Les éditions Gallimard, appelées jusqu’en 1919 les éditions de la Nouvelle Revue française et jusqu’en 1961 la librairie Gallimard, sont un groupe d'édition français. La maison d'édition est fondée par Gaston Gallimard en 1911. Le groupe Gallimard est dirigé par Antoine GallimardPascal Fouché et al., Dictionnaire encyclopédique du Livre en trois volumes, éditions du Cercle de la librairie, 2005, t. 2, ..

Considérée comme l'une des plus importantes et influentes maisons d'édition en France, notamment pour la littérature du et contemporaine, Gallimard est le diffuseur, en 2011, d'un catalogue comprenant , ayant reçu le prix Nobel de littérature, et récompensés du prix PulitzerNathalie Silbert, « Gallimard, une histoire si française », Les Échos, , ..

Gallimard fait partie du Groupe Madrigall, le troisième pôle éditorial français.

Histoire Débuts Le , André Gide (1869-1951), Jean Schlumberger (1877-1968) et Gaston Gallimard (1881-1975) signent à Paris l’acte de fondation des Éditions de La Nouvelle Revue française. Il ne s’agit alors que d’un comptoir d’édition issu de La Nouvelle Revue française (La NRF), la revue de littérature et de critique créée en février 1909 par un groupe d’écrivains réunis autour de GideUn premier départ avait eu lieu en novembre 1908, avec Eugène Montfort. Voir Auguste Anglès. André Gide et le premier groupe de la Nouvelle Revue française. La formation du groupe et les années d’apprentissage (1890-1910), Gallimard, 1978..

Les trois premiers livres, publiés dès 1911 avec une couverture crème aux liserés rouges et noir frappée du monogramme NRFOlivier Bessard-Banquy. « L’imprimerie selon Gaston Gallimard. L’art du livre dans les premiers temps de la NRF », dans Revue française d’histoire du livre, n° 132, nouvelle série, 2011., sont L’Otage de Paul Claudel, Isabelle de Gide et La Mère et l’enfant de Charles-Louis Philippe. Saint-John Perse (1911), Jules Romains (1916), Roger Martin du Gard (1913), Joseph Conrad (1912) et Paul Valéry (1917) figurent, à leur suite, parmi les premiers auteurs représentés dans ce qui devient ensuite la collection « Blanche »Le nom de la collection est simplement « Blanche ». Bien que familièrement appelée « la Blanche », son appellation bibliographique (au contraire de la ) est sans article : . Voir la page de la .. Une centaine de titres sont ainsi publiés de mai 1911 à juin 1919 par les Éditions de la NRFBibliographie des Éditions de la Nouvelle Revue française, Librairie Henri Vignes & Éditions des Cendres, 2011., dont La Jeune Parque, qui marque le retour de Paul Valéry à la poésieMichel Jarrety. Paul Valéry, Fayard, 2008.. Fils de Paul Gallimard (grand collectionneur de tableaux et d’estampes, propriétaire du théâtre des Variétés), Gaston Gallimard est appelé comme gérant de l’entreprise par André Gide et Jean Schlumberger. Associé financièrement à l'affaire, il se découvre une vocation d’éditeurPierre Assouline, Gaston Gallimard. Un demi-siècle d’édition, Balland, 1984.. Avec l’aide de Gide et du secrétaire de la NRF Jacques Rivière (1886-1925), il parvient notamment à convaincre en 1917 Marcel Proust de lui confier la publication de son œuvre, cinq ans après que Du côté de chez Swann, le premier volume de À la recherche du temps perdu, a été hâtivement refusé par la NRF et publié à compte d’auteur par Bernard GrassetJean Lacouture, Une adolescence du siècle, Le Seuil, 1994.. La parution du second volume, À l’ombre des jeunes filles en fleur, à l’enseigne de la NRF permet à la maison d’édition d’obtenir son premier prix Goncourt en 1919.

En , Jean Schlumberger et Jacques Copeau (1879-1949), également soucieux d’une profonde rénovation dramatique, fondent le théâtre du Vieux-Colombier, associé à la NRF jusqu’en 1924. Gaston Gallimard en est l’administrateur, Jacques Copeau le directeur, et Louis Jouvet le régisseur. Cette nouvelle scène parisienne, à laquelle sont associées une troupe (où figure Charles Dullin) et une école, est inaugurée le . Y sont présentés de grands textes du répertoire (Molière, Shakespeare…) et créées quelques pièces écrites par des auteurs proches de la NRF (Paul Claudel, André Gide, Jules Romains, Charles Vildrac, Henri Ghéon…)M.-F. Christout, N. Guibuert, D. Pauly. Théâtre du Vieux-Colombier, Éditions Norma, 1993..

Expansion rapide De retour d’une tournée aux États-Unis avec la troupe du Vieux-Colombier, Gaston Gallimard décide en 1919 de donner un nouveau souffle à l’entreprise commune. Tout en s’appuyant sur la revue La NRF, dirigée par Jacques Rivière de 1919 à 1925 puis par Jean Paulhan de 1925 à 1940 et de 1953 à 1968Laurence Brisset. La NRF de Paulhan, Gallimard, 2003., il crée le la Librairie Gallimard, une nouvelle société réunissant les activités de la revue et du comptoir d’édition. L’un de ses deux frères, Raymond Gallimard, et son ami Emmanuel, dit Maney, Couvreux s’associent à cette nouvelle entreprise, dotée de ressources financières plus importantesAlban Cerisier. Une histoire de La NRF, Gallimard, 2009.. Gaston Gallimard acquiert ainsi une imprimerie (Imprimerie Sainte-Catherine, à Bruges), crée une librairie (boulevard Raspail) et recrute de nouveaux collaborateurs, dont le directeur commercial Louis-Daniel HirschHistoire de l’édition française, sous la dir. de Roger Chartier et Henri-Jean Martin, T. IV, Fayard-Cercle de la librairie, 1991..

Gaston Gallimard mène dès lors une politique éditoriale moins exclusive en éditant notamment des livres pour enfants (dont Les Contes du chat perché de Marcel Aymé, 1934-1948)A. Cerisier, J. Desse, De la jeunesse chez Gallimard, Gallimard/Chez les libraires associés, 2007., des collections de littérature populaire (« Chef-d’œuvre du roman d’aventure », 1928 ; « Succès », 1931 ; etc.) et des magazines, à travers sa filiale fondée en , les publications ZED« Publications ZED », in: Pascal Fouché (dir.), Chronologie de l'édition française depuis 1900, moteur de recherches en ligne. qui lance Détective en 1928, puis Voilà en 1931 et Marianne en 1932. Il passe un accord exclusif de diffusion et de distribution avec les Messageries Hachette, le , pour assurer de façon plus efficace la commercialisation de ses livresHervé Serry, « Un siècle de commercialisation du livre », dans Gallimard. Un siècle d’édition, Gallimard/BnF, 2011..

L’accroissement des ventes donne à Gaston Gallimard les moyens de financer sur la durée un catalogue littéraire plus exigeant. Il s’entoure de collaborateurs éditoriaux qu’il réunit dès 1925 au sein d’un comité de lecture. Les cadres de la revue y sont bientôt rejoints par Brice Parain (1927), André Malraux (1928), Marcel Arland et Raymond Queneau (1938). Quelques auteurs sont ainsi directement associés à l’animation éditoriale de l’entreprise. Ils y jouent des rôles d'éditeurs, de lecteurs et de directeurs de collection (Paul Morand, par exemple, pour « Renaissance de la Nouvelle »), ou assument d'autres fonctions (comme André Malraux, qui prend la suite de Roger Allard à la direction artistique des éditions Gallimard en ).

L’activité littéraire des Éditions prend de l'ampleur, marquée par l’arrivée d’une nouvelle génération de romanciers (Kessel, 1922 ; Aymé, 1927 ; Malraux, 1928 ; Saint-Exupéry, 1929 ; Giono, 1931 ; Queneau, 1933 ; Simenon, 1934 ; Sartre, 1938…), de poètes (Aragon, 1921 ; Supervielle, 1923 ; Breton, 1924 ; Ponge, 1926 ; Michaux, 1927…) et par le développement du département étranger (Pirandello, 1925 ; Hemingway, 1928 ; Dos Passos, 1928 ; Faulkner, 1933 ; Kafka, 1933 ; Steinbeck, 1939 ; Nabokov, 1939 ; Mitchell, 1939…). Les œuvres d’Alain (1920) et de Freud (1923) constituent le socle d’un catalogue de philosophie et de sciences de l’homme qui va peu à peu prendre un grand essor.

Parallèlement, les collections de Gallimard se multiplient, tant en littérature française et étrangère (« Une œuvre, un portrait », 1921 ; « Du monde entier », 1931 ; « Métamorphoses » dirigée par Jean Paulhan, 1936), qu’en essais et documents (« Les Documents bleus », 1923 ; « Vie des hommes illustres », 1926 ; « Bibliothèque des idées », 1927 ; « Les Essais », 1931). « La Bibliothèque de la Pléiade », luxueuse collection créée en 1931 par Jacques Schiffrin (1892-1950) au sein de ses propres éditions, est reprise par Gallimard en 1933. Elle rassemble des ouvrages d’œuvres complètes ou d’anthologies sur papier bible reliés plein cuir. Son fondateur en conserve la direction, tout en prenant par ailleurs la responsabilité des publications pour la jeunesse de la NRFJoëlle Glaize (dir.) et Philippe Roussin (dir.), La Bibliothèque de la Pléiade. Travail éditorial et valeur littéraire, Édition des archives contemporaines, 2009..

Après avoir occupé successivement le 1, rue Saint-Benoît (1911-1912), le 35 et 37 de la rue Madame (1912-1921) et le 3, rue de Grenelle (1921-1929), la maison d'édition établit son siège social au 43, rue de Beaune qui est renommée rue Sébastien-Bottin la même année.

Occupation vignette|redresse|L'Étranger d'Albert Camus, 1942.