Le Mauser C96 est un pistolet semi-automatique allemand développé à partir de la fin du Breveté le 11 septembre 1895 (c.f brevet allemand n°90.430) dont la production se poursuivra de 1896 jusqu’en 1938. Il est surnommé Broomhandle (le manche à balais) par les collectionneurs américains à cause du profil particulier de sa crosse (ressemblant au manche de différents outils ou ustensiles des années 1900, dont des « balayettes de table »).

Historique Conception Contrairement à ce que son nom semble indiquer, le Mauser C96 ne doit pas sa conception au génie créatif de Paul Mauser. Ce sont les frères Feederle, travaillant pour Paul Mauser, qui travailleront les premiers sur ce pistolet semi automatique original. Fidel Feederle était à l’époque (1894) l’un des plus proches collaborateurs du « patron ». Échaudé par ses échecs passés dans le domaine des armes de poing malgré la conception des modèles C77 et C78 (ce dernier est connu sous le nom de Mauser « zig-zag ») au profit du Reichsrevolver M. 79, M. Mauser n’a pas découvert les travaux déjà avancés sur cette arme avec joie. Sa colère à cette occasion est restée légendaire. Il consentira finalement à participer à la finalisation du projet dont le prototype sera présenté le . Parrainé par une personnalité jouissant d’une certaine envergure, l'empereur Guillaume II d'Allemagne en personne, le futur du pistolet Mauser semble radieux. Particulièrement satisfait de sa séance de tir à Potsdam, l'empereur fait d’un Mauser C96 son arme personnelle, car étant victime d'une paralysie totale du muscle de l'épaule gauche et du bras, il pourra malgré tout utiliser l'arme lorsqu'elle est accrochée à son étonnant étui crosse qui permet de la manier avec un seul bras. Cette crosse était fabriquée en bois donc plutôt fragile, ce qui explique que peu de modèles d'origine en disposent encore.

Des débuts difficiles Des ventes civiles limitées Malgré cela en 1896., les ventes ont beaucoup de mal à décoller. Pour faire croire à un succès commercial, des tranches de numérotation entière sont sautées. Les premières ventes significatives répondent à des besoins bien précis. Avant de partir en campagne au Soudan, le jeune lieutenant Winston Churchill fait l’acquisition d’un C96 à Londres. Ayant des difficultés à utiliser son bras blessé, et donc de son sabre, il s’en servira au Soudan contre les derviches pendant la bataille d’Omdurman en 1898 (voir crise de Fachoda). Il faut dire que les officiers, en cette époque troublée, portent le plus souvent leur arme personnelle. Ainsi, lors de la seconde guerre des Boers (1899-1902) en Afrique du Sud, de nombreux exemplaires seront vendus. C’est à cette occasion que nous retrouvons Churchill, devenu entre-temps correspondant de guerre et son désormais fidèle Mauser. Malgré ces quelques ventes et ces succès d'estime, le marché civil boude cette arme.

L’échec des marchés militaires Les affaires ne vont pas mieux sur le marché des armes d’ordonnances. Un des rares contrats significatifs est signé avec la Marine italienne en 1899 et porte sur une quantité de (ce modèle est connu par les collectionneurs sous le nom de Mauser Marina ou pistola automatica modello 1899). D’autres commandes seront faites au profit de l'Empire ottoman (1898) ou de la Perse (1910) mais n’excèdent pas les chacune. Dans l'Empire russe, de nombreux officiers tsaristes s'en procurent comme arme personnelle.

En fait, les échecs se succèdent. Les tests d’évaluation organisés par la commission d’évaluation de l’armée suisse en 1900 consacrent le Luger P06 Parabellum (calibre Parabellum).

En 1908, c’est l’armée prussienne qui choisit à son tour le Luger Parabellum (nouvellement chambré en Parabellum) qui prend alors le nom de P.08 (relatif à l’année d’adoption du modèle par l’armée). Les tests organisés aux États-Unis ne seront pas plus concluants. Si les qualités de l’arme sont reconnues, le choix se porte néanmoins sur un modèle du cru, un Colt.

Les faiblesses du C96 Le Mauser C96 pâtit principalement de son poids, de son manque d’équilibre et d’un manque relatif de fiabilité au cours des essais organisés alors. Autre grief majeur, le coût de revient. L’arme est entièrement faite à la main. La moindre erreur se solde par la mise au rebut du bloc.

Il est aussi sans doute victime de son aspect brutal contrastant avec les lignes harmonieuses du Luger Parabellum. Ce sera précisément cet aspect que cherchent les aventuriers et les coloniaux de l’époque.

Succès commercial La révolution en Russie Parmi les révolutionnaires russes, nombreux sont les utilisateurs du C96. Ainsi, un certain Iosif Vissarionovitch Djougachvili, alors connu sous le nom de Koba, est un fervent utilisateur du C96. De braquages de banques en coups de main divers, il a pour but de réunir les fonds nécessaires à l’achat d’armes supplémentaires pour la révolution. Il évalue l’argent ainsi récolté en armes, tant d’un modèle, tant d’un autre. Koba est sûrement plus connu sous un autre nom, Staline, personnage incontournable, pour de multiples raisons, du .

Le Mauser C96 restera ainsi longtemps très populaire en Russie, puis en Union soviétique. Il en sera de même pour sa munition purement et simplement copiée et connue sous le nom de 7,62 Tokarev.

Les Bolcheviks resteront fidèles à une de leurs armes de prédilection après la révolution. De grandes quantités de Bolo, modèle au canon court doté d’une poignée réduite de forme anguleuse, prendront la direction de la future URSS. L’origine de la dénomination « Bolo » demeure assez mystérieuse. L’explication la plus populaire en fait un diminutif de « Bolchevik », mais des « Bolo » ont été fabriqués vers 1900, alors que le parti Bolchevik n’existait pas encore.

La grande guerre thumb|Mauser 1916 et sa lame-chargeur de 10 cartouches de parabellum. thumb|Mauser 1916 dans son étui-crosse.|alt=Mauser C96 modèle 1916 dans son étui crosse. thumb|Mauser 1916 non approvisionné en position de tir (la lame-chargeur n'est pas en place).Avant la Première Guerre mondiale l'armée prussienne est équipée du Luger P08, mais en 1916 elle commande du Mauser C96, cependant chambrés en Parabellum afin de rationaliser la fourniture de munitions. C’est le modèle connu par les collectionneurs sous le nom de Mauser C96 modèle 1916.

Afin d’éviter l’emploi d’une munition inadaptée, ces armes arborent un grand « neuf » à la fois gravé et peint en rouge sur les plaquettes de crosse. Cette précaution s’impose car la cartouche de Parabellum chambre sans aucune difficulté dans un modèle standard usiné en 7,63 Mauser. Le canon, lui, n’accepte pas aussi facilement un projectile dont le diamètre est plus important que le sien. Ce qui aurait occasionné une explosion dans toute autre arme se solde ici par une surpression énorme qui ne détruit pas l’arme (ce fait, bien que peu vraisemblable, a été maintes fois vérifié).

Sur la commande initiale de , environ seront finalement livrées avant la fin des hostilités. Ces armes produites durant la guerre n’ont plus les états de surface parfaitement polis des modèles d’avant guerre. Les traces d’outils sont nombreuses mais n’entravent aucunement le bon fonctionnement de l’arme.

C’est à cette époque (1915) qu’est adoptée la nouvelle sécurité en raison du manque de fiabilité du système précédent. Les lettres « NS » (neue Sicherung) apparaissent, entrelacées, sur le chien de l’arme. De nombreux pistolets sont ainsi rappelés à l’usine afin que la modification soit effectuée.

Si le Mauser C96 est utilisé par l’armée prussienne de manière semi-officielle avec le modèle 1916, les officiers peuvent se procurer depuis longtemps des modèles chambrés dans le calibre traditionnel, le 7,63 × 25 mm Mauser. Fort populaire parmi les officiers britanniques, il n’est pas rare de voir cette arme, quel que soit le modèle, être utilisée des deux côtés de la ligne de front.

Les années 1920 À la fin des hostilités, le traité de Versailles impose le raccourcissement des canons des armes de poing allemandes. La longueur de canon traditionnelle du C96 est ramenée de 140 à . Sous la république de Weimar, nombreux sont les modèles 1916 qui vont équiper les forces militaires de la Reichswehr dont les effectifs sont limités à . Ce modèle au canon raccourci est appelé modèle 1920 par les collectionneurs. L’année (1920) est frappée sur la partie gauche de la chambre de l’arme.

D’autres armes, transformées de la même manière, équipent les forces de police. Pour Mauser, les temps sont difficiles. Le traité de Versailles est assorti de clauses très contraignantes sur les exportations de matériel de guerre qui sont simplement interdites. Cette situation est d’autant plus dommageable pour Mauser qu’un nouveau marché est particulièrement actif, le marché chinois.

Les années 1930 L’assouplissement des clauses du traité de Versailles permet à Mauser d’envisager la reprise des exportations. La Chine est un marché prioritaire mais la concurrence des copies espagnoles est rude. Ceci est d’autant plus vrai que les Espagnols mettent sur le marché des armes fonctionnant en mode automatique. Le Mauser C96 doit être profondément modifié. Deux modèles voient donc le jour : le modèle M-30 et le Schnellfeuer.

L'usine Mauser, en 1930, est confrontée à l'arrivée massive de copies de C96 en provenance du Pays basque Espagnol, qui vend sur le marché d'Amérique du Sud et la Chine. Elle cherche alors des marchés à l'international. Entre 1930 et 1937, vont alors être fabriqués pour le marché chinois où la révolution est en marche.

La principale innovation concerne la sécurité. Un nouveau mécanisme de sécurité, nommé « sécurité universelle », rend la manipulation de l’arme chargée plus sûre. Une fois mise en sécurité, il est possible de ramener le chien à l’abattu sans risquer de voir l’arme faire feu en cas de mauvaise manipulation. Le design du marteau du chien est également simplifié, avec une conception plus simple, et l'adoption d'une crosse à 12 cannelures. La bannière Mauser apparait sur le côté gauche de la carcasse pour la première fois. C'est une légende qui a longtemps couru sur le prétendu vissage des canons de Mauser C96 M30, pour raison d'économie, alors qu'ils sont toujours usinés en une seule pièce comme leurs prédécesseurs. La raison de cette erreur est qu'il existe visuellement un pas sur le canon du C96 M30,en le regardant de profil, qui ressemble à une pièce vissée alors que ce n'est qu'une modification de la silhouette du canon, et qu'il s'agit en fait d'un renfort du canon au niveau de la chambre. Le canon retrouve de longueur, taille standard, après avoir été raccourci sur le précédent modèle Bolo (), et le numéro de série de l'arme n'apparait plus qu'à l'arrière de l'arme, au niveau de la hausse ; il comprend alors 6 numéros. Des éléments de numérotation subsistent toutefois, sur des pièces cachées, et se voient au démontage de l'arme.

Ces nouveaux modèles sont extérieurement parfaitement finis. Ceci est bien nécessaire pour une arme désormais vieillissante confrontée à une nouvelle génération d’armes plus modernes. La majorité des C96 M-30 conservent le magasin fixe de , de très rares M-30 ont été, sur la fin, équipés de chargeurs mobiles. Ce chargeur mobile est vraiment créé avec l'arrivée du Mauser M712 (le mythique Schnellfeuer), premier pistolet automatique véritablement fonctionnel, avec une cadence de tir de par minute. L’élargissement de la carcasse permet alors enfin l’utilisation de chargeur mobile de 10 ou . Deux versions se succèdent : la très rare version dotée du sélecteur Nickl (1930) et le second modèle équipé du sélecteur de tir Westinger (1932).

Le , c'est cette arme qui permit l'assassinat d'Alexandre de Yougoslavie par le terroriste croate Velitchko Dimitrov Kerin, membre de l'Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne.

Environ du Schnellfeuer seront produits et, dans la plupart des cas, exportés vers la Chine.