Nasua nasua, le Coati au sens strict, mais plus spécifiquement désigné sous les noms de Coati roux ou à queue annelée, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des procyonidés. Il s’agit de l’espèce-type de son genre Nasua. Reconnaissable à son long museau mobile, à ses pattes sombres et à sa queue touffue annelée, il est largement répandu en Amérique du Sud tropicale et subtropicale, où il fréquente divers types de milieux forestiers. Essentiellement diurne, il vit en groupes matriarcals structurés tandis que les mâles adultes mènent une vie solitaire. Omnivore opportuniste, il se nourrit de fruits et d'invertébrés, jouant un rôle écologique majeur dans la dispersion des graines. Bien que classé en « préoccupation mineure » par l'UICN grâce à sa vaste aire de répartition, il fait face à des menaces locales liées à la déforestation et à la chasse, est considéré comme une espèce envahissante dans certaines zones d'introduction hors de son aire d'origine, et est également impliqué dans des activités économiques spécifiques telles que la production du café Misha.
Dénominations Nom scientifique valide : Nasua nasua (Linnaeus, 1766) selon ; Nom normalisé anglais : South American Coati ; Noms vulgaires typiques en français : Coati roux, Coati à queue annelée ; Autres noms vulgaires : Coati social, Coati solitaire, Coati à bandes, Coati montagnard, Fourmilier à queue variée (taxinomiquement erroné), Blaireau du Surinam (taxinomiquement erroné) ; Noms vernaculaires : Coati, Coati brun, Coati-mondi ou Coati-mondé (les individus mâles au pelage brun foncé), nasua, coachi. Désignations vernaculaires en langues autochtones d'Amérique du Sud : *sisi en proto-pano et proto-tucano, *cûh en proto-makú oriental, *ce en proto-jê méridional, *pitako en kamakã. *kapiti ou *kapedi en proto-arawak, *jotomi en proto-arawane, haduru en kwazá.
Étymologies Les zoonymes « coati », « coachi » ou son nom portugais « quati » dérivent du tupi kwatí ou quãti (composé de quã « pointe » et ti « nez »), tandis que Coati-mondi et Coati-mondé provient de kwati-mundé.
Taxonomie
Dans son Systema Naturae Carl von Linné nomme le coati sous le nom de Viverra nasua. Le matériel de base est perdu, mais la localité-type serait en Amérique du Sud, plus précisément au [Pernambuco Brazil]. Buffon décrit le coati dans le huitième tome de son Histoire naturelle. Le naturaliste parle dans un premier temps du Coati-mondi, qui n’est autre qu’une variété de cet animal se trouvant au Brésil et ayant le pelage brun foncé. Plus loin, il indique que les mentions de cet animal aurait provoqué des rumeurs à propos d’un hypothétique blaireau-cochon (Taxus suillus)Les coatis sont souvent désignés sous le nom de tejòn (« blaireau ») par les populations hispanophones d’Amérique du Sud., une variété légendaire du Blaireau d’Europe qui vivrait en France, en essayant avec nuance de dissiper le malentendu. Il décrira cette espèces sous les noms de Coati noirâtre et de Coati brun.
Le coati fut associé à de nombreux genres d’animaux, comme le fourmilier sous le nom de Myrmecophaga Striata, la belette sous le nom Mustela lanigerd ou encore les ours dans le genre Ursus. Storr le classe dans le nom de genre Nasua en 1780.
Phylogénie
Plusieurs études moléculaires récentes ont permis d'établir les relations phylogénétiques entre les procyonidés, notamment les espèces de Coatis, illustrées dans le cladogramme ci-dessous :
Sous-espèces Au cours du , un grand nombre d’espèces de Coatis furent décrites en fonction de la couleur du pelage, il y avait un grand scepticisme chez les mammalogistes de l’époque quant à savoir quelles étaient les espèces qui existaient dans le genre Nasua et lesquelles étaient valides ou non. Au final beaucoup de ces espèces comme le Coati roux (Nasua rufa), le Coati brun (Nasua fusca), le Coati à queue annelée (Nasua annulata) et le Coati social (Nasua socialis) correspondaient à des synonymes de l’espèce Nasua nasua comme le montre . Seul quartres espèces, le Coati solitaire (Nasua solitaria) par Schinz en 1823, le Coati à bandes (Nasua vitatta) et le Coati montagnard (Nasua montana) décrits par Tschudi en 1844, ainsi que le Nasua dorsalis de Gray en 1866, seront considérés comme étant des sous-espèces dans la classification actuelle comme l’indique .
Nasua rufa dorsalis de Troussart fut la première sous-espèce de coati décrite à partir du Nasua dorsalis de Gray , mais c’est Nasua nasua quichua, décrite par Oldfield Thomas en 1901, qui fut la première sous-espèce découverte dont le nom est officiellement retenu comme valide par la commission internationale de nomenclature zoologique.
+ Tableau des sous-espèces de Nasua nasua recensées par puis affichées par : Nom Description et localité-type Synonymes Nasua nasua aricanaC.O. da C. Vieira, 1945 État du Mato Grosso, au Brésil Nasua nasua boliviensisCabrera, 1956 Département de Cochabamba, en Bolivie Nasua nasua candaceO. Thomas, 1912 Département d'Antioquia, en Colombie Nasua judex O. Thomas, 1914 Nasua nasua cinerascensLönnberg, 1921 Province du Chaco, en Argentine Nasua nasua dorsalisJ.E. Gray, 1866 En Équateur et au Pérou Nasua nasua maniumO. Thomas, 1912 Guayaquil, en Équateur Nasua gualeae Lönnberg, 1921 Nasua nasua montanavon Tschudi, 1844Coati montagnard Au Pérou Nasua monticola H.R. Schinz, 1844 Nasua nasua nasua(Linnaeus, 1766) État de Pernambouc, au Brésil Nasua nasua quichuaO. Thomas, 1901 Province d'Azuay, en Équateur Nasua nasua solitariaH.R. Schinz, 1821Coati solitaire État de l'Espírito Santo, au Brésil, ainsi qu’en Uruguay où sa population est Inscrite à l’annexe III de la CITES. Nasua nasua spadiceaIlliger, 1815 Au Paraguay Nasua nasua vittatavon Tschudi, 1845Coati à bandes Intérieur des terres, en Guyane Nasua candace dichromatica Tate, 1939Nasua phaeocephala J.A. Allen, 1904
Description alt=Squelette de Coati roux.|vignette|gauche|Illustration de la silhouette et le squelette du coati par Pander Christian Heinrich, dans son Die vergleichende Osteologie, 1821. Morphologie et dimensions Le coati se caractérise par une tête étroite prolongée par un museau brun, allongé et très flexible, doté d'une truffe mobile qui lui permet d'explorer les nids, les terriers et les cavités creusées dans les troncs d'arbres. Ce museau présente des taches pâles situées au-dessus, en dessous et derrière l'œil. Ses oreilles sont courtes, parfois bordées de poils blanchâtres sur leurs bords internes.
Ses pattes antérieures et postérieures sont de couleur noire. Doté de puissantes griffes à l’avant, l'animal les utilisent pour excaver la terre ou le bois pourri pour chercher de la nourriture ou bien s’accrocher au tronc des arbres pour les escalader sans effort. Il possède en outre la particularité de pouvoir retourner les articulations de ses chevilles pour descendre des troncs la tête la première. Sa longue queue touffue, marquée d'anneaux noirs à bruns alternant avec des teintes plus claires, lui sert de balancier pour maintenir son équilibre.
Les individus mesurent de 41 à 67 cm de la tête à la base de la queue, cette dernière ajoutant une longueur supplémentaire de 22 à 69 cm, pour une longueur totale cumulée pouvant aller de 73 à 136 cm. Sa hauteur au garrot est d'environ 30 à 30,5 cm. Sa masse corporelle varie généralement de 3 à 6 kg, bien que certains adultes puissent atteindre 11 kg. Son taux métabolique basal moyen s'élève à 5,591 watts.
Coloration et aspect général du pelage Le pelage du coati est épais et d'aspect terne. Ses parties supérieures arborent des teintes variables allant du brun foncé au gris ou à un roux plus ou moins vif, tandis que la région ventrale et les flancs se montrent plus clairs. Les jeunes individus affichent généralement une coloration moins sombre que les adultes. Des variations de teintes peuvent également s'observer en fonction de l'âge et de la variabilité individuelle de chaque spécimen.
Galerie sur les variations de pelage de Nasua nasua
Écologie et comportement
Répartition géographique Le coati roux dispose d'une vaste répartition en Amérique du Sud tropicale et subtropicale, s'étendant du nord avec la Colombie, le Venezuela et les Guyanes jusqu'au sud avec l'Uruguay et le nord de l'Argentine. L'espèce est toutefois absente des savanes des Llanos au Venezuela. Elle se rencontre dans les forêts de plaine situées à l'est de la chaîne des Andes ainsi que sur ses versants oriental et occidental, et ce jusqu'à 2 500 mètres d'altitude. La présence de l'espèce est corrélée de manière significative et négative avec l'altitude, mais positive avec le couvert forestier.
L'espèce a également été signalée dans l'ouest de l'Équateur ainsi que dans le nord et l'ouest de la Colombie. En Argentine, sa présence a été documentée dans les provinces de Santa Fe et de Salta.
En plus de sa distribution continentale, le coati a été introduit dans divers environnements insulaires : il est présent sur l'île Robinson Crusoe au sein de l'archipel Juan Fernández au Chili, sur l'île Anchieta au large de l'État de São Paulo, au Brésil, ainsi que sur l'île de Majorque en Espagne, où il est considéré comme une espèce envahissante.
Il n’y a aucun moyen de confondre le coati roux avec son cousin le coati à nez blanc, en effet ce dernier vit seulement dans les parties septentrionales en centrales du continent américain et seules mentions documentées de l’espèce en Amérique du Sud proviennent de l'extrême nord-ouest de la Colombie, dans la région du golfe d'Urabá, près de la frontière avec le Panama. En revanche, il peut toutefois vivre en sympatrie avec le coati olivâtre (Nasua olivacea) et ce, malgré le fait qu’il vive généralement à des altitudes supérieures à celles de son cousin roux, tant le chevauchement des aires de répartition et important.
Habitat L'espèce fréquente principalement les milieux forestiers, qu'il s'agisse de forêts pluviales décidues et sempervirentes à strates multiples, de forêts de nuage, de forêts-galeries riveraines, ou encore de milieux xériques, de types Chaco, de cerrado et de brousses sèches. Sous l'influence des activités humaines, les coatis manifestent une préférence pour les forêts secondaires et la lisières des zones boisées.
À l’échelle régionale et locale, leurs préférences varient selon les milieux : dans la province de Formosa en Argentine, ils privilégient les forêts basses et celles en phase de régénération ; dans le Cerrado, ils manifestent une certaine affinité pour les zones ouvertes tout en fréquentant savanes et cerrados ; dans le Pantanal, on observe une corrélation positive avec les peuplements forestiers et, inversement, une tendance à éviter les environnements inondés ; dans la Caatinga, le manque d'études ne permet pas encore de dresser un état précis de leurs populations.
Comportement vignette|gauche|Deux individus se chamaillant en captivité au zoo de Lüneburg, en Allemagne. Essentiellement diurnes, les coatis consacrent l'essentiel de leur journée à la recherche de nourriture. Bien qu'ils soient majoritairement terrestres et de mœurs fouisseuses, ils possèdent d'excellentes aptitudes pour la natation et l'escalade. Pour se déplacer d'un arbre à l'autre, ils préfèrent généralement longer les branches jusqu'à leur extrémité pour sauter vers une autre branche du même arbre plutôt que d'effectuer des allers-retours verticaux incessants le long des troncs. S'ils sont menacés ou perturbés lorsqu'ils se trouvent en hauteur, ils descendent rapidement pour s'enfuir au sol. C'est dans les arbres qu'ils choisissent généralement de dormir, de s'accoupler et de mettre bas.