La Durance est une rivière du Sud-Est de la France se jetant dans le Rhône, dont elle est le deuxième affluent après la Saône pour la longueur et le troisième après la Saône et l’Isère pour le débit. Longue de , la Durance est la plus importante rivière de Provence.

Rivière dite « capricieuse », autrefois redoutée pour ses crues, elle a été soumise à un effort continu d'aménagement, en particulier depuis le , à des fins hydrauliques (approvisionnement en eau potable de Marseille et des villes alentour), agricole (irrigation de de cultures, responsable de prélèvements pouvant aller jusqu'à d'eau dans la rivièreR. Muller-Feuga, P. Ruby, « Alimentation artificielle de la nappe des alluvions de la Basse-Durance », La Houille Blanche, , avril 1965, pp. 261-267 (résumé., souvent au moment de l'étiage) et hydroélectriques (avec le Verdon, de kWh produits par an).

Hydronymie vignette|Le cours de la Durance sur une carte anglaise de la Provence médiévale.

Le nom occitan (vivaro-alpin, provençal) est Durença selon la norme classique ou bien Durènço selon la norme mistralienne.

La Durance est documentée sous les formes anciennes Druentia (), Drouentios potamos (en grec), Durantia (854, 1271) ou Durentia (1127). Les formes classiques sont probablement des altérations de *Dūrantia, basé sur l'hydronyme dur- ou dru- que l'on retrouve dans le nom de nombreuses rivières des Alpes occidentales (Doire en Italie, Dranse en Haute-Savoie, Drac, Drôme), Durensola, associé au suffixe locatif -antia. Toutes ces rivières prennent leur source en haute montagne, et ont un cours torrentiel.

La haute Durance est un torrent bien plus faible que ses affluents la Clarée et la Guisane, qui s’effacent pourtant devant elle. Si le nom de Durance est prépondérant sur ceux de ces deux torrents, c’est probablement que la vallée de la Durance est une voie de communication importante et ancienne, alors que celles de la Clarée et de la Guisane sont des culs-de-sac.

Géographie

Source

vignette|Sources de la Durance.

La Durance prend ses sources vers d'altitude, au pré de Gondran, sur les pentes du sommet des Anges. Les sources se trouvent en contrebas de l’ancien fort du Gondran, sur la commune de Montgenèvre., dans le département français des Hautes-Alpes, près de la frontière italienne. Elle se jette dans le Rhône à quelques kilomètres au sud-ouest d'Avignon, entre le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône dont elle matérialise la limite.

Son affluent qui constitue le système le plus long, la Clarée, prend sa source sur les pentes du mont Thabor (), au lac de la Clarée située juste sous le seuil des Rochilles, à d’altitude, également dans les Hautes-Alpes. Elle emprunte la vallée de la Clarée et, après un cours de , rejoint la Durance (qui est longue de à ce moment-là et a un débit inférieur).

Géologie

Il y a d'années, pendant le Miocène, la Durance bifurquait vers le sud entre la chaîne des Côtes et les Alpilles, passait le seuil de Lamanon, et allait se jeter directement dans la Méditerranée, faisant un large delta dont l'étang de Berre et la Crau sont des restes. Cet itinéraire est d'ailleurs grosso modo celui emprunté aujourd'hui par le grand canal EDF, qui s'éloigne de la Durance à Mallemort et se jette dans l'étang de Berre.

Pendant la glaciation de Riss, la Durance prenait sa source aux environs de Sisteron, où se terminait la calotte glaciaire recouvrant les Alpes. C’est également pendant cette période que la Durance modifie son cours aval.

Au plus fort de la glaciation du Würm (il y a environ ), l'érosion, facilitée par des mouvements tectoniques qui soulèvent les rochesPierre Thomas 2009., ouvre le pertuis d'Orgon qui capte alors la Durance. Elle ne se déverse plus dans la plaine de la Crau mais dans le Rhône, au sud d'Avignon. Cette « capture » de la Durance est également facilitée par les dépôts de ses propres alluvions qui se sont déposées à l'entrée du seuil de Lamanon et qui entravent son écoulement.

Les différents épisodes glaciaires ont entraîné la formation de terrasses : le glacier qui descendait jusqu’à Sisteron pendant la glaciation de Riss a créé une terrasse qui domine le cours de la Durance de environ. Pendant la glaciation de Würm, deux terrasses se sont formées, environ au-dessus du lit actuel. Par endroits, on trouve encore une ou deux terrasses postglaciaires (de l'Holocène, donc formées il y a moins de ). .

À cette période, la Durance se jetait dans le Rhône, non pas en aval mais en amont d'Avignon. Son cours partait de Cheval-Blanc pour se diriger vers Vedène, coupant le lit de la Sorgue et rejoignait le fleuve au nord du rocher des Doms. Cela a été mis en évidence par des forages à Saint-Saturnin-lès-Avignon, Jonquerettes et Entraigues-sur-la-Sorgue qui ont révélé un épandage alluvial typiquement durancien sur plusieurs mètres d'épaisseur dans toute la plaine de la Sorgue.

Entre Sisteron et Volonne, la Durance s’écoule dans une vallée de roches calcaires, de grès et de marnes datant du Crétacé. Au confluent de la Bléone, on trouve de larges nappes alluviales du quaternaire, dont les alluvions les plus anciennes sont cimentées par du carbonate de calcium.

Dans la vallée moyenne de la Durance, quatre couches de sédiments se superposent: une nappe alluviale grossière et liée, d’environ d’épaisseur, datant de la glaciation de Riss ; une couche de limons de d’épaisseur environ, datant de la même époque ; un paléosol, parfois recouvert de graviers apportés par des ruissellements torrentiels ; une couche de colluvions superficielle.

Hydrographie

Le module à Saint-Paul-lès-Durance est de . pour un bassin versant de et à d'altitude, soit 82 % du bassin total de .

De sa source au pied du sommet des Anges, à , au sud du Montgenèvre, jusqu’au confluent avec le Rhône, la Durance parcourt . Toutefois, le plus long cours est tracé par le système Clarée-Durance et a une longueur de .. L'originalité du cours est sa pente, de sur ses kilomètres, puis de jusqu’au confluent avec la Gyronde, et encore près de jusqu’au confluent de l’Ubaye. Cette pente reste relativement élevée dans la partie inférieure : environ 0,33 % dans son cours moyen (jusqu’au pont de Mirabeau), puis encore 0,237 % dans son cours inférieurGuy Barruol, « La Durance dans l’Antiquité et au Moyen Âge », in ..

Pour comparaison, à environ de la source, l'Isère coule à d'altitude et la Durance à . Ce fait contribue partiellement au caractère torrentiel de la rivière, y compris dans le cours inférieur. Le dénivelé de la Durance de sa source à Mirabeau est de , et de environ au confluent avec le Rhône.

vignette|centre|upright=2.5|Confluence avec le Rhône. vignette|centre|upright=3.2|Profil de la Durance.

Départements et principales villes arrosés vignette|À quelques kilomètres de sa source, la Durance passe sous le pont d'Asfeld à Briançon ; vue en direction de la vallée de la Clarée au nord du département des Hautes-Alpes. La Durance ne traverse que deux départements : les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence. Elle sert de limite administrative entre ceux de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône, et fait une brève incursion dans le Var : de sa source jusqu'au lac de Serre-Ponçon (environ ), la Durance coule dans le département des Hautes-Alpes ; de son confluent avec l'Ubaye jusqu'à son confluent avec le Sasse en amont de Sisteron (environ ), elle fait limite entre les Hautes-Alpes et les Alpes-de-Haute-Provence ; de son confluent avec le Sasse jusqu'à un kilomètre avant son confluent avec le Verdon (environ ), elle traverse le département des Alpes-de-Haute-Provence ; sur ce dernier kilomètre elle sépare le département de Vaucluse de celui du Var ; de son confluent avec le Verdon jusqu'à son confluent avec le Rhône (environ ), elle sert de limite entre les départements de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône. La Durance est ainsi sur la moitié de son parcours une limite entre départements, ce qui illustre son caractère de rivière difficilement franchissable.

Son bassin versant inclut : la totalité des départements des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence, à l'exception du canton de la Grave, du Champsaur, du canton de Rosans, de la commune de Soleilhas, et des cantons d'Annot et Entrevaux ; la moitié environ du département de Vaucluse (approximativement l'arrondissement d'Apt) ; quelques communes dans les départements de la Drôme (Lus-la-Croix-Haute), du Var (tout le canton de Comps-sur-Artuby, la majeure partie du canton de Rians) et des Alpes-Maritimes (Valderoure et Séranon), « enclaves » explicables par des questions de découpage non topographique des départements ; les communes des Bouches-du-Rhône riveraines de la Durance. Ce dernier point mérite d'être souligné. Aucun cours d'eau important ne draine le nord du département des Bouches-du-Rhône. De Jouques à la Roque-d'Anthéron, ainsi qu'autour d'Orgon, des collines proches bordent la Durance ; ailleurs, il s'agit de plaines alluviales, anciennement à l'état de marais, où la circulation des eaux est assurée essentiellement par les canaux.

La Durance arrose (ou longe) dans cinq départements. Les villes qui la bordent sont installées de manière à se protéger des inondations : sur le cours supérieur, plutôt encaissé, elles sont installées sur des avancées rocheuses dominant la rivière (Briançon, Embrun, Sisteron) ; sur le cours inférieur, plus large, elles sont en retrait au pied des collines (Manosque, Pertuis, Cavaillon, Châteaurenard). Seul Avignon est en plaine, et doit d'ailleurs aujourd'hui encore se protéger des grandes crues de la Durance.

De la source à Serre-Ponçon : la Haute-Durance

vignette|droite|La Durance est encore un torrent à l'approche de la retenue de Serre-Ponçon. vignette|gauche|La Durance entre le lac de Serre-Ponçon et la Roche-de-Rame.

Jusqu'au lac de Serre-Ponçon, la Durance draine une vallée plus ou moins large entourée des hautes montagnes du massif cristallin du Pelvoux. C'est une rivière alpine au régime nival, avec des hautes eaux en juin et un débit soutenu même en été. Le torrent du Montgenèvre se jette dans la Clarée, traverse Briançon puis reçoit la Guisane. On appelle alors « Malafosse » la section située entre Le Fournel et Briançon. Il se dirige alors vers le sud et reçoit les eaux de la Gyronde (torrent glaciaire des Écrins) à L'Argentière-la-Bessée. Son cours s'infléchit vers le sud-sud-est jusqu'au confluent avec le Guil en dessous de Guillestre et Mont-Dauphin, puis repart vers le sud-sud-ouest et se jette dans le lac de Serre-Ponçon un peu en aval d'Embrun. Le confluent avec l'Ubaye a été noyé lors du remplissage du lac.

De Serre-Ponçon à la clue de Mirabeau : la Moyenne-Durance

vignette|gauche|Vallée de la Durance au niveau de la commune des Mées, avec au second plan la partie nord du plateau de Valensole et en arrière-plan le Mourre de Chanier. On voit le canal EDF, mince ligne blanche à la limite entre les plus hautes terrasses cultivées et la base des collines. vignette|droite|La Durance à la sortie du lac de Serre-Ponçon. vignette|gauche|La Durance depuis le belvédère de Ganagobie.

La moyenne Durance coule dans un paysage qui change radicalement, car les montagnes s’adoucissent et des plateaux de plus en plus vastes les remplacent. Le lit lui-même redevient encaissé, creusant dans les terrasses alentour un sillon de quelques mètres à quelques dizaines de mètres de profondeur. Ici, le régime de la Durance devient méditerranéen : crues provoquées par les pluies automnales, étiages sévères en été. Juste avant la clue de Sisteron, la Durance conflue avec le Buëch, qui a récupéré les eaux du canal EDF. De nombreux affluents mineurs au régime pluvial se déversent également près de Sisteron (Sasse, Jabron, Vançon).

Comme plus en amont, la Durance reste entourée de collines ou de plateaux, mais la vallée s’élargit en une plaine alluviale de plusieurs kilomètres de largeur ( à Manosque), aménagée avec le développement d’une agriculture moderne et la construction de l'autoroute A51.