Le Paglia Orba est un navire mixte appartenant à la compagnie française Corsica Linea. Construit de 1992 à 1994 aux Ateliers et chantiers du Havre pour la SNCM, il est nommé d'après un sommet corse, la Paglia Orba. Il est affecté depuis au transport de fret et de passagers entre Marseille et la Corse, tout d'abord sous les couleurs de la SNCM puis de Corsica Linea à partir de 2016. D'abord employé sur les lignes de la délégation de service public (DSP), il connaît depuis les années 2020 une utilisation plus polyvalente en étant principalement positionné sur des rotations complémentaires vers la Corse au printemps et en été.

Histoire Origines et construction Au début des années 1990, une étude menée par l'Observatoire régional des transports de la Corse parvient au constat que la flotte de cargos assurant le transport de marchandises entre le continent et la Corse ne sera plus en mesure d'assurer la bonne fluidité du trafic à l'horizon 1993-1994. La Société nationale maritime Corse-Méditerranée (SNCM) et la Compagnie méridionale de navigation (CMN) sont donc invitées à pourvoir au remplacement d'un navire de leur flotte par une unité plus importante afin d'anticiper l'augmentation du trafic fretSNCM, De la Corse au Maghreb, A. Lepigeon (2016). Conformément à la convention particulière signée avec l'État pour l'exploitation des lignes maritimes entre le continent et la Corse, renouvelée le et couvrant la période 1991-1995, la SNCM a pour obligation de remplacer le Monte Rotondo par une nouvelle unité ayant une capacité de roulage de dont la mise en service est envisagée pour , peu de temps après celle d'une unité semblable par la CMN. Ce programme de flotte est alors nécessaire, faute de quoi les deux armateurs se retrouveraient dans l'incapacité de répondre à leurs obligations, ce qui entraînerait une réduction des subventions. Dans l'optique d'obtenir des prix plus avantageux, la SNCM et la CMN lancent le un appel d'offres commun pour la construction de deux navires identiques auquel répondent quatre chantiers. Ainsi, le sud-coréen Samsung Heavy Industries, le finlandais Aker Finnyards et les Chantiers de l'Atlantique proposent la réalisation simultanée des deux navires tandis que les Ateliers et chantiers du Havre se proposent de construire une des deux unités, son plan de charge ne lui permettant pas de s'aligner sur ses concurrents. Si dans un premier temps l'offre des chantiers Aker Finnyards apparaît comme la plus intéressante en raison de leur coût moins élevé, l'État interviendra cependant afin de soutenir la construction navale française en crise. Dans les limites autorisées par la Commission européenne, des subventions supplémentaires seront versées afin que le futur navire de la SNCM soit construit aux ACH, à l'instar de la plupart de ses précédents cargos. Une fois les dernières tractations effectuées, la SNCM passe commande de son nouveau cargo mixte le , tandis que la CMN signe la commande du sien en Finlande. Tout comme ses prédécesseurs, le futur navire mixte est baptisé du nom d'un sommet corse. C'est ainsi qu'il reçoit le nom de la Paglia Orba, sommet montagneux situé dans le massif du Monte Cinto en Haute-Corse.

Devant impérativement répondre aux besoins de la Corse en matière de transport de marchandises, la conception du nouveau navire est principalement articulée autour de ses caractéristiques fret. Ainsi, celui-ci sera doté d'une capacité de roulage de linéaires, de quoi transporter environ 150 remorques. Cette capacité d'emport est principalement permise par les très grandes dimensions du navire de l'ordre de 165 mètres de long et 30 mètres de large, ce qui représente également une évolution significative par rapport au Monte d'Oro. Le garage sera accessible par l'arrière mais également par l'avant et disposera de huit files, permettant des gains de temps considérables sur la manutention. Sur le plan technique, ce navire doit être équipé des dernières technologies de navigation mais également de maintien de la sécurité. La passerelle est pensée comme une véritable tour de contrôle jusque dans son apparence avec des ailerons de manœuvre entièrement couverts, une première sur un navire de la SNCM. Les systèmes informatiques permettent de tout gérer à distance, y compris le compartiment machine. Les instruments de navigation sont équipés d'un dispositif d'automatisation qui est capable, en plus de diriger le navire sur le tracé indiqué, de corriger sa trajectoire ou de lui signaler des passages préalablement déterminés. Enfin, cette nouvelle unité se distingue également, à sa sortie, par ses stabilisateurs, qui sont les plus grands jamais posés sur un navire marchand.

En plus de sa vocation d'acheminer le fret en Corse, le nouveau navire doit également être équipé pour transporter un certain nombre de passagers, conformément à la volonté de l'OTRC qui avait guidé les transformations des cargos Monte Cinto et Monte Stello ainsi que la conception du Monte d'Oro. À la différence toutefois de ce dernier, aménagé pour le transport d'environ 500 passagers, la nouvelle unité aura une capacité plus proche de celle requise par l'OTRC, soit 190 passagers. Ceux-ci auront à leur disposition des locaux basiques tels qu'un restaurant, un bar et un snack agrémentés cependant d'un confort similaire à celui des ferries de la compagnie, ceci se traduisant essentiellement par le soin apporté à la décoration avec des revêtements de marbres et de bois ainsi que des cabines toutes équipées de sanitaires.

Le Paglia Orba est mis sur cale le et lancé le . Une fois les travaux de finition achevés, il réalise ses essais en mer le . En raison d'un contexte social difficile aux ACH, la livraison du navire à la SNCM interviendra avec un peu de retard le , les chantiers faisant en effet face à de nombreux problèmes qui aboutiront à sa faillite en , faisant ainsi du Paglia Orba le dernier cargo de la SNCM réalisé par le constructeur havrais.

Service SNCM (1994-2016) thumb|left|Le Paglia Orba dans son état initial à Gênes en 1995. Le à 16h00, sous les ordres du commandant Routier, le Paglia Orba quitte Le Havre pour rejoindre Marseille. Le navire vient s'amarrer dans le port de la cité phocéenne au poste 78 du quai du Maroc le à 8h00. Il appareille par la suite dans la soirée du pour sa première rotation commerciale à destination de Bastia, son port d'attache, où il sera ensuite baptisé le , en présence de sa marraine Michelle Baggioni, épouse du président de l'Assemblée territoriale de Corse.

Au mois d', le Paglia Orba inaugure une nouvelle liaison reliant la Corse et l'Italie entre Bastia et Gênes, exploitée par la filiale Corsica Marittima. La première escale dans la capitale ligure a lieu le à 17h30.

Au début des années 2000, la concession particulière entre l'État et la SNCM pour la desserte de la Corse arrive à son terme. Pour lui succéder, une nouvelle convention est mise en place sous la forme d'une délégation de service public attribuée conjointement à la SNCM et à La Méridionale à l'issue d'un appel d'offres. Le cahier des charges de ce nouveau régime de service public imposera cependant une capacité passagère minimum de l'ordre de 500 passagers sur les ports d'Ajaccio et Bastia. Ainsi, en , le Paglia Orba rejoint les chantiers navals Lloyd Werft de Bremerhaven en Allemagne afin de subir quelques travaux visant à augmenter sa capacité. Pour ce faire, un bloc supplémentaire contenant de nouvelles cabines est ajouté derrière ses cheminées. Ces transformations portent au total la capacité du navire à 542 passagers.

À partir de l'année 2003, en raison de l'arrivée du nouveau cargo Pascal Paoli, le Paglia Orba est principalement transféré sur la desserte d'Ajaccio ainsi que des ports secondaires en basse saison. Cette même année, dans la journée du , le navire effectue un aller-retour exceptionnel entre L'Île-Rousse et Livourne afin de livrer des véhicules neufs chargés la veille à Fos-sur-Mer.

thumb|right|Le Paglia Orba arborant la nouvelle livrée de la SNCM. À cette même période, la SNCM opère un léger changement de son identité visuelle en délaissant la marque commerciale « Ferryterranée ». C'est la raison pour laquelle durant son arrêt technique effectué au mois d', la marque « SNCM Ferryterranée » est effacée des flancs du Paglia Orba au profit de la seule inscription « SNCM » et de l'adresse du site internet de la compagnie en rouge. En raison cependant d'autres interventions prioritaires, le navire conservera à l'issue de cet arrêt technique sa coque noire originelle là où les autres cargos de la flotte verront la leur repeinte en bleu. Le Paglia Orba gardera sa coque noire durant quatre années avant de finalement adopter la même couleur que le reste de la flotte à l'occasion de son arrêt technique de .

Dans la soirée du , alors qu'il appareille de Porto-Vecchio, le navire s'échoue sur un banc de sable en faisant mouvement entre les postes P2 et P3. Avec l'assistance du pilote, il parviendra cependant à se dégager par ses propres moyens, sans subir d'avarie.

Au cours de l'année 2014, la SNCM se voit confrontée à d'importantes difficultés en raison d'amendes infligées par la Commission européenne ayant jugé certaines subventions perçues par la compagnie comme étant illégaleshttps://lemarin.ouest-france.fr/secteurs-activites/shipping/27878-sncm-la-justice-europeenne-oblige-la-france-recuperer-220-millions. Les incertitudes quant à l'avenir de l'entreprise et plus particulièrement de la préservation des emplois provoquent un mouvement social des syndicats de marins qui vient perturber le début de la saison d'été. Cette situation amènera au placement en redressement judiciaire de la compagnie le .. À l'issue de la période d'observation, le tribunal de commerce de Marseille désigne le groupe Rocca, premier transporteur routier de Corse, comme repreneur de la SNCM le .. Ce même jour, dans la nuit du 20 au , le Paglia Orba rompt ses amarres dans le port de Marseille et heurte le quai. Transféré au poste 7, le cargo mixte reprend ses traversées le soir même, sa coque n'ayant été que faiblement endommagée..

Le à 8h00, le Paglia Orba arrive à Marseille et achève la dernière traversée commerciale de la SNCM, reprise par le groupe Rocca et liquidée au profit de la nouvelle entité MCM.

Corsica Linea (depuis 2016) thumb|left|Le Paglia Orba arborant la livrée provisoire blanche de Corsica Linea. Transféré à la MCM, le Paglia Orba intègre la flotte de la filiale Maritima Ferries, entité destinée à l'exploitation commerciale, à l'instar des autres unités de l'ex-SNCM. À la suite de son arrêt technique, les logos de l'ancienne compagnie publique sont effacés des flancs du navire qui sort de forme vierge de toute marque commerciale. Malgré le changement de propriétaire, le cargo mixte conserve son exploitation habituelle entre Marseille, Porto-Vecchio et Ajaccio. Au mois d'avril, la MCM est rachetée par la société Corsica Maritima, consortium d'entreprises corses également candidat à la reprise de la SNCM. Le nom commercial Maritima Ferries est alors abandonné au profit de Corsica Linea. La reprise de la flotte MCM par le consortium se traduit alors par un changement d'identité de l'entreprise, notamment avec l'adoption d'une livrée rouge sur les navires de la flotte. Son arrêt technique ayant déjà été effectué, le Paglia Orba arborera à compter du une livrée simplifiée aux couleurs de Corsica Linea pour la saison estivale 2016 se caractérisant par une coque blanche et des inscriptions rouges ainsi que de l'ajout d'une bande noire le long du pont 6.