Anne-Josèphe Théroigne, dite de MéricourtNom de Méricourt inventé par la presse royaliste formant une allitération avec son village natal Marcourt., née le à Marcourt dans la principauté de Liège et morte le à l'hôpital de la Salpêtrière à Paris, est une femme politique liégeoise et une figure féminine majeure de la Révolution française.

Durant cette période, elle tient un salon rue du Bouloi à Paris, où se rencontrent différentes figures révolutionnaires comme Desmoulins et Sieyès.

En 1792, elle prononce un discours dans lequel elle réclame l'égalité politique pour les femmes et appelle à la création de « bataillons d'amazones françaises » pour défendre la patrie assiégée.

Biographie Jeunesse et famille Fille de Pierre Théroigne, riche laboureur à Xhoris, et d’Élisabeth Lahaye, de Marcourt dans la principauté de Liège (d'où son futur surnom « La belle Liégeoise »), Anne-Josèphe naît le .. Ses deux frères cadets, Pierre-Joseph et Joseph, viennent respectivement au monde les et ..

Après le décès de sa mère le alors qu'elle a cinq ans, elle est confiée à différentes tantes, puis à un couvent. À douze ans, elle rentre à Xhoris chez son père, qui s'est remarié, et, l'année suivante, en mésentente avec sa marâtre, elle s'enfuit de ce milieu familial de paysans propriétaires et, pour vivre, devient vachère à à Sougné-Remouchamps, servante dans une maison bourgeoise.. À , elle est remarquée par une femme du monde d'origine anglaise, madame Colbert, qui en fait sa dame de compagnie à Anvers pendant quatre ans. Cette rencontre avec la seule figure féminine qui lui témoignera de l'affection lui permet de faire son éducation : elle apprend à lire, écrire, chanter, jouer de la musique..

Après avoir vécu à Paris, elle tente une carrière de chanteuse à Londres où elle est séduite par un officier anglais qui lui donne une fille, Françoise-Louise, emportée par la variole en 1788.. En Italie, elle connaît des aventures multiples avec des hommes riches et beaucoup plus âgés qu'elle et contracte la syphilis, pour laquelle elle sera soignée au mercure selon les traitements de l'époque..Cette syphilis aux graves conséquences aurait des origines plus anciennes, lors de son séjour à Londres ou à Paris avec son premier amour et père de son unique fille.. Elle a une relation (uniquement financière ou amoureuse, leur correspondance laissant le doute) avec le vieux marquis Anne-Nicolas Doublet de PersanMarquis de Persan (1728-1816), comte de Dunet et de Pateau, marquis de Monts, sgr. de Maulay et de Saint-Germain-Beaupré, lointain cousin de Marie-Anne Doublet, il appartient à une riche famille anoblie par la robe., qui se ruine pour elle.. À Gênes, elle se trouve en compagnie d'un castrat italien, Giusto Fernando Tenducci, qui lui fait miroiter une carrière de cantatrice et lui fait signer un contrat léonin, lorsqu'elle apprend la convocation des États généraux par ..

La Révolution française Tandis qu'elle vit à Rome, elle se rend à Paris où la révolution gronde, attirée par les promesses d'une extension des libertés individuelles et d'une plus grande égalité des droits. . Elle est alors la seule femme dans les tribunes. Elle décide de se vêtir en amazone, mode lancée en 1767 par le portrait de Madame du Barry peint par Hubert Drouais... Elle a trois costumes : un blanc, un rouge et un noir. Ses ennemis la décrivent toujours vêtue de rouge, telle une bacchante sanguinaire..

Elle prend le nom d'Anne-Josèphe Théroigne, Théroigne étant la forme francisée du nom wallon Terwagne..

vignette|Gravure représentant les femmes marchant sur Versailles, le . Après avoir très probablement passé tout l'été 1789 à Versailles pour assister aux débats de l’Assemblée nationale., Anne-Josèphe Théroigne est toujours à Versailles pendant les journées des 5 et 6 octobre 1789. Elle ne fait pas partie du cortège, composé essentiellement de femmes, qui part de Paris le et va à Versailles pour ramener . Le , le château de Versailles est envahi par la foule. Deux gardes chargés de la protection des appartements de la reine Marie-Antoinette sont tués. En fin de matinée, la famille royale quitte Versailles pour Paris et s'installe au palais des Tuileries. Le , l'Assemblée constituante se déplace également à Paris.

Anne-Josèphe Théroigne suit l'Assemblée et s'installe à Paris. Elle y tient un salon rue du Bouloi (une autre source mentionne le 8 rue de TournonMorgane Bertrand, « Odéon - Saint-Germain-des-Prés - Aux débats, citoyens ! », p. 18, in « Votre quartier sous la Révolution », Le Nouvel Obs - Paris - Île-de-France, , semaine du 5 au 11 avril 2007, p. 12-21.), où se retrouvent Sieyès, Camille Desmoulins, Pétion, Brissot, Fabre d'Églantine ou Saint-JustMorgane Bertrand, « Tribuns du peuple », p. 19, in « Votre quartier sous la Révolution », Le Nouvel Obs - Paris - Île-de-France, , semaine du 5 au 11 avril 2007, p. 12-21.. Elle se lie au mathématicien Charles-Gilbert Romme. Ses amis la surnomment « la Belle Liégeoise ».

Elle soutient la création de clubs patriotiques mixtes et féminins et, aux côtés d’Olympe de Gouges, de la militante néerlandaise Etta Palm d'Aelders et du marquis de Condorcet, elle défend l’expansion des droits civiques des femmes car selon elle : « Les femmes ont les mêmes droits naturels que les hommes, de sorte qu’il est extrêmement injuste que nous n’ayons pas les mêmes droits dans la société ». Elle devient alors la cible des contre-révolutionnaires. Le , le chevalier de Champcenetz, journaliste royaliste satirique difficilement soupçonnable d’aimer les femmes, la surnomme Théroigne de Méricourt, transformant son nom en prénom et déformant son village natal Marcourt en Méricourt. Dans Les Actes des Apôtres, le journaliste royaliste Jean-Gabriel Peltier l'accouple au député de la Constituante Marie-Étienne Populus et en fait la catin du peuple. Trente ans plus tard, Peltier riait encore de bon cœur de sa désinformation et disait alors franchement qu’il n’avait pas eu d’autre motif de choisir Populus pour son héros que les opinions de ce député et la singularité de son nom..

La campagne de calomnies est si bien orchestrée qu'en 1791, la réputation de femme sulfureuse est établie. L'auteur d'un ouvrage érotique compte bénéficier de cette réputation. Dans la deuxième édition du Catéchisme libertin, publiée en 1791, il ajoute la mention : par mlle ThéroigneCatéchisme libertin, ..

En , elle crée avec Charles-Gilbert Romme la « société des amis de la loi », dont l'objectif est de tenir le peuple informé des travaux de l'assemblée. En , face à des conflits internes, les membres désertent le club et rejoignent le Club des Cordeliers..

L'exil et l'arrestation À la suite des journées des 5 et (retour forcé de la famille royale à Paris), une instruction est ouverte citant Reine Audu et Théroigne de Méricourt à comparaître. Cette enquête délivre fin une prise de corps en vue d'un interrogatoire et sans doute une condamnation. Théroigne de Méricourt quitte rapidement Paris et se réfugie à Liège. En , au hameau de la Boverie, à côté de Liège, elle est enlevée par un groupe d'émigrés qui la livrent aux Autrichiens., inquiets de la propagation de ses idées révolutionnaires. Ceux-ci l'enferment dans la forteresse de Kufstein, dans le Tyrol. Le gouvernement français négocie auprès de l'empereur Léopold II sa mise en liberté qu'il lui accorde, en ..

Cette séquestration accroît sa popularité à Paris où elle se retrouve à la fin de l'..

Le retour à Paris vignette|redresse|Théroigne de Méricourt vêtue en amazone. Détail d'une gouache de Lesueur, vers 1793-1795, musée Carnavalet. Le , elle fait une entrée triomphale aux Jacobins. . Elle se range alors du côté de Brissot, s'affirmant nettement républicaine contre les royalistes qu'elle appelle le , mais également contre la bourgeoisie qui souhaite que la femme reste au foyer, ce qui lui vaut des ennemis même du côté de la Révolution.

Favorable à la guerre, au printemps 1792, elle tente de créer une « phalange d'amazones ».

Le , Pauline Léon présente à la Législative une pétition signée par plus de 320 Parisiennes pour avoir le droit de former une garde nationale féminine.

Vingt jours plus tard, le , devant la Société fraternelle des Minimes, Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt prononce un discours invitant les citoyennes à s'organiser en corps armé. Elle déclare : ..

Elle réclame l'égalité politique en passant par la demande du port des armes pour les femmes. Elle appelle également à la création de « bataillons d'amazones françaises », la levée en masse de femmes-soldates et leur participation active à la défense de la patrie assiégée..

Alors qu'elle remet un drapeau aux femmes du faubourg Saint-Antoine, elle déclare :

vignette|Tableau représentant Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt devant l'entrée du club breton qui deviendra le club des Jacobins (musée de Bretagne). Le 10 août 1792, elle participe à l'invasion du palais des Tuileries. Le journaliste royaliste Jean-Gabriel Peltier prétend qu'Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt aurait lynché le pamphlétaire royaliste François-Louis Suleau une heure avant l’assaut du château des Tuileries. Ce meurtre aurait été commis en réaction aux quolibets que Suleau répandait contre elle. Or, Théroigne de Méricourt ne connaissait pas François Suleau et n'aurait pas pu l'identifier.. Cette calomnie fut désastreuse pour Théroigne de Méricourt..

Ensuite, elle prône davantage de modération et souhaite un apaisement auquel les femmes pourraient contribuer. Pour empêcher la guerre civile, elle propose au printemps 1793 d'instituer dans chaque section une magistrature de six citoyennes. Vêtues d'une écharpe sur laquelle serait inscrit , ces citoyennes permettraient de prévenir les conflits..

Le , à l'Assemblée nationale, accusée de soutenir Brissot, chef de file des Girondins, elle est prise à partie par des femmes jacobines qui la traitent de brissotine, de girondine, la dénudent et la fessent publiquement. L'intervention de Marat met fin à cette agression des Tricoteuses. La violence de cette agression a été minimisée et tournée en dérision dans la presse montagnarde.

L'internement vignette|Théroigne de Méricourt à la Salpêtrière en 1816. Gravure d'Ambroise Tardieu d'après le portrait dessiné par Georges-François-Marie Gabriel. Théroigne de Méricourt est alors âgée de . Elle meurt l'année suivante. Esquirol publie une gravure d'Ambroise Tardieu d'après ce portrait, dans Les Maladies mentales, en 1836. Planche publiée dans l'ouvrage de Jean-Étienne Esquirol, Les Maladies mentales (1836). Pour Jules Michelet, Edmond et Jules de Goncourt, l'humiliation de cette agression serait à l'origine de sa folie et l'aurait fait basculer dans un délire de persécution. L'origine de sa folie peut s'expliquer aussi par la peur d'être guillotinée. (Olympe de Gouges et Madame Roland sont guillotinées les 3 et ) ou plus probablement par le stade avancé de sa maladie vénérienne, la neurosyphilis..

Au printemps 1794, son frère réclame sa mise sous tutelle et la fait interner. Cet internement lui évite une accusation politique et la guillotine. Les premières expertises la déclarent saine d'esprit jusqu'au , où elle est déclarée folle.

Elle est envoyée à l'hôpital de la Salpêtrière en 1807. Jean-Étienne Esquirol relate : « À son arrivée, elle était très agitée, injuriant, menaçant tout le monde, ne parlant que de liberté, de comités de salut public, révolutionnaire, etc., accusant tous ceux qui l'approchaient d'être des modérés, des royalistes, etc. ». Elle s'adonne à des rites de souillure et de purification. Elle vit nue et verse sur son corps des baquets d'eau glacée. Le médecin aliéniste Philippe Pinel humanise son traitement psychiatrique.

En 1808, Regnaud de Saint-Jean d’Angély, conseiller de Napoléon, aurait commandé une enquête administrative pour savoir si l'internement de Théroigne de Méricourt n’était pas lié à une tentative de spoliation par Joseph Terwagne, son frère..