David Ben Gourion (en hébreu : , ; en arabe : ), né David Grün (en , David Yosef Grin), né le à Płońsk (ville au centre de la Pologne, alors faisant partie de l'Empire russe) et mort le au kibboutz de Sde Boker (Israël), est un homme d'État israélien.
En 1930, il participe à la fondation du Mapaï, devenu par la suite le Parti travailliste israélien, qui dirige la communauté juive de Palestine (Yichouv) à l'époque du mandat britannique (1918-1948), puis l'État d'Israël durant les trois premières décennies de son existenceWalter Laqueur : Le sionisme, t. I, t II, éd. Gallimard, Tel, 1994, , .
Il est un des fondateurs de l'État d'Israël dont il proclame l’indépendance le vers 16 heures à Tel Aviv, dans une des salles du Musée des Beaux Arts. Il est Premier ministre du pays de 1948 à 1954 et de 1955 à 1963.
Biographie Origines et enfance (1886-1906) gauche|vignette|David Grin, futur Ben Gourion, au centre (chemise blanche) du groupe Ezra devant son domicile à Plonsk (Pologne), à la veille de son départ pour la Palestine ; son père et sa belle-mère aux fenêtres, août 1906.
À l'époque de sa naissance, Płońsk se trouve dans la partie de la Pologne intégrée à l'Empire russe.
Il est issu d'une famille juive ashkénaze sioniste. Son père était professeur d'hébreu et membre des Amants de Sion.
À 17 ans, il est étudiant à l'université de Varsovie et rejoint l'association Poale Zion, qui par la suite devient un parti sioniste d'orientation marxiste.
Ardent sioniste, David Grün émigre en Palestine en 1906, alors que la région est une province turque depuis 1517 (conquête de Sélim Ier administrée par l'Empire ottoman).
Dans l'Empire ottoman (1906-1915) gauche|vignette|Ben Gourion, au centre, tenant une grappe de raisin devant les caves de Rishon LeZion, 1906-07. Il travaille d'abord dans les orangeraies et les vignobles des exploitations agricoles juives créées dans les années 1880 par les sionistes de la première émigration. Il est aussi garde en Galilée. Il vit pauvrement, parfois en proie à la malaria. Comme il l'indique par la suite, son travail modeste et surtout le chômage fréquent lui font connaître la faim, ce qui ne l'empêche pas de refuser toute aide financière de sa famille.
C'est à cette époque qu'il entre au Comité central du Poale Zion.
En 1909, lors d'une attaque arabe, il perd un camarade qui l'accompagnait. Il est également victime d'une seconde attaque, durant laquelle il n'utilise pas son arme et laisse son assaillant fuir avec son panier, après un combat à mains nues.. Il s'en sort avec une blessure au couteau, mais se dit fier de ne pas avoir tué son assaillant, et ainsi cassé un cercle de violence.vignette|gauche|Ben Gourion et Ben-Zvi à Istanbul, 1912. En 1910, il devient journaliste au journal du parti à Jérusalem et adopte le nom hébraïque de Ben Gourion, nom d'un juif, Josef Ben Gourion, qui combattit contre les Romains durant la guerre des Juifs décrite par Flavius Josèphe. Les mots hébreux Ben Gourion signifient « Fils du Lion », et « Fils de l'Étoile » en araméen, surnom de Shimon bar Kokhba, héros de la deuxième guerre judéo-romaine, au .
Il commence en 1912 des études de droit à l'université d'Istanbul, capitale de l'Empire ottoman. Il souhaite tisser des liens avec la future élite ottomane, afin de la rendre plus favorable au projet sioniste.
En 1914, au début de la Première Guerre mondiale, Ben Gourion s'en tient à une attitude loyaliste vis-à-vis de l'Empire ottoman et la promeut au sein du Yichouv. En , il est déporté en Égypte bien qu'il forme une milice juive de soutien aux Ottomans. Il se rend aux États-Unis pour trois années et forme le groupe HeHalutz.
Avec l'entrée en guerre des États-Unis et l'engagement du Royaume-Uni en faveur du sionisme (avec la Déclaration Balfour de 1917), il se distancie de plus en plus de l'Empire ottoman.
Mariage et famille vignette|redresse|gauche|Photographie de mariage de Paula Munweis et David Ben Gourion (1918). En 1917, il épouse Paula Munweis puis s'engage dans les unités juives que l'armée britannique constitue pour porter la guerre en Palestine. Il est de retour en Palestine en 1918, au sein du des Royal Fusiliers, l'un des bataillons de la « Légion juive ».
En Palestine mandataire (1918-1948) Création dAchdut Ha'avoda (1919)
En 1919, Ben Gourion participe à la création du Akhdut Ha'avoda (« L'union du travail »), le parti sioniste marxiste qui succède au Poale sion. Il se situe plutôt à l'aile droite (réformiste) de ce parti. L'aile gauche, désignée comme « groupe de Rostov », est progressivement marginalisée.
Unité socialiste (1920-1930) vignette|redresse|Ben Gourion dans sa jeunesse. En 1921, Ben Gourion est élu secrétaire général de la Histadrout (« Association générale des travailleurs d'Eretz Israël »). Ce syndicat, fondé en 1920, regroupe surtout les militants des différentes factions sionistes de gauche.
La direction de Ben Gourion est reconnue comme efficace mais parfois autoritaire. À la tête de la Histadrout, il privilégie plusieurs démarches : développement économique du pays. La Histadrout est un syndicat classique, qui revendique au nom des salariés et parfois organise des grèves. Mais dans un pays encore largement sous-développé, la Histadrout crée aussi des emplois en développant un fort secteur d'entreprises coopératives : hevrat ovdim (association des travailleurs). Elle devient ainsi un des principaux employeurs de la Palestine mandataire ; unité socialiste. La Histadrout est la matrice de l'unification du Akhdut Ha'avoda et de l'autre grand parti de la gauche sioniste, le Hapoel Hatzaïr (lesquels fusionneront effectivement en 1930). Les militants des partis socialistes sionistes s'y retrouvent en effet et militent côte à côte ; développement nationaliste. Un des principaux dirigeants de l'aile droite du socialisme sioniste, Ben Gourion privilégie le nationalisme par rapport au projet de transformation socialiste. En particulier, Ben Gourion s'opposera toujours à ce que des travailleurs non-juifs (arabes) puissent être organisés au sein de la Histadrout. Il est également un des partisans du soutien de la gauche sioniste à Haïm Weizmann comme président de l'Organisation sioniste mondiale. Weizmann est pourtant un libéral du parti des sionistes généraux (droite modérée). Le slogan de Ben Gourion est symbolique de ses priorités. Il déclarait par exempleLutte ouvrière, mars 2006, « Israël - Après la victoire du Hamas et avant les élections du 28 mars ». : Le régime socialiste et la commune ne peuvent avoir aucun intérêt pour nous dans ce pays si ceux qui les appliquent ne sont pas des travailleurs juifs. Nous ne sommes pas venus ici pour organiser qui que ce soit, et nous ne sommes pas ici pour répandre l'idée socialiste auprès de qui que ce soit. Nous sommes ici pour établir une patrie de travail pour le peuple juif ; auto-défense juive. La Haganah est une organisation armée clandestine chargée de la défense du Yichouv. Elle a été formée en 1920 sous l'impulsion de Vladimir Jabotinsky mais est très vite passée sous le contrôle de la Histadrout, donc de Ben Gourion (qui intervient relativement peu dans son fonctionnement quotidien).
En 1930, David Ben Gourion joue un rôle déterminant dans la fusion du Akhdut Ha'avoda et du Hapoel Hatzaïr.
Président de l'Agence juive (1935)
Après l'assassinat le d'Haïm Arlozoroff, chef du département politique de l'Agence juive, Ben Gourion voit son influence encore augmenter. Il devient en 1935 président de l'Agence juive et démissionne de son poste au sein de la Histadrout. Il devient alors le principal dirigeant du Yichouv sioniste. L'alliance avec les libéraux de Weizmann est cependant poursuivie : ce dernier reste le président de l'OSM.
La même année, Ben Gourion tente de se rapprocher du Parti révisionniste de Vladimir Jabotinsky.
Grande révolte arabe et Haganah (1936-1939)
De 1936 à 1939, les Arabes se révoltent contre le mandat britannique. Cette révolte s'explique par le refus catégorique de se faire coloniser et de tolérer un « foyer national juif » prévu par la déclaration britannique Balfour du s'installer en « terre musulmane », un des objectifs du mandat britannique en Palestine. Face au nationalisme juif naît également un nationalisme arabe, dont est issu le nationalisme palestinien actuel.
Conséquence de cette révolte, la Haganah se développe fortement. Groupe armé de défense des Juifs de Palestine, officiellement interdite par le mandat britannique à sa création puis tolérée à compter des années 1930, elle était depuis sa création en 1920 sous l'autorité de la Histadrout. Elle passe en 1931 sous la direction de l'Agence juive, ce qui signifie que son responsable politique suprême était Ben Gourion jusqu'en 1931 et qu'il le redevient en 1935.
Plan de partage de la commission Peel (1937)
En 1937, les Britanniques (commission Peel) envisagent de diviser la Palestine mandataire et de créer un petit État juif sur une petite partie (15 %) de celle-ci : le nord de la Palestine mandataire et une partie de la bande côtière. Malgré la taille modeste de l'État proposé, Ben Gourion s'engage en faveur du plan de partage, contre l'avis d'une partie du Mapaï (derrière Berl Katznelson et Itshak Tabenkin). Pour ce faire, il a le soutien d'Haïm Weizmann.
Mais il ne parvient que partiellement à surmonter les fortes réticences de l'OSM. Celle-ci accepte l'idée d'un partage mais refuse les frontières trop étroites proposées par les Britanniques.
Devant le manque d'enthousiasme des sionistes et devant l'hostilité des nationalistes arabes, les Britanniques abandonnent le plan Peel. Mais la réaction de Ben Gourion est révélatrice de son pragmatisme.
Livre blanc et rupture avec le Royaume-Uni (1939)
La grande révolte arabe de 1936-1939 en Palestine mandataire amène les Britanniques à restreindre l'immigration juive en publiant le troisième « Livre blanc » sur la Palestine en 1939 la limitant à , pour une période de plus de 5 ans.
Ben Gourion va organiser l'opposition résolue du Yichouv à cette politique.
Une immigration illégale est mise en place autour du Mossad le'Aliyah Beth. Elle vise à amener des Juifs en Palestine mandataire.
La rupture entre les Britanniques et les projets des sionistes étant maintenant consommée, Ben Gourion et l'Organisation sioniste mondiale décident au (à New York, aux États-Unis) de 1942 de revendiquer un État juif sur toute la Palestine mandataire, impliquant le départ des Britanniques.
Dans le même temps, Ben Gourion oriente le mouvement sioniste dans un soutien résolu à l'effort de guerre contre les nazis. Des membres du Yichouv, en particulier de la Haganah s'engagent dans la « Brigade juive » sous commandement britannique. Il déclare : . En 1942, la puissance mandataire britannique était en effet elle-même menacée par les troupes de Rommel, et l'arrivée des troupes allemandes au Moyen-Orient signifiait la fin probable du Yichouv.