Le portrait en miniature est l'art de reproduire sur une petite surface le portrait d'une personne. Il peut orner des objets personnels (bague, bracelet, tabatière, carnet de bal, etc.) et utiliser différents supports et techniques de peinture et de dessin.
La miniature s'offre en témoignage d'amour ou d'amitié. Historiquement, les peintres en miniature ont joué sur la définition ambiguë de leur art, par mode ou pour échapper aux contraintes des corporations. Leurs œuvres sont rarement signées.
Histoire de la miniature de portrait européenne
vignette|Autoportrait miniature de Jean Fouquet, autrefois présent sur le Diptyque de Melun. vignette|Portrait d'Henriette d'Angleterre par Jean Petitot, émail.
Le mot miniature vient du latin qui signifie écrire au minium. Cet art doit en effet son nom au minium, un oxyde de plomb servant de pigment rouge orangé pour tracer les lettres sur les manuscrits enluminés. Au Moyen Âge, le calligraphe qui utilisait cet oxyde était appelé , en latin. Lorsque cette pratique s'est développée avec l'emploi de l'or et de l'argent dans les pigments, cet art devient celui de l'enluminure. Le miniateur devient un enlumineur.
Les premières miniatures indépendantes des livres apparaissent vers 1520. Le parchemin, support traditionnel de l'enluminure, fait place au vélin. Étant donné le peu d'épaisseur de la peau, il faut la tendre sur une plaque de cuivre ou de bois ou encore la coller sur un carton fort. La taille de la miniature n'est plus limitée que par la taille de la peau. Le château de Versailles conserve une miniature mesurant réalisée par Louis-Nicolas Van Blarenberghe, peintre des batailles sous Louis XIV.
Le voit apparaître de nouveaux supports et de nouvelles techniques. Les miniaturistes utilisent à cette époque, non seulement des peintures « à l'eau » (aquarelle, gouache) mais aussi « à l'huile » déposées non plus sur le seul vélin mais également sur une tôle de cuivre, de la porcelaine, du papier, voire de la pierre ou même de l'ardoise. Exceptionnellement, on trouve des miniatures peintes à l'aquarelle et à la gouache sur du verre ou sur du marbre.
Ce n'est que vers 1700 que la feuille d'ivoire apparaît dans l'histoire de la miniature. Son usage est introduit par la Vénitienne Rosalba Carriera (1673-1757), connue pour ses pastels vaporeux. Les qualités du nouveau support sont vite appréciées dans plusieurs pays d'Europe (Angleterre, Pays-Bas, Allemagne). Les tons clairs exploitent les transparences de l'aquarelle pour faire éclater la blancheur du support éburnéen. Les miniaturistes français continuent à lui préférer le vélin jusqu'après l'arrivée en France de Pierre Adolphe Hall (1739-1793), miniaturiste d'origine suédoise qui s'installe à Paris en 1766 et révolutionne l'art de la miniature en France par l'utilisation systématique de l'ivoire. Ce nouveau support domine la production de la fin du et de tout le .
En 1810, Jean-Baptiste Isabey (1767-1855) introduit l'usage du support-papier. La raison en est simple : une peinture sur papier est réalisée beaucoup plus rapidement que sur ivoire. Le papier est appliqué sur le métal en prenant soin d'isoler ce dernier par une couche de couleur à l'huile pour éviter la corrosion.
Avant la photographie, la miniature représente le seul moyen de faire connaître un visage à distance. Pour reprendre l'expression de Nicole-Garnier PelleNicole Garnier-Pelle : conservateur en chef du Patrimoine, archiviste-paléographe, ancienne élève de l'École des chartes et de l'École du Louvre, ancienne pensionnaire de l'Académie de France à Rome (Villa Médicis), spécialiste de la peinture des , , elle est responsable du musée Condé à Chantilly depuis 1992. Elle a publié entre 1995 et 1997 les catalogues des peintures des , de Chantilly ainsi que des catalogues d'expositions temporaires., « la miniature [est un] objet intime » : elle s'échange dans les mariages arrangés, entre fiancés qui ne se sont jamais vus ; elle s'offre entre parents séparés ; elle rappelle l'enfant trop tôt disparuLa miniature est un objet qui s'offre, parfois à des personnages différents. Il est bien évident que le sujet ne pose pas pour chaque exemplaire. Pour réaliser chacun d'entre eux, le miniaturiste peut travailler de mémoire (rarement) ou « copier » à partir d'un autre portrait (tableau sur toile ou autre miniature existante). Parfois le sujet pose seulement pour le visage et le peintre « habille » ensuite la personne.Il existe plusieurs versions du portrait de Didier Érasme de Rotterdam (1466/1469-1536) exécuté en 1523 d'après un tableau de Hans Holbein le Jeune. L'une est conservée au Musée Condé de Chantilly, une autre se trouve au musée des beaux-arts de Bâle, deux autres sont dans les collections d'Orange-Nassau (Schaffers-Bodenhausen et Tiethoff-Spliethoff, 1993, p. 475 et 691).. Elle peut même servir à la police pour diffuser un signalement (c'est peut-être une miniature qui servit à la police de Fouché pour identifier et arrêter Cadoudal).
Les miniaturistes étaient donc fort recherchés et il y en avait de grand talent. L'un d'entre eux, Isabey, élève de David, fut le maître de cérémonie du Sacre de Napoléon.
Inventé en 1839, le daguerréotype, ancêtre de la photographie, est un concurrent redoutable parfois dissimulé sous un vernis ou une peinture pour lui donner un aspect plus traditionnel. Cette concurrence entraîne, à terme, la quasi-disparition de la miniature sur ivoire. On compte encore quelques artistes américaines au : (1875-1931), Eulabee Dix (1878-1961), Eda Nemoede Casterton (1877-1969).
Variantes vignette|Œil miniature de la reine Victoria (1839) attribué à William Charles Ross Entre 1785 et 1830, une mode se diffuse d'Angleterre vers la France et la Suède de l'œil miniature. Richard Cosway, George Engleheart et John Smart notamment peignent en gros plan l'œil de l'être aimé. L'œil miniature est dissimulé dans un médaillon, ou exposé sur une broche ou une bague. Le musée Nationalmuseum à Stockholm contient une collection d'yeux miniatures dont l'œil de la reine Victoria elle-même, réalisé lors de ses fiançailles avec Albert de Saxe. Le Victoria and Albert Museum contient lui-aussi une salle consacrée aux miniatures, dont une vitrine d'yeux.
Technique Les supports peuvent être variés, ainsi que les techniques. picturales : À côté des peintures dites « à froid » simplement déposées sur le support, se développent les techniques dites d'émaillage sur des supports résistant à la chaleur (cuivre). La couche picturale est habituellement déposée sur une couche de blanc. Elle peut aussi, dans quelques cas être déposée directement sur le support. Les miniatures sur porcelaine relèvent un peu de la technique précédente (voir peinture sur porcelaine). Elles seront populaires au cours du . Les œuvres de Marie-Pauline Laurent et de Nicolas-Marie Moriot, exposées au musée Condé de Chantilly, sont exceptionnelles dans ce domaine. Étienne-Charles Le Guay (1762-1846) et son épouse Marie-Victoire Jaquotot (1772-1855) sont également à citer. La peinture éludorique ou fixé-sous-verre se répand jusqu'au milieu du . Les portraits à la pointe d'argent connaissent un certain succès. La miniature à l'huile est très en vogue aux Pays-Bas au . Elle consiste à peindre à l'aide d'une peinture à l'huile sur une plaque métallique (en général du cuivre) en lieu et place d'une toile. Elle est améliorée par les fijnschildres de Leyde. Certains miniaturistes, très peu nombreux, ont peint à l'huile sur l'ivoire. On peut citer François Ferrière (1752-1639) et Louis Séné (1752-1804). Au , des artistes peintres reconvertis en photographes ont réalisé, comme Alphonse Plumier, des miniatures photographiques en coloriant leurs daguerréotypes.
Le matériel Le support vignette|Portrait de Bathilde d'Orléans, fin du , peinture sur ivoire. vignette|Portrait de Maximilien Ier de Bavière sur une tabatière, début du .
Ivoire
Céramique
Autres supports
La peinture
Avant de peindre sur l'ivoire, l'artiste dessine son modèle sur du papier puis le copie sur le support définitif par transparence en mettant le dessin sous l'ivoire. Les premières couches de couleur sont disposées en surfaces larges avec une couleur liquide qui donne un fond pour une couleur plus précise. Le fond et les vêtements sont travaillés à la gouache en couches opaques et larges avec des nuances d'ombre au pinceau plus fin. Les tissus blancs sont réalisés à l'aide de couleurs transparentes avec des rehauts de gouache. Les carnations sont la partie la plus difficile. C'est à elles qu'on reconnaît un bon miniaturiste. Elles s'expriment en touches larges et transparentes sur lesquelles le miniaturiste applique des ombres au petit pinceau, en touches fines, pour rendre le modelé. « Un peintre en miniature doit être un bon dessinateur doublé d'une main sûre, précise et patiente ». L'usage du vernis est rare et réservé pour quelques ombres. À partir de 1800, l'application de liant sur la peinture terminée est de plus en plus fréquente.
Différentes matières colorantes sont utilisées : l'aquarelle (autoportrait de Louis Autissier ; Sarah Goodridge ; ; Annie Dixon) ; la tempera (Rosalba Carriera) ; la gouache (portrait de Luís Miranda par Antonio María Esquivel) ; le pastel (portrait de Mary Galloway Whilldin par Charles Willson Peale, Smithsonian National Portrait Gallery).
Les outils La peinture. Elle peut être préparée par le miniaturiste lui-même (ou son assistant) à partir de pigments. Elle peut être achetée prête à l'emploi sous forme de cubes secs préparés avec le liant. Le grattoir est une lame bien pointue. Il sert à effectuer des corrections en enlevant la couleur avec beaucoup de précision. On s'en sert pour alléger une partie trop sombre, exécuter des contours précis, dessiner des lignes claires. Il ne doit pas être utilisé sur du parchemin. Les palettes en ivoire ou en verre opaque sont plus petites que celles des peintures à l'huile. La loupe et le verre noir servent à contrôler l'œuvre. Quasiment tous les miniaturistes se servent de la loupe. Quant au verre noir il offre la vue du portrait inversé et donne ainsi l'occasion de juger l'ouvrage sous un nouvel aspect.
Quelques noms célèbres vignette|Portrait d'Élisabeth d'Angleterre par Nicholas Hilliard, miniature montée sur carton, 58 x 48 mm. La plupart des miniatures ne sont pas signées. Cependant on peut retenir le nom de quelques miniaturistes célèbres qui ont signé leurs œuvres. Cette liste chronologique est loin d'être exhaustive :
Voir aussi Bibliographie
. . . . Nathalie Lemoine-Bouchard : docteur en histoire de l'art. Elle a soutenu, en 2004, à la Sorbonne, sa thèse sur les Van Blarenberghe, dynastie de peintre en miniature.. . . . . .
Articles connexes
École anglaise de miniature Miniature au blanc Limoges
Liens externes
Notes et références Notes
Références
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