Paul Valéry, nom de plume d'Ambroise Paul Toussaint Jules Valéry, né le à SèteSète, à l'époque s'écrivait « Cette ». (Hérault) et mort le à Paris, est un écrivain, poète et philosophe français.

Il effectue un début de carrière dans l'ombre, secrétaire particulier d'Édouard Lebey, fonction qui lui laisse le loisir de l'étude, la recherche et des rencontres avec le milieu artistique et littéraire de l'époque. Ce n'est qu'au sortir de la Première guerre mondiale, à l'abord de la cinquantaine, que sa célébrité éclate en tant que poète avec la publication de La Jeune Parque. Il devient dès lors célèbre en tant qu'intellectuel et homme de lettres.

Sollicité de toute part pour donner des conférences et produire des articles, interlocuteur des grands scientifiques et penseurs de l'époque, il devient une sorte de national, à la fois membre de l'Académie française et professeur au Collège de France. Sa renommée l'accompagne jusqu'à sa mort, survenue tout à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Biographie thumb|La maison de Paul Valéry à Marseille.

Jeunesse et éducation Ambroise Paul Toussaint Jules Valéry naît en 1871 à Sète d'un père d'origine corse, Barthélemy Valéry, vérificateur principal des douanes, et d'une mère génoise, Fanny Grassi, fille du consul d'Italie Giulio Grassi. En 1876, il entre à l’école chez les dominicains à Sète. En 1878, il fait son entrée au collège de Sète et poursuit sa formation, de 1884 à 1888, au lycée de Montpellier. où il suit des études . pour entrer à l'École navale qui l'attirait, il s'oriente vers les beaux-arts et plus spécialement vers la poésie, admirant celle de Victor Hugo, de Théophile Gautier et de Charles Baudelaire. Il écrit ses premiers poèmes.

En 1889, il commence des études de droit, interrompues par son service militaire (1889-1890). C'est pendant cette période qu'il fait des rencontres et lectures déterminantes qui vont l'orienter vers la poésie symboliste. La lecture d'À rebours de Joris-Karl Huysmans lui révèle Stéphane Mallarmé et la mouvance du symbolisme. Cette même année, il écrit plus de cent poèmes et en publie dans la Revue maritime de Marseille.

En 1890, c'est surtout sa rencontre avec Pierre Louÿs qui sera déterminante pour l'orientation de sa vie de poète. Ce dernier lui présente André Gide, José-Maria de Heredia et l'introduit dans le cercle étroit de Mallarmé. Paul Valéry restera fidèle à Mallarmé jusqu'à sa mort. Il publie ses premiers textes dans la revue L'Ermitage et des poèmes dans la revue Le Conque de Pierre Louÿs.

Nuit de Gênes Durant la nuit orageuse du 4 au , alors qu'il est en vacances à Gênes dans la famille de sa mère, il connaît ce qu'il décrit comme une grave crise existentielle. Il en sort non seulement résolu à «répudier les idoles» de la littérature, de l'amour et de l'imprécision, mais aussi à consacrer l'essentiel de son existence à ce qu'il nomme «la vie de l'esprit». Les Cahiers dans lesquels il s'astreint à noter toutes ses réflexions au petit matin en témoignent. , ajoute-t-il en manière de boutade, .. Il oriente son esprit vers de nouvelles valeurs, qu'il estime incompatibles avec la création littéraire : la rigueur et la sincérité de l'esprit, et la connaissance de soi.

Il indique à plusieurs reprises qu'il considère cette nuit passée à Gênes comme sa véritable origine, le début de sa vie mentale. vignette|redresse|gauche|Plaque au domicile de Paul Valéry entre 1891 et 1899, 12 rue Gay-Lussac ( arrondissement de Paris). En 1894, il s'installe à Paris, où il commence à travailler comme rédacteur au ministère de la Guerre, et où il se noue une relation avec Paul Léautaud. Il reste à distance de l'écriture poétique pour se consacrer à la connaissance de soi et du monde.

Il publie quelques textes de jeunesse, notamment Introduction à la méthode de Léonard de Vinci (1895), La Soirée avec monsieur Teste (1896) et un essai à propos de l'économie allemande, dont il prévoit l'expansion (1897).

Secrétaire particulier

Depuis 1900 jusqu'en 1922, il est secrétaire particulier d'Édouard Lebey, administrateur de l'agence Havas. Ce lui laisse énormément de temps libre pour accroître sa connaissance du monde et son expérience. Il s'affaire chaque matin aux petites heures à la rédaction de ses Cahiers, journal intellectuel et psychologique dont l'essentiel ne sera publié qu'après sa mort. Il continuera jusqu'à la fin de ses jours cet exercice matinal, produisant deux-cent-cinquante-sept Cahiers. Malgré ce temps libre, sa production littéraire restera modeste pendant ces vingt ans où il restera, selon l'expression de Berne-Joffroy, au .

Il essaye de discipliner son esprit et de percer les secrets de l'activité intellectuelle en réétudiant les mathématiques. Il pense parfois à publier ses recherches sans jamais s'y résoudre, et imagine un auquel il voudrait donner le titre de Manuscrit trouvé dans une cervelle. Parfois, il se décourage devant ces énigmes Lettre à André Lebey, 1906.

Lors de l'Affaire Dreyfus, Valéry est anti-dreyfusard, conformément à son nationalisme de jeunesse, qu'il abandonnera... Ainsi, (non sans réflexion, écrira-t-il), donnera-t-il trois francs pour le Monument Henry, une souscription lancée en 1899 en faveur de la veuve de l'accusateur d'Alfred Dreyfus (le nom de Valéry apparaît à la page 175 de ce document).

thumb|redresse|Madame Paul Valéry et son fils Claude par Paule Gobillard (1910)|alt=|gauche

En 1900, il épouse Jeannie Claudine Gobillard (1877-1970), cousine germaine de Julie Manet (fille de Berthe Morisot et d'Eugène Manet, le frère d'Édouard Manet), cette dernière épousant le même jour le peintre Ernest Rouart. Le double mariage est célébré en l'église Saint-Honoré d'Eylau, dans le quartier de Passy, à Paris. Le couple Valéry est logé dans l'immeuble construit par les parents de Julie Manet, dans la rue de Villejust (aujourd'hui, rue Paul-Valéry) dont a hérité la jeune fille, alors qu'elle n'avait pas dix-huit ans (1895). Le couple Valéry-Gobillard aura trois enfants et demeurera lié au couple Rouart-Manet (qui aura trois fils), au point que les deux familles partageront aussi leurs vacances dans la propriété «Le Mesnil», achetée par Berthe Morisot et Eugène Manet (peu avant la mort d'Eugène en 1893) sur les bords de Seine, en aval de Meulan. Julie, unique héritière après le décès de Berthe Morisot en 1895, laissera les portes du Mesnil ouvertes au couple Valéry-Gobillard jusqu'à ce que la mort les sépare..

Il se rend toujours régulièrement rue de Rome aux «mardis» de Stéphane Mallarmé, rencontres littéraires qui ont lieu au domicile du poète dont il sera l'un des fidèles disciples. Son mariage le rapproche des milieux artistiques et il fréquente également les peintres Edgar Degas et Auguste Renoir.

Retour à la poésie En 1917, sous l'influence de Gide notamment, il revient à la poésie avec La Jeune Parque, publiée chez Gallimard. Il brise un «long silence» avec ce poème de 512 vers auquel il a consacré quelque quatre années.

En 1912, Gallimard et Gide lui avaient suggéré de publier une réédition de certains de ses premiers poèmes, pour laquelle il devait rédiger une préface poétique d'une trentaine de lignes. Il commence à retoucher ses anciens vers et décide d'y ajouter un nouveau poème, sorte . Mais il revient sans cesse sur ce poème durant quatre années, et surtout durant la Première Guerre mondiale, comparant ce processus à . Il développe alors ce que d'aucuns considèrent comme son chef-d'œuvre: le monologue intérieur d'une jeune femme en proie à un combat entre le corps et l'esprit, écrit dans un formalisme digne de son maître Mallarmé.

Le succès de La Jeune Parque est immédiat. Il se remet alors à écrire de la poésie, avec une aisance qui le surprend lui-même. Un autre grand poème suit quelques années plus tard, Le Cimetière marin (1920). Toujours influencé par Stéphane Mallarmé, Paul Valéry y privilégie toujours dans sa poésie la maîtrise formelle sur le sens et l'inspiration: «Mes vers ont le sens qu'on leur prête». En particulier dans le tercet de la page 96:

Il existe une controverse sur le fait que le verbe utilisé soit fondre ou fonder.

Après la Première Guerre mondiale, il devient une sorte de «poète officiel», immensément célèbre — peu dupe, il s'en amuse — et comblé d'honneurs. En 1920 il publie une sélection de poèmes des années 1890-1893, sous le nom Album des vers anciens. En 1921, un référendum le désigne comme le plus grand poète contemporain. Toutefois, après la publication en 1922 d'un recueil de ses nouveaux poèmes, Charmes, il arrête toute production poétique.

La gloire

Alors qu'il est marié et approche de la cinquantaine, au commencement de sa célébrité, il entame, en 1920, une liaison tumultueuse avec la poétesse Catherine Pozzi, alors âgée de trente-huit ans et séparée de son mari Édouard Bourdet. Cette relation durera huit ans et donnera lieu à une importante correspondance, par la suite détruite. La rupture douloureuse provoquera chez sa maîtresse des appréciations peu flatteuses à son encontre comme celle-ci: «J'ai honte de vous, vieillard ironique et glorieux. »..

M. Lebey décède en 1922, et Paul Valéry se consacre désormais pleinement à une carrière d'homme de lettres. Les éditeurs le pressent, on lui demande préfaces et essais publiés en série dans des revues, puis dans des recueils, comme la série des Dialogues.

On le sollicite également pour donner des conférences, en France et à l'étranger. Il y est reçu avec grand honneur, par les souverains et chefs d'état, comme des déplacements officiels de personnalités de premier plan. Ces conférences sont également publiées. Il devient alors véritablement une sorte de de la France. thumb|redresse|Paul Valéry lors de son entrée à l'Académie française, en 1927. En 1924, il devient président du PEN club français, puis est élu membre de l'Académie française l'année suivante. Dans le discours de réception qu'il prononce le , Paul Valéry fait l’éloge d'Anatole France, son prédécesseur, sans prononcer son nom une seule fois.. En effet il ne pardonnait pas à Anatole France de s'être autrefois opposé à la publication de poèmes de Mallarmé.

En , il présente galerie Bernheim dix gravures de sa composition dans le cadre de l'exposition annuelle de la Société des peintres-graveurs indépendantsMercure de France, Paris, 15 mars 1930, — sur Retronews..

Dans les années 1930, Paul Valéry est soutenu financièrement par la princesse Edmond de Polignac et surtout par la comtesse Martine de Béhague, amie proche, qui lui verse un salaire pour s'occuper de sa bibliothèque. Il séjourne régulièrement dans la propriété de la comtesse La Polynésie à Hyères (où il écrit Degas, danse, Dessin), et sur son yacht le Tenax.

En 1931, il est promu au rang de commandeur de la Légion d'honneur; la même année, il prononce le discours de réception de Philippe Pétain à l'Académie française; en 1932, il entre au conseil des musées nationaux; en 1933, il est nommé administrateur du Centre universitaire méditerranéen de Nice; en 1936, il est nommé président de la Commission de synthèse de la coopération culturelle pour l'exposition universelle de 1937; en 1937, on crée pour lui la chaire de poétique au Collège de France; en 1938, il est élevé à la dignité de grand officier de la Légion d'honneur; en 1939, enfin, il devient président d'honneur de la SACEM. Il fut par ailleurs membre du comité d'honneur de l'Association du Foyer de l’Abbaye de Royaumont.vignette|redresse|alt=Portrait photographique en noir et blanc d'un homme grisonnant, au regard clair, portant une moustache, vu de trois-quarts droit|Paul Valéry par le Studio Harcourt, vers 1938.