vignette|upright=1|Spahi au galop.
Les spahis sont des unités de cavalerie française de l'Armée d'Afrique, de 1834 à 1964, puis de l'Armée française jusqu'à nos jours.
Ils sont à l'origine un corps de cavalerie traditionnel du dey d'Alger. Corps de prestige, il est ensuite, après la conquête de l'Algérie par la France, intégré à l'Armée d'Afrique appartenant à l’armée de terre française. Ils sont dirigés par le chaouch et participent à la « pacification » du territoire auprès des bureaux arabes (bureaux de cercle ou bureaux de subdivision). Le modèle des corps de cavalerie spahis inspire ensuite celui d'autres corps en France métropolitaine et dans d'autres pays anciennement protectorats ou colonies françaises (Tunisie, Maroc, Sénégal, etc.).
Histoire vignette|Un spahi du dey d'Alger lors de la bataille de Sidi Khalef (1830). vignette|upright|Spahis algériens du dey d'Alger, en 1820. Les spahis sont à l'origine un corps de cavalerie algérien qui sont aux ordres du dey d'Alger. Leur nom dériverait du mot sbah, en arabe : matin ; ce sont littéralement les « cavaliers du matin ». Ils sont à l'origine organisés par Barberousse à qui les janissaires ne suffisent pas face à la cavalerie autochtone algérienne des tribus dissidentes. Les Barberousse créent donc au en Algérie, un corps de cavalerie régulier sur le modèle ottomanPierre Rosière, op.cit, 28.
Si on remonte aux racines ottomanes du corps des spahis, ce serait un mot d’origine turque et persane, sipâhi, signifiant « soldat » dont la traduction la plus acceptée est celle de « cavaliers ». Les troupes indigènes en Inde, formées d'abord par Joseph François Dupleix, puis par les Anglais, ont été appelées, par déformation du mot turc, cipaye ou sepoy.
En Algérie 200px|vignette|Guillaume Stanislas Marey-Monge, colonel des spahis réguliers, Jean-Baptiste Leclerc, , musée de l'Armée, Paris.
Ces cavaliers, commandés par le Marey et recrutés par Joseph Vantini (dit Youssouf), sont d’abord appelés « chasseurs indigènes » puis « Mamelouks », avant de prendre le nom de « Spahis ». Leur existence est officialisée par quatre textes législatifs : la loi du autorise les généraux commandant les pays occupés à former des corps militaires composés d’indigènes et d’étrangers. C'est la première consécration des tirailleurs, zouaves, chasseurs indigènes, légionnaires… ; une ordonnance du prescrit la formation à Alger d’un corps de cavaliers indigènes sous la dénomination de spahis réguliers ; l'ordonnance du crée un corps unique de cavaliers indigènes. Est ainsi régularisé leur emploi depuis plus de dix ans par le corps expéditionnaire français en Algérie ; l'ordonnance du crée trois régiments de spahis : le de spahis algériens à Alger, le de spahis algériens à Oran, et le de spahis algériens à Bône.
Ces formations se couvrent de gloire dans la quasi-totalité des combats, qu'ils ont menés aux côtés des zouaves, qui émaillent la conquête de l'Algérie et contribuent largement au succès des armes de la France.
Leurs principaux faits d'armes sont : l'expédition de Constantine en 1836 ; l'expédition de Constantine en 1837 ; l'expédition des Portes de Fer en 1839 ; le Collo en 1843 ; la prise de la smala d’Abd el-Kader en 1843 ; la bataille d’Isly en 1844 ; les Aurès en 1846 ; la prise de Zaatcha en 1849 ; la prise de Laghouat en 1852 ; le Hodna en 1864 ; la Kabylie en 1871.
En dehors des combats, les smalas de spahis furent le principal instrument de la « colonisation militaire » après les expériences de Bugeaud avec des soldats français
Hors d'Algérie vignette|upright|Spahis sénégalais en 2012.|240x240px vignette|Spahi marocain (1940). Né en Algérie, le modèle spahi est repris ailleurs par l’Armée française : en Crimée, en 1854, où Joseph Vantini, dit Yousouf est chargé de mettre sur pied des escadrons de cavaliers autochtones, les spahis d'Orient, ou « Bachi-bouzouks » ; pendant la guerre franco-allemande de 1870 (en petit nombre)Collectif, Patrick Harismendy, Rennes sous la IIIe République: Cahiers d'Edmond Vadot, secrétaire général de la ville de 1885 à 1909, PU Rennes, 2008, ; en Tunisie, où le Spahis est formé le ; au Maroc, avec la participation d’escadrons algériens à l’expansion française, puis avec la création, en 1912, de dix escadrons de spahis formés avec les tabors de cavalerie du sultan du Maroc ; au Sénégal, l'ancienne Garde coloniale de spahis sénégalais est aujourd'hui la composante principale de la Garde présidentielle ; en Indochine française, où sont créés les spahis cochinchinois (1862-1871) et les spahis tonkinois (1883-1889), à l'image des spahis sénégalais (voir cavalerie indigène de l'Indochine). et aussi au cours de l'expansion coloniale de la République où des unités algériennes et marocaines prennent une part active aux campagnes d’Extrême-Orient, d’Afrique et de Madagascar.
Première Guerre mondiale thumb|Spahis d'Algérie à Furnes, Belgique. vignette|Un campement de spahis marocains à Ribécourt, au début de la Première Guerre mondiale.
En 1914, existent quatre régiments de spahis algériens en Algérie française encasernés à Médéa, Sidi-bel-Abbès, Batna et Sfax (en Tunisie). Un de spahis algériens est créé lors de la mobilisation générale d' ; et, un mois plus tard, en septembre, est constituée une brigade de marche à l'aide d'escadrons provenant de toutes les unités. Cette brigade, commandée par le colonel Martin de Bouillon se compose des (lieutenant-colonel Schneider) et (colonel Couverchel) régiments de marche des spahis qui, en , sont renommés et spahis algériens. Un éphémère Régiment de spahis auxiliaires algériens (RSAA) est créé en pour combattre sur le front français et rapatrié en . Les spahis algériens combattent dès le début des hostilités.
Pendant ce temps-là, au Maroc, les autorités françaises réunissent quatre escadrons auxiliaires de chasseurs marocains et les dirigent sur la France, où, aux ordres du commandant Dupertuis, ils forment le régiment de marche de chasseurs indigènes à cheval qui devient, le , le Régiment de marche des spahis marocains (dépôt à Arles). Quant aux escadrons auxiliaires restés au Maroc, ils donnent naissance au de spahis marocains, lequel sert d'unité de relève au de spahis marocains alors en première ligne en France, puis, à partir de , à l'armée d'Orient où il mène force combats qui, en 1918, l'entraînent jusqu'au Danube et à Budapest. Dans cette ville, le , soit plus d'un mois après l'armistice, lors d'un raid sur le château de Foth, il capture le maréchal von Mackensen et tout son état-major.
Décorations Les régiments suivants furent décorés de la croix de guerre 1914-1918 :
Régiment de Marche Spahis Marocains ( RMSM), avec cinq palmes : il est le régiment de cavalerie le plus décoré de l’Armée française. Son étendard est le seul des emblèmes des unités de cavalerie à être décoré de la fourragère aux couleurs de la Médaille militaireJacques Frémeaux, Les colonies dans la Grande Guerre, Éditions 14-18, 2004, . de spahis tunisiens ( RST), avec une palme et une étoile vermeil
Entre-deux-guerres Durant l'Entre-deux-guerres, le nombre de régiments de spahis est triplé par rapport aux effectifs de 1914.
En 1921, on dénombre douze régiments de spahis : 5 en Algérie francaise ; 4 au Protectorat français au Maroc ; 2 au Levant (Moyen-Orient, Mandat français sur le Liban et la Syrie : Liban et Syrie actuels) ;
Seconde Guerre mondiale vignette|upright|Officiers de spahis (1939). vignette|gauche|upright|Spahis marocains (1940). De nombreux escadrons de spahis constituent les unités de reconnaissance des formations militaires françaises à la veille de la Seconde Guerre mondiale. En métropole, à la déclaration de guerre sont présentes les : de spahis avec le de spahis marocains et le de spahis algériens, stationnée à Compiègne. de spahis avec le de spahis algériens et le de spahis algériens, stationnée à Vienne et Montauban. Par la suite, s'y ajoutent : la de spahis avec le de spahis marocains et le de spahis algériens. La part la plus importante dans les combats est prise par les et dans les Ardennes (bataille de La Horgne). La surveille la frontière suisse jusqu'au ; le de spahis algériens se distingue par sa résistance du 18 au , à Vercel.
right|thumb|Spahis à Sidi Bouzid, février 1943. thumb|left|Insigne du .
Après l’armistice de 1940, une partie du du RSM, commandé par le capitaine Paul Jourdier, quitte clandestinement la Syrie dès le début , pour rejoindre les Britanniques en Palestine. Il est l'une des premières unités de la France libre à reprendre le combat : en Érythrée, puis en Syrie, à El-Alamein, en Tunisie ; il se renforce progressivement pour devenir le de marche de spahis marocains de la célèbre blindée du général Leclerc.
D'autres régiments sont reformés en Afrique du Nord dans le cadre de l'armée d'armistice, puis, après le débarquement allié de 1942, ils font partie : du corps expéditionnaire français en Italie aux ordres du général Juin ; de la du général de Lattre de Tassigny.
Participation des spahis aux campagnes de la libération 1941 Érythrée, Syrie : Escadrons de spahis de la France libre 1942 Libye, Égypte : RMSM 1942-43 Tunisie : , et RSA, RST, RMSM 1943 Corse : RSM 1943-44 Italie : RSA, et RSM. 1944-45 France : , , et RSA, , , et RSM, RMSM. 1945 Allemagne : , , et RSA, , et RSM, RMSM.
Subordination les RSA et RSA étaient les régiments de reconnaissance de la du général de Lattre, le RMSM était le régiment de reconnaissance de la DB, le RSA était le régiment de reconnaissance de la DIA, le RSM était le régiment de reconnaissance de la DIM, le RSM était le régiment de reconnaissance de la DMM, les RSA et RSM, régiment hippomobiles, formaient la de spahis a la disposition de la , le RSM, en réserve générale, fut employé pour la réduction de la poche de Royan.
Décorations Les régiments suivants furent décorés de la croix de guerre 1939-1945 : RSA, avec une palme et une étoile de vermeil, RSA, avec deux palmes, RSA, avec trois palmes RSA avec une palme RSA avec une étoile de vermeil RSM, avec une palme et une étoile argent RSM, avec deux palmes RSM, avec trois palmes, RMSM avec deux palmes.
Indochine et Madagascar Dès fin 1945, un escadron de spahis, le du RMSM équipé d'automitrailleuses M8 (AM M8), est engagé dans la guerre d'Indochine avec le groupement de marche de la 2e division blindée, jusqu'en . Une autre unité principalement équipée d'AM M8, le régiment de marche de spahis d'Extrême-Orient, arrive en puis est renommée de spahis marocains en . Il est rejoint par le en . Le groupe d'escadrons de spahis marocains, venu en renfort en , est renommé en . Il est équipé de nombreux modèles différents de véhicules de reconnaissance ou de transport. Le de spahis algériens arrive en renfort en . D'abord unité d'infanterie portée sur Halftracks, il devient mixte en avec des chars M24 et de l'infanterie sur Halftracks et sur camions.
De 1947 à 1949, un escadron autonome de marche de spahis algériens est engagé à Madagascar contre les rebelles. Créé comme unité à cheval, il est motorisé avec des Jeeps et des Bren Carriers avant son embarquement pour l'île. Sur place, il reçoit des véhicules amphibies Crabes (nom français du M29 Weasel).
Conflit tunisien : 1952-1954 de spahis tunisiens En 1952, après l'arrestation de Bourguiba, la révolte éclate en Tunisie. Deux escadrons à cheval sont alors disponibles pour assurer des missions de sécurité, le de spahis tunisiens, escadron de tradition tenant garnison à Tunis depuis 1948, et le de spahis tunisiens, créé en 1952 et implanté au Kef.
En 1954, pour renforcer le potentiel des forces, ces deux escadrons seront intégrés dans une nouvelle unité : le de spahis tunisiens.