L’ensemble des opérations interarmées peuvent être considérées comme des « opérations combinées ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, de telles opérations sont légion et sont menées par tous les belligérants et sur tous les théâtres d’opérations. Le premier acte de guerre constitue d’ailleurs une opération de cette nature. Dans le cadre de l’invasion de la Pologne, les Allemands lancent le septembre 1939 une compagnie d’assaut depuis le cuirassé Schleswig-Holstein contre un dépôt militaire polonais sur la péninsule de Westerplatte. Malgré la complexité qui peut les caractériser, ces opérations ne sont pas une nouveauté, elles sont pratiquées dès l’Antiquité. On peut notamment citer le débarquement réussi de César, de deux légions (environ ) et de 450 cavaliers en Bretagne (actuelle Grande-Bretagne), en 55 avant notre ère.
Les « opérations combinées » peuvent néanmoins s’envisager d’une façon plus spécifique dans le cadre de la Seconde Guerre mondiale. En effet, cette notion est propre à un belligérant en particulier : le Royaume-Uni. En 1940, est créée sous l’impulsion de Churchill, la « Direction des Opérations Combinées ». Cette structure, qui survivra à la guerre, ne se limite pas à une fonction de coordination entre les différentes armées. Rapportant directement au premier ministre, elle se voit confier la planification, la préparation et l’exécution d’opérations, certes interarmées, mais à la forme particulière et pour lesquelles elle dispose de moyens propres. Forcés de se retirer du continent européen en 1940, les Britanniques, malgré leurs moyens limités, souhaitent conserver une attitude offensive face à l’Allemagne. Ils imaginent alors des campagnes de raids sur les côtes des pays occupés. Pour la plupart amphibies, ils seraient menés par des unités légères, discrètes, hautement spécialisées et directement rattachées à la « Direction des Opérations Combinées ». À court terme, il s’agit de démontrer la capacité britannique à ne pas abandonner le combat. À plus long terme, il s’agit de préparer les débarquements qui permettront de lancer la contre-offensive et in fine de libérer l'Europe.
Après l'évacuation de Dunkerque : continuer le combat et préparer la contre-offensive Fin mai 1940, la force expéditionnaire britannique (British Expeditionary Force ou BEF) est piégée à Dunkerque par le « coup de faux » allemand. Le 26 mai, l’Amirauté britannique déclenche l’opération « Dynamo » visant à évacuer l’ensemble des troupes britanniques mais aussi françaises et belges. C’est une opération préparée à la hâte, une armada hétéroclite est constituée. Le 4 juin 1940, près de ont pu regagner les côtes anglaises. Même si Churchill parle du « miracle de Dunkerque », l’évacuation a été payée au prix fort. Malgré l’importance des moyens mobilisés, cela reste insuffisant pour rembarquer tout le monde. Une centaine de milliers de soldats sont soit tués, blessés ou faits prisonniers. Par ailleurs, la plupart des embarcations ne permettent pas d’atteindre la plage et de supporter de lourdes charges. La majeure partie de l’armement et du matériel est donc abandonné sur place. Ce sont enfin près de 200 navires, dont 6 destroyers britanniques, et quelque 1000 avions qui sont perdus dans les combats par les Alliés.
C’est un traumatisme pour les Britanniques et plusieurs mois sont nécessaires pour que les unités redeviennent opérationnelles. Craignant dorénavant une invasion allemande, les forces armées sont pleinement mobilisées à la défense territoriale. Cependant, Churchill ne compte pas s’en tenir à une attitude exclusivement défensive. Malgré les faibles moyens dont ils disposent et d’une absence physique sur le continent, les Britanniques doivent poursuivre le combat et faire la démonstration de leur « fighting spirit ». Dès le 4 juin 1940, Churchill expose ainsi sa vision dans une note du 4 juin 1940, envoyée au général Ismay, secrétaire du comité des chefs d’État-Major : « Nous ne devons pas permettre que l’état d’esprit exclusivement défensif qui a causé la perte des Français compromette également nos initiatives. Il est de la plus haute importance de fixer la plus grande partie des forces allemandes tout le long des côtes des pays qu’elles ont conquis, et de se mettre immédiatement en devoir d’organiser des raids sur les côtes dont la population nous est acquise. Ces raids pourraient être effectués par des unités autonomes parfaitement équipées (…) Nous devons nous efforcer de nous débarrasser de notre sujétion mentale et morale à la volonté et à l’initiative de l’ennemi. » Lord Louis Mountbatten, emblématique chef des « Opérations combinées » d’octobre 1941 à novembre 1943, parle d’une « guérilla amphibie » pour décrire cette stratégie : “Here, therefore, was an opportunity to engage in a kind of amphibious guerilla warfare to which the British were, by temperament and tradition, peculiarly suited. The national love for the sea could be combined with the national love of the chase.”
Instaurer un « régime de terreur », « massacrer et déguerpir » Ces opérations s’inscrivent dans une approche indirecte destinée à préparer la contre-offensive qui libérera le continent européen. Dès juin 1940, il est évident pour Churchill que cette contre-offensive passera par un débarquement massif sur les côtes européennes. Or, l’improvisation qui avait jusque-là caractérisé les opérations amphibies ne peut plus avoir cours. Face à des côtes fermement et lourdement défendues, une préparation et une planification minutieuses sont nécessaires. Dès lors, ces raids, pour la plupart amphibies, ont d’abord pour objectif de recueillir des renseignements sur le dispositif de défense allemand et les intentions de la Wehrmacht. Entrepris sur les côtes des pays occupés, ils visent également à disperser les forces allemandes et à semer le doute sur les futures intentions alliées. Ainsi, à la suite de leur multiplication sur les côtes norvégiennes en 1941, Hitler déclare : « Les Britanniques vont attaquer la Norvège. Ils vont essayer de nous en déloger. Cela pourrait être d’une importance décisive pour l’issue de la guerre. » Dès lors, les Allemands maintiennent un important dispositif dans ce pays. La veille du débarquement du 6 juin 1944, allemands sont dédiés à la défense de la Norvège, soit l’équivalent de la moitié des troupes occupant la France à la même époque. De la même façon, un dispositif disproportionné de plus de , est maintenu sur les îles Anglo-Normandes.
Ces « piqures de moustiques » (« pinprick raids »), par les destructions, les sabotages et les captures de prisonniers, doivent engendrer un sentiment permanent d’insécurité chez l’ennemi, instaurer un « régime de terreur », miner son moral et entraver sa capacité de combat. En retour, il s’agit d’afficher des succès militaires pour soutenir le moral britannique. Enfin, ces opérations doivent permettre le perfectionnement des techniques, matériels et savoir-faire dans le domaine de la guerre amphibie et pour laquelle Churchill se fascine depuis longtemps. En 1917, il avait ainsi exposé un certain nombre d’idées dans ce domaine dans le cadre de l’élaboration d’un plan pour la capture de deux îles de la Frise, Borkum et Sylt. Il avait notamment suggéré la construction d’engins adaptés pour permettre en particulier à des blindés de participer efficacement à l’assaut, ou encore la possibilité de mettre en œuvre des îlots artificiels grâce à des caissons en béton.
Des unités spéciales pour des opérations spéciales : les « commandos » Pour mener ces raids, les Britanniques envisagent de s’appuyer sur de petites unités, spécialement entraînées, capables d’opérer dans la plus grande discrétion, en autonomie, et qui maîtriseraient les techniques de combats irréguliers. Ainsi, elles seraient capables d’entraver les efforts d’une force largement supérieure en nombre et en arme.
Cependant, en juin 1940, la Grande-Bretagne ne dispose pas des moyens pour mener ces opérations. Sur le plan humain, aucune force ne semble être adaptée. En effet, les Royal Marines, troupes destinées à l’origine à la réalisation d’opérations amphibies, sont pleinement mobilisés dans le cadre de la défense territoriale par la Navy. Par ailleurs, ils n’ont pas développé le savoir-faire nécessaire pour mener le combat non conventionnel attendu dans le cadre d’une « guérilla ». Enfin, d’un point de vue politique, il était difficile d’amputer l’Amirauté de ses troupes d’élites alors que Churchill souhaite une force indépendante des autres armées. En avril 1940, des « Compagnies Indépendantes » (Independent Companies) ont néanmoins bien été constituées selon une organisation plus légère que les Royal Marines. Indépendantes des autres forces armées, elles doivent effectuer des opérations de raids amphibies en soutien des opérations de la marine. Formées hâtivement pour participer à l’expédition franco-britannique en Norvège, elles n’ont pas donné satisfaction. Ces unités, constituées de volontaires issus des rangs de l’ensemble des régiments de l’armée britannique, n’ont pu disposer de l’entrainement nécessaire pour mener le combat asymétrique que l’on attendait d’elles. L’Amiral Mountbatten écrit : ”they did not perform the duties for which they had been brought into being. They did not raid the enemy in the full sense of the word, but fought with him in a more regular manner.” thumb|Kommando Boers (1899) À la suite de la demande de Churchill de disposer d’unités spécifiquement entraînées, le général Dill, chef de l’état-major impérial charge alors le Lieutenant-Colonel Clarke de proposer un projet. À la suite de l'évacuation de Dunkerque, ce dernier est également préoccupé sur la façon de poursuivre le combat, en attentant une reconstitution des armées britanniques. Rejoignant Churchill, il estime que l’ennemi doit être attaqué d’une autre manière, par surprise, de façon ponctuelle et sur un point précis, avant de recommencer ailleurs. Clarke est un officier sensibilisé au combat irrégulier qu’il a pu découvrir en 1936 en Palestine lors de la grande révolte arabe. Il imagine alors de petites unités taillées pour le combat irrégulier, les Commandos, directement inspirés des Kommandos Boers, très agiles, auxquelles fut confrontée l’armée britannique en Afrique du Sud pendant la seconde guerre des Boers entre 1899 et 1902. Par leurs tactiques spécifiques, ces unités étaient capables de tenir en échec des forces bien plus importantes en hommes et en armes. L’idée séduit Churchill qui donne son accord le 8 juin et réclame un minimum de devant tous être volontaires.
L’organisation générale des commandos est la suivante : environ 500 hommes répartis en 10 troops de 50 hommes et commandée chacune par un capitaine. La troop est l’unité de base du commando, elle doit pouvoir agir de façon autonome. À ce titre, elle doit disposer de ses propres moyens de transport et de transmission ainsi que de ses stocks de munitions.
Cependant, la constitution de ces nouvelles unités est rendue d’autant plus compliquée que les armements et les matériels manquent. Là encore, la priorité est donnée aux troupes dédiées à la défense territoriale. L’amiral Mountbatten écrit : ”Only a few weapons of modern design were at the disposal of the troops engaged in raidings ; or, to put it more exactly, the number of these troops depended on the number of weapons available.” Par ailleurs, si un centre de développement et d’entrainement interarmées, dont l’objet est de développer les moyens tant humains que matériels nécessaires à la réalisation des opérations combinées, est créé en 1936 (Inter-Services Training and Development Centre ou ISTDC), celui-ci ne dispose que de moyens dérisoires. À la veille du conflit, l’ISTDC ne peut aligner qu’à peine neuf chalands désuets.
1940 : des débuts marqués par l'improvisation