Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne est un livre d'heures, commandé par la reine Anne de Bretagne à l'enlumineur Jean Bourdichon, dans les premières années du . Il est conservé au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France à la cote Ms lat. 9474.
Historique Une quittance datée du indique que la reine Anne de Bretagne octroie au peintre Jean Bourdichon la somme de 1050 livres tournois versée en six cents écus d'or pour avoir Quittance des Grandes Heures d'Anne de Bretagne, BNF NAF 21192, . Ce document a permis d'attribuer ce manuscrit au peintre tourangeau. Ce manuscrit a été un temps attribué à Jean Poyer, sur la base de plusieurs paiements datés de 1497 pour des petites heures à l'usage de Rome qui renvoient en réalité à un manuscrit dont on ne conserve qu'un feuillet à la Free Library de Philadelphie (Lewis M.11:15a). Un autre paiement daté de 1518 a aussi été rapproché des Grandes Heures mais correspond plutôt aux Heures Holford actuellement partiellement conservées au Morgan Library and Museum (Ms.M.732). Ce paiement indique que pour un manuscrit presque équivalent, Jean Bourdichon a travaillé plus de quatre années, ce qui a permis de déterminer qu'il aurait travaillé au manuscrit des Grandes Heures de 1503 à 1508.
À la mort de la reine, le manuscrit entre probablement ensuite en possession de sa fille Claude de France qui épouse François Ier en 1514. Après son décès en 1524, il est possible qu'il soit conservé au sein du cabinet privé des rois de France. Il y reste peut-être jusqu'au règne de Louis XIV au château de Versailles, où il reçoit son actuelle reliure en 1684. Il est encore présent dans ce cabinet des curiosités du roi en 1722, date à laquelle il y est consulté par Antoine de Jussieu, au premier étage du corps central du palais. En 1775, il est mentionné dans la bibliothèque nouvellement aménagée sur place pour Louis XVI. Pendant la Révolution française, il est transféré à la Bibliothèque nationale le avec quatre autres manuscrits.
Description L'ouvrage, de par , est constitué de 238 folios en latin dont 49 grandes miniatures en pleine page et 337 enluminures marginales.
Organisation du manuscrit + Organisation du manuscrit et répartition des miniatures Chapitre Numéros des feuillets Nombre de miniatures Exemple de miniatureCalendrierfolios 4-15v12 miniatures de marges précédées d'une page héraldique et d'un diptyque sur un bifolio (Vierge de pitié devant Anne de Bretagne)120px|Mois de JanvierPéricopes des évangilesfolios 16v.-25v.Les quatre évangélistes : Jean (16v.), Luc (19v.) Matthieu (21v.) et Marc (24v.)120px|Saint JeanHeures mixtes de la Vierge, de la Croix et du Saint-Esprit à l'usage de Romefolios 26v.-90v.9 miniatures (Annonciation, 26v. ; Visitation, 36v. ; Crucifixion, 47v. ; Pentecôte, 49v. ; Nativité, 51v. ; Annonce aux bergers, 58v. ; Adoration des mages, 64v. ; Présentation au temple, 70v. ; Fuite en Égypte, 76v.)120px|AnnonciationPsaumes de la pénitencefolios 91v.-101v.1 miniature (David, 91v.)120px|DavidLitanies et prièresfolios 102-110v.pas de miniaturesOffice des mortsfolios 111v.-154v.2 miniatures (Résurrection de Lazare, 111v. ; Job, 119v.)120px|Résurrection de LazareSuffrages des saintsfolios 155v.-21223 miniatures (Trinité, 155v. ; Sainte Famille, 159v. ; saint Michel, 163v. ; saint Raphaël, 165v. ; saint Gabriel, 167v. ; apôtres, 169v. ; martyrs, 171v. ; saint Côme et saint Damien, 173v. ; saint Sébastien, 175v. ; dix milles martyrs, 177v. ; saint Pierre martyr, 179v. ; confesseurs, 181v. ; saint Nicolas, 183v ; saint Lifar, 185v ; saint Antoine de Padoue, 187v ; saint Martin, 189v ; saint Hubert, 191v ; saint Antoine, 193v ; vierges, 195v ; sainte Anne, 197v. ; sainte Ursule, 199v ; sainte Madeleine,201v ; sainte Catherine, 203v ; sainte Marguerite, 205v ; sainte Hélène, 207v ; saints, 209v ; reliques de la couronne du Christ, 211v.)120px|TrinitéOraisonsfolios 212v.-2263 miniatures (Sainte Famille au Christ endormi, 215v. ; Vierge à l'Enfant avec ses parents, 218v. ; Vierge orante, 222v.)120px|Sainte Famille au Christ endormiPassion selon saint Jean suivie d'une oraisonfolios 227v.-237v.1 miniature (Baiser de Judas, f.227v.), suivi d'une page héraldique120px|Baiser de Judas Il manque une miniature probablement découpée, entre les folio 84 et 85, qui devait probablement représenter le couronnement de la Vierge au début des complies. Deux miniatures traditionnelles des livres d'heures sont également absentes mais n'ont sans doute jamais été peinte : celles des suffrages de la Trinité et de la Vierge de pitiéNotice du catalogue de la BNF.
Texte du manuscrit Le texte est presque entièrement en latin, sauf les oraisons qui alternent le français et le latin. Les heures de la Vierge, l'office des morts et les litanies sont à l'usage de la liturgie romaine. Le calendrier contient des saints de diverses origines : tourangeaux (Gatien, Brice, Martin) et bretons (saint Yves). Le nom de sainte Anne est écrit en lettre d'or, comme dans les litanies et est placé en tête des vierges et martyres dans les listes des suffrages notamment. Les prières sont généralement rédigées au féminin, sauf Obsecro Te et O interamata qui sont rédigées au masculin - sans doute en raison du modèle utilisé par le copiste - et placées à la fin de l'ouvrage et non au début comme en temps habituel.
Décorations de marges thumb|upright|Début de l'Évangile selon saint Jean : paquerette d'eau et huillet. Il est remarquable par le travail d'enluminure de chaque marge de page, sur lesquelles figure la représentation réaliste sur fond doré de plus de 300 plantes légendées en latin (en haut de la page, en rouge) et en français (en bas, en bleu). On y trouve des fleurs, cultivées ou sauvages, des arbustes, quelques arbres, et une grande diversité d'insectes et de petits animaux de la campagne. Ces représentations sont souvent très réalistes, à quelques exceptions. Cependant, les noms latins sont très souvent fantaisistes ou directement tirés du français. Les insectes représentés sont des papillons de jour et de nuit, libellules, sauterelles, chenilles, coccinelles, mouches, abeilles charpentières, grillons, perce-oreille, bourdons, gendarmes, lucanes. Les petits animaux représentés sont des serpents, lézards, orvets, grenouilles, tortues, écureuils, escargots, lapins, singes, araignées. Cependant, aucun oiseau n'est représenté, contrairement à de nombreuses décorations de marges médiévales.
Se pose la question des sources utilisées par Bourdichon. L'enluminure ganto-brugeoise de cette époque utilise déjà couramment ces décorations faites de fleurs sur fond de couleur ou doré. Mais il s'agit généralement de représentations stéréotypées. François II de Bretagne, le père d'Anne, possédait un tel manuscrit, les Heures de Saint-Pol-de-Léon (BNF, Lat.1385). Des cahiers de modèles de dessins de fleurs, fruits et arbres ont circulé à l'époque, comme en témoigne le cahier de modèles, conservé au Metropolitan Museum of Art (Inv.2019.197), peint vers 1510-1515 par le Maître de Claude de France, artiste formé par BourdichonNotice du Met. Il est aussi probable que ce dernier est peint sur le motif, reprenant des espèces présentes dans les jardins du château de Blois à l'époque mais aussi dans la campagne tourangelle.
Enfin, certaines associations de plantes à des scènes représentées dans les miniatures en face ont un rôle symbolique : le lys blanc et la rose rouge pour la pureté de la Vierge de l'Annonciation ; le chardon, évoquant la future passion du Christ face à la fuite en Égypte ; les noisettes, symbole de la sagesse face à David ; les prunes, symboles du renouveau face à la Résurrection de Lazare ou encore les pommes, symboles du rachat du péché originel par le Christ, en face de l'Adoration des mages.
Reliure La reliure d'origine a disparu. L'analyse du manuscrit lors d'une restauration en 2015 a permis de retrouver des traces de bois de hêtre ayant été utilisé pour cette reliure originelle. Elle devait peut-être recouverte de velours cramoisi comme de nombreux ouvrages présents dans la bibliothèque royale à cette époque et décoré de fleur de lys et de cordelières. La reliure actuelle, datée de 1684, est faite de galuchat noir (à base de squale, roussette ou raie). Il s'agit de l'une des toutes premières reliures faites dans cette matière à cette époque. Le dos a été remplacé à la fin du ou début du et restauré par un maroquin noir imitant le galuchat lors de la restauration de 2015 intégrant le titre du . Les fermoirs en argent doré datent également de la reliure de 1684 mais imitent peut-être ceux du , marqués du chiffre de la reine. Les contregardes sont faites en papier gaufré ornés de guirlandes végétales colorées sur fond doré, probablement originaires du sud de l'Allemagne. Les miniatures sont enfin protégées pour la plupart de serpentes faites de papier vergé datées également du .
Postérité et publications Trois livres d'heures réalisés par Jean Bourdichon et son atelier sont directement inspirés par les miniatures des Grandes Heures, leurs destinataires restant inconnus : Heures Holford (Morgan Library and Museum, M.732)Notice de la Morgan : elles reprennent les mêmes décorations de marge avec les mêmes plantes. Les miniatures, légèrement différentes, comportent des encadrements architecturaux ; Heures Rothschild (Waddesdon Manor, Inv.3020)Notice du Waddesdon Manor : contient des bordures ornées de fleurs et des miniatures ressemblantes mais avec également des encadrements architecturaux ; Heures Gardner (Musée Isabella-Stewart-Gardner, 6TI)Notice du musée Gardner : sans décors dans les marges, avec des miniatures similaires mais avec des encadrements architecturaux.
Ce livre d'heures a été édité au en huit cent cinquante exemplaires avec reproductions des enluminures originales en lithographies en couleur. Un autre facsimilé a été édité en 2008 à 987 exemplaires numérotés reproduisant Les Grandes Heures dans leur intégralité. Il a été exposé une dizaine de fois depuis la Seconde Guerre mondiale.
Les marges décorées de plantes ont attiré l'attention des naturalistes, dès le avec Antoine de Jussieu qui a présenté un mémoire sur le sujet le devant l'Académie des sciences et critiqué certaines descriptions. C'est ensuite le botaniste Joseph Decaisne qui décrit les plantes présentes dans le manuscrit à l'occasion de la parution du facsimilé en 1861, puis Jules Camus dans une publication datée de 1894.
Le livre d'heures fait partie des « 105 œuvres décisives de la peinture occidentale » constituant le musée imaginaire de Michel Butor..
Voir aussi Bibliographie Facsimilés
Grandes heures d'Anne de Bretagne, Barcelone, M. Moleiro Editor, 2014, 476+400 pages, .
Études
Articles connexes Jean Bourdichon Livre d'heures Très Petites Heures d'Anne de Bretagne Petites Heures d'Anne de Bretagne
Liens externes
Les plantes du livre d'heures d'Anne de Bretagne sur le site de Pl@ntUse
Références
Anne de Bretagne Catégorie:Manuscrit enluminé conservé à la Bibliothèque nationale de France Catégorie:Anne de Bretagne Catégorie:Manuscrit enluminé de la Renaissance