Le harem de l'Égypte antique ressemble peu au harem « classique » dont l'image nous vient notamment du harem de l'Empire ottoman. Ces deux institutions ont néanmoins en commun d'être associées aux appartements ou à l'entourage résidentiel des femmes du souverain. Le terme « harem » est toutefois une appellation moderne et conventionnelle : les égyptologues l'emploient pour désigner un ensemble de personnes, d'institutions et de lieux liés à la maison royale, et non une institution strictement comparable au harem ottoman.
Dans l'Égypte antique, plusieurs termes égyptiens peuvent être traduits par « harem », notamment et . L'expression (ipèt-nésout), généralement traduite par « harem royal », est attestée dès les premières dynasties.
Usage
Le harem est associé aux femmes et aux enfants de la maison royale : épouses, princesses, princes et autres personnes appartenant à l'entourage royal. Il ne constitue toutefois pas nécessairement un lieu unique où toutes ces personnes résident ensemble. Les sources archéologiques et textuelles indiquent au contraire l'existence de plusieurs résidences, palais et institutions associés au harem royal.
Le harem n'est pas seulement associé à la vie familiale du souverain. Il joue également un rôle dans l'éducation des enfants royaux et de certains enfants de l'élite, dans l'organisation de la vie de cour, dans la production artisanale et dans l'approvisionnement de la famille royale. Les institutions qui lui sont associées disposent notamment de terres agricoles, de troupeaux et d'ateliers de production, dont des ateliers de tissage destinés notamment à la production de textiles royaux.
Contrairement au modèle du harem ottoman, il n'existe pas de preuve que les femmes de la maison royale égyptienne aient été systématiquement isolées de la vie publique. Elles pouvaient notamment accompagner le souverain lors d'apparitions publiques et de cérémonies. L'accès aux femmes royales était néanmoins contrôlé par des fonctionnaires et des gardes.
Le harem est également associé aux mariages diplomatiques. Sous le Nouvel Empire, des princesses étrangères furent intégrées à la maison royale égyptienne dans le cadre d'alliances matrimoniales. Elles occupaient généralement le rang d'épouses secondaires, même si certaines, comme la princesse hittite Maâthornéferourê, fille de , reçurent le titre de grande épouse royale. La pratique diplomatique ne correspond donc pas à une règle générale selon laquelle les souverains étrangers auraient systématiquement dû donner leur fille aînée au pharaon : les mariages diplomatiques étaient des alliances politiques dont les modalités variaient selon les royaumes et les périodes.
Le harem constitue également un lieu important pour l'éducation des enfants. Des institutions associées à l'éducation des enfants royaux sont attestées dans l'environnement de la maison royale. Des précepteurs et des nourrices étaient chargés de l'éducation des enfants royaux, tandis que des enfants de hauts fonctionnaires pouvaient être élevés avec eux afin de créer des liens entre la famille royale et les futures élites dirigeantes.
Le harem pouvait également être associé à des rivalités politiques. Les sources attestent plusieurs « conspirations du harem », notamment sous , et . La plus célèbre est la conspiration contre , qui impliqua des femmes de la maison royale et des responsables de l'administration du harem. Le papyrus judiciaire de Turin conserve le compte rendu du procès des conspirateurs. L'examen de la momie de a révélé une profonde blessure à la gorge, que les chercheurs ont identifiée comme la cause de sa mort.
La succession royale ne doit toutefois pas être présentée comme réservée aux seuls fils de la grande épouse royale. La position des épouses et des mères royales dans la succession pouvait varier selon les périodes et les situations dynastiques.
En Égypte, les installations associées au harem sont donc multiples. Certaines sont intégrées au palais royal, tandis que d'autres constituent des complexes indépendants. Au Nouvel Empire, le complexe de , à l'entrée du Fayoum, est notamment identifié comme un palais-harem. Il comprenait des bâtiments résidentiels, des espaces économiques, des terres agricoles, des élevages et des centres de tissage.
Composition
La composition du harem varie selon les périodes et les sources. On peut notamment distinguer :
la grande épouse royale (, hemet nesout ouret), épouse principale du souverain ; les épouses secondaires () ; les femmes du harem royal, notamment les ; les « belles » ou « jeunes femmes du palais » (), attestées notamment au Moyen Empire ; les « ornements du roi » (), dont l'identification exacte avec les épouses secondaires ou les concubines est discutée.
Le harem comprend également les enfants royaux ainsi que, dans certains cas, des enfants de familles de l'élite élevés auprès d'eux.
Administration
L'administration du harem est assurée par de nombreux fonctionnaires. Elle comprend notamment :
le « surveillant du harem royal » (), qui constitue l'une des principales fonctions administratives ; son adjoint ; des inspecteurs ; des scribes affectés aux différentes administrations du harem ; des gardes et autres personnels chargés de contrôler l'accès aux femmes royales ; des responsables des domaines agricoles et des ateliers de production.
L'administration du harem constitue ainsi une organisation complexe, associant fonctions résidentielles, économiques, éducatives et administratives.
Notes et références
Bibliographie
Articles connexes Gynécée Harem dans le Proche-Orient ancien
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