(en allemand : , en hongrois : I. Ferenc József), né le à Vienne et mort le dans la même ville, est monarque d'Autriche-Hongrie, plus précisément empereur d’Autriche et . Membre de la maison de Habsbourg-Lorraine, il règne sur l'Autriche et la Hongrie du jusqu'à sa mort.. Du au , il occupe également la fonction de président de la Confédération germanique.
Avec près de 68 ans passés sur le trône, il détient le plus long règne en tant que souverain d'Autriche et de Hongrie, ainsi que le quatrième plus long règne de tous les pays de l'histoire européenne, après le roi de France , la reine et le prince .
En , à la suite du Printemps des peuples et de la révolution autrichienne, l'empereur abdiqua le trône, dans le cadre du plan du ministre-président Felix zu Schwarzenberg visant à mettre fin aux révolutions de 1848 en Hongrie. Cela permit à François-Joseph, neveu de Ferdinand, d'accéder au trône. Largement considéré comme un réactionnaire, François-Joseph a passé son règne à résister au constitutionnalisme dans ses domaines. L’Empire autrichien fut contraint de céder son influence sur la Toscane et l’essentiel de ses prétentions sur le royaume de Lombardie-Vénétie au royaume de Piémont-Sardaigne, à la suite de la deuxième guerre d'indépendance italienne en 1859 et de la troisième en 1866. Malgré la défaite de l'Empire après la guerre austro-prussienne, l'Autriche, avec la paix de Prague signée le ne céda aucun territoire au royaume de Prusse, mais dut abandonner ses prétentions à l'unification de l'Allemagne sous l'égide de la maison de HabsbourgLe royaume de Prusse créa à l'issue du conflit la confédération de l'Allemagne du Nord et imposa son roi comme président permanent..
Le règne de François-Joseph a été troublé par le nationalisme dans plusieurs de ses territoires. Il conclut le compromis austro-hongrois de 1867, accordant une plus grande autonomie à la Hongrie et transformant l'empire autrichien en une double monarchie austro-hongroise. Il régna pacifiquement pendant 45 ans, mais il subit personnellement les tragédies de l'exécution de son frère, l'empereur en 1867, de la mort dans des conditions mystérieuses de son fils et héritier, le prince Rodolphe en 1889, de l'assassinat de sa femme, l'impératrice Élisabeth (« Sissi ») en 1898, et de l'assassinat de son neveu et héritier présomptif, l'archiduc François-Ferdinand, en 1914.
Après la guerre austro-prussienne, les intérêts de l’Autriche-Hongrie se sont portés vers les Balkans, point chaud de la tension internationale en raison de conflits d’intérêts avec l’Empire russe. La crise en Bosnie est le résultat de l'annexion de la Bosnie-Herzégovine par François-Joseph en 1908. Celle-ci était occupée par les troupes autrichiennes depuis le Congrès de Berlin en 1878.
Le , l'assassinat à Sarajevo de l'archiduc François-Ferdinand, son neveu et héritier présomptif, aboutit à la déclaration de guerre au royaume de Serbie, allié de l'Empire russe. Cela déclenche le système d'alliances qui débouche sur la Première Guerre mondiale.
François-Joseph décède le après avoir régné sur l'Autriche pendant près de 68 ans. Son petit-neveu Charles lui succède.
Enfance
Naissance et famille vignette|redresse|gauche|L'archiduc François dans les bras de sa mère, l'archiduchesse Sophie (1831). vignette|gauche|L'empereur , tenant la main de son petit-fils, l'archiduc François-Joseph, faisant ses adieux à sa famille (1835). François Joseph Charles de Habsbourg-Lorraine naît le à 9 h 45 au château de Schönbrunn à Vienne.. Petit-fils de l'empereur , il est le fils aîné de l’archiduc François-Charles et de la princesse Sophie de Bavière. François-Joseph est l'aîné d'une fratrie de cinq. Il a trois frères et une sœur : Ferdinand Maximilien Joseph Marie (1832 – 1867), archiduc d’Autriche et empereur du Mexique ; Charles-Louis Joseph Marie (1833 – 1896), archiduc d’Autriche, ancêtre de l’actuel chef de la dynastie ; Marie-Anne Caroline Pia (1835 – 1840), archiduchesse d’Autriche ; Louis-Victor Joseph Antoine (1842 – 1919), archiduc d’Autriche.
Ordre de succession au trône À sa naissance, François-Joseph est troisième dans la ligne de succession de son grand-père, l’empereur . L'héritier présomptif du trône, son oncle l'archiduc Ferdinand, est un homme sujet à de nombreuses crises d'épilepsie et toujours célibataire à . Le deuxième dans l'ordre de succession, le propre père de François-Joseph, est lui aussi très limité au point de vue physique et intellectuel, de sorte que les chances de l'enfant de devenir rapidement empereur sont réelles. Confié aux bons soins de la baronne Louise Sturmfeder von Oppenweiler, la petite enfance de François-Joseph se déroule entre Vienne et les résidences impériales des environs. François Ier a cinq ans quand son grand-père l'empereur d'Autriche, qui a combattu la France révolutionnaire et impériale, fut contraint de donner sa fille aînée en mariage à Napoléon puis accueillit son petit-fils en exil, meurt. L'oncle de François-Joseph (et fils de François Ier), Ferdinand, devient empereur. À six ans, l'éducation du jeune archiduc François-Joseph est pris en charge par le comte Heinrich Bombelles, un proche du prince de Metternich, chancelier tout-puissant de l'empire. Le jeune prince reçoit un apprentissage classique et est élevé dans un environnement traditionaliste et catholique.. Son précepteur en philosophie est l'abbé Rauscher, un conservateur partisan de la restauration catholique qui aura une grande influence sur son élève. Metternich en personne fait son éducation politique, fondée sur le rejet du libéralisme. Mais François-Joseph s'enthousiasme surtout pour le métier des armes. On lui décerne un brevet de colonel alors qu'il est âgé de treize ans. La chasse devient son passe-temps favori.. Sa mère l’emmène régulièrement voir Madame Royale, fille de et Marie-Antoinette, alors exilée au Château de Frohsdorf.
L'archiduc François-Joseph tient très jeune un rôle de représentation important, c'est ainsi qu'il se rend en Hongrie en 1847.
Un avènement sur fond de mise en action de la Sainte-Alliance
En éclate une révolution des patriotes italiens. La révolution gagne alors tout l'empire. La Hongrie et la Bohême bougent tandis que le — jour anniversaire de la naissance de l'empereur , révéré par les révolutionnaires — , une émeute bourgeoise, étudiante et ouvrièreBrigitte Vacha, Die Habsburger, Eine Europäische Familiengeschichte, Sonderausgabe, 1996, : . à Vienne provoque le renvoi de Metternich. L'empereur Ferdinand convoque une assemblée constituante qui émet une constitution inspirée de la Joyeuse entrée belge le (Vacha ). ; mais elle ne satisfait pas les populations révoltées.
En avril, François-Joseph, , est nommé gouverneur de Bohême, mais sa mère préfère l'envoyer en Italie où il est laissé aux soins de l'armée. Aux côtés du général Radetzky, il connaît son baptême du feu à la bataille de Santa Lucia le Vacha Zeittafel, Feldmarschall Graf Joseph Radetsky siegt bei Santa Lucia, .. Mais il est assez vite rappelé auprès de la famille impériale, à Innsbruck puis à Vienne. Comme sa mère, il est un farouche partisan de l'écrasement de la révolution par l'armée.
Empereur d'Autriche
L'accession au trône Après les émeutes sanglantes du 6 octobreBrigitte Vacha, Kriegsminister Theodor Graf Baillet von Latour ermordet, ., la famille et la cour impériale quittent Vienne pour Olmütz. C'est alors que le général Windischgrätz, auréolé par la reprise de Prague, propose aux Habsbourg de mettre un terme à la révolution en marchant sur Vienne. Ceci fait, , trop compromis avec les révolutionnaires et inapte à gouverner, serait remplacé par son jeune neveu François-Joseph. L'empereur, pressé par l'impératrice-consort Marie-Anne de Sardaigne, accepte l'accord. Son père François-Charles, héritier du trône, poussé quant à lui par son épouse l'archiduchesse Sophie, renonce à ses droits au trône au profit de son fils.
Le , après un court siège, Windischgrätz et Jellačic investissent VienneVacha Zeittafel, Die Truppen unter…erstürmen Wien.. Le , le prince Felix zu Schwarzenberg forme un gouvernement réactionnaire. vignette|upright|Portrait de l'empereur en 1848, émission du Jubilé de 1908 réalisée par Koloman Moser. Le temps de l'avènement est venu pour François-Joseph. La passation de pouvoir entre lui et son oncle a officiellement lieu le dans la grande salle du palais archiépiscopal d'Olmütz (Moravie). Le nouvel empereur, acceptant ses nouvelles charges, aurait dit . Il a et 3 mois. Il prend le nom de (et non comme attendu, le prénom Joseph rappelle , empereur réformateur). Il choisit comme devise Viribus unitis (avec nos forces unies), ce qui est de circonstance au moment où l'empire est au bord de la désagrégation. Il fait son entrée dans Vienne le , une fois les troubles matés.
Le triomphe du conservatisme et de la réaction Le nouvel empereur prend immédiatement en main les affaires de l'État, et dévoile au passage une force de travail impressionnante. Ce jeune homme de dix-huit ans est cependant alors sous l'influence de trois personnes essentielles : sa mère, l'archiduchesse Sophie de Bavière ; le Premier ministre Schwarzenberg, artisan de la restauration du pouvoir impérial ; et son premier aide de camp, le baron von Grünne, qui a la haute main sur les affaires militaires. Après avoir rejeté le projet de constitution du Reichstag de Kremsier, jugé trop libéral, François-Joseph promulgue la , conservatrice et centralisatrice. L'empereur et Schwarzenberg souhaitent en effet unifier l'empire plutôt que d'accorder l'autonomie aux minorités. Le Reichstag est dans le même temps dissous.
Reste à écraser les Hongrois. Ces derniers remportent en des succès en repoussant une offensive autrichienne. François-Joseph, qui doit livrer une autre guerre en Italie du Nord, demande l'aide de l'empereur . L'alliance écrase finalement la rébellion en . S'ensuit une terrible répression encouragée par l'empereur et organisée sur place par le général Haynau, chef de l'armée autrichienne en Hongrie, déjà rendu célèbre par les tueries qu'il a commises dans le nord de l'Italie et qui lui ont valu le surnom de « Hyène de Brescia ». La Hongrie disparaît en tant qu'entité politique et est absorbée dans l'Autriche.
En Italie, une trêve a été conclue avec les Piémontais fin 1848, mais les hostilités reprennent le . Cependant, après la victoire autrichienne de Novare, le roi Charles-Albert est contraint de demander l'armistice puis d'abdiquer. Avec la paix signée le , le gouvernement piémontais doit verser 75 millions de francs d'indemnité à l'Autriche. Quant à la population italienne, la répression qui s'abat sur elle est moins lourde que celle subie par les Hongrois.
L'Empire doit parallèlement lutter avec la Prusse pour la suprématie en Allemagne. souhaite en effet prendre la direction d'une Union allemande dont l'empire d'Autriche serait exclu. Schwarzenberg propose, lui, une solution « grande-autrichienne » qui regrouperait l'Allemagne et toutes les possessions habsbourgeoises. Lorsque la Hesse-Cassel demande l'aide en de la Confédération germanique dominée par l'Autriche contre la Prusse, la guerre semble inévitable. Finalement, les Prussiens doivent renoncer à leur projet, c'est la « reculade d'Olmütz ». François-Joseph est conforté dans sa position de premier prince allemand, même si la question allemande n'est pas tranchée.
L'ère du néo-absolutisme (1851-1859)
Un monarque absolu
Les révoltes étant réprimées, François-Joseph peut se concentrer sur les affaires intérieures. Inspiré par Schwarzenberg, il tente d'unifier politiquement et administrativement l'empire afin d'empêcher de nouvelles révolutions nationalistes.