Innocent IV, né Sinibaldo Fieschi (vers 1180/1190 – ), est le de l'Église catholique, du à sa mort.

Il appartenait à l'une des principales familles de Gênes. Formé à Parme et Bologne, canonistes de son époque. Son pontificat est notamment marqué par la lutte contre l'empereur du Saint-Empire dans le cadre de la longue querelle du sacerdoce et de l'Empire.

Son pontificat Après la mort de Célestin IV, dont le règne ne dure que seize jours, du au , l'Église demeure plus d'un an et demi sans souverain pontife. Le nouveau conclave se tient à Anagni et le , le cardinal Sinibaldo Fieschi est élu dans la cathédrale Santa Maria d'AnagniPascal Montaubin, « Entre gloire curiale et vie commune : le chapitre cathédral d'Anagni au », dans Mélanges de l'École française de Rome, , 1997, .. Il prend le nom d'Innocent IV.

Au cours de son pontificat long de onze ans et demi, il crée quinze cardinaux, dont douze au consistoire du . Le pontificat d'Innocent IV fut marqué par un développement sans précédent du népotisme pontifical, c'est-à-dire de l'attribution de fonctions et revenus ecclésiastiques à des parents proches ou éloignés du pape, membres de la famille Fieschi et apparentés Sandro Carocci, Il nepotismo nel medioevo.' Papi, cardinali e famiglie nobili, Rome, viella, 1999, ; Julien Théry, « Non pas « voie de vie », mais « cause de mort par ses enormia ». L'enquête pontificale contre Niccolò Lercari, évêque de Vintimille, et sa déposition (1236-1244) », dans « Honos alit artes ». , Firenze University Press, 2014, ..

Lutte contre Frédéric II L'empereur , avec qui il avait eu de bons rapports, dit à l'occasion de son élection qu'il perdait l'amitié d'un cardinal et gagnait l'inimitié d'un pape. L'empereur commence des négociations pour mettre fin à l'excommunication et au conflit qui durait depuis Grégoire IX. Mais Innocent IV reprend rapidement la lutte contre l'empereur. Il s'efforce d'empêcher Frédéric II d'aller secourir la Terre sainte qui retombe sous contrôle musulman et tente d'organiser un concile pour le déposer. Enfin, il crée plusieurs antirois en Allemagne, Heinrich Raspe, puis Guillaume de Hollande. Frédéric II, de son côté, condamne la rapacité, le népotisme et la corruption de l'Église.

L'envoi d'ambassades en Orient auprès des Mongols Les Mongols d'Ögödei, le fils de Gengis Khan, s'étaient emparés de Moscou en 1238, puis de Kiev en 1240. Ils envahissent la Pologne et la Hongrie, menacent Vienne, occupent Zagreb.

Afin d'exhorter ceux que l'on appelait à tort les Tartares à renoncer à attaquer la chrétienté et les autres nations, le pape Innocent IV décide en 1245 de prendre contact avec Ögödei, que les Occidentaux appellent alors « grand khan des Tartares », en réalité Khagan (titre d'empereur chez les Turco-Mongols) de l'Empire mongol.

Dans ce but il rédige deux lettres : les bulles Dei patris inmensa, une exposition de la foi catholique pour le peuple des Tartares datée du , et Cum non solum, un proteste contre les attaques des Mongols contre les chrétiens et une proposition de paix datée du Corin Braga, Le Paradis interdit au Moyen Âge : la quête manquée de l'Eden oriental, Paris, Éditions L'Harmattan.. Innocent IV envoie simultanément plusieurs informateurs-ambassadeurs auprès des pouvoirs mongols. : Jean de Plan Carpin, André de Longjumeau, Ascelin de Lombardie et Laurent du Portugal. Le pape leur confie également la lettre Cum simus super du , dans laquelle il invite à l'union les Églises séparées d'Orient.

Or, le , peu de temps après l'arrivée de Jean de Plan Carpin, Güyük succède à Ögödei. C'est une réponse pleine de quiproquos culturels qu'il confie à Plan Carpin et que ce dernier apporte à Innocent IV.

Le concile de Lyon Les différends avec l'empereur Frédéric II ne se réglant pas, Innocent IV se retire à l'été 1244 dans sa ville de Gênes, puis se réfugie à Lyon. Il tient dans cette ville un concile général au cours duquel il promulgue une sentence solennelle de déposition de l'empereur le Texte latin et traduction de la sentence de déposition dans Patrick Gilli et Julien Théry, Le gouvernement pontifical et l'Italie des villes au temps de la théocratie (fin ), Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2010, .. L'agitation provoquée par cette action à travers toute l'Europe ne se termine qu'à la mort de l'empereur Frédéric II en 1250. Le pape peut alors revenir à Rome en 1253.

Relations avec Louis IX vignette|Bulle d'Innocent IV autorisant les frères mineurs à séjourner et exercer leur ministère sur les terres excommuniées, Archives nationales, AE/II/1637.

Au moment même où Innocent IV convoque le concile de Lyon, le roi de France Louis IX décide d'entreprendre une septième croisade. Le pape l'encourage, mais se désintéresse par la suite du cours des événements. Le roi juge alors Innocent IV en déclarant qu'il n'Mathieu Paris, MG SS ..

En 1246, il vient en Bourgogne, dans le Nivernais, consacrer l'église de l'abbaye Notre-Dame du Réconfort de Saizy dont la fondatrice est Mathilde de Courtenay, comtesse de Nevers.

Dans la lettre Impia Judæorum perfidia du , Innocent IV exhorte le roi Louis IX à brûler publiquement le Talmud et d'autres livres juifs dans son royaume.

La fin du pontificat En 1252, il fait adopter la bulle Ad extirpanda. Celle-ci établit la norme pour les procédures inquisitoriales. Elle présente, entre autres, la torture comme un moyen d'établir la vérité, une mesure qui n'était pas commune auparavant dans les procès contre les hérétiques mais qui, à partir de cette date, sera considérée comme normale pendant plusieurs siècles. La bulle impose néanmoins des limites à l'utilisation de la torture contre les hérétiques par les autorités civiles et ecclésiastiques, en interdisant le recours à toute torture risquant d'entraîner la mort ou la mutilation de l'accuséTexte latin et traduction d'Ad extirpanda dans Patrick Gilli et Julien Théry, Le gouvernement pontifical et l'Italie des villes au temps de la théocratie (fin ), Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2010, ..

En 1253, il consacre à Assise la basilique Saint-François, complètement édifiée et désormais appelée « Tête et Mère de l'ordre des Frères mineurs ».

La fin de son pontificat est consacrée à la lutte contre Manfred de Hohenstaufen, fils naturel de Frédéric II, qui était soutenu comme successeur légitime du royaume de Sicile par les villes et les nobles. Sur son lit de mort à Naples, le pape entend la nouvelle de la victoire de Manfred à la bataille de Foggia et il meurt le . Il est enterré dans la basilique Santa Restituta, puis transféré dans la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption de Naples où son monument funéraire est érigé en 1318.

Son érudition en droit canonique a laissé un Apparatus in quinque libros decretalium.

Bulles (liste non exhaustive) 1245 : plusieurs bulles données à Lyon en janvier, à l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, dont deux l'exemptant de payer aucune provision, et une troisième autorisant les moines à hériter, sauf de fiefsCartulaire de l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, . Confirmation et reconnaissance de l'Hôtel-Dieu Notre-Dame de Lessines (Belgique) en 1250 (bulle conservée in situ). Texte en ligne. ; 1245 : déclare que les monastères de l'ordre de Cîteaux ne pourront être visités que par des abbés ou des religieux de l'ordreBerthault, l'Abbaye du Pont-aux-Dames, Paris-Meaux, 1878, . ; : Ad extirpanda accorde à l'Inquisition le droit de recourir à la torture si cela est nécessaire. ; : bulle à Guillaume de Paulin, abbé de l'abbaye Saint-Pons de Thomières dans laquelle il enjoint à l'abbé de l'abbaye Saint-Aignan de rendre obéissance à l'abbé de Saint-PonsF. B. T. L. G. Prêtre et chanoine de l'église de Saint-Pons de Thomières, Chronologie des abbez du monastère et des evesques de l'église de S. Pons de Thomières, Béziers, 1703, réédition en 1873, . ; Innocent IV, délivre cinq bulles en faveur de l'abbaye Saint-Félix-de-Montceau ; 1247 : des et en cour de Rome, postée à Lyon, traite de la réception et des provisions du monastèreArchives départementales de l'Hérault, , , citée par . ; 1253 : la plus importante, traite des biens de l'abbaye qu'il énumère et prend celle-ci sous sa protection et celle de ses successeursArchives départementales de l'Hérault, en très mauvais état, le vidimé est de 1420, , , . ; 1253 : à Assise dans laquelle il charge l'abbé de Sainte-Marie de Valmagne de procéder par lui-même à la visite et à la correction du monastèrele 13 des calendes de juillet (), A.D. de l'Hérault, , . ; 1253 : le , bulle adressée à , abbé de l'Abbaye Sainte-Marie de Fontfroide, allant contre l'aliénation de certains biens consentie en faveur de clercs ou de laïques. Toutes les possessions aliénées antérieurement devant revenir au monastèreA.D. de l'Hérault, , . ; 1254 : à Guillaume de la Broue, archevêque de Narbonne, qui devra s'opposer de tout son pouvoir à ce que l'on porte préjudice au couvent dans ses biens.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Élie Berger, Saint Louis et Innocent IV. Essais sur les rapports de la France et du Saint-Siège, Paris, Thorin, 1893, 427 ré-impr. Genève, Slatkine, 1974.

Articles connexes Frédéric II (empereur du Saint-Empire) Histoire de la papauté Inquisition médiévale Louis IX Lutte du sacerdoce et de l'Empire

Liens externes

Paul Pelliot, « Les Mongols et la Papauté » (1), Revue de l'Orient chrétien, sér., 1922/23, ., (2)1924, ., (3)1931-32, « » sur Catholic Encyclopedia

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