Edmond Jules René Jouhaud, né le à Bou-Sfer en Algérie et mort le à Royan, est un général d'armée français. Il participe au putsch d'Alger d' puis à l'Organisation de l'armée secrète (OAS), ce qui lui vaut une condamnation à mort puis une grâce présidentielle en 1962. Il est amnistié en 1968.

Biographie Origine Né de parents instituteursActe de naissance numérisé par les ANOM d'Aix en Provence, page 8/20, à Bou-Sfer (future base aérienne française), près d’Oran en Algérie, il est le benjamin d'une famille de six enfants, dont les grands parents originaires de Limoges se sont établis en 1870 en Algérie, colonisée par la France depuis 1830. Il fait ses études primaires à Oran puis obtient le baccalauréat au lycée Lamoricière d'Oran.

Carrière militaire Edmond Jouhaud entre à Saint-Cyr en 1924 ; il en sort en 1926 et est affecté au d’aviation. Il sert de 1930 à 1932 en Afrique Occidentale Française (A.O.F.). Promu capitaine en 1935, il sert de nouveau en A.O.F. jusqu’en 1937. Admis en 1938 à l’École supérieure de guerre aérienne, il est promu commandant le . Affecté à l’état-major des forces aériennes et des forces terrestres antiaériennes du nord-est, il prend par la suite le commandement d’un groupe aérien de reconnaissance. Affecté en 1942 au cabinet militaire du Secrétaire d’État à l’aviation, il est placé en 1943, sur sa demande, en congé d’armistice. Après avoir tenté sans succès de rejoindre l’Angleterre, il entre dans la résistance, dans la région de Bordeaux, sous les ordres du général Revers, chef de l’Organisation de résistance de l'Armée (O.R.A.), comme chef de la région bordelaise. thumb|left|190px|Plogoff : monument commémoratif de l'échouage du Jouet des Flots le à Feunteun Aod. En , il fait une nouvelle tentative pour rejoindre l'Angleterre, depuis l'Île-Tudy, à bord du navire Le Jouet des Flots, à l'issue de laquelle Emile Bollaert, Pierre Brossolette et Yves Le Hénaff sont faits prisonniers. Commandant des FFI situés au sud de la Gironde, fin . Rappelé en activité en , il prend le commandement du groupe aérien "Inventaire archives, p301/426"., puis est affecté au commandement des transports aériens militaires. Colonel en 1946, il est sous-chef d’état-major de l’air en 1947 et est appelé au commandement de l’armée de l’air en Tunisie en 1948.

Promu général de brigade aérienne en 1949, il commande les forces aériennes tactiques en Afrique du nord, puis l'école des mécaniciens de l’armée de l'air. En 1951, il est nommé commandant de la aérienne, puis désigné auditeur au Centre des hautes études militaires. En 1952, il est nommé commandant de la aérienne puis commandant des forces aériennes françaises en Allemagne.

En 1954, promu général de division aérienne, il dirige l'armée de l'air en Indochine dans le contexte de la dernière année de la guerre d'Indochine. De retour en métropole, il est nommé major général de l’armée de l’air puis, le , chef d’état-major des forces de l’armée de l’air. Il est promu général de corps aérien en 1956. Il prend le commandement de la aérienne en Algérie en 1957, au temps de la guerre d'Algérie, et devient adjoint interarmées au général Salan, commandant supérieur interarmées en Algérie.

Après le putsch d'Alger du 13 mai 1958, il devient vice-président du Comité de salut public Algérie-Sahara, où il joue un rôle modérateurLES BIOGRAPHIES DES PROMOTEURS DU COUP DE FORCE D'ALGER, Le Monde, 24 avril 1961..

Général d'armée aérienne en 1958, il est nommé en septembre de la même année chef d'état-major de l'Armée de l'air, puis, en 1960, inspecteur général de l'armée de l’air. Ce poste honorifique l'écarte de toute responsabilité et il lui est interdit de se rendre en Algérie. Sur sa demande, il est mis en disponibilité en septembre et devient président d'honneur du Rassemblement national des Français d'Afrique du Nord et d'outre-merLE GÉNÉRAL JOUHAUD fait ses adieux à l'armée de l'air, Le Monde, 15 octobre 1960..

Putsch des généraux et OAS

Partisan de l'Algérie française, il appelle publiquement à voter non au référendum sur l'autodétermination de l'Algérie de voulu par le général de GaulleLE GÉNÉRAL JOUHAUD : je dirai " non " pour ne pas trahir les pauvres gens de mon Algérie natale, Le Monde, 6 janvier 1961.

Jouhaud est l'un des quatre généraux cinq étoiles organisateurs du coup d’état d’Alger du 22 au , avec Challe, Salan et Zeller. Il est le seul pied-noir parmi eux. Après son échec, il est condamné par contumace à la peine de mort le , vit dans la clandestinité et devient l’adjoint du général Salan à la tête de l’OAS, responsable de la région d’Oran.

Il est arrêté le à Oran, amené en métropole et incarcéré à la prison de la SantéL'ex-général Jouhaud, chef de l'O.A.S. à Oran, est arrêté. Une fusillade entre manifestants européens et service d'ordre fait plusieurs morts à Alger, Le Monde, 27 mars 1962 : . À la suite de son arrestation, le général Jouhaud est remplacé à la tête de l'OAS d'Oranie par le général Paul Gardy.

Procès, condamnation à mort et grâce présidentielle

Jugé à Paris par un tribunal d'exception, le Haut Tribunal militaire, à partir du , il est défendu par deux avocats, Yves Perrussel et Jacques Charpentier. De nombreux témoins déposent en sa faveur, parmi lesquels la veuve d'Albert Camus. Il est déclaré coupable des cinq chefs d'accusation retenus contre lui et condamné à mort le , pour avoir participé au putsch de 1961 mais aussi pour avoir couvert certains assassinats de l'OAS comme celui du lieutenant-colonel Rançon, chef de la sécurité militaire à Oran, même s'il en a désavoué certains lors de son procès" Il ne saurait y avoir deux justices, une pour les chefs et une pour les tueurs " avait dit l'avocat général Raphaël en requérant la peine capitale, Le Monde, 16 avril 1962 ; L'avocat général requiert la peine de mort, Le Monde, 14 avril 1962 ; J'ai voulu défendre une terre qui était la mienne et celle de ma famille DÉCLARE E. JOUHAUD A SON PROCÈS, Le Monde, 12 avril 1962. Extrait du réquisitoire de l'avocat général : . Le général Partiot, qui fut à Saint-Cyr le de Jouhaud, refuse de désigner le peloton d'exécution qu'il aurait dû dirigerIl n'avait pas voulu désigner le peloton qui aurait exécuté Edmond Jouhaud, Le Monde, 30 mai 1962. Edmond Jouhaud échappe finalement de très peu à l’exécution : le général de Gaulle, pourtant désireux de ne pas gracier Jouhaud à la suite du verdict qu'il juge trop clément visant le général Salan (arrêté le et condamné par le Haut Tribunal militaire le à la prison à vie), se serait décidé à le gracier après l'intervention de Jean FoyerSur les chemins du droit avec le Général et en raison des menaces de démission de plusieurs membres du gouvernement (Pierre Sudreau, Valéry Giscard d'Estaing, Louis Joxe, Pierre Messmer, Edgard Pisani) et du nouveau Premier ministre, Georges PompidouJOUHAUD ET CANAL SONT GRACIÉS PAR LE GÉNÉRAL DE GAULLE, Le Monde, 29 novembre 1962Éric Roussel, Georges Pompidou, 1911-1974, Jean-Claude Lattès, 1994. Sa peine de mort est commuée en peine de détention criminelle à perpétuité le , après plus de sept mois passés dans une cellule d'abord à la prison de la Santé au régime pénitentiaire des condamnés à mort, puis au Centre pénitentiaire de Fresnes. Il est alors transféré à la prison de Tulle, à l'instar du général SalanLes anciens généraux Salan et Jouhaud ont été transférés à la prison de Tulle, Le Monde, 8 décembre 1962.

Amnistie

Libéré de la prison de Tulle en , il est amnistié en 1968, et réintégré dans ses grades et prérogatives en 1982 à la suite de la loi du , votée par le Parlement à l'initiative personnelle du président de la République François Mitterrand, contre l'avis de certains parlementaires socialistesLe dernier du quarteron, Le Monde, 30 juin 1987.

Il devient le porte-drapeau des associations de rapatriés, lutte pour l'amnistie et l'indemnisation et publie plusieurs livres justifiant son combat en faveur de l'Algérie françaiseDernière mission pour le général Jouhaud, Le Monde, 21 mai 1984. Il préside le Comité national des rapatriés et spoliés, formé en 1970UN APPEL DU GÉNÉRAL JOUHAUD POUR L'AMNISTIE ET L'INDEMNISATION, Le Monde, 11 mars 1972, LE GÉNÉRAL JOUHAUD A LA PRÉSIDENCE DU COMITÉ NATIONAL qui regroupe neuf associations, Le Monde, 24 décembre 1970 et le Front national des rapatriés, fondé en 1969Le général Jouhaud : j'ai accepté la présidence du F.N.R. pour réaliser la fusion des différentes associations, Le Monde, 2 décembre 1969 ; LA CONVENTION NATIONALE DES RAPATRIÉS A PLACÉ LE GÉNÉRAL JOUHAUD à la tête du Front national, qui a profondément remanié ses structures, Le Monde, 30 septembre 1969, qui cherche à unifier tous les groupements de rapatriés mais qui coexiste cependant avec d'autres associations comme l'Association nationale des Français d'Afrique du Nord, d'Outre-Mer et de leurs amis (ANFANOMA) et le Rassemblement national des Français d'Afrique du Nord et d'outre-mer (RANFRAN), plus anciennesLe général Jouhaud fait approuver le principe de l'unification des associations nationales, Le Monde, 21 octobre 1969 ; LE CONSEIL NATIONAL DE L'ANFANOMA DÉCIDE DE GARDER SES STRUCTURES, Le Monde, octobre 1969.

Il meurt en 1995 à 90 ans, dernier survivant du « quarteron de généraux en retraite » (selon la formule du général de Gaulle) responsable du putsch d'.

Décorations

50px : Grand Officier de la Légion d'honneur : obtenue en 1952 50px : Commandeur obtenue en 1947 50px : Officier obtenue en 1940 50px : Chevalier obtenue en 1931 50x50px : Croix de guerre 1939-1945, 50px : Croix de guerre des TOE, 50px : Croix de la Valeur militaire, 50px : Médaille de la Résistance, titulaire de nombreuses décorations étrangères

Œuvres Histoire de l’Afrique du Nord, Les deux coqs d’or, Ô mon pays perdu - De Bou-Sfer à Tulle, Fayard, 1969, La vie est un combat - Souvenirs : 1924-1944, Fayard, 1975, Ce que je n’ai pas dit - Sakiet, OAS, Évian, Fayard, 1977, Youssouf, esclave, mamelouk et général de l’Armée d’Afrique, Robert Laffont, 1980 Serons-nous enfin compris ?, Albin Michel, 1984 (Lire en ligne le début).

Toponymie Une esplanade du général Jouhaud existe à Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes) depuis 1998. Sur cette esplanade se trouvent notamment la piscine municipale et le collège public Joseph Pagnol.. Une avenue du général Jouhaud existe à Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes).

Notes et références

Voir aussi

Catégorie:Militaire français de la guerre d'Algérie Catégorie:Militaire français ayant participé au putsch des généraux du 21 avril 1961 Catégorie:Grand officier de la Légion d'honneur Catégorie:Titulaire de la médaille de la Résistance française Catégorie:Membre de l'Organisation de l'armée secrète Catégorie:Personnalité française condamnée pour activités terroristes Catégorie:Naissance en avril 1905 Catégorie:Naissance dans la wilaya d'Oran Catégorie:Décès en septembre 1995 Catégorie:Décès à Royan Catégorie:Titulaire de la croix de guerre 1939-1945 Catégorie:Titulaire de la croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieurs Catégorie:Titulaire de la croix de la Valeur militaire Catégorie:Personnalité pied-noire Catégorie:Décès à 90 ans Catégorie:Chef d'état-major de l'Armée de l'air et de l'espace (France) Catégorie:Prisonnier au centre pénitentiaire de Fresnes