, dit « le Jeune » puis « le Pieux », né en 1120 et mort le à Paris, est roi des Francs de 1137 à 1180.
Biographie Second fils de , dit « le Gros », roi des Francs, et d'Adélaïde de Savoie (1092-1154)., est le sixième souverain de la dynastie des Capétiens directs. Il épouse successivement Aliénor d'Aquitaine, Constance de Castille puis Adèle de Champagne. Son fils, Philippe Auguste, lui succède.
Début du règne vignette|gauche|Mariage de et Aliénor d'Aquitaine en 1137. Miniature du extraite des Grandes Chroniques de France. Le , l'héritier du trône de France, Philippe de France, fils aîné de « le Gros », meurt des suites d'une chute de cheval provoquée par un cochon errant rue Saint Antoine à ParisMichel Pastoureau, Les animaux célèbres, Bonneton, Paris, 2002, ..
C'est alors le second fils du souverain Louis, à peine âgé de 11 ans, qui devient l'héritier. : il est sacré « roi associé » et est couronné le par le pape à Reims, où le pontife préside alors un concile général.. Le jeune Louis éduqué par les chanoines de l'école cathédrale de Paris, comme tant d'autres fils de la noblesse, n'est pas formé en vue du sacerdoce ou du monastère, comme on le croit souvent propose cette hypothèse, assortie d'un prudent « sans doute »., aucun texte n'indiquant explicitement cette éventualité. Malade, vieillissant et vraisemblablement atteint par la perte de son aîné, semble, dans les années qui suivent, délaisser la formation du nouvel héritier, formation qui, pour des raisons peu claires, ne semble guère davantage prise en charge par le conseiller Suger..
le Gros meurt le d'une dysenterie, mal qui avait déjà emporté son propre père, probablement due à une obésité congénitale et une malnutrition endémique.. Louis le Jeune () est alors de nouveau couronné à Bourges, le ., en compagnie de sa jeune épouse : en effet, avant de mourir son père, à la demande du duc d'Aquitaine, avait organisé son mariage avec Aliénor d'Aquitaine (1124-1204), fille du duc , et d'Aénor de Châtellerault.. Louis épouse Aliénor le , en la cathédrale Saint-André de Bordeaux. L'archevêque de Bordeaux, Geoffroi du Loroux, célèbre le mariage ; le banquet se tient dans l'ancien palais ducal de la Salle (disparu au Moyen Âge), à Saint-Projet dans la cité bordelaise, par manque de place suffisante au palais de l'Ombrière. Les époux sont ensuite couronnés duc et duchesse d'Aquitaine à Poitiers, le .
La jeune duchesse apporte en dot le duché d'Aquitaine (Gascogne, Limousin, Angoumois, Saintonge et Périgord) et le comté de Poitou, c'est-à-dire une partie du sud-ouest et de l'ouest de la France, qui couvre aujourd'hui (donc l'Aquitaine). Une spécification avait été faite lors du mariage : le duché aquitain ne serait pas absorbé dans le domaine royal ; l'union devrait rester purement personnelle, car en vertu des dispositions retenues, Aliénor demeure duchesse en titre de ses terres héréditaires. Cependant Louis agit bel et bien en duc en Aquitaine et soumet le duché. Comme le rapporte Orderic Vital : « Guillaume, duc des Poitevins [...], ordonna qu'on mariât sa fille à Louis le Jeune, roi des Francs, qu'il constitua en héritier de tous ses droits». La Chronique de Saint-Maixent précise même : « En prenant pour femme la fille aînée, Louis obtint la domination sur sa terre [...], qu'il parcourut avec tout son cortège pour y nommer des prévôts. » La Chronique de Morigny stipule néanmoins : « Tous les deux devaient jouir ensemble (ambo) de la terre selon la coutume. »
De son propre aveu, le jeune souverain est peu préparé à l'exercice du pouvoir royal, d'autant moins que s'il est extrêmement pieux, il est de nature triste et molle, maladroit, naïf et velléitaire mais aussi obstiné, autant de traits qui le poussent dès le début de son règne à commettre plusieurs erreurs politiques qui entament son prestige et son autorité.
Âgés tous deux de moins de vingt ans, ils forment un jeune couple royal dont les premières années de règne ne laissent apparaître, dans les sources contemporaines, aucun conflit conjugal manifeste. Les chroniques proches du pouvoir capétien demeurent silencieuses sur d’éventuelles tensions personnelles durant cette période initiale.
vignette|Conseil présidé par le roi . Miniature du . Sur le plan politique, Louis VII s’inscrit dans la continuité du règne de son père, . Il conserve auprès de lui les principaux conseillers hérités du règne précédent, notamment Suger, abbé de Saint-Denis, dont l’influence est attestée par ses écrits et par les actes royaux du début du règne.
Le renforcement du domaine royal demeure un objectif central. Louis VII confirme et développe une politique favorable aux communautés rurales et urbaines, déjà engagée sous Louis VI, en encourageant les défrichements et en accordant ou confirmant des chartes de franchises dans plusieurs villes du domaine royal, notamment à Étampes et à Bourges. Cette politique vise à affaiblir les pouvoirs seigneuriaux locaux et à s’appuyer sur des communautés directement liées à l’autorité monarchique. Hors du domaine royal, le roi soutient ponctuellement certaines autonomies urbaines lorsque celles-ci servent ses intérêts politiques, sans que l’on puisse toutefois parler d’une politique urbaine systématique à l’échelle du royaume.
Les relations entre la monarchie et l’Église constituent un aspect majeur du règne. En 1138-1140, Louis VII entre en conflit avec Thibaut IV de Blois, comte de Champagne, et avec le pape Innocent II à propos de l’investiture de l’évêché de Bourges. Le roi impose un candidat issu de l’abbaye de Cluny, en opposition à celui soutenu par Bernard de Clairvaux, comme en témoignent la correspondance de ce dernier et les sources ecclésiastiques contemporaines.
En , Louis VII intervient militairement dans le Toulousain afin de faire valoir les droits successoraux revendiqués par Aliénor d’Aquitaine sur l’héritage de sa grand-mère, Philippa de Toulouse. Le siège de Toulouse échoue face à la résistance d’Alphonse Jourdain, comte de Toulouse, bénéficiant du soutien pontifical, ce qui met en évidence les limites du pouvoir capétien hors du domaine royal malgré le prestige de l’alliance aquitaine.
À la suite de ces événements, un vase précieux entre dans le trésor royal. Cet objet, probablement réalisé en Perse avant l'an mil, taillé dans un bloc de cristal de roche et orné ultérieurement d'une riche monture en argent doré rehaussée de pierres précieuses et de perles, est mentionné dans les inventaires médiévaux de l’abbaye de Saint-Denis parmi les objets précieux de la monarchie capétienne. Donné vers 1120 au grand-père d'Aliénor, Guillaume IX d'Aquitaine, par l'émir de Saragosse, Imâd al-Dawla, ce vase est plus vraisemblablement un présent de mariage d'Aliénor à Louis, qui en fera lui-même don à l'abbé Suger. vignette|redresse|Vase de cristal d'Aliénor (Louvre).
La même année, en 1141, s'oppose de nouveau au pape et tente d'imposer son candidat sur le siège de l'archevêché de Bourges, contre Pierre de La Châtre soutenu par le pape , si bien que ce dernier finit par l'excommunier alors que Pierre de La Châtre trouve refuge en Champagne. La reine arrange aussi la dissolution du mariage de Raoul de Vermandois et d'Éléonore de Blois, afin que sa sœur Pétronille d'Aquitaine, amoureuse, puisse épouser Raoul de Vermandois. Cela cause un grave conflit entre le roi de France et son vassal , comte de Champagne et oncle de l'épouse délaissée : attaque Raoul de Vermandois et l'ost royal envahit la Champagne en décembre 1142. Lors de son avancée l'ost royal incendie le village de Vitry-en-Perthois et son église (en janvier 1143), dans laquelle se sont réfugiés les habitants. Cela marquera à jamais le jeune souverain.
Dans un contexte de recherche d’apaisement après les tensions opposant la monarchie capétienne à la papauté et au comte de Champagne, Louis VII conclut à l’automne 1143 le traité de Vitry avec Thibaut IV de Blois, comte de Champagne. Cet accord met fin au conflit ouvert depuis l’affaire de l’évêché de Bourges et marque un tournant dans les relations entre le roi et ses adversaires politiques et ecclésiastiques.
Dans le cadre de cette réconciliation, Louis VII accepte l’élection de Pierre de La Châtre à l’archevêché de Bourges, mettant ainsi un terme à l’interdit qui pesait sur le royaume de France depuis 1140 à la suite du conflit avec le pape Innocent II. Cette décision constitue un recul significatif du pouvoir royal dans le domaine des investitures épiscopales et traduit la volonté du roi de normaliser ses relations avec la papauté.
Le , Louis VII participe à la conférence de Saint-Denis, au cours de laquelle le règlement du conflit est définitivement entériné. Cette réunion solennelle marque la réconciliation officielle entre le roi de France et la papauté, et rétablit pleinement Louis VII dans la communion ecclésiastique.
La deuxième croisade
vignette| prenant la croix à Vézelay, en présence de Bernard de Clairvaux. Miniature du tirée des Passages d'outremer de Sébastien Mamerot.
À la suite de la conquête d'Édesse par les Turcs en 1144, événement majeur pour les États latins d’Orient, le pape adresse une bulle à le afin de l’exhorter à prendre la tête d’une nouvelle expédition en Orient. Cet appel s’inscrit dans un contexte de mobilisation générale de la chrétienté latine face à l’avancée des puissances musulmanes au Proche-Orient.
Louis VII accepte de participer à la croisade, prêchée en France par Bernard de Clairvaux. Cette décision intervient après la normalisation de ses relations avec la papauté, consécutive au règlement du conflit de Bourges et à la levée de l’interdit frappant le royaume. Le pape Eugène III autorise le roi à percevoir le décime, impôt exceptionnel prélevé sur les biens ecclésiastiques, afin de financer l’expédition, mesure attestée par les sources pontificales et diplomatiques. À Pâques 1146, lors de l’assemblée de Vézelay, le roi et de nombreux barons prennent solennellement la croix.
Le , à Metz, ville impériale, l’armée française est rassemblée avant le départ pour la deuxième croisade. Les effectifs exacts demeurent difficiles à établir, les sources médiévales offrant des chiffres très variables, mais l’expédition est progressivement rejointe par un grand nombre de pèlerins. Aliénor d’Aquitaine accompagne son époux. Louis VII confie alors le gouvernement du royaume à Suger, abbé de Saint-Denis, assisté de son frère Henri, archevêque de Reims, et de son cousin Raoul, comte de Vermandois.
vignette|gauche| et l'empereur lors de la deuxième croisade. Enluminure du , Bibliothèque nationale de France. L’armée française emprunte la vallée du Danube et rejoint les forces de l’empereur . Les deux armées prévoient de traverser l’Asie Mineure après avoir rejoint Constantinople, où les croisés arrivent le .