Robert Caze, né le à Paris et mort dans la même ville le des suites d'un duel contre Charles Vignier, est un écrivain, poète et romancier naturaliste originaire de Toulouse, naturalisé suisse.

Biographie Ami des frères Goncourt, de Huysmans, de Verlaine, . Familier du « Grenier » d'Auteuil, il recevait, lui aussi, chaque semaine, artistes impressionnistes (Seurat, Signac, Camille et Lucien Pissarro, Guillaumin) et écrivains (Huysmans, Hennique, Lucien Descaves, Jean Ajalbert, Paul Adam, Paul Alexis, Henri de Régnier, Jean Moréas, Félix Fénéon...). , lit-on dans le Petit Bottin des lettres et des arts.

Faux marquis de Berzieux - et bourgeois du petit village d'Epiquerez en Suisse - Robert Caze avait rompu avec les siens, à l'exception de sa mère. Poète, écrivain, journaliste, il collaborera très jeune à diverses feuilles d'opposition à l'Empire. Il fonde avec Jean Richepin le journal La Jeunesse où il publie L'Homunculus, . Durant la guerre franco-allemande de 1870-1871, il prend part à la Commune aux côtés de Paschal Grousset qui l'attacha au ministère des Affaires étrangères. Il sauva de la destruction la collection des archives diplomatiques.

Réfugié en Suisse en 1873, d'abord à Delémont, où il travaille pour Le Progrès du Jura, organe des libéraux du Jura, puis comme collaborateur au Démocrate, épouse la fille de l'imprimeur Joseph Boéchat et, à partir de 1875, et durant cinq ans jusqu'en 1880, il enseigne la littérature française, le français et l'histoire à l'école cantonale de Porrentruy où il a notamment comme élève le polygraphe suisse Virgile Rossel. Il collabore aussi à La Tribune du peuple (1871-76), à L'Émulation jurassienne, au Confédéré de Fribourg, à l'Almanach miniature. Il est aussi président central de la Société jurassienne d'émulation, de 1878 à 1879, durant neuf mois, toujours à Porrentruy.

Profitant de l'amnistie du en faveur des réfugiés politiques de la Commune, il est de retour en France où il collabora à divers journaux et revues : Le Cri du peuple, Le , L'Intransigeant, L'Opinion, Le Réveil et Le Voltaire. Parallèlement, il écrivit plusieurs études de mœurs : Le Martyre d'Annil (1884), très remarqué, puis Femme à soldats (1884) ; L'Élève Gendrevin (1884) ; La Semaine d'Ursule (1885) ; Grand-Mère (1886), dédié à Edmond de Goncourt et paru cinq jours avant sa mort ; enfin divers volumes de nouvelles (Paris vivant, 1885 ; Dans l'intimité, 1886).

Le , à Diegem, localité belge, Robert Caze affronte en duel l'écrivain Paul Bonnetain. Les témoins de Bonnetain étaient Jules Guérin et le journaliste radical et franc-maçon Edmond Lepelletier (1846-1913), ceux de Caze, E. Bois-Glavy et R. d'Abzac. Bonnetain en est sorti indemne, mais Caze blessé très légèrement à la poitrine.

Robert Caze succombe à la suite d'un autre duel avec Charles Vignier, qui avait publié sur lui un article à la suite d'une dispute entre Caze et Félicien Champsaur. Robert Caze s’était froissé à propos d’un article de Félicien Champsaur, paru dans le supplément littéraire du Figaro du , sur les « écrivains sacrilèges», qui écrivait : . Puis il écrit : . Se sentant visé, Caze provoqua une altercation au Café américain, boulevard des Capucines, et reçut deux coups de canne de Champsaur. Il refusa le duel que ce dernier lui proposait et préféra porter plainte devant les tribunaux. Caze était en effet allé à Lourdes en , mais, semble-t-il, sans aucune maîtresse et en train express ordinaire. Champsaur nia plus tard maladroitement qu’il s’agissait de Caze, mais plutôt du comte « de X… ».

Ayant eu vent de l’altercation du Café américain, Charles Vignier, rédacteur de La Revue moderniste, publia dans ses « Notes critiques » du que « M. Champsaur rossa M. Caze ». Bondissant sous l’offense de ces lignes, Robert Caze lui envoya ses témoins le : Paul Adam et un capitaine de la Garde républicaine de ses amis, Albert Dubois-Pillet, également peintre à ses heures. Vignier se fit représenter par Adrien Remacle et Émile Hennequin. Le duel eut lieu le lundi à dix heures du matin dans une forêt entre Meudon et Clamart.

Mauvais escrimeur, Caze perdit tout son sang-froid et s’embrocha lui-même sur l’épée de son adversaire, « au premier engagement », relate le Journal des débats du lendemain. Touché au foie, il devait mourir six semaines plus tard, à son domicile du 13 rue Condorcet, se souvenait Edmond de Goncourt dans son Journal. à Paris, dans d’horribles souffrances, au petit matin du . , se souvenait l’éditeur Pierre-Victor Stock« Robert Caze anecdotique », Mercure de France, .

Deux jours plus tard, le , la cérémonie religieuse se déroule en l'église Saint-Vincent-de-Paul de Paris. Les cordons du poêle sont tenus par trois écrivains, Edmond de Goncourt, Henry Céard, Léon Hennique, et par le journaliste politique Paul Strauss. Puis, le cercueil est transporté en convoi vers la gare d'Austerlitz et placé dans un train à destination de Mons, près de Toulouse, où Robert Caze est inhumé dans le caveau familial. Sa tombe est toujours visible aujourd'hui. , écrivait Virgile Rossel, en , dans un hommage qu'il lui rendait dans le Démocrate.

Peu après sa mort, sa veuve, Louise Caze, ruinée, mettra en vente à Drouot tous les livres et correspondances de son mari, les 29 et . Elle ne lui survivra qu'une petite année - elle meurt le , à l'âge de 31 ans. Le couple laissera deux enfants, nés tous les deux en Suisse, Emma, née en 1878, et Roger, né en 1876.

Depuis , la ville suisse de Delémont compte une rue Robert-Caze.

Jugements

Œuvre Œuvres parues en volumes Les Poèmes de la chair, Paris, Librairie André Sagnier, 1873, in-18, 70 p. Hymnes à la vie, Delémont, J. Boéchat, 1875, in-16, 71 p. Notes d’histoire et de littérature contemporaines, Fribourg, Imprimerie Ed. Bielmann, 1876, in-12, 67 p. Les Deux Bustes, Delémont, impr. Aug. Boéchat, s.d. (1876), in-16, 115 p. Cahiers d’histoire littéraire, 1635-1715, Delémont, J. Boéchat, 1877, in-12, 27 p. A la gloire de Rousseau, cantate composée à l’occasion de son centenaire par MM. Robert Caze et John Grand-Carteret. Musique de H. Kling. Genève, Impr. Schira-Blanchard, 1878, in-8, 8 p. Ritournelles, poésies. Paris, Librairie Sandoz & Fischbacher, 1879, in-8, 109 p. Poèmes rustiques, Paris, Librairie Sandoz & Fischbacher, 1880, in-16, 175 p. Les Filles. Le Martyre d’Annil, suivi de La Sortie d'Angèle, Henry Kistemaeckers, Bruxelles, 1883, in-16, 288 p. Les Filles. Femme à soldats, Bruxelles, Henry Kistemaeckers, 1884, in-12, 284 p. Les Bas de Monseigneur, Paris, Marpon et Flammarion, 1884, in-12, 334 p. Nouvelles dédiées au peintre Jean-François Raffaelli, « le merveilleux peintre des modernités ». Les Enfants. L’élève Gendrevin, Paris, Tresse, 1884, in-18, V-336 p. Roman dédié au « merveilleux artiste Joris-Karl Huysmans ». Les Femmes. La semaine d’Ursule, Paris, Tresse, 1885, in-16, V-304 p. Roman dédié à Samuel-Henri Berthoud. Paris vivant, Paris, Nouvelle librairie parisienne E. Giraud & , 1885, in-16, 291 p. Nouvelles dédiées à Paul Alexis. La Foire aux peintres, Paris, Léon Vanier, 1885, in-18, 35 pages. Recueil d’articles parus dans Lutèce, -175. Les Parfums, Paris, 1885. Plaquette de vers in-18 raisin de 36 pages, tirée à 45 exemplaires, non mis « dans l'odieux commerce. » En journée, Paris, 1885. Plaquette in-8 imprimée par Léon Trézénik sur les presses de Lutèce. Tirée à 11 exemplaires seulement sur papier Japon, 20 pages. Voici la justification du tirage : « Il n'a été tiré de cette plaquette que onze exemplaires numérotés à la presse et imprimés sur papier du Japon. Lesdits exemplaires signés par l'auteur ont été uniquement destinés et remis à MM. S.H. Berthoud, Edmond de Goncourt, J.K. Huysmans, Gabriel Thyébaut, Léon Hennique, Victor Stock, Léo Trézenik, Georges Rall et Jean Ajalbert. L'auteur s'est réservé les exemplaires 10 et 11. » Livre dédié à Léo Trézenik, « maître imprimeur et homme de lettres. » Les Mots, Paris, 1886. Plaquette de vers tirée à 45 exemplaires. Imprimée par Léon Epinette, in-16, 61 p. On peut lire en exergue : « Malgré tes ducats, tes sequins - Public qu'on plume - Tu ne trouveras ce volume - Chez aucun éditeur de bouquins. » Dans l’intimité, nouvelles. Paris, Tresse & Stock, 1886, in-18, 290 p. Les Femmes. Grand-mère, Paris, Tresse & Stock, 1886, in-16, V-347 p. Roman dédié à Edmond de Goncourt.

Rééditions après la mort de l'auteur : La Sortie d'Angèle. Réédition dans Un joli monde. Romans de la prostitution, édition établie et présentée par Daniel Grojnowski et M. Dottin Orisini. Paris, éditions Robert Laffont, 2008. Le Martyre d’Annil, suivi de La Sortie d'Angèle. Présenté, préfacé et annoté par Arnaud Bédat et René-Pierre Colin. Tusson, éditions du Lérot + Porrentruy, Société jurassienne d'émulation, 2010, 272 p. (dont un tirage de tête de 25 exemplaires sur Ingres).

Sous la direction de Robert Caze : Album jurassien 1878, Delémont, J. Boéchat, 1878, 136 p.

Jeu d'épreuves jamais publiées : Questions de presse, Delémont, J. Boéchat, 1877, 15 p. (Probablement resté seulement à l'état d'épreuves, probablement publiées dans un journal jurassien à identifier, dont un jeu est conservé dans la bibliothèque de Xavier Kohler aux Archives de l'ancien évêché de Bâle à Porrentruy).

Œuvres publiées sous pseudonyme : Philippe Daryl, Wassili Samarin, Paris, Librairie J. Hetzel & , in-18, 1886, 350 p. (dans la série La Vie partout...). Paru en feuilleton dans le journal Le Temps du au , sous le pseudonyme de Tiburce Moray. Philippe Daryl était un pseudonyme de Paschal Grousset (1844-1909), connu aussi sous le nom d’André Laurie. Il semble en l’occurrence qu’il ait utilisé ici son ami Robert Caze pour écrire ce roman, d’après Charles-Joseph Gigandet dans les Actes de la société jurassienne d'émulation de 1916, p. 59-61 : « Wassili Samarin, signé Tiburce Moray, paraissant dans Le Temps, vers 1884, si je me rappelle bien. Je me mis par hasard à parcourir ce feuilleton et fus très intrigué en voyant que l'action se passait à Berne et à Porrentruy, et en reconnaissant l'exactitude des descriptions. Quelque temps après, étant allé voir Robert Caze dans son appartement de la rue Rodier, je lui fis part de la chose. Pour toute réponse, il tira du meuble où s'entassaient ses manuscrits et ses plans de romans, un gros cahier rempli de sa claire, régulière, élégante écriture. C'était Wassili Samarin ! Pourquoi Philippe Daryl a omis ensuite de faire mention de son collaborateur dans le volume paru chez Hetzel, je l'ignore. » Virgile Rossel nous en apprend un peu plus dans La Semaine littéraire du : « En attendant, il (...) s'attelait de nouveau à son interminable roman, Dimitri Koulcheff - qui parut plus tard en feuilleton dans Le Temps - puis, en volume, sous une autre signature que la sienne et sous un titre différent (Wassili Samarin). Remanié ou non? Je l'ignore... »

Œuvres annoncées mais jamais parues : Les couleurs. Poésies. Annoncé comme à paraître sur la page de garde de Les Parfums (1885). Les contacts. Poésies. Annoncé comme à paraître sur la page de garde de Les Parfums (1885) puis de Les Mots (1886). Les nuances. Poésies. Annoncé comme à paraître sur la page de garde de Les Mots (1886). Nocturne. Roman. Annoncé comme à paraître sur la page de garde de Grand-mère, son dernier livre (1886). Les lendemains tristes. Roman. Annoncé comme à paraître sur la page de garde de Grand-mère, son dernier livre (1886). Vicieuse. Roman. Annoncé comme à paraître sur la page de garde de Le Martyr d'Annil (1883) et de Femme à soldats (1884), qui, avec ce troisième et dernier volume, aurait sans doute dû clore la série Les Filles. Il est également annoncé en 1885 comme étant « en préparation » et à paraître sous forme d'« un volume in-18 jésus » dans le catalogue en fin de volume de Sous la hache d'Elémir Bourges (E. Giraud, Paris, 1885).

Préfaces Jean Ajalbert, Sur le vif. Vers impressionnistes. Lettre-préface de Robert Caze. Paris, Tresse et Stock, 1886. Gr, in-8, 199 p.