Martin Bucer (ou Butzer), né le à Sélestat et mort le à Cambridge, est un théologien et un réformateur protestant alsacien. Il est à l'origine de la confirmation protestante.

Humaniste et théologien original, Martin Bucer est l'une des figures de proue de la Réforme protestante au , même s'il n'a pas bénéficié de la postérité d'un Luther, d'un Zwingli ou d'un Calvin. Grand admirateur de Luther, Bucer est présent à la dispute de Heidelberg en 1518, ainsi qu'à la plupart des grandes discussions théologiques du Saint-Empire romain germanique, jusqu'à la diète d'Augsbourg de 1548. Progressivement, il est devenu le chef de l'Église strasbourgeoise, où il œuvre de 1523 à 1549. C'est avec ce statut qu'il rédige la Confession tétrapolitaine, c'est-à-dire la confession de foi de Strasbourg, Memmingen, Constance et Lindau. Sa vie est marquée par les efforts de réconciliation, souvent vains, qu'il déploya entre Luther et Zwingli, faisant de lui le réformateur à la fois le plus conciliateur de son temps, mais aussi le plus voyageur (il a effectué plus d'une quarantaine de voyages afin de convaincre les différents tenants de la Réforme).

Malgré sa passion de l'unité des chrétiens et ses talents de médiateur, il est obligé de fuir Strasbourg à cause de son rejet de l'Intérim de Charles Quint et de passer la fin de sa vie en exil en Angleterre. Son type d'Église ne survit pas à son départ, la Tétrapolitaine étant abandonnée quelques années plus tard.

Biographie Jeunesse vignette|Le couvent des Dominicains à Heidelberg - Coll. Kurpfälzisches Museum Heidelberg.

Martin Bucer naît au sein d'une modeste famille de Sélestat, au 7 impasse Plobmann. Il est le fils de Claus Bucer, tonnelier, et d'Eva N., qui a été pendant quelque temps sage-femme si l'on en croit la tradition. Cependant, il est surtout élevé par son grand-père, également tonnelier.. En effet, le père quitte définitivement Sélestat en 1501, peut-être même avec son épouse (dont on ne sait quasiment rien).. Sa présence est attestée à Strasbourg en 1508, année durant laquelle il acquit le droit de bourgeoisie. Martin Bucer, quant à lui, entre en 1506-1507 au couvent dominicain de Sélestat, puis il est envoyé à celui de Heidelberg, où il est immatriculé à l'université en 1517. Il séjourne aussi régulièrement à Mayence.. Il se consacre alors à l'étude de la scolastique médiévale (de Thomas d'Aquin essentiellement), ainsi qu'à la lecture des ouvrages des humanistes. Il fait sien le programme d'Érasme, qui veut renouveler le christianisme par le retour à ses sources et par la simplification des institutions, des doctrines et des rites.

vignette|gauche|upright=0.8|Franz von Sickingen, le protecteur de Martin Bucer au début de la Réforme.

À la fin du mois d', Bucer assiste à la dispute que tient dans la ville Martin Luther. Fasciné par son discours, il lui demande une entrevue. Dès lors, il devient un fidèle partisan des idées de ce frère augustin dissident. Cela ne lui cause tout d'abord pas de tort, les dirigeants de l'Université étant favorables à l'humanisme chrétien. Il en profite pour perfectionner sa connaissance du grec et de l'hébreu. Il commence également à correspondre avec des humanistes et des théologiens évangéliques comme Beatus Rhenanus, Wolfgang Capiton ou Ulrich von Hutten. Il est apprécié pour ses performances dialectiques, son excellente mémoire et sa rapidité de réplique lors des disputes religieuses..

Cependant, il devient rapidement suspect aux yeux de l'Inquisition. Il est obligé de fuir Heidelberg au début de l'année 1521. Il trouve tout d'abord refuge à Spire où se trouvent plusieurs de ses amis. Il se rend ensuite auprès du chevalier Franz von Sickingen et de Hutten à l'Ebernburg. Il conseille à Luther de venir les rejoindre au lieu de se rendre à la diète de Worms, mais celui-ci refuse. C'est à cette époque qu'il aurait écrit deux pamphlets anonymes, le Neu Karsthans et Ein schöner dialogus und gesprech zwischen eim pfarrer und ein schultheiss, même si cette hypothèse reste controversée.

Entretemps, il obtient un bref pontifical qui lui permet de se faire dispenser de ses vœux monastiques. Il se met alors au service du comte palatin Frédéric (le futur électeur Frédéric II) en tant que chapelain, malgré les mises en garde de ses amis.. Il le suit notamment à Nuremberg, où il prend contact avec les humanistes et les évangéliques de la ville. Il accepte ensuite la cure que lui propose Sickingen à Landstuhl, où il rencontre Élisabeth Silbereisen, une ancienne nonne de Lobbach.. Bravant les interdits, il se marie avec elle durant l'été 1522 et devient ainsi l'un des tout premiers prêtres mariés.

À l'automne 1522, le jeune couple quitte en catastrophe Landstuhl à la suite de la défaite de Sickingen à Trèves. Bucer pense alors pouvoir reprendre ses études, cette fois-ci à Wittemberg., mais il est retenu à Wissembourg par le curé de la paroisse Saint-Jean, Henri Motherer. Il y prêche de à , malgré les citations à comparaître devant l'évêque de Spire. Ce dernier, irrité par l'attitude de Bucer, l'excommunie. Les Wissembourgeois demandent à Motherer, Bucer et à leurs épouses de partir en cachette, par peur des représailles des princes coalisés après l'écrasement définitif de la rébellion menée par Sickingen, ce dernier ayant été tué. Ils décident alors de trouver refuge dans une ville alliée, StrasbourgMartin Greschat, , dans Église Saint-Thomas, Martin Bucer, Strasbourg et l'Europe. Exposition à l'occasion du de la mort du réformateur strasbourgeois Martin Bucer, Strasbourg, Église Saint-Thomas, 1991, ..

Le réformateur de Strasbourg Des débuts difficiles vignette|upright=0.9|Matthieu Zell, le premier réformateur de Strasbourg, chez qui Bucer trouve refuge en 1523.

Lorsque Bucer arrive en à Strasbourg, il est sans le sou et sa femme est enceinte. Le couple loge essentiellement chez le père de Bucer qui, en tant que bourgeois, peut lui apporter une certaine protection. Bucer est également accueilli par Matthieu Zell, curé de la chapelle Saint-Laurent de la cathédrale Notre-Dame et initiateur de la Réforme au sein de Strasbourg. Ce dernier aide Bucer à s'installer et à gagner sa vie, en lui proposant de donner des cours bibliques semi-publics et de l'aider au sein de sa paroisse. C'est également grâce à une initiative de Zell qu'il commence à pouvoir prêcher, celui-ci lui laissant de temps en temps sa chaireMichel Weyer, , dans Christian Krieger, Marc Lienhard (éd.), Martin Bucer and sixteenth century Europe. Actes du colloque de Strasbourg (28-31 août 1991), vol. 1, Leyde – New-York – Cologne, E.J. Brill, 1991, .. L'amitié entre les deux hommes est telle que c'est à Bucer que Zell demande la bénédiction de son union avec Catherine Schutz. Il continue parallèlement à développer sa propre pensée théologique, en publiant trois ouvrages durant l'été 1523, dont le premier (Das ym selbs niemant, sonder anderen leben soll ou Traité de l'amour du prochain) élabore déjà un programme de la Réforme strasbourgeoise, axé principalement sur un christianisme de la pratique.

À partir de 1524, la situation des Bucer s'améliore. Tout d'abord élu prédicateur de la paroisse Sainte-Aurélie, Martin Bucer en devint le pasteur dès le mois d'août. De ce fait, il peut enfin participer activement à l'élaboration du nouveau culte évangélique. Il est chargé par les autres réformateurs d'en dresser le tableau justificatif dans le Grund und ursach aus gotlicher schrifft der neuwerungen. Afin de propager la nouvelle doctrine, il entreprend de traduire de l'allemand vers le latin des cycles de sermons de Luther.

En 1525, la Guerre des paysans éclate. Bucer, Capiton et Zell essayent, sans succès, de détourner les révoltés de leurs actions violentes.. En réaction à ce soulèvement dans les campagnes, les messes sont momentanément supprimées à Strasbourg, à l'exception de celles données dans les quatre églises principales. Dans un même temps, les querelles deviennent de plus en plus vives entre partisans de Luther et de Zwingli, ce qui désespère Bucer qui correspond avec des membres des deux camps. Il multiplie donc les prises de contact afin de trouver une solution pour conserver l'unité du mouvement évangélique. Cependant, c'est là aussi un échec, étant donné qu'il est finalement lui-même mêlé aux dissensions en publiant des traductions de Luther qui reflètent plutôt sa propre vision de l'eucharistie, proche de Zwingli, que celle du réformateur allemand.. Les Wittenbourgeois, outrés, réagirent publiquement et Bucer se voit dans l'obligation de défendre sa supercherie dans une Apologia. La situation continue à se dégrader à l'intérieur même des murs de Strasbourg, avec la progression des différents courants de la Réforme radicale, en particulier des anabaptistes et des spiritualistes, ce qui apporte là aussi la discorde sur la constitution de la nouvelle Église. Bucer monte en lice contre eux dans Getreue Warnung, qu'il publie dès 1527, et dans son premier Commentaire de l'Épître aux Éphésiens.

Bucer, chef de l'Église strasbourgeoise vignette|gauche|upright=0.8|Portrait de Bucer datant du .

Dans les différents conflits qui agitent le développement de la Réforme, Bucer s'impose progressivement comme le porte-parole du mouvement évangélique strasbourgeois, à la fois vis-à-vis des autorités municipales, des représentants de l'Église catholique (comme Thomas Murner) et des mouvements radicaux dissidents. En , il fait son entrée avec Capiton sur la scène européenne, en participant à la dispute de Berne qui aboutit au passage à la Réforme de ce puissant canton suisse. Il y trouve de nouveaux appuis, comme le réformateur de Constance, Ambroise Blaurer, qui devient son principal confident. Il poursuit ses efforts quant à une politique d'alliance entre les évangéliques avec de plus en plus d'assurance, proposant une Vergleichung (littéralement une ) entre Luther et Zwingli en 1529. C'est également en 1529 qu'il publie, sous le nom d'Aretius Felinus, afin de dérouter l'Inquisition, un Commentaire des Psaumes.. Le dédiant au Dauphin de France, il s'y présente comme un théologien français et y fait état de ses connaissances en exégèse rabbinique.