En grammaire, la subordination est l’un des rapports syntaxiques. Il s’établit entre deux entités linguistiques ayant des fonctions syntaxiques différentes, dont l’une est régissante (noyau, support) et l’autre régie (subordonnée, complément)Bussmann 1998, .Constantinescu-Dobridor 1998, article subordonare « subordination ».Grevisse et Goosse 2007, .Kálmánné Bors et A. Jászó 2007, .Crystal 2008, .. En tant que rapports syntaxiques, il y a également la coordination et, selon certains linguistesPar exemple Grevisse et Goosse 2007 ()., le rapport de prédication, entre le prédicat et le sujet.
Il peut y avoir subordination à plusieurs niveaux d’extensions différentes : syntagme nominal ou verbalKálmánné Bors et A. Jászó 2007, ., phrase simple, proposition membre de phrase complexe, phrase complexeDubois 2002, ..
Généralement, on prend en compte en tant qu’entités subordonnées l’épithète et les divers types de termes appelés traditionnellement compléments, ainsi que les propositions subordonnées qui leur correspondent. Dans les grammaires de certaines langues, il peut s’agir d’autres entités subordonnées aussi, par exemple en roumain, celle appelée « élément prédicatif supplémentaire »Avram 1997, ..
Certains grammairiens considèrent aussi comme subordonnée l’appositionPar exemple Grevisse et Goosse 2007 ().. D’autresPar exemple Balogh 2000 (). voient, entre l’apposition et le terme auquel elle est associée, un rapport intermédiaire entre subordination et coordination. Selon d’autres encore, l’apposition n’a pas de fonction syntaxiqueCf. Dubois 2002, ..
Au niveau du syntagme nominal, il y a aussi des déterminants (articles et déterminants démonstratif, possessif, numéral, indéfini, interrogatif, exclamatif, relatif) qui sont des termes également subordonnésGrevisse et Goosse 2007, .. Cependant, les articles ne sont pas analysés du point de vue syntaxique, mais seulement le groupe qu’ils constituent avec le mot déterminé.
Degrés de nécessité de l’entité subordonnée
Les entités subordonnées sont nécessaires à des degrés différents. On ne peut pas s’en passer pour former des phrases développées, afin d’émettre des messages nuancés, avec des précisions et des caractérisations. Toutefois, du point de vue de la suffisance sémantique d’une phrase, c’est-à-dire pour qu’elle ait un sens même sans contexte, les entités subordonnées peuvent être inutiles. Une phrase simple, constituée d’un sujet et d’un prédicat, comme Lucie réfléchit, est sémantiquement suffisante.
Il y a trois degrés de nécessité concernant les entités subordonnées. Ces degrés dépendent du sens lexical du noyau et de la langue considérée.
1. L’entité subordonnée est obligatoire si, sans elle, il n’y a pas de syntagme ou de phrase correct(e) : complément d'objet direct (COD) : Maman prépare un gâteauKarakai 2013, . ; Atunci el spuse o prostie « Alors il dit une bêtise », Atunci spuse că pleacă « Alors il dit qu’il partirait »Avram 1997, . ; készít valamit « il/elle prépare quelque chose »Kálmánné Bors et A. Jászó 2007, . ; Komšija je prodao kuću « Le voisin a vendu la maison »Čirgić 2010, . ; autre complément du verbe : J’habite rue DantonKarakai 2013, . ; Locuiește aici « Il/Elle habite ici »Avram 1997, . ; jártas a biológiában « il/elle s’y connaît en biologie » ; Komšija je stanovao na kraju ulice « Le voisin habitait au bout de la rue » ; épithète : Radimo u nemogućim okolnostima « Nous travaillons dans des circonstances impossibles »Čirgić 2010, . ; élément prédicatif supplémentaire : Ea se numește Puica « Elle s’appelle Puica »Avram 1997, ..
2. L’entité subordonnée est représentable si, dans certaines circonstances, elle peut être omise, mais elle est toujours sous-entendue : COD : On connaît (ça) ; Am terminat (de scris) « J’ai fini d’écrire »Avram 1997, . ; meggyógyít (valakit) « il/elle guérit (quelqu’un) »Cs. Nagy Lajos 2007, . ; autre complément du verbe : N-am fost (la mare) « Je ne suis pas allé(e) à la mer »Avram 1997, . ; hozzáfog (valamihez) « il/elle se met à faire quelque chose ».
3. L’entité subordonnée est facultative si l’on peut l’omettre et qu’il n’est pas nécessaire de la sous-entendre pour que le syntagme ou la phrase soit correct(e) : COD : Pierre mange (une pomme)Karakai 2013, . ; Citesc (un articol) « Je lis (un article) »Avram 1997, . ; A kislány (leckét) ír « La fillette écrit (son devoir) » ; (cnr) Pišemo (pisma) « Nous écrivons (des lettres) » ; autre complément du verbe : J’ai déjeuné (d’une tranche de jambon)Karakai 2013, . ; Scriu (părinților) « J’écris (à mes parents) »Avram 1997, . ; (A fűben) fekszik « Il/Elle est couché(e) (dans l’herbe) » ; (cnr) Kupali su se (cijelo ljeto) « Ils se sont baignés (pendant tout l’été) » ; épithète, complément du nom ou proposition équivalente à ceux-ci : La voiture (électrique) ne pollue pas l’airKarakai 2013, . ; Și-a pus pantofii (cei noi / pe care îi cumpărase cu o zi înainte) « Il/Elle a mis ses chaussures (neuves / qu’il/elle avait achetées la veille) »Avram 1997, . ; (Sült) kenyeret vettem « J’ai acheté du pain (bien cuit) »Kálmánné Bors et A. Jászó 2007, . ; Kupio je kuću (našega komšije) « Il a acheté la maison (de notre voisin) » ; élément prédicatif supplémentaire : A plecat (râzând) « Il/Elle est parti(e) (en riant) ».
Niveaux auxquels il y a subordination
Il y a subordination, premièrement, au niveau du syntagme nominal ou verbal. Il peut être constitué de deux termes, dont l’un est subordonné à l’autre, mais il peut aussi être question d’un groupe de syntagmes où l’un des termes est régissant absolu et où un ou plusieurs autres sont régissants relatifs par rapport à d’autres termes. Exemples de syntagmes nominaux :
mon jeune ami – Le terme régissant ami a deux épithètes qui lui sont subordonnées séparément : le déterminant possessif mon et l’adjectif qualificatif jeune. all the very big cars « toutes les très grosses voitures » – Very « très » est subordonné à big « grosses », et le groupe all the very big « toutes les très grosses » à cars « voitures ». világos szobában dolgozó gyerek « enfant travaillant dans une pièce claire » – Gyerek « enfant » est régissant absolu, dolgozó « travaillant » est son complément déterminatif, szobában « dans une pièce » est le complément circonstanciel de lieu de dolgozó (régissant relatif) et világos « claire » est l’épithète de szobában (régissant relatif à son tour). Chaque terme subordonné forme un syntagme avec son régissant, et le groupe entier forme un syntagme plus grand.
Étant donné que les mots composés ont pour base des syntagmes ou des phrases, il y a aussi des mots composés à subordination : avec un COD : portefeuilleGrevisse 1964, . ; fluieră-vânt « désœuvré, oisif » (littéralement « siffle-vent »)Constantinescu-Dobridor 1998, article compunere « composition ». ; dangubiti « perdre le temps, paresser » (litt. « perdre la journée »)Klajn 2005, . ; egyetért « il/elle est d’accord », favágó « bûcheron » (litt. « coupeur de bois »)Gerstner 2006, . En hongrois, la composition est plus productive qu’en français, par exemple, où aux mots composés hongrois il correspond souvent des syntagmes. ; avec d’autres compléments du verbe : meurt-de-faim ; vino-ncoace « attrait (sexuel) » (litt. « viens-ici ») ; zloupotrebiti « abuser (de quelque chose) » (litt. « mal employer ») ; gyorsúszó « nageur de vitesse », kézenfogva « en se tenant par la main » ; avec une épithète ou un complément déterminatif : coffre-fort ; floare-de-colț « edelweiss » (litt. « fleur de coin ») ; malograđanin « provincial, petit bourgeois » ; ásványvíz « eau minérale ».
Dans la phrase simple, il y a comme termes principaux le prédicat et le sujet, interdépendants, les autres termes étant secondaires en tant que mots ou syntagmes subordonnés aux termes principaux et, éventuellement, en rapport de subordination ou de coordination entre eux. La phrase complexe à subordonnée(s) est structurée de façon analogue autour de la proposition principale.
En général, dans une phrase simple, un terme est subordonné à un seul autre terme. L’élément prédicatif supplémentaire , par contre, est subordonné à la fois au prédicat et à un autre terme en rapport avec celui-ci. Il exprime une caractéristique ou un procès simultané avec celui du prédicat, qui se réfère au sujet (Ion a venit supărat « Ion est venu fâché »), au COD (L-am auzit râzând « Je l’ai entendu rire ») ou à un autre terme. La double subordination est plus évidente lorsque l’élément prédicatif supplémentaire est exprimé par un adjectif, puisqu’il s’accorde en genre et en nombre avec le terme auquel il se réfère.
Expression de la subordination
La subordination peut être exprimée par des moyens morphologiques, syntaxiques et prosodiques, parfois par des procédés de deux de ces catégories ou des trois associésAvram 1997, ..
Procédé morphologique
Morphologiquement, la subordination se réalise par des désinences, du moins dans les langues flexionnelles et les langues agglutinantes. Il s’agit de la déclinaison, qui existe à des degrés divers dans les langues flexionnelles, d’un haut degré de développement en latin, par exemple, à pratiquement son absence en français. En latin, le COD est exprimé par le cas accusatif. Presque tous les noms ont au singulier la désinence -Vm (V comme voyelle) à ce casBoxus, page Morphologie. Noms.. La même fonction syntaxique est exprimée en hongrois (langue agglutinante) par la désinence -t ajoutée à tous les noms et mots substantivés, ainsi qu’à presque tous les pronoms, tant au singulier qu’au plurielKálmánné Bors et A. Jászó 2007, ..
Procédés syntaxiques
L’un des procédés syntaxiques est la juxtaposition du terme régissant et du terme subordonné. Dans le cas de l’épithète, c’est le procédé général dans toutes les langues mentionnées dans cet article. Le COD exprimé par un nom est également juxtaposé en français (J’aime ma sœurGrevisse et Goosse 2007, .).
Un autre moyen syntaxique de la subordination est la jonction, c’est-à-dire l’association du terme subordonné au terme régissant au moyen d’un mot-outil. Entre termes de la phrase simple, c’est la préposition ou la locution prépositionnelle dans certaines langues, correspondant à la postposition dans d’autres. Dans certaines langues, comme le français, seule la préposition remplit ce rôle ; dans d’autres, la préposition, respectivement la postposition, est parfois utilisée seule, d’autres fois associée à une certaine désinence qu’elle exige. Exemples : Les cambrioleurs ont profité de mon absenceGrevisse et Goosse 2007, . ; Condițiile sunt stabilite de participanți (préposition seule) « Les conditions sont établies par les participants »Avram 1997, ., A reușit datorită voinței (préposition et désinence) « Il/Elle a réussi grâce à sa volonté »Avram 1997, . ; Golub je sletio na krov « Le pigeon a volé sur le toit » (préposition seule), Golub je na krovu « Le pigeon est sur le toit » (préposition et désinence)Barić 1997, . ; Három nap múlva jövök haza (postposition seule) « Je rentre dans trois jours »Rounds 2001, ., Imrén kívül senki sem volt pontos (postposition et désinence) « Personne n’a été à l’heure, sauf Imre »Rounds 2001, ..
Dans certaines langues, il y a juxtaposition, à caractère facultatif, entre proposition complément d’objet direct et proposition principale aussi, par exemple en anglais [She said (that) she would come today « Elle a dit qu’elle viendrait aujourd’hui »Bussmann 1998, .] ou en hongrois : Úgy hallottam, (hogy) már lehet a piacon kapni cseresznyét « J’ai entendu dire qu’il y avait déjà des cerises au marché »Király et A. Jászó 2007, ..
Le plus souvent, par contre, le rapport entre subordonnée et proposition principale se réalise par jonction à l’aide d’un mot-outil : conjonction ou locution conjonctive de subordination, pronom relatif ou adverbe relatif. Exemples : conjonction : A spus că vine « Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait »Avram 1997, . ;