Yaacov Gipsteinaussi Gibstein, aussi Jacob Gipstein, aussi Yaacov Gipshtein, , dit Yaacov Agam ou Agam, est un artiste plasticien israélien né le à Rishon LeZion (en Palestine mandataireAdama, le magazine du KKL,'Yaacov Agam - La quatrième dimension , n° 72, page 16 à l'époque) et mort le à Tel Aviv (Israël). Établi en France à partir de 1951, il est l'un des principaux fondateurs et protagonistes de l'art cinétique.
Le travail d'Agam se caractérise par une tentative de rajouter la dimension du temps à l'oeuvre plastique en fragmentant des motifs géométriques abstraits et colorés que le spectateur peut recomposer de manière diverse selon son déplacement ou son interaction.
Ses grands tableaux à surface crantée invitent le spectateur à se déplacer latéralement pour découvrir différents motifs géométriques aux multiples nuances de couleurs pures et de noir et blanc, sans qu'aucun point de vue prime sur les autres.
Agam est connu pour ses oeuvres monumentales, souvent visibles dans l'espace public, comme les fontaines de la Défense à Paris et du square Dizengoff à Tel Aviv, des installations décoratives comme le Salon Agam et le Forum de Leverkusen et de grandes sculptures géométriques modulables en tiges d’inox poli, notamment à La Roche sur Yon, Dijon, New York et Jérusalem.
Un musée personnel lui est consacré dans sa ville natale de Rishon LeZion.
Biographie Jeunesse, formation Enfance Yaacov Gipstein naît et grandit à Rishon-le-Zion, en Palestine mandataire, dans une famille de onze enfants. Fils du rabbin et cabbaliste Yehoshua Gipstein, originaire, comme sa mère, Kendel Yokheved Powembrowski, de la ville polonaise d’Augustów, il grandit dans un foyer profondément religieux dont les valeurs et les écrits l’imprègnent. Jusqu’à ses 13 ans, il est scolarisé de manière irrégulière et suit essentiellement un enseignement religieux. Il fuit souvent l’école pour passer de longs moments solitaires dans les dunes de sable environnantes à observer comment le vent en modifie sans cesse les formes, un phénomène qui deviendra une source d'inspiration majeure de son approche dynamique et changeante de la réalité en art. Son père l’encourage à cultiver son don naturel pour le dessin. Pendant son adolescence, la lecture de La vie passionnée de Van Gogh d'Irving Stone l’inspire et il envisage une carrière artistique.
École des beaux-arts Bezalel Il se forme de 1946 à 1948 à Jérusalem à l'École des beaux-arts Bezalel que dirige Mordecai Ardon, un ancien élève du Bauhaus de Weimar qui a suivi les cours de Johannes Itten, Wassily Kandinsky et Paul KLee. Agam y étudie la théorie de la couleur et les principes du constructivisme et se familiarise avec l’approche créative d’Ardon, adepte des formats monumentaux et féru de littérature kabbalistique dont il transpose le vocabulaire en symboles picturaux. École d'arts appliqués de Zurich En 1949, Agam part pour Zurich. Il travaille dans des agences de publicité pour vivre et étudie à l'École d'arts appliqués de Zurich. C'est là qu'il développera l'idée de transformer le concept de peinture statique en une expérience vivante et changeante grâce à l’influence décisive sur son parcours créatif de trois artistes majeurs.
Sous la direction de Johannes Itten, théoricien de la couleur au Bauhaus, il se forme à une approche théorique rationnelle du processus créatif et un recours aux formes géométriques, aux couleurs pures et vives et aux compositions multicolores.
Le peintre, sculpteur et designer suisse Max Bill, créateur du courant de l’« art concret », marque profondément le jeune artiste, autant par ses écrits théoriques sur l’esthétique et les mathématiques, que par son approche particulière de la sculpture avec ses formes géométriques métalliques polies et brillantes.
L'historien de l’architecture Sigfried Giedion, auteur d'un ouvrage de référence, Espace, Temps et Architecture, contribue à forger sa vision artistique lors de ses cours à l'École polytechnique fédérale de Zurich. C’est Giedion qui conseille à Agam de poursuivre ses études à Chicago à l’Institut de technologie de l'Illinois, aussi appelé le « nouveau Bauhaus ». Paris Sur le chemin vers les États-Unis, il fait escale à Paris en et décide de s'y fixer, malgré sa méconnaissance de la langue française. Après une période de grande précarité où il prend ses repas à l’Armée du Salut et récolte des matériaux pour ses oeuvres dans les poubelles, il trouve un poste d’enseignant du dessin dans une école juive. Son inscription à l'Atelier d'art abstrait, créé en 1950 par Jean Dewasne et Edgard Pillet au 14, rue de la Grande-Chaumière, lui permet d'obtenir un titre de séjour pour étudiant étranger. Il habite un petit hôtel à Montparnasse et fréquente la Coupole, le Select, ou le Dôme, hauts-lieux de rencontres artistiques. Il a l’occasion de faire la connaissance d’artistes de renom Fernand Léger, Marc Chagall, Auguste Herbin, Brancusi, de côtoyer le jeune Yves Klein et le sculpteur César et se lie d’amitié avec Jesus-Raphael Soto.
Grâce à Robert et Nina Lebel, il est introduit dans les cercles surréalistes et rencontre André Breton, Max Ernst et Marie-Laure de Noailles qui s’intéressent à son travail.
Il se fraye « un chemin personnel entre l'abstraction géométrique, dont il prolonge la rigueur, et le surréalisme, qui répond à son goût de la surprise et du hasard ».
Carrière
Premières expositions Avec Tableaux transformables, sa première exposition personnelle en 1953 à la Galerie Craven, Agam pose les bases de son propre concept de l'art cinétique : des oeuvres d’art dont l’aspect se modifie avec des éléments saillants en déplacement par rapport à la surface, et des images d’ensembles qui évoluent selon l’activité du spectateur. Son travail comporte des références au judaïsme, comme le mouvement pour exprimer l’impermanence de l’être en devenir, les couleurs de l’arc-en-ciel, signe de paix. C'est à l'occasion de cette première exposition personnelle, en 1953, qu'il prend le nom d' « Agam ». Dans la revue Art d'aujourd'hui, fondée en 1949 par André Bloc, Michel Seuphor dit de lui à propos de cette première exposition : .
En 1955, il participe avec Pol Bury, Robert Jacobsen, Richard Mortensen, Jesús Rafael Soto, Jean Tinguely et Victor Vasarely à l’exposition « Le Mouvement » conçue par la galeriste Denise René. Dans cette exposition fondatrice de l’art cinétique, qui deviendra un courant majeur de l’art contemporain dans les quinze années suivantes, Denise René y confronte les créations de ces jeunes artistes encore inconnus avec les recherches d’artistes établis comme Marcel Duchamp et Alexandre Calder.
André Breton choisit certains titres des œuvres de Yaacov Agam, notamment celui de « Dibouk », esprit de la cabbale, pour un de ses tableaux transformables. Figure de proue du surréalisme et intéressé par l’oeuvre d'Agam, Breton choisit ce titre car selon lui cette oeuvre « capture l'esprit de la personne qui le touche ».
En 1965, Agam participe à l’exposition The Responsive Eye au Moma de New York, une exposition initiée par sa galeriste Denise René avec William C. Seitz. Cette exposition est considérée comme l’exposition de référence de l’op art et regroupe 99 artistes et 123 œuvres en provenance d’une quinzaine de pays d’Europe, d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Israël ainsi que du Canada et des États-Unis. L’oeuvre monumentale d’Agam de plus de 4m de long qui y est présentée, Double Métamorphose II, est remarqué par la critique qui souligne cependant que la transformation de l’oeuvre par le mouvement du spectateur repose sur un procédé ancien de peinture alternée de deux motifs sur un fond cranté.
Entrée dans les musées L’acquisition en 1964 de Double Metamorphosis II par le Moma et en 1968 de Double métamorphose III par le Centre Pompidou, deux huiles sur aluminium en relief de format monumental, marquent le début de l’entrée de Yaacov Agam dans le monde de l’art international.
Frises monumentales En 1964, Agam crée L’Échelle de Jacob, une immense frise en relief pour le plafond du foyer du Centre de la convention nationale à Jérusalem. Cette peinture géométrique monumentale en acrylique sur béton cranté de 59 mètres sur 3, se métamorphose selon l’emplacement du spectateur et son déplacement dans le hall et les escaliers.
En 1969-70, Agam crée une grande composition d'oeuvres cinétiques pour orner les murs du hall hexagonal d’un centre de culture et de communication en Allemagne, le Forum de Leverkusen. La frise de six panneaux se découvre en mouvement sur 360°, dans une double rotation du regard qui cherche à appréhender à la fois la succession des panneaux et la totalité de l'ensemble, qu'on ne parvient jamais à embrasser totalement du regard. Les 354 nuances des formes géométriques fragmentées et répétitives de cette polyphonie optique procurent un effet optique vibratoire proche des oeuvres pointillistes. La réalisation de la fresque de près de 6 500 m2, faite de près de 600 plaques d’aluminium peintes et fixée à un angle de 60° par rapport au mur, nécessite cinq mois de travail plein avec dix assistants et coûte 100 000 dollars. Même si des élus municipaux se plaignent ensuite que les mouvements visuels occasionnés par la fresque perturbent les artistes et les conférenciers, ce qui est décrit par d’autres comme « une immense pierre précieuse multicolore aux facettes qui ne se révèlent que sous différents angles », est considérée comme une œuvre marquante de la peinture cinétique. Jesus Rafael Soto, artiste de l'Op Art et ami d’Agam en dira : « Je suis resté sans voix pendant deux heures après l'avoir vue ».
Sculptures thumb|left|Toutes directions, Agam, 1971. Sculpture mobile à neuf branches en acier inoxydable, Lycée Pierre Mendès-France, La Roche-sur-Yon. À partir de 1966, Agam commence à développer un système de sculptures à partir de pièces géométriques se déplaçant sur un axe. Toutes ses sculptures seront créées sur un principe unique qu’il met au point : des segments de formes géométriques élémentaires, répétés, identiques ou de taille progressive et mobiles autour d’un axe ou autonomes. En 1971, il passe à l’échelle monumentale et produit plusieurs très grandes sculptures en acier tubulaire dont les motifs répétitifs créent des volumes virtuels. Les sculptures Dix-huit niveaux et Mille portes sont mises en place à Jérusalem, Coeur battant dans la nature à Londres, Trois fois trois à New York à la Julliard School, et Ligne-Volume en France au Parc floral de la porte de Vincennes, ainsi que dans des oeuvres de commandes publiques dans le cadre des 1% artistiques en 1972 comme Toutes directions à la Roche-sur-YonWilliam Chevillon, « L’art public dans le territoire, d’un marqueur identitaire et culturel à un témoin des mutations de la société », dans Vendée Territoire d’histoire, histoire d’un territoire, La Roche-sur-Yon, Centre Vendéen de recherches historiques, 2026, p. 311 à 322. ou Tente, une oeuvre de 14 m de haut pour la faculté des Sciences Mirande de l’université de Bourgogne à Dijon.
Oeuvres expérimentales Agam ne se cantonne pas au rôle de peintre de tableaux cinétiques. Dès 1962, il pose les jalons d'un art total et s'exprime à l’aide de mulitples médias dans des domaines aussi divers que les installations électroniques, le théâtre ou le son. Ses premières recherches d'une nouvelle conception spatiale de la scène et de la salle théâtrales datent de cette époque. Dans une monographie publiée en 1962 également, le livre est complété par un 45 tours vinyle appelé Trans-formes musicales. L’enregistrement d'une musique aléatoire pour plusieurs instruments reprend les principes du hot jazz, de John Cage et du happening.