Antoinette Fouque est une militante féministe et une figure historique du Mouvement de libération des femmes (MLF), née Antoinette Grugnardi le à Marseille et morte le dans le Relevé des fichiers de l'Insee. Avec des militantes du MLF , elle fonde les Éditions des femmes dont elle devient l'éditrice, ainsi que la collection de livres audio « Bibliothèque des voix ». Elle est psychanalyste, essayiste, politologue et femme politique.
Biographie Son père, Alexis Grugnardi, est militant syndicaliste, communiste et libertaire. Sa mère, d'origine italienne, émigre de Calabre en France pour des raisons économiques et s'installe dans un quartier populaire de Marseille.
Après des études de lettres à Aix-en-Provence, Antoinette Grugnardi se marie avec René Fouque. Elle rejoint Paris pour faire des études de lettres à la Sorbonne. Dans les années 1960, elle s'inscrit à l'EPHE en vue d'une thèse sur les avant-gardes littéraires, qu'elle n'a jamais terminée selon ses propres diresAntoinette Fouque, Il y a deux sexes, entretiens avec Pierre Nora et Marcel Gauchet réalisés entre octobre 1989 et février 1990, Gallimard, 1995, ., préférant l'engagement militant aux côtés des femmes, mais passe selon elle un . C'est lors d'un séminaire de Barthes, en , qu'elle rencontre Monique Wittig.
Elle donne naissance à une fille, Vincente, en 1964. Cela contribue à lui faire prendre conscience des difficultés qui s'imposent aux femmes dès lors qu'elles sont mères et mariées, particulièrement dans le milieu intellectuelEntretiens dans l'émission « À voix nue » sur France Culture, diffusé le 09.01.2013 et audible en ligne. Elle dit également avoir pris conscience de l'irréductibilité de la différence de sexes et de la compétence spécifique des femmes qu'est la gestation.
Engagement pour les droits des femmes vignette|Citation d'Antoinette Fouque sur une pancarte au cours d'une manifestation en 2026.
Antoinette Fouque s'étonne du machisme ambiant dans les milieux intellectuels et militants à l’époque de , et c'est ce constat qui est à l'origine de son engagement dans le Mouvement des femmesMadeleine Chapsal in Le Débat : « Matériaux pour servir à l'histoire intellectuelle de la France », Gallimard, 1988Françoise Barret-Ducrocq, Femmes en tête, Flammarion, 1997.. Dès 1968, elle participe, aux côtés de l'écrivaine Monique Wittig à l'un des différents groupes qui finissent par converger pour former le Mouvement de libération des femmesRevue Actuel /11 juillet/août 1971.Françoise Picq, Libération des femmes, les Années-Mouvement, Seuil, 1993Séverine Auffret, Séminaire d'idées féministes, Université populaire de Caen, janvier 2006., dont les premières manifestations publiques datent de 1970, .
Le MLF ne se veut ni une organisation, ni une association (pas de carte, pas de bureau d'élus, pas de représentante), mais un lieu de discussions et de prises de parole individuelles de femmes entre elles, le collectif étant non-mixteLe Siècle des féminismes, Collectif dir. par Éliane Gubin, Catherine Jacques, Florence Rochefort, Brigitte Studer, Françoise Thébaud, Michelle Zancarini-Fournel, Préface de Michelle Perrot, éd. Atelier, 2004, .
Au sein du MLF, elle anime la tendance « Psychanalyse et politique », un lieu de réunion et de paroles luttant pour la libération des femmes dans une perspective à la fois psychanalytique et révolutionnaire« D'une tendance », Le Torchon brûle , page 18Séverine Auffret, op. cit.; Collectif dir. Éliane Gubin, op. cit.. Cette articulation de l'inconscient et de l'histoire - psychanalyse et politique- a fait la spécificité d'une partie du mouvement français. En , elle signe le Manifeste des 343 pour le droit à l'avortement« La liste des 343 Françaises qui ont le courage de signer le manifeste "Je me suis fait avorter" », le Nouvel Observateur , 5 avril 1971, couverture.
Antoinette Fouque affirme qu', titre de son premier recueilIl y a deux sexes : essais de féminologie. 1989 - 1995, Gallimard, 1995; édition revue et augmentée, Gallimard, 2004, et affirme .
Doctrine psychanalytique Antoinette Fouque propose l'existence d'une libido spécifiquement féminine , de type oral-génital : une ou Alain Touraine, Charles Juliet et Roger Dadoun (éditeurs), Penser avec Antoinette Fouque, éditions Des femmes, 2008, qu'elle nomme Metka Zupancic, « Mythes et utopies, approches féministes » dans Fr. Laplantine, J. Lévy, J.-B. Martin et A. Nous (éditeurs), Récit et connaissance, éditions des Presses universitaires de Lyon, 1998, , puis, dans les années 2000Antoinette Fouque, Gravidanza : Féminologie II, éditions Des femmes, 2007, , Du verbe latin creare signifiant à la fois « créer » et « procréer ».. Elle souhaite poser ainsi les bases d'une théorie de la génitalité au seuil de laquelle Sigmund Freud et Jacques Lacan se seraient arrêtés. Articulant psychanalyse et politique, elle estime qu'au fondement de la misogynie, il y a l'envie primordiale de la capacité procréatrice des femmes, qu'elle nomme . Selon Bibia Pavard, pour Fouque, le désir féminin comme d'après Freud est une réduction et un écran à ce qu'elle nomme l' chez les garçons.
Selon la psychanalyste Martine Menès, Lacan s'est intéressé aux débats du MLF mais a rejeté la notion de libido spécifiquement féminine propre à Fouque sans pour autant nier la spécificité d'une sexualité féminine.
Antoinette Fouque s'oppose à l'idée que les femmes sont des hommes inachevés et dans laquelle elle voit la source de la misogynie, induisant selon elle Antoinette Fouque, Il y a deux sexes : essai de féminologie, éditions Gallimard, 2004, préface de la seconde édition, p. XVII. Cette dimension d'analyse politique intégrée à l'approche de la psychanalyse caractérise ce nouveau baptisé par Antoinette Fouque Gérard Neyrand et Patricia Rossi, Monoparentalité précaire et femme sujet, éditions Érès, collection Pratiques du champ social, 2007, .
Comme le dit Élisabeth Roudinesco dans La Bataille de cent ans : . Elle ajoute : .
Par ailleurs, Antoinette Fouque comme l'écrit la psychanalyste française Janine Chasseguet-Smirgel.
Formation et pratique de la psychanalyse Selon Élisabeth Roudinesco, elle rencontre Jacques Lacan, suit une partie de ses séminaires dès 1969 et commence une analyse avec lui, tandis que, selon son gendre, le psychanalyste Jacques-Alain Miller, qui a interrogé Gloria Gonzalez-Yeroda, la secrétaire de Lacan de 1948 à sa mort, la réponse fut : « Je l'ai vue 3 ou 4 fois rue de Lille », et elle aurait donc peu fréquenté son cabinetLacan Quotidien, Blog de JAM, 24 mars 2014. Lu ce jour: . Elle s'exerce comme psychanalyste, à partir de l'année 1971 selon ses dires"Au bout de trois ans d'analyse, à peu près...", Entretiens dans l'émission « À voix nue » sur France Culture, diffusé le 09.01.2013 et audible ici : , tout en refusant d'appartenir à l’École freudienne de Paris, .
En 1972, elle participe avec des femmes du MLF à une « UV sauvage » sur la sexualité féminine au département de psychanalyse de l'université de VincennesGénération MLF : 1968-2008, éd. Des femmes, 2008, ., in Elisabeth Roudinesco, Jacques Lacan & Co: A History of Psychoanalysis in France, 1925-1985, University of Chicago Press, 1990, , animée par Luce Irigaray, avec qui elle entame une analyseElisabeth Roudinesco, Histoire de la Psychanalyse en France, Tome 2, .
En 1977, Serge Leclaire, qui considère que le mouvement du MLF mené par Antoinette Fouque, Psychanalyse et Politique, ranime le mouvement psychanalytique en y introduisant , propose à Jacques Lacan de tenir un séminaire dans le cadre de l'École freudienne de Paris avec Antoinette Fouque, ce que Lacan refuseFrançois Dosse, History of Structuralism: The Sign Sets, 1967 - Present, U of Minnesota Press, 1997, . En 1983, elle quitte la France et s'exile aux États-Unis où elle dit avoir pratiqué la psychanalyse auprès de patients français et canadiensEntretien avec A. Fouque, A Voix Nue, France-Culture, 9 janvier 2013.
L'édition Lectrice aux éditions du SeuilEntretiens dans l'émission « À voix nue » sur France Culture, diffusé le 2013-01-07, elle devient elle-même éditrice. Ses engagements pour l'émancipation des femmes l'entraînent à mener de nombreuses activités dans le domaine de l'éditionJocelyne Sauvard : Antoinette Fouque, portrait et entretien, Sitartmag, septembre 2007. Estimant que le milieu intellectuel français est très machiste et que les femmes y sont sous-représentées, notamment chez les écrivains, et considérant les femmes comme un , elle œuvre pour ouvrir le monde du livre et de l'écrit aux femmes.
En 1972, avec des militantes du groupe « Psychanalyse et Politique », elle lance les Éditions des femmesConférence de presse des éditions Des femmes, 17 avril 1974, Mémoire de femmes 1974-2004, éd.Des femmes, grâce au financement de la militante et mécène engagée Sylvina Boissonnas, elle-même réalisatrice et productrice de films marquants de la Nouvelle VagueEntretien avec Philippe Garrel, Attention Posésie, Gérard Courant, 1982.. Cette maison d'édition s'inscrit dès le départ dans une double optique : l'engagement politique et l'engagement littéraire. Elle a pour but de promouvoir la littérature mais aussi plus globalement les luttes de femmes.
Suivent des librairies du même nom à Paris (1974), Marseille (1976) et Lyon (1977). Elle crée la première collection de livres audio en France « La Bibliothèque des voix » (1980). Elle participe également à des journaux, Le Quotidien des femmes (de 1974 à ) et Des femmes en mouvements, mensuel (13 numéros de à ) puis hebdomadaire (de 1979 à 1982).
Recherche et organismes Elle crée différents organismes tels que l'Institut de recherches en sciences des femmes en 1980Chroniques d'une imposture, , annexe 1, le Collège de féminologie en 1978, l'Alliance des femmes pour la démocratie (AFD) et l'Observatoire de la misogynie en 1989, enfin le Club Parité 2000 en 1990. Les activités de librairie avec un centre « espace des femmes » consacré à la création des femmes doté également d'une galerie et d'un lien de rencontres et de débats à Pariscf. Les éditions des femmes.
Titulaire d'un doctorat en science politique obtenu en 1992 à l'Université Paris 8, Antoinette Fouque est directrice de recherches à l'université Paris 8 dès 1994, et membre de l’Observatoire de la parité entre les femmes et les hommes dès 2002.
Carrière politique Antoinette Fouque se présente aux élections européennes de 1994 sur la liste Énergie radicale de Bernard Tapie.
Élue radicale de gauche au Parlement européen de 1994 à 1999, elle siège aux Commissions des Affaires étrangères, des Libertés publiques et des Droits des femmes (vice-présidente).
En 2007, elle appelle à voter pour Ségolène Royal, dans un texte publié dans Le Nouvel Observateur, , pour « Avant qu'il ne soit trop tard », tempsreel.nouvelobs.com, 13 mars 2007.
Critiques Polémiques autour du MLF