Daw Aung San Suu Kyi (en birman : / 90px, MLCTS : aung hcan: cu. krany, prononcé : ), née le à Rangoun, est une femme d'État birmane. Figure de l'opposition non violente à la dictature militaire de son pays, lauréate du prix Nobel de la paix en 1991, elle est de facto chef du gouvernement de 2016 à 2021.

Elle est la fille du partisan de l'indépendance birmane Aung San, qui est assassiné alors qu'elle a deux ans. En 1988, elle cofonde et devient secrétaire générale de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), un parti politique opposé à la junte militaire au pouvoir. En 1990, le gouvernement militaire annule les élections législatives, remportées par la LND, et place Aung San Suu Kyi en résidence surveillée. Durant son enfermement, celle-ci bénéficie d'un important soutien international et se voit attribuer le prix Nobel de la paix. Elle est libérée en 2010.

Élue députée à l'issue des élections partielles de 2012, elle mène son parti à la victoire aux législatives de 2015, organisées plus librement que les précédentes. L'année suivante, alors qu'une disposition constitutionnelle l'empêche de devenir présidente de la République, elle est nommée ministre des Affaires étrangères, conseillère spéciale de l'État et porte-parole de la Présidence, sa position étant celle d'un chef de gouvernement de facto.

Bien que la Birmanie ait entamé une transition démocratique, le gouvernement auquel elle participe doit composer avec une armée toujours très puissante, notamment en raison de la Constitution de 2008, ce qui la contraint à faire des compromis. Elle fait également l'objet de critiques dans le monde en raison de son attitude durant les exactions de l'armée envers les Rohingya, groupe ethnique de confession musulmane, défendant son pays devant les instances internationales et récusant l’accusation de génocide.

En , quelques mois après des élections ayant renforcé sa majorité au Parlement, elle est renversée par un coup d'État militaire, tout comme d’autres dirigeants élus et nombre de ses partisans. Alors qu’elle se voit à nouveau assignée à résidence, des manifestations d’envergure sont réprimées par l’armée (plus d'un millier de ). Elle est dans le même temps condamnée à plusieurs années d’emprisonnement.

En 2025, elle est visée par un mandat d'arrêt émis par la justice argentine..

Famille, scolarité et vie privée

Aung San Suu Kyi est la fille du général Aung San, qui a négocié l'indépendance de la Birmanie, et de son épouse, Khin Kyi. Son nom est composé du patronyme (Aung San) de son père et des prénoms de sa grand-mère maternelle (Suu) et de sa mère (Kyi).

Le , presque six mois avant l'indépendance, son père est assassiné, avec les membres de son cabinet, par un rival politique, U Saw. Après la disparition de Aung San, son épouse et ses trois enfants vivent à Rangoun, à l'époque capitale du pays. Aung San Lin, un des deux frères de Suu Kyi, meurt accidentellement alors qu’elle avait huit ans.

Sa mère commence à s'engager dans les milieux sociaux et publics, gagne peu à peu une certaine importance dans le paysage politique du gouvernement des années 1950 et 1960 puis est nommée ambassadrice de la Birmanie en 1960 à Delhi, en Inde. Suu Kyi étudie à l’École anglaise catholique de Birmanie puis rejoint sa mère en Inde afin de terminer ses études secondaires au à New Delhi en 1964.

Suu Kyi part ensuite pour la Grande-Bretagne, où elle suit un cursus de philosophie, politique et économie au St Hugh's College d'Oxford de 1964 à 1968.

En 1969, âgée de , elle part pour New York et entame un second cycle d'études supérieures, qu'elle abandonne après quelques semaines. Elle est hébergée pendant trois ans par sa compatriote Ma Than E, en poste au siège de l'Organisation des Nations unies, où Suu Kyi devient secrétaire-assistante du comité des questions administratives et budgétairesSt Hugh's College Oxford Magazine, 2012 (en).

En 1972, elle se marie à Michael Aris, un jeune homme rencontré à Oxford alors qu’il étudiait les civilisations tibétaines. En 1973, Suu Kyi donne naissance à son premier enfant, Alexander, à Londres. En 1977, elle a un second enfant, Kim, né à Oxford. Suu Kyi vit alors entre le Royaume-Uni et le Bhoutan, pays où habite son mari, car il fait à cette époque une étude sur l’Himalaya et le Tibet. Aris est mort le jour de son anniversaire, le , des suites d'un cancer de la prostate. Depuis que sa femme avait été placée pour la première fois en résidence surveillée en 1989, il n'avait pu la voir que cinq fois, et pour la dernière, à Noël 1995.

Outre le birman, Aung San Suu Kyi parle couramment l'anglais et pourrait pratiquer le français qu'elle a appris sur cassettes audio durant ses années d'isolementMarie Normand, « Je sens que la Birmanie a besoin de moi », entretien avec Aung San Suu Kyi, publié en pages 10-11 du quotidien Libération (, daté du 19 novembre 2010). Le paragraphe final révèle que la Prix Nobel de la Paix a les questions posées en français par la journaliste mais que, faute d'avoir pu s'exercer à l'oral durant ses années d'isolement, elle a préféré y répondre en anglais..

En 1985, elle s'inscrit à l'École des études orientales et africaines de Londres pour préparer un master en philosophie, mais en 1988 elle abandonne cette formation universitaire pour aller au chevet de sa mère, malade en Birmanie.

Parcours politique Débuts

En 1988, Aung San Suu Kyi retourne vivre en Birmanie afin de s’occuper de sa mère, vieillissante. Cette année-là, le général Ne Win, chef du parti socialiste au pouvoir, perd peu à peu le contrôle du pays. Des manifestations pro-démocratiques éclatent. Elles sont violemment réprimées par l’armée. Une nouvelle junte militaire, le Conseil d'État pour la restauration de la Loi et de l'Ordre, prend le pouvoir le .

Fortement influencée par la philosophie non violente du Mahatma Gandhi, Suu Kyi entre en politique. Sa première intervention publique a lieu le , à la pagode Shwedagon. En , avec les anciens généraux Aung Gyi et Tin Oo, elle annonce la création d'un nouveau parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), qui appelle à des réformes démocratiques.. Les cofondateurs s'attribuent les postes de président, vice-président, et secrétaire général (pour Aung San Suu Kyi), et encouragent la grève générale qui dure depuis un mois.

Détentions Placement en résidence surveillée Le , elle est arrêtée par le gouvernement militaire, avec son bras droit, Tin Oo, pour trouble à l'ordre public.. Elle reste assignée à résidence pendant six ans.

Élections de 1990 et conséquences Sous la pression populaire, la junte militaire organise des élections générales le . Le scrutin est très largement remporté par le parti de Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie, qui obtient 58,7 % des voix et 392 des de l'assemblée, contre 21 % des voix et dix sièges pour le parti soutenant le pouvoir militaire..

vignette|Manifestation au siège de l'ONU à New York, le . Les députés élus ne sont pas autorisés à siéger. Le , la junte militaire annonce que la formation d'un gouvernement ne pourra se faire qu'après un long processus d'élaboration d'une constitution, laquelle devra recevoir l'agrément des militaires, puis un aval référendaire. Le , le congrès de la LND, en l'absence des dirigeants Suu Kyi et Tin Oo, placés en résidences surveillées, refuse ce programme.. Une répression s'ensuit.

Suu Kyi reçoit le prix Sakharov et le prix Rafto, puis le prix Nobel de la paix l'année suivante, en 1991.

L'un de ses discours les plus connus, Libérez-nous de la peur (Freedom from Fear.), commence ainsi : Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur : la peur de perdre le pouvoir pour ceux qui l’exercent, et la peur des matraques pour ceux que le pouvoir opprime… Dans sa forme la plus insidieuse, la peur prend le masque du bon sens, voire de la sagesse, en condamnant comme insensés, imprudents, inefficaces ou inutiles les petits gestes quotidiens de courage qui aident à préserver respect de soi et dignité humaine. (...) Dans un système qui dénie l’existence des droits humains fondamentaux, la peur tend à faire partie de l’ordre des choses. Mais aucune machinerie d’État, fût-elle la plus écrasante, ne peut empêcher le courage de ressurgir encore et toujours, car la peur n’est pas l’élément naturel de l’homme civiliséExtrait de « Se libérer de la peur », www.amnestyinternationnal.be, édition des Femmes, 1991, réédité en 2004..

En , elle est libérée de sa détention surveillée. Cependant, il lui est interdit de quitter Rangoon afin de rendre visite à sa famille, au Royaume-Uni, sous peine de se voir refuser le droit de revenir en Birmanie. En 1997, son mari, Michael Aris, atteint du cancer de la prostate, se voit refuser le droit de rendre visite à sa femme par le gouvernement. Aung San Suu Kyi ne revoit jamais son mari avant sa mort, en 1999 ; autorisée par la junte à quitter le pays, l'opposante préfère ne pas se rendre aux obsèques de son époux par peur de ne pouvoir être autorisée à rentrer en Birmanie. Elle est par ailleurs toujours séparée de ses enfants, qui vivent au Royaume-Uni.

En 1996, en arrêtant un proche qui meurt en prison (affaire Nichols), la junte cherche à intimider Aung San Suu Kyi mais provoque un processus de sanctions internationales.

Elle se voit refuser le droit de rencontrer les membres de son parti plusieurs fois. En , elle est mise une fois de plus en maison d’arrêt. Le , après une négociation secrète entre les Nations unies et la junte militaire, elle est libérée.

thumb|Aung San Suu Kyi entourée de ses partisans, en août 2011. Mais, le , son convoi est attaqué dans le village de Depayin par un groupe paramilitaire payé par la junte au pouvoir. Beaucoup de ses partisans sont tués ou blessés durant cette embuscade. Suu Kyi réussit à s’échapper grâce à son chauffeur Ko Kyaw Soe Lin, mais est arrêtée un peu plus tard. Elle est alors à nouveau emprisonnée à la prison d'Insein à Rangoon. Elle est ensuite transférée en maison d’arrêt en à cause de ses problèmes de santé et d’une hystérectomie.

En , Razali Ismail, un envoyé spécial des Nations unies, rencontre Aung San Suu Kyi. Ismail a démissionné de son poste l’année suivante, en partie parce qu’il s’est vu refuser l’entrée en Birmanie par la suite. Le , Ibrahim Gambari, un autre envoyé spécial des Nations unies a pu rencontrer Suu Kyi, la première visite étrangère depuis 2004 Après avoir rencontré Aung San Suu Kyi, l’envoyé des Nations unies quitte le Myanmar..

De façon régulière, la junte militaire birmane prolonge l'assignation à résidence de la chef de l’opposition en vertu de la loi de 1975 de la protection de l’État, qui permet d’emprisonner des « éléments destructeurs » de l'État pendant cinq ans sans jugement Extension de la détention de Suu Kyi..

Le , Suu Kyi passe son en maison d'arrêt, sa ligne téléphonique est coupée, son courrier filtré et elle n'a pas accès aux soins médicaux qu'elle désire. Des manifestations sont organisées devant les ambassades birmanes. Le , un appel est lancé par une cinquantaine d'anciens dirigeants du monde entier pour la libération d'Aung San Suu Kyi.

Soutiens internationaux thumb|Manifestation pour la mise en liberté d'Aung San Suu Kyi, le . Aung San Suu Kyi dispose d’un soutien assez important au Royaume-Uni et aux États-Unis, via la campagne pour une Birmanie libre (Free Burma Campaign).

En , le film Rangoon, de John Boorman, évoque certains évènements autour d'elle.

En , le groupe rock irlandais U2 a créé la chanson Walk On, dédiée à Aung San Suu Kyi. Walk On est interdite en Birmanie. D’autres groupes et artistes comme Coldplay, R.E.M., Wayne Shorter, Jane Birkin, Jim Carrey ou Damien Rice ont publiquement soutenu Suu Kyi.

Elle a reçu le prix « » (Libère ton esprit) par les MTV Europe Music Awards en .