Le Mythe d'Adapa, la Légende d'Adapa ou Adapa et le Vent du Sud est un récit mésopotamien, écrit en sumérien et en akkadien. Il a été reconstitué à partir de fragments de tablettes découverts à Tell Haddad, El Amarna, Nippur et Ninive et dont les dates d'écriture varient entre la période paléo-babylonienne ( - ) et le Il pourrait avoir des origines bien antérieures à la période paléo-babylonienne.

Le récit raconte l’histoire d'Adapa, serviteur du dieu Ea (Enki en sumérien) dans son palais d'Eridu. Un jour, alors qu'il va pêcher sur un bateau du poisson pour son maître, il est dérangé par Šutu, l'oiseau Vent du sud, qui fait giter son embarcation. Dans sa colère, Adapa maudit la créature et en brise l'aile. Cet acte compromet l'équilibre naturel et suscite la colère du dieu céleste Anu, père de tous les dieux, qui convoque Adapa dans les cieux.

Ea, craignant pour la vie de son serviteur, défait les cheveux de celui-ci, le revêt d'un habit de deuil et lui explique la conduite à tenir afin de se sortir de ce mauvais pas ; il doit d'abord amadouer les dieux des palmiers et des dattiers, Ningishzida et Dumuzi qui se tiennent à la porte du ciel en leur disant qu'il porte le deuil de leur disparition et ainsi s'attirer leur soutien auprès d'Anu. Il devra aussi refuser tout ce qu'Anu lui donnera à boire ou à manger, mais il doit accepter le vêtement et le parfum.

Arrivé à la demeure céleste du dieu Anu, Adapa s'est attiré la sympathie des dieux de la fertilité Dumuzi et Ningishzida. Devant Anu conseillé par les deux dieux de la fertilité, Adapa se comporte comme prévu. Il refuse la nourriture et la boisson mais accepte le vêtement et le parfum. Admiratif devant la clairvoyance d'Adapa, Anu, dans la version d’El Amarna, renvoie immédiatement Adapa parmi les vivants ou, dans les versions de la Bibliothèque d'Assurbanipal et de Tell Haddad, lui montre les secrets du ciel avant de le renvoyer sur terre.

Le récit possède, en fonction de ses versions connues, une introduction plus ou moins longue et des conclusions variant légèrement. Deux versions contiennent une incantation propre à apaiser le Vent du Sud. Mythe pour beaucoup, légende pour Jean Bottéro, le récit est depuis longtemps considéré comme centré autour de l'immortalité des dieux face à la mortalité des hommes. Mais il aborde aussi des thèmes relatifs à la magie, à la médecine, aux exorcismes et à la prêtrise d'Eridu et de toute la Mésopotamie du

Les sources thumb|alt=Tablette d'argile beige de forme relativement carrée couverte de caractères cunéiformes attachée à un mur à l'aide de quatre supports.|Fragment A du Mythe d'Adapa de l'époque néo-assyrienne découvert dans la Bibliothèque d'Assurbanipal (MLC 1296), Morgan Library and Museum.

Le Mythe d’Adapa est connu en akkadien par six fragments de textes cunéiformes découverts à El Amarna et dans la Bibliothèque d'Assurbanipal à Ninive et en sumérien à travers plusieurs versions et tablettes découvertes à Tell Haddad (ancienne Me-Turan) et à Nippur.

Un premier fragment issu de la Bibliothèque d'Assurbanipal est traduit par Georges Smith en . Cependant, l’assyriologue ne possédant pas assez d’éléments pour identifier son contenu comme une partie du mythe, l’attribue au poème d’Erra et Nishum. Ce n’est qu’après la découverte d’un fragment plus large en dans les archives égyptiennes d’El Amarna et son rapprochement avec le fragment D que les historiens prennent connaissance du Mythe d’Adapa. Daté du , ce fragment B est le plus volumineux connu du récit.

La tablette d'El Amarna est découverte avec une autre qui contient une transcription du mythe de Nergal et Ereshkigal. Elles sont toutes deux écrites par le même scribe dans la même argile. D'après une étude du style d'écriture et de la formulation grammaticale des deux textes, le scribe est fort probablement babylonien mais ne semble pas les avoir écrits à Babylone, mais plutôt en Égypte sous la dictée. Ce fragment semble contenir une introduction au récit qui paraît tellement courte en comparaison du fragment D et de la version sumérienne de Me-Turan qu'il se pourrait qu'il soit la seconde partie d'un ensemble de deux tablettes. Le chercheur Shlomo Izreʾel rejette l'idée que la présence du texte du Mythe d'Adapa dans une bibliothèque égyptienne puisse être un indice de notoriété du récit en dehors de la Mésopotamie. Il conclut plutôt qu'il pourrait s'agir d'un texte scolaire visant à enseigner l'écriture akkadienne à des scribes égyptiens.

Les autres fragments connus (dont le fragment D) sont issus de la « Bibliothèque d'Assurbanipal » de Ninive en Assyrie, et datent du Parmi ceux-ci, trois petits fragments (A, A1 et E) et les fragments C et D qui donnent le début et la fin de l'histoire. Les fragments C et D sont deux segments d'un même texte dont la fin contient une incantation. Le fragment D propose une légère variante au fragment B au niveau la réaction d'Anu face au refus d'Adapa de consommer la nourriture offerte. Le fragment A contient un bref prologue dont il manque le début : il semble raconter la création d'Adapa et résume l'histoire. Dans ce prologue, il y a également un passage évoquant les paroles d'Uta-Napishtim dans l’Épopée de Gilgamesh qui concerne la vie éternelle et l'existence d'Adapa. L’historien Sergio Picchioni remarque la présence d'un incipit dans le fragment E de la Bibliothèque d’Assurbanipal et dans le fragment B d'El Amarna qui pourrait attribuer un autre titre au Mythe d'Adapa : Adapa dans les cieux.

Une version sumérienne datée de la période paléo-babylonienne ( - ) est découverte en à Tell Haddad dans le Djebel Hamrin (est de l'Irak). En deux copies aux contenus apparemment identiques, écrites par deux scribes différents, sous forme d'une tablette en deux colonnes chacune, cette version est, dans son déroulement, semblable à la version akkadienne. Elle constitue cependant la seconde partie d’un texte dont la première est une description des moments qui suivent immédiatement le Déluge, le rassasiement des dieux et l’organisation des êtres humains. Pour Antoine Cavigneaux, le sumérien fautif utilisé dans les deux copies de Tell Haddad suggère que leurs scribes sont plutôt akkadophones et que cette langue est utilisée pour donner plus de beauté, d'autorité et d’efficacité au récit plutôt considéré comme une incantation. De plus, pour le chercheur, les nombreuses ellipses présentes dans la version de Tell Haddad laissent supposer que le texte s'adresse à un public qui connaît déjà l'histoire. Par conséquent, le Mythe d’Adapa tel qu’il est narré dans la tablette d’Amarna du , semble déjà connu et fixé dans sa forme rédactionnelle dès l’époque paléo-babylonienne.

Un autre ensemble de fragments sumériens beaucoup plus petits que les précédents sont découverts à Nippur en . Le plus petit des deux concerne la plaidoirie d'Adapa face à Anu, les maigres informations qu'ils contiennent semblent difficiles à harmoniser avec les versions précédemment découvertes à Tell Haddad. Ce fragment d'une épaisseur maximum de constitue une portion du bas d'une tablette de deux colonnes. Un autre fragment constitue l'extrémité gauche de ce qui était probablement une tablette constituée de deux ou plusieurs colonnes. Les historiens ignorent encore si ce fragment fait partie de l'avers ou du revers de la tablette. Le style et le format de l'écriture indiquent qu'il date de la période médio-babylonienne ( - ), période correspondant à celle de la version akkadienne de Tell Amarna. Ce petit fragment est rédigé dans un sumérien approximatif et il peut tout aussi bien s’intégrer à un texte sumérien unilingue qu'à un texte bilingue. Il semble également, comme pour son homologue de Tell Haddad, une traduction de l'akkadien. Comme pour la version akkadienne, ce fragment présente également la partie du récit où Adapa explique au dieu Anu les actions qu'il a commises envers le Vent du Sud, partie qui n'est pas incluse dans la version sumérienne paléo-babylonienne de Tell Haddad..

Les personnages Adapa thumb|left|upright=0.5|Statuette représentant un sage-apkallu vêtu d'un costume en forme de poisson. Période néo-assyrienne, British Museum.

Adapa (Adaba, dans les versions sumériennes) est présenté dans le fragment A comme un initié doté d’une incroyable intelligence et pourtant humain et mortel : . Originaire d’Eridu, il tient le rôle de « fils » d’Ea choisi parmi le peuple. Habile et le plus sage d'entre les Anunnaki, il accomplit les rites du temple d'Eridu : préparer la nourriture et les boissons, arranger la table du culte et pêcher dans le golfe Persique. Mais, cette description des fonctions du personnage d'Adapa est notamment contestée par le chercheur Philippe Talon pour qui Adapa n'est, au début de l'histoire, que le portier d'Eridu alors que la qualité d'Anunnaki préparateur des rites est attribuée au dieu Ea.

La figure d'Adapa apparaît également dans de nombreuses sources en dehors de la littérature mythique (lettres, monuments royaux, incantations…). Elles datent pour la plupart du et Adapa y est généralement décrit comme un exorciste ou un sage. Son nom est souvent utilisé comme épithète pour qualifier une personne très intelligente. Ces textes le rattachent à l'ancienne tradition d'Uruk des sept sages antédiluviens et, plus particulièrement, au premier sous le nom plus complet de , un être hybride mi-homme, mi-poisson, identifié par Bérose comme Oannès. Adapa est le prototype du sage qui transmet à l'humanité les techniques civilisatrices élaborées par son maître Enki/Ea. Il est connu comme le premier prêtre d'Eridu, la ville d'Ea, où, à l'aide de sa magie, de sa médecine et de ses connaissances, il délivre les hommes de la maladie. Adapa pourrait également être assimilé au septième apkallu, , voulant dire « Né de l'Apsû », l'Apsû étant le lieu d'origine du dieu Enki/Éa.

Cependant, pour plusieurs chercheurs comme Antoine Cavigneaux ou Shlomo Izreʾel, les origines du personnage d'Adapa restent encore très incertaines. Adapa ne semble pas se rattacher directement à la tradition d'Uruk et à cette liste des sages. Il n'y apparaît pas formellement et ce qu'il reste de la version de Me-Turan n'y fait pas allusion. Cette tradition des sept sages étant très ancrée en Mésopotamie jusqu'au , le personnage d'Adapa apparaît plutôt comme en contradiction avec celle-ci. Il semble donc que le rattachement du personnage d'Adapa à l'un des sept apkallus originels ne se soit produit que très tardivement. Adapa pourrait même appartenir à une théologie spécifique à la ville d'Eridu où les prêtres officiaient habillés d'un costume de poisson, s'opposant à la tradition officielle de Nippur.

Enki/Ea

Dieu des eaux douces souterraines (l'Apsû) Enki (Ea en akkadien) commence à vivre dans les eaux d'Apsû avant même que les êtres humains voient le jour. Sa femme Ninhursag, sa mère Nammu et une variété de créatures subordonnées y résident également. Son principal sanctuaire est l'Eabsû (« Maison de l'Apsû »).

Patron des arts et des techniques, il est le dieu civilisateur et ordonnateur du Monde. Il est le maître des « Me » qu'il garde dans sa ville, Eridu. C'est, d'ailleurs Inanna qui, dans le mythe d'Inanna et Enki, lui en dérobe une partie. Il instruit les hommes, par l'intermédiaire des apkallu et d'Adapa. Ingénieux et intelligent, il se rend indispensable aux autres dieux par la résolution des problèmes les plus ardus : dans Nergal et Ereshkigal, il aide Nergal à réparer l'affront dont ce dernier s'est rendu coupable auprès d'Ereshkigal, dans l’Épopée de la Création, il sauve les jeunes dieux de la colère de l'Apsû, et il ressuscite Inanna morte dans les Enfers. Tous ces actes font qu'Enki se révèle ordinairement comme le protecteur des hommes, alors que la tradition fait des autres dieux la source des problèmes qui affligent les humains.