La percée de Sedan est une offensive majeure et décisive pendant la Seconde Guerre mondiale, lancée le par la Wehrmacht depuis l'Allemagne en traversant le Luxembourg et la Belgique (province de Luxembourg) en direction de Sedan. Les troupes allemandes traversent le massif des Ardennes, jugé par l’État-major français difficilement franchissable. Du côté belge, nombre de destructions sont effectuées, mais du côté français, elles sont suspendues sur ordre du gouvernement français. Les blindés peuvent ainsi éviter les secteurs les mieux fortifiés de la ligne Maginot pour se faufiler à l'ouest de l'ouvrage de cette ligne le plus proche (l'ouvrage de La Ferté) qui se situe à environ de Sedan près de CarignanHistoria Spécial mai-juin 1990, « Le printemps de la défaite, 10 mai-25 juin 1940 »Claude Gounelle, Sedan Mai 40, Presse de la Cité, 1980..

Stratégie d'ensemble Depuis la déclaration de la guerre le par la France et le Royaume-Uni en réaction à l'invasion de la Pologne par les Allemands, aucune action d'envergure n'a été tentée par les belligérants. À part la timide offensive de la Sarre, du 7 au , les Français restent à l'abri sur leur frontière (Drôle de guerre), les Allemands se regroupent à l'ouest après leur expéditive victoire à l'est en Pologne.

Le dispositif franco-britannique Du côté français et allié, sous l'autorité du général Gamelin, commandant en chef de la défense nationale, et du général Georges, commandant en chef du front Nord-Est, les forces sont réparties en trois groupes d'armées (GA) : face à la Belgique le GA du général Billotte, en Lorraine derrière la ligne Maginot le GA du général Prételat, enfin en Alsace et face à la Suisse le GA du général Besson.

En tout, y compris les neuf divisions du corps expéditionnaire britannique du général Gort intégrées au . On peut ajouter à l'ensemble franco-britannique, le potentiel des forces belges et néerlandaises qui sont sur pied de guerre, armées de pays neutres qui ne basculent du côté des alliés qu'au moment de l'invasion allemande de leur territoire.

Le dispositif belge

Du côté belge, en date du , l'armée compte , soit sous les drapeaux qui attendent l'attaque allemande, même si l'Allemagne n'a pas, jusque-là, déclaré la guerre à la Belgique. Cet effort de mobilisation est considérable. Mais si les effectifs sont importants, l'encadrement est insuffisant et la chaîne de commandement rigide, aux capacités de réaction lentes.

Cette masse s'étire suivant un arc de cercle de près de allant d'Anvers à l'Ardenne avec le renfort que représentent les fortifications du canal Albert et les ouvrages fortifiés. Le centre du pays est protégé également par la ligne KW, une ligne anti-chars constituée de barrières Cointet. Mais cette ligne en cours d'installation ne protège pas d'une attaque plus au sud, par les Ardennes.

Le commandant en chef de l'armée belge est le roi Léopold III.

Le dispositif allemand Du côté allemand, le Generaloberst von Brauchitsch est le commandant en chef de l'armée de terre (OKH) et son chef d'état-major est le général Halder. Ils disposent de en trois groupes d'armées (GA) : le GA B au nord, le GA A au centre, et le GA C au sud. Ces forces sont massées principalement dans la Ruhr, dans l'Eifel, face à l'Ardenne belge et au Grand-Duché de Luxembourg et, secondairement, face à la Lorraine et l'Alsace où des effectifs moins nombreux s'abritent derrière la ligne Siegfried - notamment en Sarre - face à la ligne Maginot. Cette ligne de fortifications est occupée par des troupes françaises de forteresse dont les stratèges allemands considèrent que, par destination, elles n'ont pas de valeur offensive.

L'attaque vignette|Bundesarchiv Bild 101I-769-0229-12A, Frankreich, Guderian, "Enigma" Le , à l'aube, la Wehrmacht déclenche une offensive avec le GA B du général Fedor von Bock en envahissant au nord les États neutres de Hollande et de Belgique. La violation de la neutralité belgo-hollandaise par ces deux armées allemandes constituant ce GA B (généraux Walter von Reichenau et von Klüchler respectivement et et fortes de 28 divisions dont trois ), provoque la manœuvre dite Dyle-Breda de la part des Alliés. Cette manœuvre engage une grande partie des forces du GA du général Billotte à la rencontre des forces allemandes car, en croyant à la réédition du plan Schlieffen d', le général Gamelin, chef d'état-major (EM) français, engage aussi dès le premier jour de la bataille son armée de réserve, la 7 du général Giraud, qui doit se positionner à la frontière belgo-hollandaise près de la Dyle. La du général Blanchard ainsi qu'une partie du corps expéditionnaire anglais vont soutenir les armées belges. Une partie de la du général Corap prend position du saillant des Ardennes jusqu'à la trouée de Gembloux. La manœuvre Dyle-Breda engage toutes les meilleures unités d'active, constituées de divisions modernes, mobiles et bien équipées (3 divisions légères mécaniques, une division cuirassée et 5 divisions d'infanterie (DI) motorisée).

Le reste du dispositif français au sud de la région de Givet jusque Longuyon est protégé par des éléments fixes d'une partie de la et la du général Huntziger constituée de divisions de série A ou B couvertes par des divisions mixtes à cheval et motorisées. Ce dispositif protège la jonction entre la ligne Maginot et la frontière belge. C'est le corps d'armée (CA) du général Grandsard qui se trouve sur le secteur de Sedan au petit ouvrage de La Ferté. Ce corps regroupe la DI, la DI, la d'infanterie nord-africaine, légère de cavalerie (DLC), de deux bataillons de chars de combat ( et ), du de reconnaissance de CA, de régiments d'artillerie, de compagnies de génie et toutes les unités d'intendance.

L'attaque au nord faisant croire au plan Schlieffen est un leurre car les stratèges allemands ont modifié leur plan au début de 1940 et font porter sur le secteur ardennais d'environ l'assaut principal au groupe d'armée du centre, le GA A du général Gerd von Rundstedt (la 4 de von Kluge, la 12 du général List, la 16 du général Busch et le groupement blindé von Kleist du général von Kleist) fort de 44 divisions dont 7 panzerdivisions.

Du côté belge, les forces principales sont massées entre l'Escaut et le nord de la province du Luxembourg belge. Au sud, le secteur de l'Ardenne belge est défendu par un double dispositif fondé sur les Chasseurs ardennais équipés de moyens motorisés et postés à des points choisis, complétés par les obstacles passifs que sont les ponts sautés, fossés, barricades et les obstacles actifs, les fortins de la ligne Devèze La « ligne Devèze », du nom d'un ministre de la Défense Nationale qui l'avait conçue sous la forme d'une série de fortins construits - dans une zone allant de la province de Liège jusqu'au sud de la province du Luxembourg belge - dans le but d'offrir des points d'appui aux fantassins belges en des endroits choisis selon un plan tactique fondé sur l'idée d'enrayer une attaque ennemie en la retardant en divers endroits de façon à l'empêcher de se déployer de façon homogène dans un terrain censé défavorable aux chars.. Dans cette zone forestière et accidentée, les ressources du terrain aux routes étroites et sinueuses ont donc été mises à profit pour compenser l'infériorité numérique belge. Le but est de retarder l'offensive des chars allemands afin de permettre aux troupes françaises de l'Ardenne de se préparer au choc ennemi en entrant en Belgique pour se positionner sur la Meuse à la droite de l'armée belge. C'est le plan du grand état-major français et du général Gamelin selon lequel l'Ardenne est peu favorable à des mouvements rapides de forces blindéesLa Défaite française, un désastre évitable, lieutenant-colonel Jacques Belle, page 13, éd. Economica, Paris, 2007.. Ce procédé est déjoué par l'ennemi qui procède par pointes offensives sans se soucier de réduire d'abord tous les points de résistance, préférant les dépasser pour s'enfoncer dans les lignes alliées dans le but de les désarticuler en surprenant leurs arrières. Il reste que les Chasseurs Ardennais jouent un rôle indéniable à Bodange, Martelange et Chabrehez. Mais cet effort est limité à des actions de retardement puisque les Allemands s'extirpent de l'Ardenne belge le deuxième jour de leur offensive alors que le grand état-major de l'Oberkommando der Wehrmacht prévoyait seulement une journée pour la traversée. Or, pour éviter tout risque de retard, le maréchal Göring avait convaincu les généraux d'improviser, dès le premier jour, une opération aéroportée non par parachutages ou par des planeurs, mais en faisant déposer 200 hommes par avions légers dans la région de Nives et Witry, sur les arrières des Chasseurs. Mais l'opération connaît un échec partiel : certains pilotes, désorientés sous le feu venu du sol, dispersent les Allemands, et le capotage de quelques appareils atterrissant sur un sol difficile cause des pertes humaines. Néanmoins, les rescapés parviennent à couper des lignes téléphoniques avant d'être dispersés par des chars légers belges, de se heurter aux chars de la cavalerie française venant occuper Neufchâteau, puis de rallier finalement l'offensive allemande au sud du Luxembourg belge. D'autre part, le dédale ardennais parsemé d'obstacles par le génie de l'armée belge joue un rôle passif complémentaire contre les Allemands. Ainsi que le relate un témoin allemand : La Seconde Guerre mondiale, p. 85, éd. Le Sphynx, Bruxelles 1947.. Le plan belge est de se replier le 11 dans un mouvement prévu de longue date avec le haut commandement françaisLa Défaite française, un désastre évitable, lieutenant-colonel Jacques Belle, , éd. Economica, Paris, 2007.. Aussi, les Allemands ne se trouvent-ils au contact des positions françaises que le , entamant d'emblée la traversée de la Meuse, en avance sur le délai prévu par le commandement franco-belge. Celui-ci avait estimé que, dans le cas d'une percée en Ardenne, les Allemands auraient à s'organiser pendant deux jours supplémentaires avant d'être en mesure de vouloir franchir la Meuse.

Plus au sud, les Allemands rencontrent d'ailleurs dans le sud du Luxembourg belge les blindés légers français du groupe d'armée qui y perdent une moitié de leur effectif avant de se retirer sur leur base de départ dans la région de Sedan. En fait, les Allemands peuvent commencer l'assaut des positions françaises à l'ouest de Sedan le 13. C'est là qu'a lieu la percée décisive de la Wehrmacht venant en plus des opérations de percée plus au nord de la MeuseLa Défaite française, un désastre évitable, lieutenant-colonel Jacques Belle, pages 54 à 60 : l'apocalypse à Sedan, éd. Economica Paris 2007.. C'est avec un jour d'avance sur la prévision de l'état-major français, qui s'était donné quatre jours pour être prêt à affronter les Allemands lorsqu'ils tenteraient de passer la Meuse.

La traversée de l'Ardenne belge en deux jours, plus un troisième pour aborder la Meuse, est une surprise totale pour l'état-major français, dit-. Pourtant, dans ses mémoires parus à Paris en 1946, le général en chef Gamelin reconnaît avoir été averti que le plan de l'offensive allemande passait par l'Ardenne grâce à ses liaisons secrètes avec le roi des Belges Léopold IIIGénéral Gamelin, Servir, Ed. Plon, Paris, 1946. qui centralisait les renseignements des services secrets belges. Et ceux-ci sont corroborés par l'attaché militaire français en Suisse. D'ailleurs, à partir de l'automne, le général belge Raoul Van Overstraeten, conseiller militaire du roi, était en rapport avec l'attaché militaire français à Bruxelles, surtout pour lui communiquer, en , la teneur de documents tactiques révélateurs saisis dans un avion allemand égaré au-dessus de la Belgique qui avait fait un atterrissage forcé à Mechelen-sur-MeuseLes Relations militaires franco-belges, CNRS, Paris, 19658..

Prémices de la percée