( « origine bleue », en référence à la planète Terre) est une société américaine créée en 2000 par le milliardaire Jeff Bezos, fondateur et principal actionnaire d'Amazon.com, dans le but de développer de nouvelles technologies permettant d'abaisser le coût d'accès à l'espace. Le siège se trouve à Kent dans la banlieue de Seattle. Son activité principale est centrée sur la construction du lanceur lourd New Glenn qui a effectué son premier vol le et le développement de moteurs cryogéniques BE-3, BE-4 et BE-7 pour couvrir ses besoins ainsi que pour propulser le futur lanceur lourd Vulcan de chargé de remplacer et . Enfin, en , Blue Origin est retenue pour fournir l'atterrisseur Blue Moon qui sera chargé de déposer les astronautes de la mission à la surface de la Lune dans le cadre du programme Artemis.

a fait ses débuts en développant le , une fusée mono-étage destinée au tourisme spatial qui a effectué son premier vol en 2015. Elle a participé au début des au programme de la NASA destiné à développer le système de transport spatial des équipages de la Station spatiale internationale. Jeff Bezos, fondateur de Blue Origin injecte environ de dollars par an de sa fortune personnelle estimée en à de dollars.

Historique

La société s'est d'abord consacrée au développement du vol suborbital avec le vaisseau dont le premier vol a été effectué en 2015. La société a développé le moteur-fusée BE-3 de de poussée, brûlant de l'hydrogène liquide en utilisant de l'oxygène liquide comme oxydant, qui a été testé avec succès sur banc d'essai. Elle développe également le BE-4, un moteur-fusée à ergols liquides à combustion étagée qui utilise un mélange méthane / oxygène liquide et fournit une poussée de comparable au moteur Raptor V2.5. Deux moteurs de ce type doivent propulser le premier étage de la fusée Vulcan de (ULA) dont le premier vol est planifié en 2021. a inauguré un banc d'essai consacré à ce moteur à Corn Ranch, près de Van Horn au Texas en .. Ils servent également à propulser la New Glenn.

Participation au programme

participe au début des au programme de la NASA destiné à développer le système de transport spatial des équipages de la Station spatiale internationale qui doit être entièrement pris en charge par les vaisseaux Soyouz russes à la suite du retrait de la navette spatiale américaine effectif mi-2011. La NASA lance plusieurs appels d'offres dans le cadre de ce programme auquel participe. Pour la du programme (2010) la société reçoit pour développer un système d'éjection remplissant un rôle similaire à celui de la tour de sauvetage.. Dans le cadre de la (2010-2011) la NASA accorde un budget de pour développer l'extrémité biconique d'un vaisseau incluant le système de sauvetage en cas de lancement interrompu et des moteurs-fusées hydrogène/oxygène réallumables. n'est pas retenu pour les phases suivantes du programme.

Participation au programme Artemis : l’atterrisseur lunaire ILS Développement du vaisseau lunaire confié au privé

Pour respecter les échéances serrées du programme Artemis, dont l’objectif est de ramener des hommes sur la Lune d’ici 2024, la NASA décide de sous-traiter complètement au privé le développement du vaisseau lunaire . Celui-ci doit déposer les astronautes à la surface de la Lune, les héberger durant leur séjour puis les ramener en orbite lunaire. , allié à Northrop Grumman, Lockheed Martin et , fait partie des onze sociétés qui répondent à l’appel d’offres de mi-2019, dans lequel l’agence spatiale fournit un cahier des charges..

Proposition de Blue Origin

passe le premier tour de sélection en . La société reçoit pour détailler son offre. Sa proposition, baptisée ILS ( ou ILV) est la plus classique. Elle reprend l'architecture à deux étages du module lunaire Apollo. L’étage de descente dérive de l’atterrisseur et est propulsé par un moteur BE-7. L’étage de remontée est fourni par Lockheed Martin et est dérivé du vaisseau Orion. Il est propulsé par trois moteurs-fusées XLR-132. Les deux étages sont propulsés par un moteur BE-7 du constructeur. Un troisième module de transfert, développé par Northrop Grumman, est chargé d'abaisser l'orbite du vaisseau lunaire de l'orbite NRHO (sur laquelle se trouvent la station spatiale lunaire et le vaisseau Orion) vers l'orbite lunaire basse. Ce module dérive du cargo spatial Cygnus et est muni d'une propulsion utilisant BE-7. L’ensemble de ces trois modules doit être placé en orbite par le lanceur lourd New Glenn de Blue Origin, ou à défaut par le lanceur Vulcan....

Sélection de la proposition de SpaceX

La NASA annonce en qu’elle a sélectionné la proposition de SpaceX (Starship HLS) pour le développement et le lancement des deux premières missions. La proposition de est seulement considérée comme acceptable (niveau moyen de trois dans l'échelle de la NASA, qui comporte cinq niveaux). Il était initialement envisagé de sélectionner une deuxième proposition à ce stade du développement, mais la proposition de Blue Origin, évaluée comme recevable sur le plan technique et de la gestion de projet, n'a pas été retenue, compte tenu de son coût et du budget que le Sénat américain a accordé à la NASA (faisant un quart du montant demandé) pour ce volet du programme Artemis....

Contestation de la décision de la NASA par Blue Origin

émet une protestation officielle contre la décision de la NASA. Les arguments avancés par Jeff Bezos, le patron de l'entreprise, sont que contrairement à ce qui était indiqué dans l'appel d'offres, la NASA n'a retenu qu'un seul constructeur au lieu de deux. Par ailleurs, il conteste la pertinence du choix technique de la proposition de SpaceX. Il souligne que le lancement du HLS de SpaceX vers la Lune nécessite le lancement à une cadence très élevée (tous les ) de transportant des ergols cryogéniques, puis le transfert de ces ergols dans le vaisseau HLS, une opération jamais réalisée et qui ne sera testée pour la première fois qu'en 2023. Il souligne la complexité de la mise au point du lanceur géant de SpaceX comprenant -fusées, propulsant le premier étage et d'une masse de supérieure à celle de la fusée . Il met également en avant le fait que le vaisseau qui atterrira sur la Lune n'est qu'un deuxième étage de lanceur adapté, qui imposera aux astronautes de descendre d'une hauteur de sur le sol lunaire. Jeff Bezos propose en juillet de réduire de deux milliards de dollars, soit d'un tiers, le coût de sa proposition. Blue Origin est déboutée successivement par la Cour des comptes américaine (GAO) le , puis par le tribunal fédéral le , devant lequel il a ensuite porté l'affaire. Son action bloque les travaux de SpaceX jusqu'à la décision du GAO....

Sélection finale ()

La pression du Sénat mobilisé par le lobbying de Blue Origin et une évaluation réaliste du risque de la solution proposée par SpaceX amène la NASA à réviser sa décision de ne sélectionner qu'un seul fournisseur pour l'atterrisseur lunaire. Courant 2022, l'agence spatiale lance un nouvel appel d'offres pour choisir un deuxième constructeur. Ce vaisseau lunaire sera utilisé pour la mission , dont la date de lancement est programmé en .. En , la NASA annonce la sélection de Blue Moon dans une version largement modifiée par rapport au premier appel d'offres ; Blue Origin reprend ainsi le ravitaillement d'ergols en orbite, qu'elle reprochait pourtant à la proposition de SpaceX. Pour cette proposition, la société Blue Origin s'est associée à Lockheed Martin, Draper, Honeybee Robotics, Astrobotic et Boeing (mais plus Northrop Grumman qui rejoint le concurrent Dynetics). Son offre est jugée meilleure que celle du seul concurrent resté en lice Dynetics (filiale de Leidos). Parmi ses points forts figuraient alors la réalisation de plusieurs vols en 2024 et 2025 destinées à mettre au point les technologiques utilisées avant le lancement de la mission sans équipage imposée par la NASA et destinée à valider le système d'atterrissage (promesses non tenues). Blue Origin a décidé d'aller plus loin que les exigences de la NASA en prévoyant pour ce dernier vol l'utilisation d'un vaisseau lunaire similaire à celui des vols opérationnels. La prise en charge d'une partie des coûts de développements ainsi que des capacités supérieures à celles exigées par l'agence spatiale ont été notées comme des points forts de la proposition. La NASA identifiait néanmoins deux faiblesses relatives au système de communications qui ne répondrait pas à l'exigence d'une liaison continue avec le sol, et les incohérences et lacunes présentes dans le planning général de développement. Blue Origin l'a emporté pour un montant fixe de de dollars (tout dépassement étant à la charge du constructeur) mais le PDG de Blue Origin prévoit alors d'injecter un montant encore supérieur de ses fonds propres pour le développement de l'atterrisseur..

En 2025, peu après le lancement de la giga-fusée New Glenn, Blue Origin annonce baisser sa masse salariale de 10 %, soit , principalement dans la recherche et le développement.

Le 28 mai 2026, l'explosion du lanceur lourd New Glenn lors d’un essai statique (sans charge) à Cap Canaveral, lors de l'allumage au sol des sept moteurs du lanceur, a détruit la fusée et endommagé de manière significative l’unique rampe de lancement de l'entreprise. Aucune victime humaine est à déplorer, mais, outre la pollution induite, l'image de l'entreprise pourrait être affectée et le calendrier de missions et donc certains objectifs du programme lunaire de la NASA, et le lancement de satellites Amazon Leo, sont impactés. Un accident identique avait détruit un Falcon 9 de SpaceX en 2016 (et causé plus d’un an de travaux de reconstruction d'infrastructures)..

Principales productions

Motoriste

Blue Origin est en passe de devenir un des principaux motoristes américains en développant deux moteurs-fusées entièrement nouveaux : le BE-3 et le BE-4.

Début 2015, le principal constructeur américain de lanceurs décide de démarrer le développement d'une fusée devant remplacer ses deux lanceurs lourds et . L'objectif est d'abaisser le coût de ses lancements dans un marché devenu plus concurrentiel mais également de ne plus être dépendant du motoriste russe qui fournit le RD-180 propulsant le premier étage de l'. Le nouveau lanceur, baptisé Vulcan, est capable dans sa configuration la plus puissante de placer en orbite basse une charge utile de . Le premier vol est prévu en 2019. De manière étonnante, sélectionne, pour propulser le premier étage de son nouveau lanceur, le BE-4 en cours de développement chez , qui est un nouvel entrant dans le domaine de la propulsion spatiale. Le constructeur rejette ainsi l'offre du constructeur américain historique Aerojet Rocketdyne. Deux BE-4 doivent fournir une poussée au décollage de , contre pour le moteur RD-180 de l'. Ce moteur brûle un mélange méthane/oxygène.

Lanceur

vignette|Lancement de la fusée New Glenn (vue d'artiste).Fin 2016, Jeff Bezos annonce le développement d'un nouveau lanceur, le New Glenn. Ce lanceur lourd sera capable de placer en orbite basse et sur une orbite de transfert géostationnaire. Son premier étage, réutilisable, comprend sept moteurs-fusées BE-4. Le nouveau lanceur devrait décoller pour la première fois fin 2022 depuis le pas de tir SLC-36 de la base de Cap Canaveral, ancien site de lancement des fusées Atlas reconverti. Le nom du lanceur fait référence à John Glenn, premier astronaute américain ayant effectué un vol orbital.