Stepan Andriïovytch Bandera (en ), né le dans la province de Kalouch (alors dans l’Empire austro-hongrois, aujourd'hui à l’extrême-ouest de l’Ukraine) et mort empoisonné le à Munich (Allemagne de l'Ouest), est un collaborateur et homme politique nationaliste ukrainien. Il est le chef de file de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN-B), à tendance fasciste.
En 1939, il fonde la Légion ukrainienne, qui est soutenue par l'Abwehr. Le , à Lviv, il proclame l'indépendance de l'Ukraine avec Iaroslav Stetsko. Cette proclamation étant rejetée par l'occupant allemand, il est arrêté le et envoyé l’année suivante au camp de Sachsenhausen, dans le quartier des hautes personnalités politiques. Deux de ses frères meurent dans les camps de concentration allemands. Libéré en , il collabore à nouveau avec l'Allemagne nazie pour reconquérir l'indépendance de l'Ukraine.
Après la guerre, il se réfugie en Suisse, puis réapparaît en Allemagne de l'Ouest, notamment à Munich où il réside et où il aurait été assassiné par les services secrets soviétiques.
Bandera devient officiellement un héros de l'Ukraine après la révolution de la Dignité. Il reste un personnage controversé car son mouvement, l’OUN-B, et le bras armé de celui-ci, l'UPA, sont accusés d’avoir activement aidé le Troisième Reich dans le cadre de la Solution finale, de la Shoah par balles et aussi d'avoir perpétré les massacres des Polonais en Volhynie. Sa reconnaissance officielle par l'Ukraine suscite des tensions avec la Pologne et la Russie.
Biographie Origines et famille vignette|gauche|redresse|Stepan Bandera en tenue de Plast (1923). Stepan Bandera naît le dans une fratrie de sept enfants.
La famille a ses racines à , dans la province de Kalouch, en Galicie. La région fait à l'époque partie de l'Empire austro-hongrois (actuellement dans l'oblast d'Ivano-Frankivsk, en Ukraine).
Son père, Andriy Bandera (1882-1941), prêtre uniate de l'Église grecque-catholique ukrainienne, a servi comme volontaire dans l'armée ukrainienne pendant la guerre Pologne-Ukraine de 1918 à 1919. Politiquement, c'est un nationaliste militant, membre de l'Organisation militaire ukrainienne (en ukrainien : Українська Військова Організація, UVO) et de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (en ukrainien : Організація українських націоналістів, OUN)..
Sa mère, Myroslava Volodymyrivna Hlodzinsky, fille du prêtre de Staryï Ouhryniv, issue d'une vieille famille de prêtres catholiques de rite oriental, est née en 1890 à , Elle meurt de la tuberculose au printemps 1921, alors que Stepan Bandera a .
Ses frères, Oleksandr (1911-1942), politicien nationaliste diplômé en économie politique des universités de Lviv et de Rome, et Vasyl (1915-1942), politicien nationaliste diplômé en philosophie de l'université de Lviv, sont arrêtés par la Gestapo en 1941 et internés à Auschwitz, où ils meurent en Les témoins ukrainiens l'affirment, les témoins polonais le démentent.....
Sa sœur Volodymyra (1913-2001) est arrêtée par le NKVD en 1946 et condamnée à dix ans de camp de travail.
Quant à son frère cadet, Bogdan, qui a pris la direction d’un groupe de résistance pendant l’occupation allemande, des doutes subsistent sur son sortSelon une version, il aurait été tué par balle par les troupes de l'Armée rouge lors de la libération de la région de Mykolaïv le , ayant été pris pour un Allemand. D’après une autre version, au printemps de 1944, il s'était d'abord enfui à l'ouest de l'Ukraine, puis à Vienne, où il aurait vécu jusqu'en 1963. Selon une troisième version, il est victime de la trahison de Peter Voinovsky à Mykolaïv, sur le Boug..
Enfance et formation Selon une résidente de Staryï Ouhryniv, Oksana Polishchuk, dont la grand-mère travaillait comme cuisinière dans la famille Bandera, les sept enfants du prêtre — deux filles et cinq fils — étaient bien élevés et alphabétisés. Stepan se distinguait par son courage extraordinaire..
Il passe son enfance dans la maison familiale de Staryï Ouhryniv, grandissant dans une atmosphère de patriotisme et de nationalisme ukrainien. De 1919 à 1927, il fréquente le lycée de Stryï. alt=|vignette|upright|Stepan Bandera en costume national ukrainien cosaque dans le détachement scout ukrainien « Viorne rouge » en 1929-1930. En septembre 1928, il s'installe à Lviv et s'inscrit au département agronomique de l'université nationale polytechnique de Lviv, où il étudie jusqu'en 1933..
Débuts dans le nationalisme En 1928, il devient membre de l'Organisation militaire ukrainienne, où il s'occupe de la propagandeL'UVO collabore déjà avec l'Abwehr dès les au détriment de la Pologne, puis l'OUN prendra la relève... En 1929, il entre dans l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), qui vient d'être fondée. Deux ans plus tard, en 1931, il prend la tête de la propagande anti-polonaise de l’OUN..
En 1932-1933, il est nommé chef régional adjoint de l'OUN. Il n'a jamais fait partie du cercle des théoriciens de la révolution nationaliste et a laissé très peu de travaux écrits. Une partie de ses travaux sont traduits par l'OUN dans le but de les publier en anglais. Dans ses écrits il émet trois de ses idées principales selon l'historien . :
l’Ukraine est vue comme un État qui regroupe l’ensemble des territoires où la majorité des habitants appartiennent à l’ethnie ukrainienne, ce qui recoupe le concept de Sobornost ; l’Ukraine mérite de s'émanciper de ses États voisins et de proclamer son indépendance ; au sein de l’État ukrainien doivent être mises en place des garanties sociales pour la population : une aide de l'unification nationale à travers le système des Églises ukrainiennes, mais une scission stricte entre Église et pouvoir de l’État, une réorganisation du système de l’éducation, une réforme économique basée sur le droit de propriété individuelle. Ses idées économiques sont largement inspirées des idées du nationalisme européen des années 1920-1930.
Il part en Allemagne en 1932 pour apprendre les techniques de renseignement dans une académie à Dantzig.. À son retour, en 1933, il devient directeur adjoint des guides régionaux et commandant de l'UVO. Cette période se caractérise par une tension grandissante entre les autorités polonaises et la minorité ukrainienne. Les revendications des Ukrainiens se heurtent à une .
En 1933, Richard Yari et Yevhen Konovalets engagent des pourparlers avec la Gestapo en vue d'une collaboration et d'un soutien financier.
Lors de la conférence de l’OUN à Berlin, en , Stepan Bandera devient commandant régional de la zone ouest de l'OUN.
Sous la direction de Bandera, l'OUN n'est plus axée sur l'expropriation et lance une série d'actions punitives contre les membres des autorités d'occupation polonaises.. Au cours de cette période, les membres de l'OUN ont commis trois assassinats politiques qui ont reçu une publicité considérable. : l'assassinat d'un conservateur d'école, Gadomsky, accusé d'avoir détruit l'école ukrainienne et de participer à la polonisation du peuple ukrainien. ; le meurtre d'Oleksiy Mailov, secrétaire du consulat de l'URSS à Lviv, qui était également un agent du GPU au NKVD - en signe de protestation contre l'Holodomor en Ukraine. ; et l'assassinat de Bronisław Pieracki le par Hryhorii Matseiko, le ministre polonais de l'Intérieur, sous la direction duquel les autorités polonaises ont mené des actions sanglantes de « pacification » des Ukrainiens en Galicie.
Il n’a jamais exprimé son opinion personnelle quant aux minorités ethniques en Ukraine, mais dans son activité politique il considérait l’URSS et la Pologne comme des États-occupants. Il prône une attitude pacifique envers les minorités de villageois polonais et russes, qui sont selon lui assimilables aux populations catholiques locales ukrainiennes avec le temps. L’exception à cette règle vise, selon Bandera, les représentants des pouvoirs publics polonais et soviétiques, considérés comme des occupants sur le sol ukrainien. Avec Yevhen Konovalets, il discute de la légitimité des assassinats politiques comme moyen de défense contre un État qui utilise la terreur avec impunité. Ainsi selon Bandera l’autorité de ces représentants d’un régime occupant doit être renversée coûte que coûte..
L'OUN assassine au total une soixantaine de personnalités politiques., dont le super-intendant de l'école de Lviv, Stanisław Sobiński, le ministre des Affaires étrangères polonais, Tadeusz Hołówko, le commissaire de la police polonaise de Lviv, Emilian Czechowski.
L'action de l'OUN est dirigée « non seulement contre l'ennemi extérieur mais aussi contre l'ennemi intérieur ». Ainsi une partie des victimes des assassinats politiques commis par l'OUN sont des Ukrainiens qui prônaient la normalisation des relations avec le gouvernement polonais., à l'instar de l'écrivain Sydir Tverdokhlib ou du directeur du lycée de Lviv, Ivan Babii, assassiné le sur ordre de Stepan Bandera pour avoir empêché ses étudiants de distribuer des tracts nationalistes.. Celui-ci ordonne également d'exécuter un étudiant dénommé Bachynskyi, soupçonné d'être agent double.
Condamnations et emprisonnement Sous la domination polonaise de la Galicie, Stepan Bandera encourait des peines d'emprisonnement, car le soupçon d'appartenance à l'OUN était un motif suffisant d'emprisonnement, susceptible d'atteindre une durée de 5 ans (le camp de concentration de Bereza Kartuzka avait été ouvert spécialement à cette fin). Ainsi, au risque de disparaitre, la politique nationaliste ukrainienne devait s'ancrer dans la clandestinité.
À la suite de l'assassinat du ministre de l'Intérieur Bronisław Pieracki en 1934, la police polonaise déclenche des arrestations en masse dans le milieu nationaliste ukrainien. C'est au cours de l'une de ces opérations que les autorités polonaises mettent la main sur Stepan Bandera et les archives de l’OUN surnommées « registre de Senyk », du nom du nationaliste Omelian Senyk, qui les éclairent sur les activités du mouvement. Stepan Bandera soupçonne par la suite Omelian Senyk d'avoir collaboré avec les Polonais. Stepan Bandera est accusé du meurtre.
Du au , se déroule le procès de l'assassinat de Bronisław Pieracki : Stepan Bandera est jugé avec onze autres prévenusDont Iaroslav Stetsko, Roman Choukhevytch et Volodymyr Ianiv.. Avec Mykola Lebed, il est condamné à mort. À l’annonce de la sentence, il crie .. En , lors d'un autre procès contre les dirigeants de l’OUN, il est à nouveau condamné à mort.
Ces deux décisions de justice seront commuées en emprisonnement à vie dans la prison de Bereza Kartuska. Selon l'historien ukrainien Vladimir Dovgan, la commutation aurait été une clause secrète du pacte de non-agression germano-polonais..
Pendant l'incarcération de Stepan Bandera, Lev Rebet est commandant régional de l’OUN. ; Il met un terme aux assassinats et réorganise le réseau.
Durant son emprisonnement, Stepan Bandera est mis à l'isolement. Il effectue trois grèves de la faim, de neuf, treize et .
Entre-temps, le , lors de la seconde grande assemblée de l'OUN, qui se tient à Rome, Andriy Melnyk, alors en exil en Allemagne après l'assassinat de Yevhen Konovalets, est nommé chef du mouvement nationaliste et prend le titre à connotation soviétique de Vojd, qui peut être traduit par "Guide"...
C'est à l'occasion de l'invasion de la Pologne par l'Allemagne nazie qu'est créée la première unité nationaliste ukrainienne qui va entrer en pourparlers avec les Allemands. L’État ukrainien n’existait pas encore et comme tout mouvement révolutionnaire, l’OUN cherchait les faveurs d'États qui soutiendraient la création de l’État ukrainien. Cette unité, forte de issus de l’OUN, est commandée par le colonel Roman Souchko (1894-1944). L'objectif est de mener une offensive révolutionnaire pour l'indépendance de l'Ukraine..