Frank Abney Hastings ( - ) fut un marin britannique et un philhellène. Cadet d'une famille noble anglaise, Frank Abney Hastings fit une carrière dans la Royal Navy. Il participa ainsi à la bataille de Trafalgar, à tout juste onze ans. Il fut chassé de la Royal Navy en 1819, alors même qu'il venait de prendre son premier commandement. Dès 1821, il s'engagea aux côtés des Grecs dans leur guerre d'indépendance contre l'Empire ottoman. À l'été 1822, il participa à l'expédition navale qui devait venger le massacre de Chios. Il fut le témoin des dernières exactions ottomanes sur l'île. Il prit ensuite part au siège de Nauplie. Il recruta à cette occasion sa propre troupe et en 1823 participa aux combats en Crète.
Il retourna en Grande-Bretagne en 1824 pour faire l'acquisition d'une corvette à vapeur, la Kartería, dont il devint ensuite le capitaine. Au commandement de la Kartería ou d'une escadre plus large, il remporta de nombreuses victoires : au Pirée, à Oropos et Volos. Avec la puissance de feu de la seule Kartería, il défit onze navires ottomans dans la baie de Salona à l'été 1827. Cet événement fut une des causes de la bataille de Navarin. Frank Abney Hastings mourut du tétanos à la suite d'une blessure au poignet lors d'une tentative de reconquête de Missolonghi. La Grèce lui fit des funérailles nationales. Il est enterré sous l'arsenal de Poros.
Famille Frank (ou Francis) Abney Hastings était le second fils du lieutenant-général Sir Charles Hastings (1er baronnet), colonel du à pied. Fils illégitime du Comte d'Huntingdon, Sir Charles Hastings était un très riche baronnet, proche du Prince-Régent George et Member of Parliament pour Leicester. Sa mère, Parnell Abney, était elle aussi une très riche héritière. Le roi accorda aux deux fils le droit de s'appeler Abney Hastings. Le titre passa au frère aîné de Frank, qui s'appelait aussi Sir Charles et qui servit un temps dans l'infanterie britannique avant de se retirer sur ses terres« Biographical Sketch », p. 497.. Warren Hastings, le premier gouverneur général des Indes, était son cousinThe Gentleman's Magazine juillet 1828. L'influent Francis Rawdon-Hastings était un cousin de son père.
Dans la Royal Navy Début de carrière thumb|left|upright=1.5|alt=tableau ancien représentant un combat naval à voiles|La bataille de Trafalgar. Il intégra la Royal Navy en 1805, à 11 ans à bord du , un vaisseau de ligne appartenant à l'escadre de Nelson dont le capitaine, Thomas Fremantle, était un ami de la famille. Six mois plus tard, il participa ainsi à la bataille de Trafalgar. L'explosion d'une réserve de poudre à bord, qui fit de nombreuses victimes lors de la bataille, attira son attention sur l'artillerie navale, dans laquelle il se spécialisa. Après Trafalgar, le Neptune participa à des patrouilles en Méditerranée jusqu'à l'automne 1806 où le navire regagna Portsmouth.
Hastings fut transféré sur la frégate de 42 canons Seahorse du capitaine John Stewart, un autre ami de la famille. Le navire participa à des opérations d'interception des navires français entre Toulon et les îles ioniennes, occupée par la France à partir de 1807. Il participa à un combat contre deux frégates ottomanes« Biographical Sketch », p. 498.. La rencontre eut lieu les 5 et entre Skópelos et Alonissos. Les navires ottomans étaient la Badere-i-Zaffer (52 canons) et la Alis Fezan (26 canons). Le combat dura deux jours. La Seahorse aurait pu être en situation d'infériorité, mais la technique britannique fit que la Alis Fezan finit par fuir tandis que la Badere-i-Zaffer était capturéeNostalgic TimesThe naval history of Great Britain from 1793 to 1820. Hastings vit là une preuve de l'importance d'une véritable marine de guerre et d'un équipage discipliné, choses qu'il passa son temps à réclamer lorsqu'il combattit dans la flotte grecque.
Promu midshipman, il fut nommé sur le qui dépendait alors de l'escadre de la Baltique, sous les ordres de l'amiral Saumarez. Il y resta jusqu'en , et bénéficia ensuite d'un congé de 9 mois.
À partir d', il participa à des opérations sur les côtes des États-Unis, dans le cadre de la guerre anglo-américaine. Après un passage sur le navire de , il fut affecté sur le sloop de 18 canons Atalante. En , ce dernier fit naufrage au cours d'une tempête en cherchant à gagner Halifax. Peu après, Hastings put cependant obtenir un poste de lieutenant sur le sloop (un navire corsaire américain capturé par les Britanniques en juillet), sur lequel il s'embarqua le , sous les ordres du capitaine .
Fin 1814, l’Anaconda rejoignit le delta du Mississippi et joua un rôle de soutien lors de la bataille du lac Borgne. Hastings prit part à des opérations terrestres lors de la Bataille de La Nouvelle-Orléans en , à la tête d'un détachement de marins dépendant de la brigade navale venue renforcer les troupes britanniques. Après la bataille, l'Anaconda poursuivit pendant quelques mois sa mission dans les Antilles avant d'être revendu en mai : Hastings rejoignit alors l'Angleterre.
Premiers commandements et renvoi Après un séjour chez ses parents, Hastings fut nommé lieutenant sur le HMS Orlando (36 canons), où il retrouva son ami d'enfance Edward Scott. Le navire rejoignit l'escadre britannique en mer de Chine. Peu après son arrivée en Asie, Hastings reçut le commandement temporaire du sloop de 18 canons , avant de revenir en Angleterre en .
En 1819, il obtint le commandement de la Kangaroo, un navire hydrographique qu'il devait acheminer à travers l'Atlantique jusqu'à Port Royal en Jamaïque. Son arrivée au port fut marquée par un incident : alors qu'il rangeait son navire auprès du vaisseau-amiral , il fut apostrophé publiquement par le capitaine de ce dernier, le futur First Naval Lord , dont les invectives résonnèrent à travers tout le port. Parker lui reprochait d'avoir jeté l'ancre d'une manière impropre et d'avoir ainsi obligé son propre navire à manœuvrer ses amarres. Hastings ne pouvait laisser passer une injure publique. Après avoir remis la Kangaroo à son nouveau commandant, il provoqua en duel l'officier qui avait mis en cause ses capacités de marin, ce qui fut considéré comme un acte d'insubordination. Hastings aggrava encore son cas par son refus de répondre à la commission d'enquête ordonnée par l'amiral Popham, commandant de la station. Il fut renvoyé de la Royal Navy à la suite de cet incident et regagna l'Angleterre.
Séjour en France et départ pour la Grèce Après l'échec de ses démarches auprès de l'Amirauté pour obtenir sa réintégration, Hastings décida de quitter son pays pour la France au printemps 1820. Il s'installa à Caen dans la famille de Maurice et Françoise Renée, deux jeunes gens qu'il avait connu à Londres où ces derniers avaient séjourné. Il semble qu'un mariage entre Hastings et Françoise Renée ait été projeté, mais la mort de Maurice le mit un terme aux relations entre lui et la famille Renée. Hastings rejoignit alors Paris, où il se lia avec Nicolas Kallergy, un Grec venu de RussieProbablement un frère de Dimitrios Kallergis.
Il passa trois ans en France avec pour seul objectif réel d'apprendre le français. Il découvrit alors la poésie de Lord Byron qui eut sur lui une influence importante. Il désirait reprendre l'action. Les écrits concernant la Grèce du poète britannique l'incitèrent à s'engager pour la cause grecque. Il s'embarqua à Marseille pour la Grèce le , en compagnie d'un Américain dont il avait payé le voyage, George Jarvis. Lecteur vorace, il transportait avec lui une bibliothèque qui contenait les œuvres d'Edward Gibbon, de Shakespeare et de Walter Scott.
Il arriva à Hydra le et s'y lia d'amitié avec les frères Iákovos et Emmanuel Tombazis« Biographical Sketch », p. 499..
La guerre d'indépendance grecque Dans la « flotte grecque » après le massacre de Chios Hastings subit cependant une grave désillusion dès son arrivée en Grèce. La flotte hydriote s'apprêtait à appareiller. Hastings ne pouvait l'accompagner qu'avec l'autorisation expresse du gouvernement grec. Il se rendit donc à Corinthe où se trouvait Aléxandros Mavrokordátos, qui venait d'être désigné président du Conseil Exécutif (donc plus ou moins chef de l'État grec) par l'Assemblée nationale d'Épidaure, au début de 1822. Mais l'attitude du gouverneur britannique des Îles ioniennes Thomas Maitland vis-à-vis des Grecs, considérée comme mishellène, rendait les Britanniques impopulaires auprès des insurgés. Hastings ne pouvait obtenir d'audience de Mavrokordátos alors que Jarvis, en obtint une immédiatement et fut très bien accueilli. De plus, Hastings était étroitement surveillé par la police qui le soupçonnait d'être un espion. Il se brouilla rapidement avec Jarvis, au point de le provoquer en duel, avant d'en être dissuadé par l'intervention de John Hane, un autre philhellène.
Hastings écrivit alors, en français, à Mavrokordátos pour s'en plaindre. Il y rappelait ses bonnes intentions à l'égard de la Grèce et ses origines aristocratiques, mais aussi le peu d'intérêt que lui avait montré son propre gouvernement britannique. Il demandait donc qu'on lui accorde le droit de servir la Grèce. Il obtint son audience et son autorisation d'embarquer avec la flotte grecque. Le , il était à bord de l'un des meilleurs navires grecs, la corvette Themistocle, appartenant aux frères Tombazis, qui quittait Hydra pour Psara« Biographical Sketch », p. 500..
thumb|alt=aquarelle ancienne dans les tons rouges et marrons : portrait d'un navire à voiles|La corvette Themistocle (Archives historiques Hydra).
L'objectif de la flotte hydriote, qui se joignit aux flottes psariote et spetsiote, était de venger le massacre de Chios dont le Capitan Pacha, Kara Ali, était tenu en partie pour responsable. Les flottes grecques tentèrent donc de s'attaquer à la flotte de Kara Ali qui croisait encore dans les parages de Chios. Un mois après les événements, Hastings fut donc un témoin direct des conséquences immédiates des massacres turcs sur l'île. Le , la flotte grecque commandée par Andréas Miaoúlis, et composée de cinquante-six navires (des navires marchands transformés) et huit brûlots se dirigea vers le chenal entre Chios et l'Asie mineure. Durant le mois qui suivit, de nombreuses escarmouches se succédèrent, sans que jamais la décision ne fût faite. Les Grecs ne cherchaient qu'à mettre leurs brûlots en position et les canons des vaisseaux ottomans étaient inefficaces. Hastings tenta en vain de convaincre les Grecs de transformer un ou deux navires en canonnières en y installant des canons de gros calibre et un fourneau pour chauffer au rouge les boulets« Biographical Sketch », p. 501.. Finalement, le (6 juin julien) 1822, le capitaine Konstantínos Kanáris coula le vaisseau amiral ottoman avec un brûlot, tuant l'amiral ottoman Kara Ali et turcs. Un autre brûlot, commandé par Andréas Pipínos, réussit à mettre le feu au navire du vice-amiral qui parvint cependant à se dégager sans gros dégâts. Les flammes de l'incendie furent aperçues jusqu'à Smyrne, pourtant distante de près de . La flotte ottomane se retira dans les Dardanelles.