Joseph Aloisius Ratzinger (en allemand : Prononciation en allemand standard (haut allemand) retranscrite selon la norme API.), né le à Marktl (Bavière, Allemagne) et mort le au Vatican, est un prélat et théologien catholique allemand, élu pape le sous le nom de ( ; ; ). En qualité d'évêque de Rome, il est le 265 pape de l'Église catholiqueLe titre de pape n'apparaît en effet qu'au cours du et n'est pas attesté pour l'évêque de Rome avant le début du . Philippe Levillain, Dictionnaire historique de la papauté, Fayard, 2003, s. v. « Pape ». ainsi que le chef d'État du Vatican jusqu’à sa renonciation le .

Fils de parents hostiles au nazisme, il est cependant contraint, à l'âge de quatorze ans, d'intégrer les jeunesses hitlériennes. En 1944, il refuse d'intégrer la en faisant valoir son intention d'entrer au séminaire. Libéré en 1945 du camp de prisonniers de guerre de Bad Aibling où il a été interné après avoir déserté la Wehrmacht lors de son service militaire, il commence sa formation de prêtre puis est ordonné en 1951 par le cardinal Michael von Faulhaber.

Théologien reconnu, docteur et professeur à l'université, Joseph Ratzinger participe comme peritus au concile , où il est considéré comme réformateur et œuvre à la réforme du Saint-Office. En 1977, il est nommé par le pape successivement archevêque de Munich et Freising et cardinal-prêtre de Santa Maria Consolatrice al Tiburtino. Le pape en fait en 1981 son préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, à la tête de laquelle il reste . Il en réforme les procédures en favorisant l'échange, mais affirme de plus en plus une ligne doctrinale conservatrice, s'opposant par exemple fermement à la théologie de la libération.

Cette réputation de théologien conservateur d'expérience, proche de la pensée de Jean-Paul II, en fait le favori pour sa succession. Le cardinal Ratzinger est élu au conclave de 2005 pour lui succéder. Il devient ainsi le premier pape allemand depuis au . La priorité à laquelle il consacre son pontificat est la mise en œuvre du concile dans la continuité de la tradition de l'Église, voyant dans le concile un renouveau dans la continuité et non une rupture. Cette vision s'exprime dans la réconciliation interne de l'Église sur la liturgie, pour lui d'une importance essentielle, à laquelle il œuvre avec son motu proprio Summorum Pontificum, qui déclare que la messe selon le missel romain de 1962 (pré-concile) et celle selon le missel de 1970 (post-concile) sont un seul et même rite ayant deux expressions, ordinaire et extraordinaire. Cette position conciliatrice résout en partie mais pas complètement la crise des traditionalistes et sera rejetée par son successeur, qui, en 2021, déclare : .

Pape théologien, souhaite recentrer l'Église sur les vertus théologales, et consacre ses trois encycliques à deux d'entre elles : l'espérance et la charité. Sa troisième encyclique est sociale : il y affirme le lien étroit entre l’intelligence et la charité pour le développement humain intégral, en réponse aux défis de l'époque, en particulier économiques et écologiques.

Il maintient la position ferme de l'Église sur la famille, fondée sur le mariage hétérosexuel et ouverte à la vie, prônant la fidélité et l'abstinence (notamment comme méthode de prévention du sida qu'il pense plus efficace que le préservatif), ce qui engendre de vifs débats et critiques. Pendant son pontificat, l'Église est agitée par la révélation d'abus sexuels sur mineurs contre lesquels il prend des mesures. Il poursuit aussi le dialogue interreligieux engagé par Paul VI et Jean-Paul II, ainsi que le dialogue œcuménique avec l'Église orthodoxe.

En 2013, après un pontificat de près de huit ans, il annonce qu'il renonce à ses fonctions, ce qui constitue la première renonciation d'un pape depuis celle de en 1415. Devenu pape émérite, il se retire au monastère Mater Ecclesiae où il mène une vie de silence et de prière jusqu’à sa mort en 2022.

Origines et jeunesse vignette|left|L'église Saint-Oswald de Marktl où le futur a été baptisé. Joseph Ratzinger naît le à quatre heures et quart du matin, la veille de la fête de Pâques., au numéro 11 de la Schulstraße à Marktl (ou Marktl am Inn), village de Haute-Bavière, non loin de la frontière autrichienne. Il est le troisième et dernier enfant de Joseph Ratzinger (1877-1959) et de Maria Peintner (1884-1963), après Maria (1921-1991) et Georg (1924-2020). Il est également le petit-neveu de l'homme politique et prêtre catholique Georg Ratzinger (1844-1899). Son baptême, où il reçoit le nom de , a lieu quelques heures après sa naissance, à huit heures du matin du Samedi saint : comme sa marraine, Anna Ratzinger, n'a pas pu être avertie assez vite, une religieuse nommée Adelma Rohrhirsch la remplace..

L'enfance de Joseph Ratzinger est marquée par son père officier de gendarmerie et fervent pratiquant catholique, viscéralement hostile aux nazis qu'il considérait comme des .Dans les Souvenirs qu'il a publiés en 1997, Joseph Ratzinger a retracé l'atmosphère de ses dix ans, alors que la famille, éclairée par un père de famille viscéralement hostile au Troisième Reich et au nazisme, relevait les signes angoissants de la militarisation du pays sans pouvoir imaginer le cataclysme qui allait être déclenché par le régime hitlérien.. En 1929, la famille déménage à Tittmoning et en 1932, à Aschau am Inn. En , son père prend sa retraite et la famille s'installe dans une maison aux abords de Traunstein. Joseph Ratzinger entre au Gymnasium (collège et lycée) de cette ville, et y apprend le latin, le grec, l'histoire et la littérature. Cette éducation a pour effet, selon Joseph Ratzinger, de . Il entre ensuite au petit séminaire de Traunstein en 1939, où étudiait déjà son frère Georg. thumb|right|Sa maison natale à Marktl dans le sud de la Bavière en Allemagne.

Jeunesses hitlériennes Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est enrôlé contre sa volontéIl faisait partie des membres contraints (Zwangs-Hitlerjunge) par opposition aux membres volontaires (mentionnés comme Stamm-Hitlerjunge). dès son quatorzième anniversaire dans les jeunesses hitlériennes, cité par ., passage devenu obligatoire depuis . pour tous les jeunes Allemands non juifs. À l'âge de , en , il est incorporé, avec tous ses confrères du séminaire de Traunstein, dans la lutte antiaérienne (DCA) allemande.. Joseph Ratzinger se retrouve dans la section des télécommunications et participe à la défense d'une usine Bayerische Motoren Werke AG (BMW) des environs de Munich.

En , il est affecté au service du travail obligatoire. Il refuse d'entrer dans la Waffen-SS, malgré les pressions, en faisant valoir son intention de devenir prêtreInterrogé sur ce qu'il voulait faire plus tard, Joseph Ratzinger affirma vouloir devenir curé de paroisse. Walter Fried qui a fait son service militaire avec Joseph Ratzinger affirma qu' dans le climat d'anticléricalisme ambiant du régime nazi. Ce témoignage est repris par le livre , Le Choix de Dieu, dont la source provient de l'édition en ligne du Spiegel du .. En , il atteint l'âge du service militaire., et en , il est affecté à la Wehrmacht, dans une unité chargée de creuser des fossés antichars à la frontière austro-hongroise. Placé sous les ordres de la Légion autrichienne, il qualifie dans ses écrits ses instructeurs de et d'.. Apprenant le suicide d'Hitler., il déserte quelques jours avant la reddition allemande. Il est ensuite interné jusqu'au dans un camp de prisonniers de guerre à Bad Aibling, où un autre prisonnier, Günter Grass, indique qu'il pourrait bien être le Joseph, pétri de foi, qui avait été son ami et avait joué aux dés avec lui.. Il est libéré après six semaines d'internement et rentre à pied chez lui.

Formation à la prêtrise Après sa libération, il commence sa formation de prêtre. C'est à cette époque que Joseph Ratzinger commence à lire les écrivains catholiques français, Paul Claudel, Georges Bernanos, François Mauriac, dont il est resté un fervent admirateur.. Il poursuit des études de philosophie et de théologie à l'université de Munich, puis à l'École supérieure de Freising. Il étudie les ouvrages de Martin Heidegger, Karl Jaspers, Friedrich Nietzsche, Martin Buber, Henri Bergson, ainsi que la pensée d'Augustin d'Hippone qui l'avait . Entre autres professeurs, Gottlieb Söhngen et Joseph Pascher exercent sur lui une influence notableSource : Interview d'Alfred Läpple par Gianni Valente et Pierluca Azzaro, publiée sous le titre « », dans la version française du mensuel 30Jours : dans l'Église et dans le monde, numéro daté de janvier/février 2006..

Au cours de sa formation, il découvre de nombreux penseurs chrétiens, comme Thomas d'Aquin, qui lui fut présenté, durant son enseignement, d'une manière qu'il qualifiera de , dont il décrira qu'elle était . Au cours de ses études, il se spécialisera dans deux aspects théologiques qui auront un impact sur sa propre théologie. Le premier est l'étude de la Bible. Il considère que le .. Cette théorie n'est pas nouvelle. Blaise Pascal, par exemple, défend dans les Pensées que l'Ancien Testament est la « figure » du Nouveau Testament.

Tout événement vétéro-testamentaire prépare, préfigure un événement néo-testamentaire correspondant. Cette conception de l'unité de la Bible sera, selon son affirmation, . Le deuxième aspect est l'étude de la liturgie, qu'il considère comme l'élément vivant du Nouveau Testament, le Nouveau Testament étant selon Joseph Ratzinger . Cette conception de la Liturgie aura un impact pendant le Concile au cours duquel il soutiendra la réforme de la Liturgie..

Le , il est ordonné prêtre, en même temps que son frère Georg, dans la cathédrale de Freising, par le cardinal Michael von Faulhaber.. Il célèbre sa première messe solennelle le en l'église Saint-Oswald de Traunstein. Après une année de ministère paroissial en la paroisse du Précieux Sang, à Munich, il est nommé professeur au séminaire de Freising, avec des missions annexes d'aumônier auprès des jeunes et du service liturgique à la cathédrale.

Poursuite de ses études Il termine sa thèse de doctorat en . Elle porte sur Le Peuple et la maison de Dieu dans la doctrine ecclésiale de saint Augustin Titre de la thèse : .. Joseph Ratzinger devient alors docteur en théologie et prépare sa thèse d'habilitation afin de devenir professeur d'université. Sous l'influence de Gottlieb Söhngen, il fait une thèse sur les Pères de l'Église au Moyen Âge, et particulièrement sur saint Augustin et saint Bonaventure. Dans ce travail, il développe l'idée que la révélation est , mais cette révélation ne peut se réduire aux propositions qui découlent des penseurs néo scolastiques. En effet, pour Joseph Ratzinger, la révélation a une dimension subjective ou personnelle parce qu'elle n'existe que s'il y a quelqu'un pour la recevoir : ..

Une partie de sa conception de la révélation est alors vivement critiquée par Michael Schmaus, théologien de l'Université qui codirigeait la thèse de Joseph Ratzinger. Cette attitude est sans doute due aux rumeurs avançant que cette thèse aspirait à la modernisation de l'enseignement. Joseph Ratzinger doit revoir son travail, en réduisant la partie sur la révélation et en recentrant sa thèse sur la théologie de l'histoire dans l'œuvre de saint Bonaventure.. Le , il soutient sa thèse d'habilitation, en partie révisée, intitulée : La Théologie de l'histoire chez saint Bonaventure (). Celle-ci est acceptée et Joseph Ratzinger est nommé maître de conférences à l'université de Munich..

Travaux de théologien