La bataille de Castillon eut lieu le à Castillon, entre les armées d' et celles de . Cette dernière bataille de la guerre de Cent Ans se conclut par une victoire décisive pour les Français. Elle marque aussi la première utilisation massive dans une bataille de l'artillerie de campagne créée par les frères Gaspard et Jean BureauCastillon, : le canon, arme fatale de la guerre de Cent Ans, Sciences et Avenir, 4/9/2019.

Contexte général À la suite de la reconquête de la Normandie, qui s'achève en 1450 peu après la bataille de Formigny, les Français dirigent leurs efforts vers le Bordelais encore sous domination de la couronne anglaise, mais bénéficiant d'une relative autonomie. La Guyenne est presque reconquise par les Français durant l'année suivante. Après la conquête de Bordeaux par Charles VII le , les Français installent leur propre administration avec à sa tête le sénéchal de Coëtivy. Afin de financer la défense de la province, celui-ci décide de lever un impôt qui mécontente fortement la population. Une délégation bordelaise est dès lors montée pour aller quérir l'aide des Anglais.

Le roi d'Angleterre reçoit les mécontents et répond à leur appel en envoyant une armée. L'armée anglo-gasconne est commandée par le vieux soldat John Talbot, qui reprend la ville un an plus tard, à la grande satisfaction des habitants, dont la prospérité dépend largement du commerce avec l'Angleterre. Talbot est nommé lieutenant général de Guyenne. Le reste de la province se rebelle contre le roi de France qui envoie à son tour une armée pour reconquérir la Guyenne, en 1453.

Les préparatifs français Le corps d'armée qui opère non loin de la Dordogne se met en route pour Castillon. Selon les sources médiévales, il semble commandé collégialement par les maréchaux de France André de Lohéac et Philippe de Culant, et d'autres seigneurs. Cependant, il est fort probable qu'un seul ait eu le commandement et qu'il s'agisse de l'amiral Jean de Bueil, chef le plus expérimenté parmi eux et comme l'indique son écuyer dans son ouvrage le Jouvencel.

Le corps d'armée descend la vallée de la Dordogne et arrive le devant la ville de Castillon tenue par les Anglo-gascons Jean Chartier.. Les Français installent leur artillerie et leur défense afin d'assiéger la place. À ce moment, l'armée comprend (six hommes dont un combat à cheval, et les autres à pied mais en se déplaçant à cheval), soit , , des auxiliaires de cavalerie envoyés par le duc de Bretagne, et l'artillerie, un nombre considérable de pièces servies par sous les ordres de Jean Bureau, trésorier général de France (1441), et de son frère Gaspard, grand-maître de l'artillerie (1444)Il sera fait marquis de Castillon par ..

Cette , mobile, montée sur chariots, avec des bouches à feu tirant des boulets de fonte de différents calibresDes canons, bombardes, couleuvrines, veuglaires et ribaudequins, Jean Chartier. constitue une véritable artillerie de campagne, une innovation militaire de première importance à cette époque où l'artillerie était généralement utilisée pour les sièges. Jean Bureau dispose ses canons en direction de Castillon et prépare ses positions de tir.

, concernant la position du camp français, deux hypothèses se font face .

Une première hypothèse basée sur les écrits de Léo Drouyn affirme que Jean Bureau choisit un terrain au nord de la Dordogne pour y placer ses canons. Selon ses suppositions, le camp est installé derrière un ancien lit sinueux de la Lidoire, petit affluent de la Dordogne. Le lit sert de fossé et sa rive nord est aménagée en parapet, avec un rempart continu en troncs d'arbres. Le camp retranché, qui fait de long, est gardé au nord, à environ , par les de la cavalerie bretonne, commandés par les sires Jean de Montauban et Gilles de la Hunaudaye Philippe Contamine, La bataille de Castillon, Les Célébrations Nationales, 2003.Liste des seigneurs, barons et ducs de Retz. La plaine de Colle, sur l'actuelle commune de Lamothe-Montravel, entre le camp retranché et la Dordogne, est un terrain plat idéal pour les tirs de l'artillerie française.

Selon une seconde hypothèse plus récente, à la suite de la découverte de nouvelles sources provenant du prieuré Saint Florent et d'une enquête réalisée par le juge Lassime au , le camp français serait devant la ville de Castillon à portée de canon soit environ 200 mètres. La Lidoire ayant rompu son lit après 1496, l'hypothèse émise par Léo Drouyn serait caduque.gauche|500x500px|Plan de la bataille avec les deux hypothèses d'emplacement du camp français à la suite des nouvelles découvertes, (source : Mairie de Castillon-la-Bataille)|alt=Plan de la bataille.|vignette

Les préparatifs anglo-gascons Talbot sait ses forces plus faibles que celles de son adversaire. Les Français envahissent la Guyenne par trois colonnes. Il est dès lors souhaitable d'attaquer en premier, en détruisant séparément les trois corps, avant leur regroupement. Il subit aussi les pressions des vignerons qui craignent de longs combats sur leurs terres et redoutent que les affrontements se poursuivent jusqu'aux vendanges. Bien qu'il soit prudent et très expérimenté, le vieux Talbot, informé de l'arrivée des Français à Castillon, décide de passer à l'attaque.

Il quitte Bordeaux le au matin, avec une force anglo-gasconne de à cheval et à pied, ainsi que des renforts de , et avance à marche forcée sur Castillon. À l'aube du , son avant-garde surprend et disperse un détachement de francs-archers français commandés par Jacques de Chabannes et Joachim Rouault, qui sont en avant-poste au couvent des Carmes, à l'Ouest de Castillon. Cent à cent-vingt Français sont tués et les autres s'enfuient vers le camp retranché. Les Français qui assiègent Castillon se replient aussi dans le camp. Des habitants signalent aux Anglais des mouvements de cavalerie sortant du camp à l'Est. Ces diverses observations font penser à Talbot que son adversaire prépare son retrait et que c'est le bon moment de l'attaquer, sans grand risque.

Les assauts anglo-gascons Talbot charge le camp français tout droit à la « barrière ». Les limites sinueuses du camp retranché et ses parapets ne lui permettent pas d'apprécier aussitôt la composition et l'importance des forces adverses. Talbot ne dispose que de peu d'artillerie, qui n'est d'ailleurs pas encore arrivée, et doit livrer initialement un combat d'infanterie. Il donne l'assaut dès qu'il est arrivé devant le centre du camp français plutôt que d'attendre l'arrivée de l'ensemble de ses forces. L'attaque est contenue par les Français. Talbot lance de nouveaux assauts qui sont chaque fois repoussés au corps à corpsOu main à main, selon l'expression de Jean Chartier..

Tirs de l'artillerie de campagne française et mort de Talbot Entre-temps, Jean Bureau a pu ajuster ses positions en fonction de celles des Anglo-gascons. Il lance les tirs en enfilade de toutes ses bouches, presque à bout portant, sur des Anglo-gascons surpris. La canonnade a un effet dévastateur sur les effectifs anglais. Les soldats anglo-gascons, sous l'effet de la surprise, commencent à s'inquiéter. Talbot fait mettre pied à terre aux cavaliers mais reste en selle, en raison de son grand âge. Un boulet de couleuvrine tue son cheval et lui brise une jambe. Fidèle au serment fait à Capturé à Rouen pendant la campagne de Normandie de 1450, Talbot avait été libéré par contre sa parole de ne plus porter les armes contre la France., il est sans arme ni armure et ne porte aucun signe de distinction de sa qualité. Non reconnu lors de l'attaque des Français, il est tué par un archer. Ainsi finit ce fameux et redouté chef anglais, qui passait depuis si longtemps pour l'un des fléaux les plus formidables et un des plus jurés ennemis de la France.

La charge de la cavalerie bretonne vignette|Bataille de Castillon. Miniature ornant un manuscrit des Grandes Chroniques de France, fin du , British Library, , . Malgré leur situation devenue très difficile, les Anglo-gascons lancent de nouveaux assauts, qui sont toujours repoussés. De leur position retranchée derrière le camp français, les cavaliers bretons entendent la canonnade et sont prêts à intervenir au bon moment. Lorsqu'ils en sont requis par les chefs du camp retranché, ils longent ce dernier, sans qu'on sache exactement si c'est par l'Est la carte de Burne dans Agincourt War. ou par l'ouest Henri Bardon ; la position de la colline d'Horable laisse penser que c'est plutôt par l'ouest., débouchent brutalement sur le champ de bataille et chargent les Anglais. Ces troupes auxiliaires, de grand et noble courage, firent tant, avec l'aide de Dieu et par leur prouesse, que les Anglais tournèrent enfin le dos et furent mis en fuite et défaits. Ainsi, toutes leurs bannières furent abattues et renversées par les Bretons. À l'arrivée de la cavalerie, les Français abaissent les portes de leur camp, en sortent à pied et à cheval et attaquent Lettre d'Angoulême ; la lettre attribue la chute de Talbot non à un boulet mais aux soldats sortis du camp ; cependant, le rédacteur de la lettre n'a pas assisté à la bataille et écrit son texte juste après avoir entendu le premier récit venu de Castillon.. Ce qui reste de l'armée anglaise est débordé de toutes parts, ne peut se retirer en ordre et est disloqué. Des rescapés fuient vers Castillon, d'autres vers Saint Emilion et certains même par bateaux. Ils sont poursuivis par les cavaliers bretons et beaucoup sont exterminés ou faits prisonniers. Un grand nombre d'Anglais et de Gascons, près de , peuvent cependant se réfugier à Castillon, avec sans doute les derniers éléments de l'armée de Talbot. Les réfugiés de Castillon seront faits prisonniers deux jours plus tard. La victoire française est totale.

Bilan et conséquences Chez les Français, la bataille a fait une centaine de tués et de blessésSont notamment blessés l'amiral Jean de Bueil et Jacques de Chabannes ( la lettre d'Angoulême) ; ce dernier mourra de ses blessures trois mois plus tard.. Les Anglais ont perdu 500 chevaliers, 7 000, et de nombreux prisonniers, ( et plus selon la Chronique du temps de conservée à la bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris, .), les autres étant blessés ou faits prisonniers pendant la bataille. Parmi les morts se trouvent Talbot et deux de ses fils dont le baron de L'Isle (en), qui avait débarqué en Guyenne à la tête de de renfort.

Le lendemain de la bataille, les Français reprennent le siège de Castillon, avec l'artillerie de Jean Bureau pointée sur les remparts. La ville se rend le surlendemain et les rescapés anglais sont faits prisonniers. Le roi d'Angleterre n'a plus de troupe de campagne en Guyenne. Les autres places-fortes anglaises tombent rapidement, si bien qu'il ne reste plus que Bordeaux. Le siège est mis devant la ville tandis que Jean Bureau pointe ses canons sur les remparts. Le , la ville, affamée, préfère se soumettre car la défaite est inévitable avec une telle artillerie moderne.

Avec la bataille décisive de Castillon, l'Aquitaine devient française, après des siècles d'indépendance ou d'autonomie.

Les rois d'Angleterre ne conserveront que la place forte de Calais.