Le Dictionnaire de la langue française, communément appelé le Littré d'après le nom de son auteur Émile Littré, est publié entre 1863 et 1873 par la librairie Hachette, après des années de préparation.

Ayant rencontré un grand succès, il a été décliné sous différentes formes, plus ou moins respectueuses du texte et de l'esprit originels.

Préparation La préparation du Dictionnaire s'étale sur trente ans, de 1841 à 1872.

En 1841, Littré évoque avec Louis Hachette, son ami de lycée, le projet d'un dictionnaire étymologique, dans l'esprit de celui de Ménage. Enthousiaste, Hachette lui fait signer un contrat et lui verse une avance de . Mais, venant de découvrir la philosophie d'Auguste Comte, Littré consacre presque tout son temps à la vulgariser. La mort de sa mère, en , le rend incapable de travailler pendant six mois. Il poursuit également sa traduction d'Hippocrate en 10 volumes, entamée en 1839, et achevée en 1861.

En 1846, Hachette fait remarquer à Littré que, cinq ans après la signature de leur contrat, rien n'est commencé. Il lui propose de rédiger, non pas un simple dictionnaire étymologique, mais un , incluant définitions, acceptions, règles de prononciation, analyses critiques, exemples présents et passés. Après avoir hésité, Littré accepte. Un second contrat est signé le pour Littré se met au travail, en prenant comme premier référentiel de mots le Dictionnaire de l'Académie française, mais ne tient aucun des délais promis : il révise avec Charles Robin un Dictionnaire de médecine, participe en qualité de membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres à l'Histoire littéraire de la France, donne des articles à la Revue des Deux Mondes et au National, poursuit sa traduction d'Hippocrate.

En 1851, Hachette s'impatiente car Littré n'en est toujours qu'aux préparatifs. Il propose de lui adjoindre un grammairien et lexicographe, Bernard Jullien. Littré refuse, mais fait de nouvelles promesses : la première rédaction serait terminée en 1853, la révision serait faite en 1854, et l'impression pourrait commencer en 1855. Aucun de ces nouveaux délais n'est tenu. En 1858 Hachette, qui n'a toujours rien reçu impose trois collaborateurs, Bernard Jullien, Jean-Édouard Sommer et Amédée Beaujean. Littré leur adjoint sa femme, Aglaé Pauline Conil-Lacoste et sa fille, Sophie, ainsi qu'un capitaine d'artillerie nommé André et Frédéric Baudry, dont la spécialité sera de détecter les citations inexactes. Il commence d'abord par les cantonner dans des travaux subalternes de vérification, de correction et de recherche de citations. Celles-ci doivent être tirées de centaines de textes, anciens pour l'histoire du mot, classiques pour son usage, et leurs références doivent être relevées avec une extrême précision. S'y ajoutent celles provenant d'un filon découvert en 1861 : cent-cinquante in-folios manuscrits compilés par Charles de Pougens.

Le travail est enfin lancé, la structure des articles définie : aux indications phonétiques succèdent des définitions appuyées par des citations, puis des remarques sur l'usage du mot, son historique et enfin son étymologie.

Les procédures de travail sont mises en place : Littré, aidé de sa femme et sa fille, établit le texte. Puis il l'envoie à Beaujean qui, l'ayant revu à son tour, le transmet à l'imprimerie. Les placards reviennent à Beaujean qui en corrige les fautes. Une deuxième épreuve est soumise à Littré et à ses trois collaborateurs : Beaujean, Jullien et Sommer. À ce stade encore, chacun peut suggérer des corrections et des ajouts. Littré décide. Enfin Beaujean prépare la mise en page, qui est revue par les quatre responsables, sans remaniement, les ajouts de dernière heure étant gardés pour un Additif. Littré relit lui-même les clichés.

La mise en page est si complexe que les typographes de l'imprimerie Lahure obtiennent une prime.

Les trois premiers fascicules paraissent en 1863, et malgré la mort le de Louis Hachette, l'impression continue.

En 1865 apparaissent de nouveaux collaborateurs : Polguère, ancien technicien de Lahure, dernier relecteur des épreuves ; Collet, inspecteur d'académie et spécialiste du ; le critique musical Anatole Loquin ; Anthelme Robin, le frère de Charles avec qui Littré avait rédigé un Dictionnaire de médecine.

Cette même année, Littré croit pouvoir noter : , mais pendant des années il va encore jusqu'à la parution du dernier fascicule dont le dernier bon à tirer est donné le , sept ans plus tard.

Un Abrégé en un volume, rédigé par Beaujean et préfacé par Littré, paraît en 1874.

En 1875, Littré commence à mettre en forme les matériaux qu'il a recueillis pendant l'impression pour en faire un Supplément. Son intention était de les intégrer au Dictionnaire, mais Hachette, qui multiplie les retirages, refuse et en fait un volume séparé.

Contenu Littré présente ainsi son dictionnaire dans sa Préface : gauche|vignette|redresse=0.95|Littré chevauchant son dictionnaire, par Henri Demare, Le Bouffon, . Pour lui,

Il recueille ainsi tous les mots figurant dans l'édition de 1835 du Dictionnaire de l'Académie, y ajoute des termes classiques non admis par l'Académie relevés dans la littérature des , des termes techniques, des néologismes et des mots populaires et dialectauxCependant, estime à le nombre de mots populaires et argotiques non relevés par Littré.. La première édition comprend près de a compté qu'il définit comme .

Contrairement au Dictionnaire de l'Académie, qui indique en premier les significations les plus employées, Littré range les sens d'un mot dans un ordre qui se veut à la fois logique et historique : Littré applique ainsi la conviction positiviste d'après laquelle les significations s'engendrent l'une l'autre selon des lois générales.

L'étymologie reflète les notions de l'époque , en particulier la distinction entre langues-mères et langues-filles. La prononciation s'appuie sur la tradition et des usages parfois vieillis. Ainsi, Littré conseille de prononcer our et non ours, le nom de l'animal.

Les exemples donnés sous forme de citations sont une innovation. Ces citations sont groupées en deux séries : l'une dans le corps de l'article, où elles figurent après les définitions, l'autre dans la rubrique historique, dans un ordre chronologique. Elles sont données comme illustration, mais également pour elles-mêmes. Leur richesse, leur qualité, et l'art de leur analyse ont concouru à la réputation du Littré. Mais elles s'arrêtent au début du : ni Balzac, ni Stendhal, ni Gautier , ni Flaubert ne sont cités.

Cependant, la nomenclature est incomplète : Pierre Larousse note que Les termes retenus proviennent de la langue écrite, la langue parlée étant censée s'aligner sur les textes littéraires. Cependant le Supplément sera moins strict à cet égard.

Les synonymes sont rares. Littré fait remarquer dans sa Préface que leur utilisation

Publication Le commencement du texte est remis à l'imprimerie le , le dernier feuillet est transmis le . Le dernier bon à tirer est donné le . Le texte compte , ce qui correspond à . Les additions faites sur ces placards ont produit 292 pages à trois colonnes. Si le dictionnaire était composé sur une seule colonne, celle-ci aurait Littré écrit , mais il s'agit en fait de ().

Le Dictionnaire de la langue française est publié par Hachette en fascicules entre 1863 et 1872 et en quatre volumes formant deux tomes en 1873-1874.

Un Supplément, comprenant des néologismes et des ajouts, suivi d'un Dictionnaire étymologique des mots d'origine orientale (arabe, hébreu, persan, turc, malais) préparé par Marcel Devic, est publié en 1878.

Réception L'ouvrage a du succès : quinze mille exemplaires sont écoulés dans les deux mois suivant sa parutionLettre de Littré à Barthélémy Saint Hilaire, 8 avril 1873, citée dans . En 1935, ont été vendus. Des réimpressions successives ont lieu jusqu'en 1943 et la dernière édition est épuisée en 1956.

Dès la publication des premiers fascicules les commentaires sont élogieux, même dans la presse conservatrice, pourtant hostile aux idées positivistes de LittréPar exemple Edmond Schérer, dans Le Temps du 10 mars 1863. Lire sur Gallica.. Zola évoque un , une Les admirations sont constantes, les louanges presque monotones.

Gaston Paris, en 1901 émet quelques remarques de fond. Il discute l'idée de Littré d', tout en se félicitant qu'elle n'ait pas toujours été suivie, et constate que le Dictionnaire a plutôt révélé à la fois la continuité et l’évolution constante de la langue. À propos des mots dialectaux, il regrette que Littré n'ait pas tracé de limite dialectale à sa nomenclature, et donc ait parfois Son principal reproche est le classement des exemples et des citations en deux séries, l'une sous chaque acception du mot, l'autre dans une partie Historique, non dans l'ordre des sens, mais d'une manière chronologique : À l'inverse, il se réjouit que Littré ait introduit l'étymologie dans un dictionnaire.

Plus récemment, la critique a noté que c'est avec Littré que le mot sens a retrouvé une grande place dans la lexicographie grâce à de longs développements dans la préface et dans l'article consacré à ce motÉlisabeth Grimaldi, citée dans . Mais il lui est reproché d'avoir voulu tenter une synthèse entre deux principes d’ordonnancement, de la signification : l’ordre historique et l’ordre logique.

Pérennité Alain Rey a résumé l'aura et le prestige de l'ouvrage : Le secret du Littré dans la conscience collective, c'est de La passion des Français pour leur langue lui a conféré une popularité sans exemple.

Postérité

Dans Le Navire Argo, roman de Richard Jorif qui tourne autour du Littré, l'auteur traque dans les exemples de ce dictionnaire les traces de la personnalité et des obsessions de son auteurAlain Rey, Dictionnaire amoureux des dictionnaires, Plon, 2011, .. Dans Les Disparus du Littré, Hélène Neffs collectionne qui figuraient dans le Littré mais ne sont plus répertoriés dans les dictionnaires actuelsFayard, 2008, 1318 pages

Éditions Édition originale

Dictionnaire

Contenu vignette|droite|Dictionnaire Littré de la langue française, édition 1889. . Volume I (lire sur Gallica) Préface (pages I-XXXIX) Complément de la Préface ou Coup d’œil sur l'histoire de la langue française (pages XL-LVI) Tableau de la figuration et de la prononciation (pages LVII-LIX) De A à Czarowitz (pages 1 à 944) Volume II (lire sur Gallica) De D à Hystriciens (pages 945 à 2080) Volume III (lire sur Gallica) Préface, datée de (pages I-II) De I à Pyxidie (pages 1 à 1396) Volume IV (lire sur Gallica) De Q à Zythogale (pages 1397 à 2566) Additions et corrections : de A à Vert (pages 2567 à 2621) Liste des principaux auteurs cités : de Accords (Des), Adam à Ymage du Monde (L'), pages 2622 à 2628)

Livraisons

1863 : 7 livraisons : à-dénier 1864 : 3 livraisons : dénier-étroit 1865 : 2 livraisons : étroit-génie 1866 : 1 livraison : génie-hystriciens 1867 : 3 livraisons : i-mandat 1868 : 4 livraisons : mandat-perdre 1869 : 3 livraisons : perdre-redresser 1870 : 2 livraisons : redresser-scieur 1872 : 5 livraisons : scieur-zythogale

Supplément , livré en 12 fascicules de 1878 à 1879 (lire sur Gallica) Préface datée de (pages I à IV) De À à Zurna (pages 1 à 351) Additions : Abandonnement, vif-gage (pages 363 à 375) Dictionnaire étymologique des mots d'origine orientale (arabe, hébreu, persan, turc, malais) par Marcel Devic Préface datée de (pages I-VII) De Abelmosc à Zurna (pages I à 70) Index des mots européens (pages 71 à 79) Index des mots arabes, persans, turcs, malais et hébreux (pages 80 à 84)

Autres éditions Le Dictionnaire fait l'objet de nombreuses rééditions, dont peu sont conformes au contenu et à l'esprit de l'édition originale. La majorité d'entre elles se fonde sur un Abrégé revu et publié en 1891. Le Dictionnaire fait également l'objet de déclinaisons : Au début du , Hachette en propose trois versions : l'originale, l'Abrégé et une version extrêmement allégée destinée