Le génocide de Srebrenica, également appelé massacre de Srebrenica., est un meurtre de masse de plus de et enfants musulmans bosniaques perpétré dans la région de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, au mois de , au cours de la guerre de Bosnie-Herzégovine.
Ces tueries ont été perpétrées par des unités de l'armée de la république serbe de Bosnie (VRS) sous le commandement du général Ratko Mladić, appuyées par une unité paramilitaire de Serbie, les Scorpions..., dans une ville déclarée « zone de sécurité » par l'Organisation des Nations unies (ONU). Celle-ci y maintenait une force d'environ 400 Casques bleus néerlandais, présents dans la région de Srebrenica au moment du massacrele TPIY se souvient : Le génocide de Srebrenica .. En , les Pays-Bas ont été jugés partiellement responsables car leurs forces n'ont pas protégé les civils dans cette zone et ont autorisé la séparation des hommes et des femmes, après quoi les hommes ont été exécutés et les femmes expulsées...
Ce crime est considéré comme le « pire massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale »Par exemple, dans les journaux suivants : Le Point, Ouest France, L'Express, Le Figaro, Libération.. Il est qualifié de génocide par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) et la Cour internationale de justice à plusieurs reprises...
En 2005, la Chambre des représentants des États-Unis a pris position en faveur de l'hommage solennel aux victimes du génocide en Bosnie-Herzégovine. Elle a également appelé l'ONU à reconnaître sa part de responsabilité dans le génocide de Srebrenica, soulignant son incapacité à prendre des mesures adéquates pour empêcher de tels événements de se reproduire.
Le , le Parlement européen a adopté une résolution rendant hommage aux victimes du génocide de Srebrenica. Cette résolution condamne sans équivoque le génocide, réaffirme l'engagement à prévenir toute répétition de telles atrocités, et rejette fermement toute tentative de nier, de minimiser ou de déformer la réalité de ce génocide..
Le programme officiel de l'Éducation nationale en France utilise également le terme de génocide pour ce crimehttps://cache.media.education.gouv.fr/file/42/57/5/4855_annexe1_280575.pdf.. Celle-ci est cependant contestée par certains historiens spécialisés, ainsi que par beaucoup de Serbes..
En 2021, le Haut représentant de l'Union européenne a réitéré la reconnaissance du massacre de Srebrenica en tant que génocide. Il a toutefois souligné qu'une tendance à nier ce génocide persiste encore et a affirmé : . Le , le porte-parole de l'UE a également mis en garde : .
Des experts onusiens considèrent que ce génocide appartient à une vaste campagne de « nettoyage ethnique » en Bosnie multiculturelle., mise en œuvre par les Serbes dans le but de créer un territoire « ethniquement pur » et le joindre à la Serbie. C’est le plan de création d'une « Grande Serbie ».., idéologie qui apparaît en 1844 (Ilija Garašanin) et qui est toujours actuelle. vignette|280px|Mémorial de Srebrenica-Potočari et le cimetière des victimes du génocide. Le de chaque année, des dizaines de milliers de personnes se retrouvent au mémorial de Potočari, créé en mémoire des victimes.
Cette journée a été proclamée « Journée internationale de réflexion et de commémoration du génocide commis à Srebrenica » lors d'un vote à l'ONU le .
En 2024, l'identification et la ré-inhumation des corps se poursuivent, car toutes les victimes n'ont pas été retrouvées et de nombreux auteurs et commanditaires de ces crimes n'ont pas encore été traduits en justice.
Devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) et la justice de Bosnie-Herzégovine, une quinzaine de personnes ont été reconnues coupables de génocide, parmi lesquelles les dirigeants politiques et militaires de l’entité république serbe de Bosnie, Radovan Karadžić et Ratko Mladić.
Chronologie Contexte Après l'effondrement de la république fédérative socialiste de Yougoslavie et les guerres qui s’ensuivirent, l'Armée populaire yougoslave (JNA), des Chetniks de Šešelj de Serbie, des unités spéciales serbes comme la Garde des volontaires serbes, ainsi que des groupes paramilitaires locaux serbes, ont commencé à mettre en œuvre en Croatie et en Bosnie le plan de Slobodan Milošević visant à créer une Grande Serbie englobant tous les territoires habités par des Serbes. La république serbe de Krajina en Croatie et la république serbe de Bosnie se sont autoproclamées et ont entamé leur rattachement à la Serbie. En Bosnie, de nombreuses villes et régions à majorité bosniaque devaient être intégrées dans la République des Serbes de Bosnie, entraînant l'expulsion forcée des Bosniaques de ces territoires. Ainsi commença la prise de contrôle de vastes zones de la Bosnie orientale, où les Bosniaques constituaient la population principale mais que les Serbes considéraient comme partie intégrante de leur nouvel État, menant à une campagne de nettoyage ethnique contre les Bosniaques (« Musulmans ») dans la région. Le nettoyage ethnique, qui est une forme de génocide, n’était pas un sous-produit involontaire de la guerre, mais une politique planifiée menée par l’establishment serbe en Serbie et en Bosnie-Herzégovine dans le cadre d’une stratégie plus large visant à créer une Grande Serbie. Cette campagne est documentée par des milliers de témoignages de témoins oculaires et des rapports d’organisations internationales. En , avant la formation de l'Armée de la république de Bosnie-Herzégovine en tant que seule force militaire régulière, de nombreuses villes à majorité bosniaque ont été occupées sans qu'une population non armée puisse y opposer une résistance significative. Dans les villes de l'est de la Bosnie occupées par la JNA et des paramilitaires serbes, telles que Zvornik, Višegrad, Bijeljina, Vlasenica, Rogatica et Foča, des massacres, des viols, des destructions de biens et des expulsions forcées de milliers de Bosniaques ont commencé. Des milliers de civils musulmans expulsés des villes et villages ont fui vers quelques enclaves isolées telles que Srebrenica, Žepa et Goražde, qui ont réussi à repousser l'attaque initiale des forces serbes. Ces enclaves devaient être éliminées afin de créer un territoire serbe homogène dans la vallée de la rivière Drina, puis de l'unir à la Serbie, effaçant ainsi la frontière que la rivière Drina formait depuis des siècles entre la Serbie et la Bosnie. Conformément à cet objectif, les forces serbes ont progressivement renforcé l'isolement de l'enclave de Srebrenica.
vignette|Srebrenica. Dès , l'Armée populaire yougoslave (JNA) positionne des pièces d'artillerie à chaque point stratégique sur les hauteurs entourant Srebrenica, redéployant également de nombreuses unités, retirées de la Croatie, dans la région située au bord de la rivière Drina, près de la frontière avec la Serbie. Le , les forces serbes prennent la ville de Zvornik, isolant ainsi Srebrenica de Tuzla. Le , elles s'emparent de Skelani, au sud-est de Srebrenica, et mettent en place des postes de contrôle sur la route de Srebrenica. Beaucoup de Serbes des régions périphériques et des villages ont rejoint les forces paramilitaires serbes et, avec l'aide de la JNA qui leur fournissait armes et munitions, ont parfois participé directement aux attaques, pillant et détruisant les maisons bosniaques.
Le , les paramilitaires tchetniks de Šešelj, les unités spéciales d'Arkan et l'Armée populaire yougoslave (JNA) arrivent de Serbie dans la région de Bratunac, majoritairement peuplée de musulmans. En collaboration avec les Serbes de Bosnie, ils occupent la ville de Bratunac et les villages de sa municipalité, où ils expulsent, pillent et massacrent les civils musulmans. Comme lors du massacre de Glogova, où ont été tuées, environ ont été expulsés et leurs maisons incendiées.
Après la prise de Bratunac, les forces serbes lancent leur attaque sur Srebrenica le : environ d'artillerie sont tirés sur la ville et les villages bosniaques environnants. Ils ne rencontrent aucune résistance. Le jour même, les Serbes entrent dans la ville, où ils commencent à piller les biens, incendier les maisons et tuer les habitants qui, en raison de maladie ou de leur grand âge, ne sont pas en mesure de s'échapper dans les bois environnants. La plus jeune victime était un bébé âgé de , Nezir Suljić.
Le , des formations militaires serbes essaient de pénétrer à Potočari, un village bosniaque près de Srebrenica. Elles sont interceptées par un groupe de villageois bosniaques armés de fusils de chasse ayant à sa tête Naser Orić. Les villageois ont mis en place une embuscade et ont tué quatre agresseurs qui appartenaient à une unité paramilitaire, les Garde des volontaires serbes (« Tigres d'Arkan »).
Les forces serbes se retirent de Srebrenica après la mort de leur chef, Goran Zekić, tué dans une embuscade le . Zekić avait été l'un des principaux organisateurs de la purification ethnique de la population bosniaque de Srebrenica et de Bratunac. Après sa mort, les Bosniaques peuvent retourner dans leur ville détruite et commencent à organiser une défense.
En , après la reconnaissance internationale de la Bosnie en tant qu'État indépendant et la formation de l'Armée de la république de Bosnie-Herzégovine (ARBiH), l’Armée populaire yougoslave (JNA) est devenue une armée d'occupation étrangère dans ces régions. Pour éviter les critiques internationales, elle a été scindée en deux : l'armée de la république serbe de Bosnie (VRS) en Bosnie et l'Armée de Yougoslavie (VJ) en Serbie. Cette réorganisation a permis à Milošević de poursuivre ses objectifs avec les mêmes forces, mais sous des noms différents. Les forces serbes, désormais regroupées sous le nom de VRS, comprenaient l'ancienne JNA ainsi que des milices et des unités paramilitaires de Serbie et de Bosnie, toutes armées et soutenues par la VJ de Serbie. Ces forces étaient illégales en Bosnie, la seule armée légitime étant l'ARBiH.
Siège de la ville Cependant, bien que Srebrenica ait été libérée, la ville reste assiégée, totalement isolée et coupée des territoires contrôlés par la République de Bosnie-Herzégovine. Les forces serbes poursuivent leurs bombardements réguliers depuis la Serbie, utilisant des positions sur le mont Tara, où se situe le centre de formation des unités spéciales du ministère de l'Intérieur (MUP) de Serbie. Dans l'affaire « Naser Orić », le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie a conclu : « D’ à , les Serbes ont soumis la ville de Srebrenica et les villages situés en territoire musulman à de multiples offensives, notamment à des attaques d’artillerie, des tirs isolés et, occasionnellement, à des bombardements aériens. Ces attaques suivaient toutes le même schéma. Des soldats et des paramilitaires serbes investissaient un village ou hameau musulman, appelaient la population à rendre les armes, puis commençaient à bombarder et à tirer sans discrimination. Dans la plupart des cas, ils entraient ensuite dans le village ou le hameau, chassaient ou tuaient les habitants, qui n’offraient que peu de résistance, et détruisaient leurs maisons. À cette époque, Srebrenica était chaque jour et de toutes parts la cible de bombardements indiscriminés. C’était surtout le village de Potočari, maillon stratégique de la ligne de défense autour de Srebrenica, qui essuyait les attaques quotidiennes de l’artillerie et de l’infanterie serbes. Par ailleurs, d’autres villages musulmans étaient systématiquement attaqués. Ces opérations ont jeté un grand nombre de réfugiés sur les routes et fait beaucoup de victimes. ».