L'Issyk-Koul, parfois autrefois Issygh koul. (en ), ou Ysyk-Köl (en kirghiz : Ысык-Көл, « lac chaud ») est un lac endoréique salé situé en Asie centrale dans le nord des monts Tian Shan dans le nord-est du Kirghizistan, dans la province de l'Yssyk-Köl.

Huitième lac le plus profond avec ses de profondeur, c'est aussi le onzième plus grand lac en termes de volume au monde ainsi que le deuxième plus grand lac de montagne avec ses . C'est l'un des plus vieux lacs du monde, formé il y a environ 25 millions d'années par l'affaissement du sol. Bien qu'il soit situé à d'altitude avec un climat continental rude, il gèle rarement en raison de sa légère salinité, ce qui lui vaut le nom en kirghize de lac chaud. Classé en 1974 comme site Ramsar d'importance mondiale grâce à sa biodiversité, il est inclus dans la réserve de biosphère de l'Issyk-Koul depuis 2001. Ses environs sont d'importants lieux de nidification et de passage pour les oiseaux migratoires.

L'une des branches nord de la Route de la Soie passait dans les environs du lac. Au cours de l'histoire humaine de ses rives, divers empires se succédaient. Sa région est identifiée comme le lieu d'origine de la peste noire, qui se répandit ensuite en Europe et en Asie au cours du . La région est colonisée par les Russes au , qui font les premières expéditions scientifiques vis-à-vis du lac, notamment avec l'officier Prjevalski. Les Kirghizes de la région se révoltent en 1916, mais les bolcheviques reprennent le territoire en 1920. Depuis la chute de l'URSS, le tourisme s'est développé comme une industrie importante pour la région, mettant en danger la biodiversité du lac avec l'introduction d'espèces de poissons exotiques.

Géographie

Situation thumb|Le lac vu de l'espace en 1992. L'Issyk-Koul se situe au Kirghizistan, Asie centrale, dans la province de l'Yssyk-Köl. Le lac se situe au croisement du 77e méridien est et du 42e parallèle nord, dans les montagnes du Tian Shan.

Ayant la forme d'un trapèze avec sa base au nord, le lac est long de d'est en ouest et large de d'environ maximum du nord au sud. Il couvre une superficie de , plus de dix fois la superficie du Léman, ce qui en fait le deuxième plus grand lac de montagne du monde après le lac Titicaca. Le périmètre du lac est de de long.

Topograhie Le lac se trouve dans la partie septentrionale du massif des Tian Shan, massif aux frontières du Kirghizstan, du Kazakhstan et de la Chine. Il se situe à une altitude de , dans le creux d'une dépression d'origine glaciaire. Il est entouré par les monts Küngöy Ala-Too au nord qui culminent à d'altitude, et par les monts Terskeï Ala Tau au sud avec des sommets culminant à d'altitude, deux chaînes appartenant aux monts Tian Shan.

À son extrémité orientale, se dressent les plus hautes montagnes du Kirghizstan : le Jengish Chokusu (anciennement pic Pobedy, le "pic de la Victoire", ) et le Khan Tengri (), ainsi que l'un des plus longs glaciers du monde, l'Inylchec, qui dépasse les . À l'est, le bassin du lac est aussi cerné par les sommets isolés d'Alabel et de Chaarzhoon, à l'ouest par les sommets isolées de Karakuu et Kyzylompol. La ceinture montagneuse entourant le lac n'a qu'une brèche par les Gorges de Boom au nord-ouest du lac, où coule la rivière Tchouï.

D'une profondeur maximale de , c'est le cinquième lac le plus profond du monde. Sa profondeur moyenne est de , et approximativement du lac est profond de moins de . C'est dans cette zone que la biodiversité du lac est la plus riche.

Hydrographie Le volume du lac est de , soit le onzième plus grand lac du monde en termes de volume. Environ 118 cours d'eau se jettent dans le lac, le lac drainant un territoire de . Le bassin du lac est alimenté par les fontes des neiges et des glaciers, les glaciers occupant du bassin. Les principales rivières se jettant dans le lac sont la Djyrgalan et Tioup. Le système hydrologique reflète la répartition des précipitations dans le bassin. À l'ouest, où les précipitations sont faibles, le système hydrologique est peu développé avec des volumes d'eau coulant dans le lac relativement faible. Au contraire à l'est, où les précipitations sont les plus fortes, le réseau hydrographique est plus dense, avec des rivières plus abondantes. Ce sont ainsi principalement les rivières de l'est qui alimentent le lac.

Le lac, légèrement salé, fait que le lac ne gèle pas en hiver malgré son altitude, d'où son nom kirghize de « lac chaud », en référence au fait qu'il ne gèle pas.

Le lac est endoréïque, n'ayant aucun émissaire. Autrefois, le lac était alimenté à son extrémité occidentale par la rivière Tchouï, qui sortait ensuite du lac à cette même extrémité pour couler dans les Gorges de Boom. Mais à la fin du Pléistocène, en raison probablement des mouvements tectoniques, le lit de la rivière Tchouï a été modifié et a été disconnectée du lac. Depuis la déconnexion, le lac a, par intermittence, débordé par l'ancien lit de la rivière Tchouï vers cette rivière lors des périodes de hauts niveaux eaux. La dernière période de hauts niveaux d'eaux s'est terminée il y a environ 150 ans. Le lit reliant le lac à la rivière Tchouï s'appelle le canal de Koutemalda, long de seulement , qui permet parfois d'évacuer les eaux du lac lors de saison des hautes eaux (après la fonte des glaces).

Climat La température de surface du lac en janvier ne descend pas sous les tandis qu'en juillet la température de surface atteint les . Cependant à des profondeurs supérieures à , la température reste constante toute l'année à .

Histoire humaine

vignette|Utilisation comme station balnéaire à partir de l'époque soviétique.

Moyen-Âge Site de peuplement très ancien, Issyk Koul a accueilli des monastères chrétiens dans l'Antiquité. Au Moyen Âge, son village fortifié de Barskoon (rive sud du lac), probable étape sur l'une des branches de la route de la soie, voit naître le savant et géographe Mahmoud Al-Kashgari (1008-1105), dont les ouvrages géographiques seront célèbres dans le monde musulman.

Beaucoup d'historiens pensent que le lac est le point d'origine de la terrible peste noire qui a sévi en Europe et en Asie au début du . Selon les résultats de recherches et analyses ADN publiées dans la revue Nature du , la peste noire, qui a sévi pendant le Moyen Âge de 1346 à 1353 environ, trouverait son origine dans le secteur du lac Yssyk KoulPeste noire : le mystère de son origine résolu six siècles après avoir décimé l'Europe, grâce à l'ADN., et il semblerait que ce sont les marmottes qui, porteuses de la bactérie Yersinia pestis, l'auraient ensuite diffusée vers l'ouest, par l'intermédiaire des hommes, mais aussi des poux, des puces et des rats. L'actuel Kirghizistan se trouvait sur la route de la soie, l'une des principales voies commerciales et de circulation de cette époquePeste noire : le mystère de son origine géographique résolu grâce à l'ADN.

Ce lieu de passage pour les voyageurs a en effet permis à la peste de se propager à travers les deux continents par l'intermédiaire de commerçants contaminés sans le savoir par les piqûres de puces. Un monastère du fut découvert sur le littoral nord-est du lac grâce à une ancienne carte utilisée par les Vénitiens au Moyen Âge. Dans les cimetières nestoriens mis au jour, des épitaphes mentionnent que les personnes inhumées ont succombé à une terrible épidémie de peste en 1338 et 1339, qui semble avoir mis fin à la domination nestorienne au profit des mongols musulmans.

Dans la seconde moitié du Moyen Âge, la cuvette est un lieu de pastoralisme semi-nomade des tribus kirghizes. À l'époque contemporaine, il s'agit des Bugu, Sary Bagysh et Sayak.

Colonisation russe À partir du milieu du , la région fait l'objet d'expéditions de sociétés géographiques russes, notamment sous la direction de l'explorateur et officier de l'armée russe Prjevalski (1839-1888, mort au bord du lac dans la ville de Karakol, qui portera le nom de Prjevalsk pendant la période soviétique). Des colonies de paysans russes sont implantées massivement. En 1916, les Kirghizes de la région se soulèvent contre le colonisateur et font l'objet d'une violente répression. Mais à la suite de la Révolution russe, les bolchéviques reprennent ces territoires au début des années 1920.

Depuis 1991 Les rives du lac sont actuellement peuplées par des populations de diverses origines ethniques : Kirghizes, Dounganes, Russes, Kazakhs et Ouïghours.

Activités humaines

Populations Les principales villes bâties sur les rives de l'Issyk-Koul sont Karakol ( en 2009) à l'est, centre administratif de la région qui possède une petite université, Cholpon-Ata au nord et le petit centre industriel de Balyktchy à l'ouest.

Agriculture Bénéficiant d'un climat tempéré, la région de l'Issyk-Koul est un des greniers du pays : sur le littoral sud, on trouve de nombreux champs de blé, d'orge ou de maïs.

Tourisme

À partir des années 1950, les infrastructures hôtelières se développent et le lac devient un lieu de villégiature réputé en Union soviétique. Il accueille notamment les cosmonautes soviétiques en convalescence après leur retour de mission, des équipes sportives effectuant des stages en altitude, ainsi que les cadres dirigeants des administrations. Durant la période soviétique, le lac devint un célèbre centre de vacances avec une multitude de sanatoriums, de résidences de vacances et de sites de villégiature le long de son littoral nord autour de la ville de Cholpon-Ata.

En crise dès la fin de l'ère soviétique, le tourisme y renaît petit à petit depuis les années 2000. Le lac et la région avoisinante étaient, à l'époque soviétique, fermés aux étrangers.

L'Issyk Koul propose des stations balnéaires très appréciées des Kazakhs, des Kirghizes et des Russes. La rive sud, notablement moins équipée que la rive nord, offre des paysages sauvages et pittoresques d'une grande beauté, ainsi qu'un accès facile à pied ou à cheval vers les pâturages d'été et les hauts plateaux situés au-delà de .

Enfin, la ville de Karakol est une base logistique pour les expéditions d'alpinistes vers le massif du Khan Tengri situé à au sud-est. Un des plus vastes ensembles de pétroglyphes du Kirghizistan se trouve à Cholpon-Ata. La ville de Karakol s'appelait autrefois d'après la translittération en russe du nom de l'explorateur polonais Przewalski, sujet de l'Empire russe, qui y est mort. C'est le siège administratif de la province d'Yssykköl. La ville est située près de l'extrémité orientale du lac. Le vieux cœur de la ville contient une impressionnante mosquée en bois, ainsi qu'une église orthodoxe également en bois qui a servi d'étable durant la période soviétique.

Utilisations du lac comme zone de test Une large zone à l'est du lac fut employée comme zone militaire par la Marine soviétique pour tester des torpilles et des technologies sous-marinesKommersant-Vlast, « Vys Rossiya Armia », 2005. En 2008, des journaux kirghizes rapportèrent que 866 hectares du lac autour de la péninsule de Karabulan, où se trouve la ville de Karakol, seraient loués pour une période indéfinie à la marine russe qui envisagerait d'y établir une base de tests dans le cadre de l'accord de 2007 d'amitié, de coopération, d'aide mutuelle et de protection des secrets entre les deux pays. La marine russe paierait l'équivalent de 4,5 millions de dollars pour cette locationRFE/RL NEWSLINE Vol. 12, No. 51, Part I, 14 March 2008.