Clément Marot, né vers 1496 à CahorsDans L'Enfer, composé vers 1526, Marot dit être arrivé en France (c'est-à-dire dans le Nord de la France) « n’ayant dix ans » (v. 399) et n'y avoir acquis « depuis vingt ans » que labeur et souffrance (v. 408). La date de naissance vers 1496 est déduite de ce passage. et mort le à Turin., est un poète français. À la fois héritier des auteurs de la fin du et précurseur de la Pléiade, il est le poète le plus important de la cour de . Malgré la protection de Marguerite de Valois-Angoulême, la sœur du roi, ses sympathies marquées pour la Réforme protestante lui valent plusieurs emprisonnements et deux exils.
Biographie La biographie de Marot est difficile à assurer sur des bases certaines car nous manquons de documents d'archives à son sujet : c'est donc le plus souvent sur ses poèmes que l'on reconstruit son parcours, quoique ceux-ci fassent l'objet d'une mise en scène allant parfois jusqu'à la falsification.
Enfance et formation vignette|Jean Marot, le père de Clément, remet son manuscrit du Voyage de Gênes à Anne de Bretagne (miniature de Jean Bourdichon, 1507-1508). Clément Marot naît à Cahors, d’une mère probablement gasconne dont il ne dira jamais rien, et d’un père originaire de la région de Caen, Jean Marot, également poète. Dans L'Enfer, Clément raconte qu'il quitta Cahors vers l'âge de dix ans (soit vers 1506), pour rejoindre la cour de France sur les bords de la Loire, où son père avait été appelé grâce à la protection de Michelle de Saubonne, future épouse de Jean IV de Parthenay, seigneur de Soubise. Son père Jean Marot était entré au service de la reine Anne de Bretagne, épouse du roi Louis XII, et avait chanté ses expéditions italiennes contre Jules II. Le jeune Clément grandit donc à la cour, sa comme il l'appela plus tard. Sa formation reste incertaine : il reçut vraisemblablement une formation minimale en droit civil à l'université d'Orléans, étant donné le nombre de pièces de L'Adolescence clémentine qui évoquent la ville ligérienne. Dans son coq-à-l'âne composé à Ferrare en 1535, le poète se souvient ainsi de ses années d'étude et de ses enseignants :D'après la de L'Adolescence, il fut ensuite probablement employé en tant que clerc de justice au Palais de justice à Paris. Sans doute fréquenta-t-il, à Orléans comme à Paris, les basoches animées par les étudiants de droit. Il entra ensuite à la chancellerie royale, grâce à la protection de Nicolas de Neufville, seigneur de Villeroy, secrétaire du roi et secrétaire des finances dès 1515, dont il devint le pageVoir la dédicace à Villeroy du Temple de Cupido (dans l'édition des Œuvres de 1538). Sur Villeroy, voir Stephen Bamforth, « Clément Marot et le projet de paix universelle de 1518 : poésie et propagande », dans La Génération Marot. Poètes français et néo-latins (1515-1550), Paris, Champion, 1997, p. 121-122.. De cette époque date la composition du Temple de Cupido que le jeune Clément offrit sur les conseils de Neufville au roi François et à son épouse Claude de France, probablement entre 1516 et 1519.
Au service de Marguerite d'Angoulême (1519-1527) vignette|Portrait de Marguerite de Navarre attribué à Jean Clouet (vers 1527).|gauche vignette|Marguerite, reine de Navarre (au centre), est surprise par François (à gauche) au moment où elle lit la ballade de Clément Marot (à droite) commençant par « Amour me voyant sans tristesse », atelier de Jean-Baptiste Vermay d'après le tableau présenté au Salon de 1812. Vers 1519, Marot entre au service de Marguerite d'Angoulême, sœur de et écrivaineDans une épître composée à Ferrare pendant l'été 1535, Marot affirme que le roi le recommanda à sa sœur Marguerite, duchesse d’Alençon, (v. 184) c'est-à-dire il y a 16 ans, soit 1519).. Le poète fit vraisemblablement office de secrétaire ou de valet de chambre auprès de Marguerite et de son époux, Charles IV d'Alençon. Il suivit ainsi ce dernier lors de la campagne du Hainaut, notamment sur le camp d'Attigny () d'où il écrivit une épître adressée à Marguerite. Il est également très probable que la première traduction en français d'un psaume par Marot (le sixième) ait été faite pour Marguerite, car c'est cette traduction qui referme deux des trois éditions du Miroir de l'âme pécheresse publiées par Antoine Augereau en 1533. Trois ans plus tard, réfugié à Venise et écrivant à Marguerite, Marot rappelle que c'était la reine de Navarre en personne qui l'incitait à traduire les psaumes pour pouvoir les chanter : Dans la même épître transparaît l'intimité spirituelle qui semble avoir rapidement uni Marot et Marguerite :
Premiers ennuis judiciaires (1526) En 1526, prend place la première affaire judiciaire certaine du poète. Si l’on suit le récit proposé par cinq pièces réunies à la fin de la deuxième édition de la traduction des Métamorphoses d’Ovide par Marot en 1534, on obtient le scénario suivant. Tout aurait commencé par un rondeau par lequel Marot aurait reproché son inconstance à sa maîtresse. Celle-ci se serait vengée du poète en le dénonçant pour avoir « mangé le lard ». Incarcéré dans les geôles du Châtelet, Marot aurait ensuite été transféré à Chartres, sous l'autorité de l’évêque Louis Guillart, peut-être en raison de la lettre adressée à Nicolas Bouchart, docteur en théologie et protégé de l'évêque. Grâce à l'appui de ses amis et notamment du plus intime d'entre eux, Lyon Jamet, Marot aurait été libéré le « premier jour de la verte semaine », soit le premier .
Tout semble néanmoins sujet à caution dans ce récit, et avant tout la dénonciation calomnieuse de la maîtresse infidèle (qui s’inscrit dans une tradition littéraire illustrée notamment par François Villon, le grand modèle littéraire de Marot). Le motif supposé, « avoir mangé le lard », est également ambigu : si l'expression signifie littéralement la rupture du jeûne en période de carême, elle est souvent employée de manière figurée comme synonyme d’« être coupable ». Les rares documents d'archives qui nous sont parvenus au sujet de cette incarcération n'évoquent jamais le jeûne ; et dans l’épître qu'il adresse à Bouchart, Marot se défend d'une accusation plus large de luthéranisme. Enfin, si l'emprisonnement de 1526 est indiscutable, rien n'indique formellement pour autant que les cinq textes réunis dans l'édition de 1534 soient tous liés à cette affaire de 1526, car Marot devra faire face à d'autres arrestations et d'autres incarcérations dans les années qui suivent.
Valet de chambre du roi (1527) vignette| mécène des lettres, écoutant la lecture de la traduction de Diodore de Sicile faite par un autre de ses valets de chambre, Antoine Macault. Fin 1526 ou début 1527, Jean Marot meurt. Son fils Clément espère lui succéder en son état de valet de garde-robe du roi, ce que François semble lui promettre. Néanmoins oublié sur l'état de la maison du roi pour l'année 1527, il entreprend de multiples démarches auprès de ses protecteurs pour obtenir le paiement de ses gages pour 1527 (« Et ne fallait, Sire, tant seulement / Qu’effacer Jean et écrire Clément ») et son inscription sur l'état de 1528. C'est finalement en tant que valet de chambre (et non de garde-robe, même si les deux titres sont pareillement honorifiques) que Marot figure sur le nouvel état.
Entre-temps, en , survient ce qui constitue probablement le second emprisonnement du poète, à la Conciergerie cette fois. Marot aurait porté secours à des prisonniers avant d'être incarcéré ; il est libéré dès le sur ordre du roi. Marot racontera l'épisode avec esprit dans son épître « Marot prisonnier écrit au Roi pour sa délivrance ».
La Déploration sur le trépas de feu messire Florimond Robertet
Très peu de temps après () meurt Florimond Robertet. Marot compose pour l'un de ses premiers protecteurs une ample et ambitieuse Déploration qui constitue un exposé très éloquent de ses idées évangéliques, qu'il s'agisse de la peinture satirique de l'« Église romaine » (v. 57-82) ou de l'affirmation de l'inutilité des pompes et des rites funèbres, à travers la cinglante prosopopée de la Mort :
Publié rapidement à Lyon par Claude Nourry (1527-1529), le texte figurera de nouveau dans les toutes premières anthologies des œuvres de Marot, toujours annoncé sur la page de titre comme l'un des arguments de vente principaux, signe de sa célébrité. Marot lui doit sans doute en partie sa réputation de luthérien.
Premières publications officielles (1532-1533) gauche|vignette|Page de titre de la édition de L'Adolescence clémentine de Clément Marot, achevée d'imprimer par Geoffroy Tory pour Pierre Roffet le 7 juin 1533, faisant mention de l'utilisation nouvelle d'accents, de l'apostrophe et de la cédille (Source gallica.bnf.fr / BnF). vignette|Trois femmes interprétant une chanson de Clément Marot mise en musique par Claudin de Sermisy, représentées par le Maître des demi-figures dans les années 1530 (musée de l'Ermitage). Au début des années 1530, Marot est au faîte de sa gloire. Ses chansons sont mises en musique par les musiciens à la mode et massivement publiées selon le tout nouveau procédé d'impression musicale mis au point par Pierre Attaingnant en 1528. Le 1532, Marot présente à l'épître qui reste encore au sa plus célèbre épître, dans laquelle il raconte avec esprit comment il a été dérobé par son « valet de Gascogne » avant de tomber gravement malade. Rabelais, qui s'occupera à Lyon de la publication des œuvres de Marot chez le libraire-imprimeur François Juste, se souviendra du portrait du valet gascon pour celui de Panurge dans Pantagruel.
À Lyon et à Paris, plusieurs libraires ont déjà commencé à publier des éditions entièrement consacrées aux œuvres du poète en compilant les textes sur lesquels ils parviennent à mettre la main, dans des versions souvent de mauvaise qualité. Marot réagit en en procurant la première édition autorisée de ses œuvres de jeunesse sous le titre de L'Adolescence clémentine. Le livre remporte un succès tel qu'il contraint le libraire Pierre Roffet et l'imprimeur Geoffroy Tory à remettre le livre sous les presses tous les trois à quatre mois jusqu'à la fin de l'année 1533 (année où Roffet et Tory meurent tous les deux). Ces différentes éditions constituent pour Geoffroy Tory l'occasion d'expérimenter l'utilisation de signes diacritiques pour la typographie du français (accents, apostrophe, cédille).
Devant le succès éditorial, Marot enchaîne les publications : les deux Voyages composés par son père Jean Marot () suivis du Recueil de plusieurs de ses autres œuvres (fin 1533-début 1534), une édition annotée des Œuvres de François Villon (), La Suite de l'Adolescence clémentine (fin 1533), et la traduction du premier livre des Métamorphoses d'Ovide (1534).
Premier exil (Ferrare et Venise) vignette|L'un des « placards » affichés dans la nuit du 17 au 18 octobre 1534.