Ishtar (Ištar ; parfois Eshtar) est une déesse mésopotamienne d'origine sémitique, vénérée chez les Akkadiens, Babyloniens et Assyriens. Elle correspond à la déesse de la mythologie sumérienne Inana avec qui elle est confondue, une même déesse se trouvant manifestement derrière ces deux noms. Ses champs de compétences sont vastes et variés. C'est principalement une divinité astrale associée à la planète Vénus, une déesse de l'amour et de la guerre, et une divinité souveraine dont l'appui est nécessaire pour régner sur un royaume. Elle est également associée à la fertilité et à la mort. Ishtar a un positionnement ambigu entre l'ordre et le désordre, souligné avant tout dans la poésie, qui renvoie à la manière dont sa féminité est perçue par les lettrés mésopotamiens.

Tout au long de plus de trois millénaires d'histoire sumérienne puis mésopotamienne, Ishtar a été l'une des divinités les plus importantes de cette région et de loin la principale déesse des panthéons mésopotamiens, qui sont en général dominés par des dieux masculins. Son principal lieu de culte dans le sud mésopotamien est situé à Uruk, où sa présence est identifiée dans les plus anciens textes connus, autour de 3300-3200 av. J.-C. Elle a également une place importante dans plusieurs villes majeures du sud : Kish, Nippur, Akkad et Babylone. Dans le nord, en Assyrie, Ishtar est également une déesse majeure : c'est la divinité tutélaire des villes de Ninive et d'Arbèles, et elle dispose d'un important culte à Assur.

Ishtar a également été adoptée dans plusieurs pays voisins, où elle a pu être assimilée à des déesses locales. Elle a également repris par syncrétisme les aspects de différentes déesses mésopotamiennes et a été vénérée dans plusieurs grands centres religieux, prenant parfois des traits variés selon la localité où son culte se trouvait. Pour cela, elle illustre bien la complexité des conceptions, des pratiques et des échanges religieux dans le Proche-Orient ancien, et beaucoup de ses aspects sont et resteront un sujet de discussion.

Traits généraux thumb|Représentation d'Ishtar portant un arc et associée au symbole de l'étoile, stèle de Shamash-res-usur, gouverneur assyrien, Musée de l'Orient ancien d'Istanbul.|387x387px

Noms

Le nom le plus courant de la déesse en sumérien est Inana (aussi transcrit Inanna ou Innana). Mais on trouve aussi Inin ou In(n)ina.. En akkadien, Ishtar est le plus répandu, mais on trouvait des variantes en Haute-Mésopotamie, notamment Ashtar, Eshtar puis Issar à l'époque néo-assyrienne..

Il est en fait assez souvent difficile de connaître la prononciation exacte de son nom, car les signes phonétiques cunéiformes peuvent renvoyer à plusieurs sons voisins (en particulier plusieurs voyelles possibles pour un même signe syllabique), mais surtout parce que le nom de la déesse est souvent noté par un idéogramme, que les assyriologues désignent par convention comme MÙŠ (100x20px en graphie normalisée d'époque néo-assyrienne), qui n'indique donc pas de prononciation..

Fonctions et pouvoirs

On reconnaît en général trois domaines principaux dans lesquels s'expriment les pouvoirs d'Inana/Ishtar : c'est la déesse de l'amour et de la sexualité, c'est une déesse guerrière, et c'est une divinité astrale, la planète Vénus..

Mais elle est concernée par bien d'autres domaines et pouvoirs, ce qui en fait une des divinités les plus complexes de la Mésopotamie antique, Thorkild Jacobsen l'ayant résumée comme la « variété infinie ». Elle est peut être associée à des domaines aussi variés que , sa représentation variant beaucoup selon les endroits, les époques, et le médium/genre, col. 385.

En tant que déesse majeure du panthéon mésopotamien, elle est la divinité protectrice de plusieurs cités majeures (Uruk, Kish, Ninive, Arbèles) et ses différents aspects disposent de lieux de culte d'importances diverses dans de nombreuses villes (dont Nippur, Babylone, Assur), au point qu'il a pu être dit qu'elle était vénérée partout (en Mésopotamie).

Un autre trait saillant de ses attributions, plus complexe à cerner, est lié aux paradoxes, avec notamment la faculté d'associer les opposés et même de provoquer leur inversion, de briser les interdits ; ..

Généalogie et cercle divin

Il n'y a pas eu de tradition figée sur les relations familiales d'Inana/Ishtar, qui ont donc pu varier selon les lieux et les époques. Suivant une tradition probablement originaire d'Uruk, elle est la fille du dieu céleste An/Anu, autre divinité tutélaire de la ville. Une autre tradition sumérienne, qui semble être la plus répandue, en fait la fille du dieu-lune, Nanna/Sîn. Elle avait alors pour mère la déesse Ningal/Nikkal et pour frère le dieu-soleil Utu/Shamash. Mais dans d'autres cas encore elle est présentée comme la fille d'Enlil ou comme celle d'Enki/Ea. Dans le mythe de sa descente aux Enfers, la déesse Ereshkigal, Reine des Enfers, est présentée comme sa sœur aînée.

Elle n'est pas non plus associée à un époux divin unique : certes dans la tradition sumérienne sa relation avec Dumuzi est forte, mais leur relation est ambiguë puisque la déesse est à l'origine de sa mort.. Elle peut être parfois présentée comme l'amante ou même l'épouse d'autres dieux, par exemple An/Anu., notamment parce qu'elle est souvent assimilée aux épouses des dieux principaux de panthéons locaux. La mythologie en fait parfois une « croqueuse d'hommes », voire une prostituée, qui a donc de nombreux amants. Cela est notamment exposé dans l’Épopée de Gilgamesh, où le héros liste plusieurs de ses conquêtes, qu'elle a tous conduits à leur perte, expliquant pourquoi il ne veut pas devenir l'un d'eux.

Certains textes lui attribuent des enfants, en général sans dire qui en est le père : la déesse Nanaya et les dieux Lulal, Latarak et Shara. Nanaya (ou Nanâ) est couramment associée dans le culte à Inana/Ishtar, devenant en quelque sorte un dédoublement de sa fonction de déesse de l'amour. Dans la mythologie, elle dispose également d'un vizir, le dieu Ninshubur.

Symboles et iconographie thumb|left|Un des lions représentés sur les briques glaçurées de la voie processionnelle de Babylone. Musée de Pergame. thumb|L'étendard divin de la déesse Inana, devenu le logogramme MÙŠ désignant la déesse, dans l'iconographie de la fin du De gauche à droite : sur le vase d'Uruk ; sur un sceau-cylindre ; sur deux tablettes proto-cunéiformes.

Le plus ancien symbole connu de la déesse est un étendard, une sorte de hampe en roseau dont le sommet est recourbé, qui apparaît dans son iconographie à Uruk (sceaux-cylindres, vase d'Uruk). C'est de cet objet que dérive le signe cunéiforme de la déesse, MÙŠ.

Inana/Ishtar a pour animal-attribut le lion. Son symbole le plus courant est une étoile ou une étoile inscrite dans un disque, symbolisant son rôle de divinité astrale. Elle semble aussi être symbolisée par des rosettes, dont la forme rappelle celle de l'étoile. Ce motif peut néanmoins également symboliser d'autres divinités.

À partir de l'époque d'Akkad elle apparaît souvent sous l'aspect d'une divinité guerrière, avec des armes (arc, carquois, masse, crosse, hache). Il n'est en revanche pas assuré que les images de déesses nues provenant notamment des plaques en terre cuite représentent Inana/Ishtar.

Son nombre était le 15, ce qui correspond à la moitié du nombre 30 attribué à son père Nanna/Sîn (soit le nombre de jours dans un mois lunaire « idéal »).

Elle semble aussi liée à la couleur rouge, ce qui a donné lieu à diverses interprétations, notamment celles liées à la couleur de Vénus dans le ciel au moment du coucher et du lever du soleil.

Histoire L'histoire de la déesse Inana/Ishtar, particulièrement riche et complexe, détermine manifestement sa personnalité qui l'est tout autant. C'est probablement une figure née de la réunion de plusieurs déesses par syncrétisme, sans que pour autant la personnalité de toutes ses composantes constituent forcément un tout cohérent. Avec le temps, elle tend à concentrer les personnalités de plusieurs autres déesses, au point de devenir la déesse par excellence en Mésopotamie.

Les origines et la rencontre d'Inana et d'Ishtar

L'origine de la déesse Inana/Ishtar est impossible à déterminer avec certitude car elle se produit à des époques pour lesquelles la documentation écrite est absente, et la documentation archéologique trop limitée pour bien connaître l'univers religieux. Elle est généralement résumée par la rencontre de deux peuples faisant fusionner deux déesses : Inana est une déesse du pays de Sumer, tandis qu'Ishtar est d'origine sémitique. Cela n'est pas propre à cette déesse, puisque les grands dieux mésopotamiens sont souvent connus sous un nom sumérien et un autre akkadien (Enki/Ea, Nanna/Sîn, Utu/Shamash, Ishkur/Adad, etc.). Cela se produit dans le contexte culturel spécifique des régions méridionales de la Mésopotamie du et du début du , qui voient coexister deux principaux groupes parlant des langues sans parenté, le sumérien, un isolat linguistique dominant au Sud, et l'akkadien, une langue sémitique dominante au Nord (les peuples sémitiques étant par ailleurs implantés dans le Nord mésopotamien et en Syrie). Ils évoluent en symbiose depuis longtemps et de nombreux échanges culturels ont eu lieu entre eux, qui rendent souvent vaines les tentatives d'essayer de distinguer ce qui est propre à l'un ou à l'autre, même si on peut déceler ce que J. Bottéro désigne comme des « sumérismes » et des « akkadismes » culturels.

En sumérien, Inana était interprété comme dérivant de nin.an.a(k), ou . Mais rien ne démontre qu'il s'agisse bien de l'origine du nom. Th. Jacobsen avait proposé que le nom signifie en fait « Dame des grappes de dattes », dans une interprétation naturaliste de la religion originelle de Sumer, proposition qui n'a pas vraiment rencontré d'écho n. 1.. Inana est en particulier la déesse tutélaire de la ville d'Uruk, qui est la plus importante du pays de Sumer à ces époques, et dont le rayonnement s'est étendu sur les régions voisines. C'est dans ce contexte qu'elle apparaît pour la première fois, dans les textes les plus anciens connus, datés de la fin du , et c'est d'ailleurs la plus ancienne divinité sumérienne clairement attestée K. Szarzynska, « Offerings for the goddess Inana in archaic Uruk », dans Revue d'assyriologie et d'archéologie orientale 87/1, 1993, ; Ead., « The Cult of the Goddess Inana in Archaic Uruk », dans NIN: Journal of Gender Studies in Antiquity 1, 2000, . .. Elle a déjà manifestement un aspect astral, lié à la planète Vénus, et semble être une déesse liée à la fertilité en même temps que celle octroyant la royauté à Uruk, peut-être dans une variante ancienne du thème du « Mariage sacré » entre le roi et la déesse, si on suit l'interprétation du vase d'Uruk qui veut qu'il représente les offrandes que lui fait le souverain d'Uruk ; ..