vignette|Moi-même, portrait-paysage, (autoportrait) de Rousseau Prague, Galerie nationale (1890). vignette|Rousseau, en 1907, dans son atelier de la rue Perrel devant Les Joyeux Farceurs (photo de Dornac). Henri Rousseau, aussi appelé « Le Douanier Rousseau », né le à Laval (Mayenne), mort le à Paris, est un peintre français, considéré comme un représentant majeur de l'art naïf.

Issu d'une famille modeste, il est successivement commis d’avocat à Nantes, militaire à Angers, avant de partir pour Paris où il travaille d'abord comme clerc d’huissier, puis pour l'octroi de la ville., y occupant un poste de commis de deuxième classe, dans le cadre duquel il contrôle les entrées de boissons alcoolisées à Paris. Cette position lui vaudra son surnom de « Douanier ».

Il apprend lui-même la peinture et produit un grand nombre de toiles. Elles représentent souvent des paysages de jungle. Lui n'a pourtant jamais quitté la France, son inspiration provient surtout de livres illustrés, de jardins botaniques, et de rencontres avec des soldats ayant participé à l'intervention française au Mexique.

Ses toiles montrent une technique élaborée, mais leur aspect enfantin lui vaut beaucoup de moqueries. Habitué du Salon des indépendants, il commence à recevoir des critiques positives à partir de 1891 et rencontre quelques autres artistes à la fin de sa vie, comme Marie Laurencin, Robert Delaunay, Paul Signac, Guillaume Apollinaire, Jean-Léon Gérôme, Alexandre Cabanel, Edgar Degas, William Bouguereau, Paul Gauguin, Alfred Jarry, Toulouse-Lautrec et Pablo Picasso. Son travail est aujourd'hui considéré comme crucial pour l'art naïf et il a influencé de nombreux artistes, notamment des surréalistes.

Paul Éluard a dit de lui :

Biographie Henri Rousseau est le quatrième enfantIl a trois sœurs ainées, Marie, Éléonore et Henriette et un frère cadet, Jules. de Julien Rousseau (1808-1868), ferblantier et d'Éléonore GuiardElle est la fille de Jean-Baptiste Guiard (Laval, 1791-Bône, 1833), capitaine au de la légion de la Côte-d'Or (1819-1890).. Il fait ses études à l'école primaire et au lycée de Laval (où il reçoit un prix de dessin) de 1849 à 1850, mais est mis en pension en 1851 en raison de la faillite de l'entreprise paternelle qui contraint ses parents à déménager plusieurs fois.

Le , la mairie de Laval, sur proposition du maire Esprit-Adolphe Segrétain, lui octroie une bourse communale pour ses études au Lycée de Laval, sur la demande de sa mère, demeurant alors à Couptrain, après avoir réussi d'une manière très satisfaisante l'épreuve du concours par suite duquel il a été reconnu admissible à une bourse du lycée. La délibération indique que né à Laval, sa famille est honnête, mais sans aucuns moyens de fortuneL'Écho de la Mayenne, 19 novembre 1854..

Il devient commis d'avocat à Nantes de 1860 à 1863. Ayant dérobé une somme de à son employeur, l'avocat Fillon, il est condamné à un an de prison pour vol et abus de confiance. Pour échapper à la maison de correction pour mineurs, il signe un engagement volontaire de sept ans dans l'armée et est affecté au d'infanterie à Angers. Il est libéré en 1868 à la suite du décès de son père et rejoint alors Paris..

En , Henri Rousseau, alors clerc d'huissier, épouse, dans le arrondissement, Jeanne Désirée Clémence Boitard, qui exerce la profession de couturière, née en 1850 à Saint-Germain-en-Laye. Elle meurt en et est inhumée au cimetière du Montparnasse. De leur union naissent neuf enfants, dont huit meurent avant 1886.

En , il épouse en secondes noces, dans le arrondissement, Rosalie Joséphine Noury, née en 1852 à Saint-Laurent-en-Caux, et veuve elle aussi. Elle meurt en .

Il travaille d'abord comme clerc d'un huissier puis entre, après la guerre de 1870, à l’Octroi de Paris, comme commis de deuxième classe (et non comme douanier). Cet organisme perçoit les taxes des marchandises entrant dans Paris.

Carrière de peintre Il démarre en 1872 sa carrière de peintre en autodidacte d'une formidable candeur et, en adepte du spiritisme, il est persuadé que les esprits guident son pinceau. Il obtient une carte de copiste au musée du Louvre, ce qui lui permet de se familiariser avec les chefs-d’œuvre. Son entrée dans la vie artistique est donc relativement tardive.

Il tente sans succès d'exposer au Salon officiel en 1885 et c’est seulement en 1886 qu'il participe au Salon des indépendants, grâce à l'absence de jury d'entrée. Il y expose quatre tableaux, dont Un soir de carnaval, qui retiennent peu l'attention. Ils susciteront longtemps l'incompréhension et les sarcasmes de la critique et de ses contemporains qui le considèrent comme un « peintre du dimanche ».

Sa notoriété s'accroît cependant avec les années et il continue de participer chaque année au Salon des indépendants. En 1891, il y montre son premier « tableau de jungle », Surpris !, représentant la progression d'un tigre dans une jungle luxuriante. Cette œuvre est particulièrement appréciée par le peintre Félix Vallotton, parlant à son propos d'« alpha et d'oméga de la peinture ».

Sa situation financière devient difficile après son veuvage. Il prend sa retraite de l'octroi en 1893, pour se consacrer à la peinture, ce qui ne lui apporte pas suffisamment de revenus pour vivre. Il donne alors des cours de violon et écrit plusieurs pièces de théâtre. La même année, il rencontre l'écrivain Alfred Jarry, qu'il héberge un temps. Jarry l'encourage et l'introduit dans les cercles littéraires. C'est lui qui lui donne ce surnom de « Douanier » lorsqu'il apprend que son ami occupe à l'octroi de Paris le poste de « gardien des contrôles et des circulations du vin et de l'alcool », surnom que reprennent les critiques de l'époque pour se moquer de lui. En 1899, il écrit une pièce en cinq actes intitulée La Vengeance d'une orpheline russe. Une valse qu'il compose, « Clémence », fut publiée en 1904Guggenheim Museum.

Grâce à Jarry, il rencontre les personnalités du monde des lettres et de l’art de l’époque, telles que Rachilde et Alfred Vallette, Guillaume Apollinaire, Robert et Sonia Delaunay, ou encore Pablo PicassoMusée de Laval.

Au Salon des Indépendants de 1894, La Guerre (Musée d'Orsay), est accueillie soit par des sarcasmes, à cause de son aspect maladroit, soit avec enthousiasme, pour sa totale indépendance de style. Ainsi, le jeune peintre Louis Roy écrit dans le Mercure de France : La Guerre, Notice Orsay.

À partir de 1901, il devient professeur à l'Association philotechnique, œuvre laïque qui l'emploie comme professeur de dessin et de peinture, ce qui constitue pour lui une véritable réussite sociale. En 1905, un homonyme du Douanier ayant reçu les Palmes académiques, il se les voit attribuer par erreur sur l'annuaire de l'Association philotechnique et laisse croire qu'il en est lui-même bénéficiaire, accrochant l'insigne au revers de sa veste, comme on peut le voir sur ses autoportraits.

Vers 1906, il fait la connaissance du critique et marchand d'art Wilhelm Uhde, et attire rapidement l'attention des artistes et marchands d'art les plus avant-gardistes de l'époque, dont Ambroise VollardFrumence Biche, Musée Stagaya.

Arrêté en pour avoir été entraîné dans une affaire minable d'escroquerie par un ami, Louis Sauvaget, comptable dans une succursale de la Banque de France, il est incarcéré à la prison de la Santé du au . Il est jugé le à la cour d'assises de la Seine. Son avocat, maître Georges Guilhermet, adopte une stratégie de défense qui tente de démontrer que le peintre est aussi naïf que ses toiles et n'a pas pu commettre un tel délit. Pour appuyer sa démonstration, il présente aux jurés une des toiles du peintre, qui montre 21 singes juchés sur des cocotiers et jouant avec des oranges énormes, tableau qui provoque l’hilarité générale. Cette tactique échoue néanmoins et Henri Rousseau est condamné à deux ans de prison avec sursis et à d'amende. Mais dans ses mémoires, Guilhermet raconte que dans ce tableau, disparu depuis, le peintre avait malicieusement représenté, sous les traits des singes, les protagonistes du procès (le président et ses assesseurs, l’avocat général, le greffier, les 12 jurés, l’accusé, son complice et leurs avocats respectifs), tandis que les oranges, , figuraient les dont les avocats « allaient bombarder le ministère public ».

En 1908, Pablo Picasso donne un banquet au Bateau-Lavoir, célèbre cité d'artistes du 13 place Émile-Goudeau dans le de Paris, en l’honneur du Douanier Rousseau. Sont présents, entre autres, Guillaume Apollinaire, Marie Laurencin et André SalmonParis révolutionnaire.org. C'est là que Rousseau a le mot de la fin, en glissant à l’oreille de Picasso : Les PARIS d'Alain Rustenholz

En 1909, il vend enfin des tableaux au marchand Ambroise Vollard, pour plus de , ce qui lui permet d'acheter un atelier au numéro 2bis de la rue Perrel, dans le de Paris, où il est surnommé le « maître de Plaisance ».

Le , il meurt des suites d'une gangrène de la jambe à l’hôpital Necker à Paris, qui d'ailleurs l'enregistre comme « alcoolique ». Ses amis étant absents, sept personnes dont Paul Signac (1863-1935) représentant en qualité de président de la Société des artistes indépendants et Robert Delaunay (1885-1941), suivent son cercueil jusqu'au cimetière parisien de Bagneux où il est inhumé dans une fosse commune..

thumb|285px|La tombe du Douanier Rousseau au jardin de la Perrine à Laval (Mayenne).

Le , Delaunay et sa femme Sonia Stern (ex épouse de Wilhelm Uhde), Armand Queval (1866-1932) mouleur-statuaire qui avait été son dernier logeur, Apollinaire et le collectionneur Wilhelm Uhde (1874-1947) se sont cotisés pour faire déposer sa dépouille dans une concession trentenaire (avenue des Tilleuls argentés, division) sur laquelle est posé un médaillon d’Armand QuevalLes PARIS d'Alain Rustenholz. À cette occasion, Guillaume Apollinaire rédige une épitaphe à la craie, qui sera gravée ensuite par les sculpteurs Constantin Brâncuși et Julio Ortiz de Zárate :

Nous te saluons Gentil Rousseau tu nous entends Delaunay, sa femme, Monsieur Queval et moi Laisse passer nos bagages en franchise à la porte du ciel Nous t'apporterons des pinceaux, des couleurs et des toiles Afin que tes loisirs sacrés dans la lumière réelle Tu les consacres à peindre comme tu tiras mon portrait La face des étoiles.

Le , à l'initiative de l'Association des amis d'Henri Rousseau, ses restes sont transférés à Laval, sa ville natale, dans le jardin de la Perrine où il repose toujours ; sur sa pierre tombale est gravée la longue épitaphe d'Apollinaire et le peintre est figuré de profil dans un médaillon en bronze, œuvre du sculpteur Constantin Brâncuși..

Domiciles, ateliers et lieux fréquentés par le Douanier Rousseau

(1) 1888 : 135 rue de Sèvres. Sa première femme, Clémence Boitard, y meurt de la tuberculose, à 37 ans. (2) 1893–1905 : 44 avenue du Maine. (3) 1898–1901 : 3 rue Vercingétorix. Alors cité d'artistes où ont travaillé le Douanier, Pablo Gargallo, Julio González, Foujita. (4) 1901–1905 : 36 rue Gassendi. Sa seconde épouse Rosalie Joséphine Nourry y meurt en 1903 à 51 ans. (5) 1905–1906 : 44 rue Daguerre. (6) 1906–1910 : 78 rue Vercingétorix. (7) 1910 : 32 rue Alain ou 2bis rue Perrel, chez Armand Queval, peintre et mouleur statuaire. Le restaurant Pavillon Montsouris est fréquenté avant 1914 par Georges Braque, le Douanier Rousseau, Léonard Foujita... 400px|le Douanier à Paris

Son œuvre

vignette|Le Rêve. Il a peint au cours de sa vie près de dont une centaine sont perdus, beaucoup ayant été donnés en guise de paiement à son épicier, sa blanchisseuse ou son vendeur de voitures..