dans de grandes bassines remplies d'eau, filtré, puis chauffé à la vapeur d'eau jusqu'à réduction du mélange. Le contenu est brassé jusqu'à obtention d'une consistance proche de la pâte à pain en prenant soin d'éviter que le produit ne brûle, ce qui risquerait de dénaturer l'arôme final..
Une fois la consistance désirée obtenue, le produit est réparti, sur une épaisseur constante de quelques centimètres, dans une bassine métallique. La substance, à ce stade, doit être à juste température, ni trop liquide, ni trop solide. La bassine est retournée sur un feu de cendres en prenant soin d'obtenir une répartition égale de la chaleur. Une fumée abondante s'en dégage. Il s'agit ensuite de déterminer le bon moment et de retirer, grâce aux ongles ou à une spatule, une « crêpe » de 2 ou d'épaisseur, qu'on déposera et qui sera, une fois refroidie, dure et cassante. On obtient ainsi plusieurs « crêpes » par bassine. Une partie importante des alcaloïdes et des résidus végétaux a déjà été éliminée à ce stade grâce à la filtration et à la chaleur. L'opération précédente permet également une semi-torréfaction qui rehausse les arômes.