Hippone (en latin : Hippo Regius) est une ancienne cité portuaire d'Afrique du Nord, située dans l'actuelle Annaba, dans le nord-est de l'Algérie. Probablement d'origine carthaginoise, elle est mentionnée pour la première fois dans les sources historiques en 310 ou 309 av. J.-C. La cité est ensuite associée au pouvoir des rois numides avant son intégration au monde romain. Elle devient alors l'une des principales villes d'Afrique romaine et connaît un important développement urbain. Hippone est également connue pour avoir été le siège épiscopal d'Augustin, qui en est l'évêque de 395 à 430 et y meurt en 430 pendant le siège de la ville par les Vandales.
Localisation vignette|Localisation des cités romaines de l'Afrique romaine. Hippone est établie sur le littoral méditerranéen, dans le secteur de l'actuelle Annaba, entre une vaste baie protégée par le Cap de Garde et la plaine qui s'étend au pied du massif de l'Edough. La baie, peu profonde et naturellement abritée par le promontoire du Cap de Garde, offrait des conditions favorables à l'installation d'un port ancien. La plaine située derrière le cordon littoral constituait quant à elle l'espace d'implantation de la ville et son arrière-pays agricole.
Cette situation géographique contribue à expliquer l'importance prise par Hippone comme cité portuaire. Le port moderne d'Annaba a par la suite été aménagé pour répondre aux besoins de la navigation à fort tirant d'eau, notamment par le creusement de bassins et la construction de jetées.
Étymologie et toponymie vignette|Vue sur les ruines de la ville d'Hippone. Le toponyme Hippo appartient à une série de noms de lieux antiques d'Afrique du Nord. L'épithète Regius, associée à la présence de rois numides, indique que la cité fut ultérieurement liée à une résidence royale numide, sans que les sources disponibles permettent de restituer avec précision son histoire politique avant sa première mention historique. Le nom de la ville a ensuite évolué à travers les formes Hippone, Bouna et Bône, jusqu'à l'actuelle Annaba, témoignant d'une permanence toponymique et urbaine sur le même site depuis l'Antiquité. Certains auteurs rattachent toutefois le nom d'Annaba au terme arabe désignant le jujubier (en arabe : العُنّاب).
Histoire vignette|Ruines de la ville d'Hippone. Origines et période préromaine Les origines d'Hippone demeurent difficiles à préciser. La cité est probablement d'origine carthaginoise et sa première mention historique remonte à 310 ou , lorsque Agathocle de Syracuse s'empare de deux villes portant le nom d'Hippo, dont l'une est généralement identifiée à Hippone et l'autre à Hippo Diarrhytus.
Hippone faisait alors partie du domaine de Carthage ou de celui de Syphax, qui avait pris le contrôle du royaume massyle. Elle devient ensuite une ville « royale » de l'État numide créé par Massinissa, sans que la date exacte de sa prise de possession soit connue. Le qualificatif Regius apparaît dans le nom de la cité à l'époque numide. Marc Côte et Gabriel Camps rapprochent ce qualificatif de ceux portés par Bulla Regia, Thimida Regia et Zama Regia. Ils précisent toutefois que regia est un adjectif qualifiant le nom de la cité et qu'il ne signifie pas nécessairement que celle-ci abritait une résidence royale.
Les vestiges de cette période comprennent d'importants murs en gros appareil le long du front de mer. Longtemps considérés comme des constructions phéniciennes et interprétés comme des quais de l'emporium punique ou comme des remparts, ils sont interprétés par Cote et Camps comme des murs de soutènement destinés à protéger la partie basse de la cité contre les tempêtes et les affouillements. Le front de mer a été aménagé à plusieurs reprises. Jean-Pierre Morel date le mur oriental de la première moitié du , tandis que le mur occidental et un autre mur de gros appareil situé près des thermes nord remontent au . Certains blocs à bossage proviennent de constructions numides plus anciennes. Un chapiteau ionique archaïque compte également parmi les vestiges attribués à cette période.
La cité numide entretient des relations étroites avec la Campanie. Les céramiques importées étudiées sont pour la plupart postérieures au et comprennent notamment de la campanienne A, produite dans la région de Naples.
Période romaine Pendant la deuxième guerre punique, Hippone apparaît dans les opérations menées en Afrique du Nord. En , Caius Laelius, lieutenant de Scipion l'Africain, y débarque. En , au cours de la guerre civile de César, le chef pompéien Metellus Scipion est surpris dans le port par la flotte de Publius Sittius alors qu'il cherche à gagner l'Espagne ; il se donne ensuite la mort, comme Caton d'Utique et Juba Ier.
Hippone est ensuite intégrée à la province d'Africa Nova, créée par Jules César, et devient l'une des principales cités de cette province. Sous Auguste, elle possède le statut de municipium ; l' indique qu'elle obtient probablement celui de colonie à la fin du , tandis que Cote et Camps situent son statut de colonie sous les Antonins.
À l'époque romaine, Hippone connaît un important développement urbain. Les fouilles ont dégagé un forum, un macellum, plusieurs établissements thermaux, un théâtre, des quartiers résidentiels ainsi qu'un quartier situé au bord de l'eau. Le forum mesure environ 76 × 43 mètres et compte parmi les plus vastes forums connus en Afrique du Nord. Des statues de Vespasien, d'Aphrodite, de Dionysos et d'Héraclès ont notamment été découvertes dans le forum et les grands thermes.
Plusieurs mosaïques témoignent de la richesse des décors des bâtiments privés et publics : scènes de chasse et de capture d'animaux destinés aux venationes, scènes de pêche, représentation d'un labyrinthe, des neuf Muses, d'Apollon et de Melqart, ainsi qu'un Triomphe d'Amphitrite.
Sous le règne d'Hadrien, un aqueduc est achevé et alimente des citernes. La ville est reliée à son territoire par un réseau routier comprenant notamment des voies vers Cirta, Théveste, Thagaste, Simitthus, Tacatua (actuelle Chetaïbi) et Rusicade.
Hippone constitue également un important port d'exportation du blé produit dans l'arrière-pays numide. Elle accueille le siège de l'un des legati du proconsul d'Afrique ainsi que plusieurs services de l'administration impériale, notamment le procurateur de l'annone et celui des domaines impériaux.
Le territoire de la cité fournit également du marbre extrait du Cap de Garde. Le « Greco Scritto », marbre blanc parcouru de veines bleues, est notamment attesté dans les constructions d'Hippone et fait l'objet d'études pétrographiques et géochimiques.
Hippone chrétienne
La christianisation d'Hippone est antérieure à l'épiscopat d'Augustin d'Hippone. Le diocèse d'Hippone est attesté dès le milieu du . Les premiers évêques connus comprennent notamment Théogène d'Hippone, présent au concile de Carthage de 256 et martyrisé en 260, Léonce d'Hippone, évêque d’Hippone, constructeur d"une basilique dans laquelle son Natalis célébré jusqu'en 395 donnait lieu à un banquet réunissant de nombreux fidèles, Fidentius d'Hippone, qui figure parmi les vingt martyrs d’Hippone qui semblent avoir été, sous le règne de Dioclétien les premiers témoins de l'existence de la communauté chrétienne dans la cité, puis Valère d'Hippone, évêque grec maîtrisant imparfaitement le latin ordonne Augustin prêtre et l'autorise à prêcher en sa présence, puis obtient qu'il lui succède sur le siège épiscopal à la fin du , malgré les réticences de celui-ci. Les listes épiscopales anciennes ne permettent toutefois pas d'établir une succession complète pour les premiers siècles.
La ville est également le lieu de plusieurs assemblées épiscopales. Un concile se tient à Hippone en 393, auquel participe Augustin, alors prêtre. D'autres assemblées sont réunies à Hippone en 394 et 426, tandis que des synodes s'y tiennent également en 397 et 401. Les travaux historiques consacrés à Hippone distinguent ainsi les conciles de 393, 394 et 426 des autres réunions synodales de la fin du et du début du .
Le concile de 393 est notamment associé à l'établissement d'une liste des livres reconnus comme Écritures par les évêques d'Afrique. Cette liste est reprise et complétée lors du concile de Carthage III de 397. Augustin participe à plusieurs de ces assemblées et intervient dans les débats concernant la discipline ecclésiastique et les controverses religieuses de l’Afrique chrétienne, notamment dans le contexte de la controverse donatiste.
Sous l'épiscopat d'Augustin, Hippone accueille également une communauté monastique féminine ainsi que plusieurs établissements monastiques. Paul Monceaux a notamment étudié l'existence d'un couvent de femmes à Hippone à l'époque d'Augustin.
Le quartier chrétien comprend notamment une importante basilique, un baptistère et plusieurs constructions annexes. Les fouilles conduites par Erwan Marec ont permis d'en étudier l'organisation et les différentes phases d'occupation.
Les recherches consacrées à la basilique ont apporté des données sur son architecture et sa décoration. Henri-Irénée Marrou a notamment étudié les différentes phases de la mosaïque et l'évolution de l'édifice.
L'épigraphie chrétienne fournit également plusieurs témoignages. Un sarcophage porte une inscription grecque chrétienne, tandis qu'une autre épitaphe, étudiée par Marrou, présente des réminiscences de la poésie de Virgileet.
L'identification de la basilique fouillée avec celle d'Augustin a toutefois fait l'objet de discussions. Jean-Marie Laporte a notamment repris la question de sa localisation et a réexaminé les différentes hypothèses proposées à partir des données archéologiques et textuelles.
Période vandale et byzantine
En 429, les Vandales conduits par Genséric commencent leur conquête de l'Afrique romaine. Hippone est assiégée en 430. Augustin meurt dans la ville pendant le siège, en août de la même année, à l'âge de soixante-seize ans.
Le siège se poursuit après la mort d'Augustin et la ville capitule l'année suivante. Les sources modernes divergent sur les circonstances précises du siège et sur les raisons de sa durée. Les travaux de Jeroen W. P. Wijnendaele, Andy Merrills et Richard Miles ainsi que ceux d'Andreas Schwarcz abordent notamment les opérations militaires, les difficultés rencontrées par les assiégeants et l'arrivée de renforts romains.
Après la défaite des renforts envoyés en 431, Hippone tombe aux mains des Vandales et demeure sous leur contrôle.
Les vestiges de la période vandale sont peu nombreux. Des transformations sont néanmoins observées dans certaines villas et certains monuments publics, tandis que la production de mosaïques se poursuit. Une épitaphe datée de septembre 474, consacrée à une femme suève nommée Hermengon, épouse d'un Vandale appelé Ingomar, témoigne de la présence vandale dans la cité.
Selon Cote et Camps, Genséric fait d'Hippone sa capitale jusqu'à la prise de Carthage en 439. La ville passe ensuite sous domination byzantine lors de la reconquête de l'Afrique par les forces de l'Empire romain d'Orient au .
La période byzantine est marquée par un déclin de la cité et par la construction de fortifications sur les hauteurs. Les sources relatives à cette période restent fragmentaires.
De l'Antiquité tardive à Bûna Les sources arabes mentionnent encore l'ancienne cité après la conquête musulmane de l'Afrique du Nord. Selon Cote et Camps, des habitants de Carthage se réfugient à Hippone après la prise définitive de la ville en 698 et l'ancienne cité conserve alors une certaine importance. À la fin du , le site antique est toutefois définitivement abandonné, probablement en relation avec une modification du cours de la Seybouse.